Texte de Maylis de Kerangal, analyse de l'image (sujet zéro, 2017)

Énoncé

Texte
John Johnson, dit le Boa, a été élu maire de Coca, ville imaginaire des États-Unis. Il a de grands projets pour sa ville. Quelques semaines après son élection, il fait un séjour à Dubaï. C'est son premier voyage hors du continent américain.
« Ce qu'il voit entre l'aéroport et la ville provoque chez lui une sensation ambivalente d'euphorie(1) et d'écrasement.
Les grues d'abord lui éberluent(2) la tête : agglutinées par centaines, elles surpeuplent le ciel, leurs bras comme des sabres laser plus fluorescents que ceux des guerriers du Jedi, leur halo blafard auréolant la ville chantier d'une coupole de nuit blanche. Le Boa se tord le cou à les compter toutes, et l'homme en dishdash(3) blanche qui le coudoie sur la banquette, le voyant faire, lui signale qu'un tiers des grues existant à la surface du globe est réquisitionné en ces lieux : une sur trois répète-t-il, une sur trois est ici, chez nous. Sa toute petite bouche soulignée d'un trait de moustache articule très doucement nous construisons la cité du futur, une entreprise pharaonique. Le Boa ne dit plus rien. Il salive, émerveillé. La prolifération des tours le sidère, si nombreuses qu'on les croit multipliées par un œil malade, si hautes qu'on se frotte les paupières, craignant d'halluciner, leurs fenêtres blanches comme des milliers de petits parallélogrammes aveuglants, comme des milliers de pastilles de Vichy effervescentes dans la nuit délavée ; ici on travaille vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les ouvriers sont logés à l'extérieur de la ville, les rotations se font par navette - l'homme susurre chaque information, escortant l'étonnement de Boa avec délicatesse. Plus loin, il pointe d'un index cireux un édifice en construction, déjà haut d'une centaine d'étages, et précise : celle-ci sera haute de sept cents mètres. Le Boa hoche la tête, s'enquiert soudain des hauteurs de l'Empire State Building de New York, ou du Hancok Center de Chicago, questionne sur les tours de Shanghai, de Cape Town, de Moscou, il est euphorique et médusé(4). À Dubaï donc, le ciel est solide, massif : de la terre à bâtir. Le trajet est long dans la longue voiture, la mer tarde à venir, le Boa l'attend plate, inaffectée, lourde nappe noire comme le pétrole dont le pourtour s'effacerait dans la nuit, et il sursaute à la découvrir construite elle aussi, rendue solide, croûteuse, et apte à faire socle pour un archipel artificiel qui reproduirait un planisphère – la Grande-Bretagne y est à vendre trois millions de dollars – ou un complexe d'habitations de luxe en forme de palmier : elle aussi, donc, de la terre à bâtir.
Le Boa arrive à l'hôtel bouleversé, les joues rouges et les yeux exorbités, il peine à s'endormir, la nuit est trop claire, comme filtrée par une gaze(5) chaude, lui-même trop excité – le Burj Al-Arab est l'hôtel le plus haut du monde, une immense voile de verre et de Teflon gonflée face au golfe Persique qui est absolument noir à cette heure, et clos comme un coffre […]. Au réveil, le Boa est convaincu d'avoir trouvé l'inspiration qui manquait à son mandat. C'est un espace maîtrisé qui s'offre à ses yeux, un espace, pense-t-il, où la maîtrise se combine à l'audace, et là est la marque de la puissance. »
Maylis de Kerangal, Naissance d'un pont, (éditions Verticales, 2010 ; réédition Folio Gallimard, p. 52-53).

Image
Sujet zéro du ministère, 2017 - illustration 1
Source : Dubaï, Photographie de Fritz Mueller Visuals, © Fritz Mueller, 2015.
Première partie : questions
20 points
Les réponses aux questions doivent être entièrement rédigées.
Sur le texte littéraire
1. 
Quelles sont les caractéristiques principales de la ville décrite dans le texte ?
Observez les champs lexicaux, les expansions du nom, les procédés de style (images, métaphores, hyperboles, etc.), qui permettent de caractériser la ville décrite. Appuyez-vous aussi sur les sensations du personnage qui découvre la ville (vue, ouïe, par exemple).
2. 
Étudiez précisément la progression des émotions et sensations ressenties par le personnage principal au fil de l'extrait.
