L'art n'a pas que le sens de « beaux-arts » : en plus des arts de l'artiste, il y a l'art de l'artisan, qui lui aussi réclame une technique, c'est-à-dire un ensemble de règles à respecter. Il est clair cependant que les beaux-arts n'ont pas la même finalité : ils produisent des objets dépourvus d'utilité et recherchent le beau. « Technique » vient du grec téchnè qui signifie, selon Aristote, « une disposition à produire accompagnée d'une règle vraie » : la technique au sens grec, c'est l'ensemble des règles qu'il faut suivre pour produire un objet donné. Mais la technique moderne peut-elle encore se comprendre ainsi ?
1. Quel rapport y a-t-il entre les arts et la technique ?
• Ce n'est qu'au xviiie siècle que le terme d'art a été réduit à la signification que nous lui connaissons actuellement. Il avait jusque-là servi à désigner toute activité humaine ayant pour but de produire des objets : en ce sens, l'art s'oppose à la nature, qui est l'ensemble de tout ce qui se fait sans que l'homme ait à intervenir. L'art réclame donc toujours des règles : il y a des règles à observer lorsque l'on est charpentier, comme lorsque l'on est musicien, si l'on veut produire l'œuvre désirée. C'est exactement ce que veut dire le mot téchnè en grec : la technique, c'est l'ensemble des règles qu'il faut suivre dans un art pour produire un objet donné.
• Selon Aristote, tout objet produit non par la nature, mais par l'homme, est déterminé par quatre causes : la cause matérielle (la matière dans laquelle il est fait), la cause formelle (la forme qu'on va lui donner), la cause finale (ce à quoi l'objet va servir) et la cause efficiente (l'artisan qui travaille l'objet). La technique est l'ensemble des règles permettant d'ordonner ces causes dans un art donné : une règle technique nous dit comment travailler telle matière, quelle forme lui donner, si l'on veut en faire tel objet.
Exercice n°1Exercice n°2
2. Comment différencier les beaux-arts de l'art de l'artisan ?
• L'artisan a pour but de produire des objets d'usage : c'est l'usage qu'on va faire de l'objet qui détermine ses caractéristiques et donc la façon dont on va le fabriquer. L'artiste, quant à lui, ne vise pas l'utile, mais le beau. Si l'habileté technique est la limite supérieure de l'art de l'artisan, elle est donc la limite inférieure des beaux-arts : alors qu'on attend d'un objet courant qu'il soit bien conçu et réalisé de façon à en rendre aisé l'usage, on n'attend pas simplement d'un tableau qu'il soit bien peint, mais qu'il éveille en nous le sentiment du beau. Telle est la thèse de Hegel : alors que les objets techniques sont tous au service de la survie, c'est-à-dire en dernière analyse des besoins du corps, seul l'art a une fin purement spirituelle. Il ne faut donc pas dire que les œuvres d'art « ne servent à rien » ; certes, elles n'ont aucune utilité pour la survie, mais leur finalité est plus élevée : elles attestent que l'existence humaine ne se réduit à la vie biologique, parce que l'homme a également des besoins purement spirituels. Dans le tableau en effet, ce n'est pas la nature que je contemple, mais l'esprit humain : l'art est le moyen par lequel la conscience devient conscience de soi, c'est-à-dire la façon par laquelle l'esprit s'approprie la nature et l'humanise. C'est donc parce que nous nous y contemplons nous-mêmes que l'art nous intéresse.
Exercice n°3
3. Peut-on définir ce qu'est le beau ?
Deux grandes conceptions s'affrontent dans l'histoire de la philosophie : soit le beau est une caractéristique de l'objet, soit il est un sentiment du sujet. La première doctrine remonte à Platon : une chose est belle quand elle est parfaitement ce qu'elle doit être ; on peut parler d'une belle marmite, quand cette marmite rend exemplaire l'idée même de marmite. La seconde est inaugurée par Kant : le beau n'est pas une caractéristique de l'objet, c'est un sentiment du sujet éveillé