Relevez avec précision les champs lexicaux des sensations (rappel : vue, ouïe, goût, toucher, odorat) et des sentiments éprouvés par le personnage. Observez s'ils changent au fil de la découverte de la ville en suivant son parcours.
3. 
À quel temps les verbes sont-ils majoritairement conjugués dans le texte ? Comment comprenez-vous ce choix de l'auteur ?
Observez les verbes conjugués du texte en analysant leurs terminaisons. Appuyez-vous aussi sur le genre du texte pour identifier le temps utilisé. Rappelez-vous les valeurs que peut avoir ce temps. Expliquez les raisons pour lesquelles l'auteur a choisi ce temps.
4. 
« Sa toute petite bouche soulignée d'un trait de moustache articule très doucement nous construisons la cité du futur, une entreprise pharaonique » : comment dans cette phrase les propos tenus par le personnage sont-ils rapportés ? Est-ce une manière de faire habituelle ? À votre avis, pourquoi l'auteur procède-t-il ainsi ?
Rappel : les paroles d'un personnage sont rapportées au discours direct, indirect ou indirect libre. Chaque type de discours rapporté possède des caractéristiques propres (ponctuation, construction, emploi des pronoms personnels et des temps, etc.). Observez ces caractéristiques et identifiez le discours employé.
Comparez l'emploi de ce discours avec d'autres œuvres lues ou étudiées. Quelle remarque pouvez-vous faire ? Observez par exemple la ponctuation dans la phrase.
Essayez d'expliquer pourquoi l'auteur a procédé ainsi. Quel effet cherche-t-il à produire ?
5. 
« une entreprise pharaonique » :
a) Comment le mot souligné est-il construit ?
b) Que signifie-t-il généralement ?
c) Le contexte lui donne-t-il une valeur particulière ?
Identifiez la classe du mot souligné (nom, adjectif, verbe, adverbe, etc.). Décomposez si possible ce mot en isolant le radical, le préfixe et le suffixe.
En analysant le sens du radical du mot, indiquez son sens habituel. Pensez à vos cours d'histoire au collège.
Un mot change parfois de sens selon le contexte dans lequel il est employé. Ici, le contexte est-il exactement le même que pour le sens habituel ?
6. 
« Un espace, pense-t-il, où la maîtrise se combine à l'audace, et là est la marque de la puissance » :
a) Expliquez le sens de cette phrase en vous aidant de ce qui la précède.
b) À votre avis, l'auteur partage-t-il ici la pensée du personnage ?
Relisez les sensations, les émotions du Boa (réponse à la question 2). Définissez précisément le sens de « maîtrise », « audace » et « puissance ». Quelle(s) relation(s) établissez-vous entre ces mots (cause, conséquence, opposition) ?
Rappel : dans une narration à la 3e personne, le narrateur peut adopter le point de vue d'un personnage. L'auteur peut aussi marquer son accord ou son désaccord avec ce point de vue. Il emploie alors des procédés de modalisation qui l'indiquent au lecteur : conditionnel, sous-entendu, ironie, formules spéciales (selon lui, à son avis, etc.). Trouvez-vous de tels procédés dans le dernier paragraphe ?
7. 
Proposez un titre pour ce texte, puis expliquez vos intentions et ce qui justifie votre proposition.
Relisez vos réponses aux questions 1, 2, 5 et 6. Imaginez le titre qui caractériserait le mieux la description de cette ville.
Sur le texte et l'image
8. 
Quels sont les éléments qui rapprochent l'image et le texte ?
Observez les différents éléments de l'espace photographié, ceux de la ville décrits dans le texte et les sensations produites sur le Boa. Comparez le texte et l'image. Quels éléments sont communs ?
9. 
Quelles impressions suscite en vous cette photographie ? Sont-elles comparables à celles produites par le texte ? Pourquoi ?
Analysez cette image. Quelles impressions provoque-t-elle en vous ? Les mêmes que celles ressenties par le Boa ? Pour répondre à la question, pensez aussi aux différents espaces dans lesquels vous vivez. Quel document produit le plus d'effet sur vous : le texte ou l'image ? Essayez d'expliquer pourquoi (force de l'image, couleurs, imaginaire, puissance des mots, etc.).
Deuxième partie : rédaction et maîtrise de la langue
Dictée
5 points
« Les Parisiens n'ont jamais de leur ville le plaisir qu'en prennent les provinciaux. D'abord, pour eux, Paris se limite à la taille de leurs habitudes et de leurs curiosités. Un Parisien réduit sa ville à quelques quartiers, il ignore tout ce qui est au-delà qui cesse d'être Paris pour lui. Puis il n'y a pas ce sentiment presque continu de se perdre qui est un grand charme. Cette sécurité de ne connaître personne, de ne pouvoir être rencontré par hasard. Il lui arrive d'avoir cette sensation bizarre au contraire dans de toutes petites villes où il est de passage, et le seul à ne pas connaître tous les autres. »
Aragon, Aurélien, éd. Gallimard, 1944.

Réécriture
5 points
Réécrivez cette phrase en remplaçant « Le Boa » par « Ils » et en procédant à toutes les transformations nécessaires.
« Le Boa arrive à l'hôtel bouleversé, les joues rouges et les yeux exorbités, il peine à s'endormir, la nuit est trop claire, comme filtrée par une gaze chaude, lui-même trop excité ».
Effectuez l'accord :
  • des verbes « arriver » et « peiner » avec le nouveau sujet « Ils », en gardant le même temps ;
  • des adjectifs ou participes passés qui se rapportent à ce nouveau sujet, « Ils » ;
  • du pronom personnel renforcé par « même » (passage de « Le Boa » à « Ils »).
Travail d'écriture
20 points
Vous traiterez au choix l'un des deux sujets de rédaction suivants.
Votre rédaction sera d'une longueur minimale d'une soixantaine de lignes (300 mots environ).
Sujet de réflexion
Selon vous, la vie au sein d'une ville moderne est-elle source de bonheur et d'épanouissement ?
Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots-clés : « la vie au sein d'une ville moderne », « source de bonheur et d'épanouissement ». Le thème général est la ville. La question posée est de savoir si la ville moderne apporte bonheur et épanouissement aux hommes qui y vivent.
Étape 2. Repérez la forme du texte à produire. Vous présenterez votre réponse (« Selon vous ») à la question dans « un développement argumenté ». Il faut donc respecter :
  • le genre argumentatif : le développement organisé, avec sa progression, ses analyses et ses arguments, ses exemples (puisés dans « votre expérience, vos lectures, votre culture personnelle et les connaissances acquises dans l'ensemble des disciplines », notamment la géographie et l'étude des aires urbaines, périurbaines) ;
  • le temps de l'argumentation : le présent et les temps qui s'articulent avec lui ;
  • la composition en parties et paragraphes.
Étape 3. Définissez votre point de vue, votre réponse, votre thèse : la vie dans la ville moderne est-elle source de bonheur et d'épanouissement ?
Thèse 1. Oui, la vie en ville apporte bonheur et épanouissement. Trouvez au moins trois arguments et exemples pour défendre cette thèse (par exemple, les jeunes d'aujourd'hui accèdent à tous les bienfaits de la vie urbaine moderne : cinéma, salles de concert ou de sport, théâtre, cafés, associations, magasins, médiathèque, transports, structures de santé, établissements d'enseignement, etc.).
Thèse 2. Non, la vie dans une ville moderne n'apporte ni bonheur et ni épanouissement. Trouvez au moins trois arguments et exemples pour défendre cette thèse (par exemple : l'agitation, le bruit, la promiscuité, la violence, l'insécurité, la surpopulation, le stress, l'anonymat, l'individualisme, la pollution, la publicité etc.).
Étape 4. Trouvez d'autres idées et arguments pour défendre la thèse choisie : la mixité sociale ou, au contraire, la création de quartiers selon l'origine socioculturelle, le coût élevé de la vie dans la ville moderne, le travail ou le chômage, etc.
Étape 5. Établissez le plan de votre argumentation.
  • L'introduction présente le thème et pose la question. Passez une ligne avant le développement.
  • Le développement expose votre point de vue, soutenu par au moins trois arguments et trois exemples. Un paragraphe développe un argument. Défendez votre thèse en utilisant des modalisateurs de certitude (assurément, j'affirme, incontestablement…) ou de nuance (peut-être, sans doute, emploi du conditionnel, certes… mais), des figures de style comme l'hyperbole, l'énumération, les fausses questions (ou questions rhétoriques) ou le vocabulaire positif, mélioratif pour affirmer votre point de vue. Passez une ligne avant la conclusion.
  • La conclusion rappelle que vous avez répondu à la question posée en dressant un bilan rapide.
Étape 6. Rédigez en matérialisant les parties (saut de ligne, retour à la ligne).
Étape 7. Relisez-vous.
Sujet d'imagination
Vous êtes un architecte et vous proposez au pays imaginaire d'Utopia la fondation d'une ville idéale. Écrivez la lettre que vous adressez aux dirigeants d'Utopia pour expliquer votre vision de la ville, justifier vos choix et les inviter à retenir votre projet.
Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots-clés : « vous êtes un architecte », « pays imaginaire d'Utopia », « fondation d'une ville idéale », « dirigeants d'Utopia », « expliquer votre vision de la ville », « justifier vos choix », « les inviter à retenir votre projet ».
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « Écrivez la lettre ». Il faut donc respecter :
  • le cadre spatio-temporel : la fin du xxie siècle, le pays imaginaire d'Utopia ;
  • le genre de la lettre : la forme (en-tête, formules d'ouverture et de clôture) ;
  • l'emploi de la 1re et de la 2e personne du singulier, « lettre que vous adressez aux dirigeants d'Utopia » ;
  • l'intention : fonder une ville idéale, faire partager ses sentiments et impressions, faire adopter son projet ;
  • les temps de la lettre (par exemple, présent et passé composé comme principaux temps, ou futur puisque c'est un projet de ville idéale) ;
  • le nombre de lignes imposé (« une soixantaine »).
Étape 3. Trouvez des idées : Utopia, utopie (conception imaginaire, société idéale, où les rapports humains sont harmonieux, où règne le bonheur parfait) ; description d'une ville (bâtiments, rues, parcs, jardins, transports, vie des habitants, etc.). Prenez l'exemple d'une ville moderne, relevez tous ses défauts, ses aspects négatifs (pollution, agitation, embouteillages, bruits, violence, stress, etc.) ; imaginez les aspects contraires (pureté de l'air, harmonie, paix, bonheur, etc.). Mobilisez et utilisez vos connaissances en géographie (l'étude des aires urbaines et périurbaines, l'évolution de l'urbanisation).
Étape 4. Établissez le plan de votre rédaction :
  • formules d'ouverture de la lettre (lieu, date, destinataire) ;
  • exposé de votre projet, description de la ville idéale ;
  • explication et argumentation : les bienfaits de ce projet pour les habitants, les raisons de soutenir ce projet ;
  • sentiments et impressions : insérez-les dans les différentes parties de la lettre ;
  • formule de clôture : formule de politesse adressée aux dirigeants d'Utopia.
Étape 5. Rédigez votre texte en formant des paragraphes pour les différentes parties de la lettre.
Étape 6. Relisez-vous.
(1)Euphorie : sensation intense de bien-être, de joie, d'optimisme.
(2)Éberluer : étonner vivement, stupéfier.
(3)Dishdash : longue robe blanche, vêtement traditionnel.
(4)Médusé : qui manifeste un grand étonnement, de la stupeur.
(5)Gaze : tissu léger, utilisé en couture (gaze de soie ou de coton) ou en compresses et pansements (gaze de coton).

Corrigé

Première partie : questions
1. 
Cette ville est gigantesque, notamment en hauteur : « La prolifération des tours […] si nombreuses qu'on les croit multipliées par un œil malade, si hautes qu'on se frotte les paupières ». Le tiers des grues du monde entier se dresse dans la ville : « agglutinées par centaines ». La hauteur des immeubles est démesurée, vertigineuse : « sept cents mètres ». Le ciel semble construit : « le ciel est solide, massif : de la terre à bâtir ». L'hôtel où loge le Boa est « le plus haut du monde ». La ville est aussi animée jour et nuit car le travail est ininterrompu : « ici on travaille vingt-quatre heures sur vingt-quatre ». Enfin, les lumières explosent dans « la nuit délavée », elles sont fluorescentes (« des sabres laser plus fluorescents »), aveuglantes (« de petits parallélogrammes aveuglants »), blanches ; elles créent « une coupole de nuit blanche ». C'est un espace où se combinent la maîtrise, l'audace et la puissance humaines.
2. 
Les émotions et les sensations du personnage suivent la progression de la voiture dans la ville, au fil de la découverte de l'espace urbain. Dès la première ligne, on note « une sensation ambivalente d'euphorie et d'écrasement » ; c'est « d'abord » la stupéfaction face à l'incroyable prolifération des tours et des grues qui « lui éberluent la tête ». Il reste muet d'émerveillement, de sidération, il en salive même (« Il salive, émerveillé »). Il est « euphorique et médusé » devant ce chantier pharaonique. Il est également sensible à la lumière (« sabres laser fluorescents » et « halo blafard », « fenêtres blanches comme des milliers de petits parallélogrammes aveuglants », etc.). Ensuite, il attend la mer, il l'espère « plate, inaffectée, lourde nappe noire comme le pétrole ». Il éprouve un nouvel étonnement car la mer est « construite elle aussi, rendue solide ». Le dernier paragraphe exprime le bouleversement, la surexcitation du personnage, comme enivré par ce spectacle extraordinaire (« bouleversé, les joues rouges et les yeux exorbités ». Le lendemain de cette découverte, il est satisfait, content car il a trouvé « l'inspiration qui manquait à son mandat » pour réaliser ses projets d'urbanisation de Coca.
3. 
Les verbes sont majoritairement conjugués au présent de l'indicatif. Ce temps permet d'actualiser les réactions, les sensations et les émotions du personnage ; le lecteur assiste à la scène « en direct », suit la découverte progressive de la ville et de la mer. Le présent rend le récit vivant, contemporain des événements racontés.
4. 
Les propos du personnage sont rapportés au style direct (le pronom personnel « nous » désigne l'homme en disdash blanche et les autorités de Dubaï). Cependant, certaines marques habituelles du discours direct sont effacées : le verbe introducteur des paroles rapportées « articule » n'est pas suivi des deux-points ; les paroles ne sont pas encadrées par les guillemets ; il n'y a pas de retour à la ligne ni d'alinéa. Ainsi, l'auteur n'interrompt pas le récit de la découverte, l'expression des sensations et des émotions du Boa par l'usage du discours direct, de sa ponctuation et de ses signes habituels, qui indiqueraient une rupture entre le récit et les paroles rapportées. D'ailleurs, l'homme « articule très doucement » ; plus loin, il « susurre chaque information » (l. 14-15) pour ne pas troubler le silence et l'émerveillement provoqués par ce moment si extraordinaire.
5. 
a) L'adjectif souligné est constitué du radical « pharaon » (nom), suivi du suffixe -ique, qui sert à former des adjectifs à partir de noms.
b) Cet adjectif signifie « relatif, propre aux pharaons ».
c) Le contexte donne à l'adjectif une valeur particulière : l'adjectif évoque une entreprise qui, par son gigantisme, sa démesure, rappelle les constructions des pharaons égyptiens : temples, pyramides, etc.
6. 
a) Les techniques employées pour construire des tours hautes de sept cents mètres ou des îles artificielles sont parfaitement maîtrisées par les architectes, les ingénieurs et les ouvriers. De plus, c'est totalement audacieux car on a longtemps cru impossible de construire des tours plus hautes que la tour Eiffel, ou l'Empire State Building de New York. Or, des tours de plus en plus hautes continuent de se dresser partout dans le monde. Tout cela témoigne de la puissance des hommes car sans cesse, grâce à la science et à la technologie, ils dépassent les limites que la nature leur imposait.
b) Selon moi, l'auteur ne partage pas la pensée du personnage, car le narrateur insiste sur le fait que c'est le personnage qui en est convaincu : « le Boa est convaincu d'avoir trouvé l'inspiration […] pense-t-il […] ». On perçoit la distance que l'auteur établit entre son personnage et elle : elle n'apprécie pas ce gigantisme ni cette démesure.
7. 
« Le Toit du Monde » est un titre qui pourrait convenir à ce texte ; en effet, le toit du monde, c'est l'Everest, dans l'Himalaya, la chaîne de montagnes la plus haute du globe. Les hommes rivalisent avec la nature, ils veulent conquérir le ciel en érigeant des tours toujours plus hautes, comme s'ils voulaient atteindre les étoiles.
Sur le texte et l'image
8. 
Les tours immenses, les grues, les nombreux ouvriers, le camion, le chantier de construction avec ses palissades démesurées, le ciel sont des éléments communs au texte et à l'image. Tous deux évoquent Dubaï et ses chantiers pharaoniques.
9. 
L'image fait ressentir une certaine démesure : gigantisme des tours, des palissades, des coupoles dont on aperçoit le sommet, nombre de grues et foule des ouvriers. Mais cette impression est selon moi nettement moins forte que dans le texte ; en effet, la photographie a été prise de jour, la ville de Dubaï est décrite la nuit, avec ses lumières qui créent « une coupole de nuit blanche » dans l'obscurité. Par ailleurs, l'image est fixe tandis que la description est mobile : on parcourt la ville dans la voiture et on perçoit les multiples sensations et émotions du personnage, ses réactions physiques. La description est plus riche grâce aux métaphores et comparaisons employées, elle stimule davantage l'imagination du lecteur, qui peut s'identifier au personnage et éprouver les mêmes impressions.
Deuxième partie : rédaction et maîtrise de la langue
Dictée
Le texte est principalement écrit au présent de l'indicatif ; les verbes s'accordent avec leur sujet. Les terminaisons varient selon le groupe du verbe, le nombre (singulier ou pluriel) et la personne : « Les Parisiens n'ont », « prennent les provinciaux » (sujet inversé), « Paris se limite », « Un Parisien réduit », « il ignore, (tout ce) qui est […] qui cesse », « il n'y a, (ce sentiment presque continu de se perdre) qui est », « Il lui arrive », « il est ».
Plusieurs verbes sont à l'infinitif car ils dépendent d'une préposition ou d'un verbe qui n'est ni l'auxiliaire être ni l'auxiliaire avoir : « d'être », « de se perdre », « de ne connaître », « de ne pouvoir être rencontré », « d'avoir », « à ne pas connaître ».
Le participe passé « rencontré », employé avec être, s'accorde au masculin singulier, avec « Un Parisien », repris par « il » ou « lui ».
Les adjectifs ou participes passés épithètes s'accordent en genre et en nombre avec le nom qu'ils qualifient : « ce sentiment (presque) continu », « un grand charme », « cette sensation bizarre », « de toutes petites villes ».
Les noms féminins exprimant une qualité ou un défaut se terminent en -té : « curiosités », « sécurité ».
Attention à quelques homonymes souvent sources d'erreur : « se » (« limite », « perdre »)/ « ce » (« qui est », « sentiment ») ; « à » (« la taille », « quelques quartiers », « ne pas connaître »)/ (« il n'y ») « a » ; (« tout ce qui ») « est »/ « et » (« de leurs habitudes et de leurs curiosités », « le seul ») ; « tout » (« ce qui est »)/ « tous » (« les autres »).
Plusieurs mots se terminent par une consonne que l'on n'entend pas ; parfois, en cherchant comment a été formé le mot, ou bien en se référant à son féminin ou à un mot de la même famille, on peut identifier cette consonne : « jamais » (déjà + mais), « d'abord » (aborder), « sentiment » (sentimental), « grand » (grande), « hasard » (hasardeux).
Réécriture
Ils arrivent à l'hôtel bouleversés, les joues rouges et les yeux exorbités, ils peinent à s'endormir, la nuit est trop claire, comme filtrée par une gaze chaude, eux -mêmes trop excités.
Travail d'écriture
Sujet de réflexion
Dans les dernières décennies du xxe siècle, l'essor démographique de la France a largement contribué à l'expansion urbaine. En ce début du xxie siècle, la progression des villes s'est poursuivie à tel point que quatre-vingts pour cent de la population vit en ville. Il me semble donc légitime de s'interroger sur les bienfaits ou les méfaits de ce phénomène. La vie au sein de la ville moderne est-elle source de bonheur et d'épanouissement pour ses habitants ? Pour ma part, je ne le pense pas. On constate d'ailleurs, comme le montrent régulièrement les médias, un début d'exode vers la campagne, un retour à la vie rurale, dans de petits villages, pour combler des aspirations que la vie urbaine ne parvient pas ou ne parvient plus à satisfaire.
Tout d'abord, l'exode massif vers les villes a conduit à une urbanisation d'urgence ; on a donc vu se dresser des barres d'immeubles à perte de vue. On cite souvent en exemple la Cité des Quatre Mille, à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Ces grands ensembles ont été construits à la hâte pour héberger, sur un espace réduit, des milliers de personnes qui affluaient en région parisienne ou dans les grandes agglomérations. Certes, les appartements disposaient du confort moderne, mais très vite la vie s'y est révélée difficile à cause du gigantisme de tels quartiers. Peu ou pas de végétation ; du bitume, du béton. Les commerces y étaient assez rares ; les habitants n'avaient pas de parc où se promener, d'aires de jeux pour les enfants… Ils devaient donc se déplacer vers les grands centres urbains pour trouver magasins, stades, cinémas… Malheureusement, les transports en commun étaient souvent peu nombreux, et peu pratiques. Aussi, bon nombre de jeunes restaient au pied des immeubles, se retrouvaient pour essayer de tromper leur ennui. Quant à leurs parents, ils travaillaient ailleurs dans d'autres villes, dans des quartiers industriels éloignés. Ces grands ensembles devenaient de véritables cités-dortoirs. À l'évidence, la ville moderne ne leur permettait pas de s'épanouir, d'être heureux. Le confort matériel d'un appartement moderne ne suffit pas ! Au xixe siècle, Émile Zola dénonçait déjà dans certains de ses romans, par exemple L'Assommoir, les conditions déplorables de la vie urbaine, dans les quartiers dits « populaires ». Le poète Charles Baudelaire, dans Petits Poèmes en prose (dont l'autre titre est Le Spleen de Paris) évoquait aussi les difficultés à vivre, à être heureux dans la capitale française.
Ensuite, les conditions de vie dans ces villes modernes se sont progressivement dégradées, à tel point que certaines municipalités ont décidé dans les années 2000 de raser ces barres d'immeubles déshumanisantes, où la population vivait parfois dans l'anonymat le plus total. On ne connaissait pas son voisin, on se contentait de le croiser dans l'escalier. Les relations humaines n'y étaient guère possibles ou alors très superficielles. Et puis, aujourd'hui encore, la circulation, les embouteillages, le bruit, l'agitation des grandes avenues, des périphériques ou des rocades, la pollution atmosphérique, la pollution visuelle avec ces immenses panneaux publicitaires qui foisonnent à l'entrée des villes et qui incitent à consommer toujours plus, le rythme effréné de la vie moderne contribuent à détériorer encore plus ces conditions de vie, rendant, selon moi, tout bonheur impossible.
Certes, diront des partisans de la vie urbaine, mais la ville moderne dispose de structures culturelles que l'on ne trouve pas ailleurs : cinémas, théâtres, salles de spectacle, musées, magasins, etc. Elle offre donc bien des possibilités de s'épanouir, de se cultiver, de se distraire, bref d'être heureux d'une certaine façon. C'est vrai, mais pour cela l'argent est nécessaire ; or notre société connaît une période de crise, avec un taux de chômage élevé. Beaucoup ont déjà des difficultés à payer leur loyer, qui est souvent élevé dans les grandes villes, à se nourrir. Alors le budget « culture » ou « distraction » est des plus réduits ! À quoi bon disposer de ces possibilités si l'on ne peut pas en profiter ? C'est ainsi que naît un fort sentiment de frustration face aux vitrines alléchantes des magasins ou devant une salle de concert où la place coûte vingt ou trente euros, voire davantage.
Pour résoudre ce problème délicat, l'humoriste Alphonse Allais, à la fin du xixe siècle, proposait de construire les villes à la campagne, car l'air y était plus pur ! La vie plus saine sans doute aussi. Cependant, on peut se demander si la vie à la campagne apporterait épanouissement et bonheur. Certains le pensent, l'espèrent. Je crois pour ma part que la cité idéale est encore à imaginer. Aux architectes de la concevoir, sans oublier de mettre l'homme, son épanouissement et son bonheur au centre de leur projet. Les progrès des sciences et des techniques le permettront peut-être un jour. Mais n'oublions pas non plus que l'homme est un éternel insatisfait : pour lui, l'herbe est toujours plus verte… ailleurs.
Sujet d'imagination
Jude Verne
Eldorado, le 15 avril 2084
Cabinet d'architecture
Place de la Constellation du Centaure
Eldorado
Messieurs les dirigeants d'Utopia et membres du Conseil des Sages,
Vous l'avez constaté à maintes reprises, la vie dans nos villes devient de plus en plus difficile pour leurs habitants : immeubles vétustes, pollution, friches industrielles sales et laides, rues embouteillées, insécurité et violence engendrées par la surpopulation et la pauvreté. Je pourrais poursuivre le tableau apocalyptique de nos centres urbains, mais à quoi bon ! Il est urgent de se tourner vers l'avenir, un avenir que je veux radieux et enthousiasmant, comme aux premiers temps d'Utopia. C'est pourquoi je me permets de vous soumettre le projet de ville dont j'ai rêvé, dont tous les Utopiens rêvent aujourd'hui. Ainsi, Utopia redeviendra le paradis qu'elle était aux origines.
J'ai conçu une ville centrée sur les échanges entre ses habitants ; chaque quartier sera construit autour de l'eau, de la végétation, d'un espace public circulaire, d'où les rues rayonneront en étoile. Ces quartiers formeront les pétales d'une immense fleur. Au centre, une fontaine et des bassins avec des jeux d'eau, des parterres de fleurs multicolores, des arbres de différentes essences. Un magnifique jardin où les habitants se réuniront pour converser, pour flâner, où les enfants pourront jouer en toute tranquillité. Les rues, longues avenues larges, seront exclusivement réservées aux piétons ; les transports en commun fonctionneront en souterrain et desserviront, telle une vaste toile d'araignée, toutes les parties de la cité. Je refuse d'enlaidir notre ciel avec des téléphériques ou des funiculaires, comme certains le proposent. Finies la pollution sonore et atmosphérique que subissaient les hommes au xxe siècle. L'air sera aussi pur en ville qu'à la campagne ou la montagne.
J'ai privilégié une urbanisation terrestre, contrairement à certains confrères qui ont conçu des villes sous-marines ou souterraines. La lumière, le ciel, l'azur sont essentiels selon moi au bien-être des hommes. Les constructions ne dépasseront pas une dizaine d'étages ; le verre et l'acier domineront, mais des murs végétaux apporteront de la fraîcheur l'été et isoleront du froid l'hiver. Grâce aux progrès technologiques, les vitres capteront la chaleur du soleil, rendant inutile l'installation de systèmes de chauffage et limitant considérablement la consommation d'énergie renouvelable. Les constructions « basse consommation » ou autonomes en production d'énergie doivent devenir la norme. Dans ce domaine, d'autres innovations sont prévues, que je détaillerai, si vous le souhaitez.
Des jardins seront installés sur les toits : jardins d'agrément mais aussi jardins potagers « partagés », afin de produire sur place fruits et légumes ; certains immeubles constitueront même des centres de production spécialisés afin de limiter la pollution due aux transports de ces denrées.
Pour gagner de la place, des habitations seront construites sur un côté des ponts. Il me paraît important de trouver des solutions innovantes pour éviter de reproduire les erreurs de nos prédécesseurs, qui s'ingéniaient à ériger des tours gigantesques de mille mètres de hauteur ! De même, les zones commerciales tentaculaires, avec leur forêt de panneaux publicitaires qui enlaidissent le paysage urbain, seront bannies de cette cité idéale ; le petit commerce de proximité sera développé, favorisant ainsi le lien social, l'échange. Le citadin y trouvera tout ce dont il a besoin dans sa vie quotidienne.
La culture et le divertissement ne seront pas oubliés. De vastes stades, des piscines, avec un toit amovible, accueilleront les amateurs de sport, qui pourront pratiquer diverses activités, quel que soit le temps. Chaque quartier disposera également d'une salle de spectacle multimédia (cinéma, théâtre, musique…). Les progrès de l'urbanisme doivent aussi contribuer au progrès culturel et moral, ce qui, indéniablement, favorisera l'harmonie entre les habitants.
Quant aux usines, elles seront regroupées en lointaine périphérie, équipées de systèmes antipollution très efficaces. La rapidité et la facilité des transports permettront de s'y rendre. La ville elle-même devra demeurer un lieu où la vie personnelle et la vie commune seront préservées, où les hommes s'épanouiront dans la sérénité et la joie.
Messieurs les Sages, je vous ai exposé les grandes lignes de mon projet de ville idéale pour Utopia. Il privilégie l'humain, l'harmonie, la paix, le respect de la nature et de l'environnement, l'utilisation raisonnée de nos ressources ; il offre, j'en suis intimement convaincu, toutes les possibilités de bonheur et d'épanouissement pour les Utopiens.
Je vous remercie de l'attention bienveillante avec laquelle vous examinerez cette proposition et je reste à votre disposition pour un exposé détaillé et le visionnage en 3D de cette réalisation novatrice.
Je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments respectueux et dévoués.
Jude Verne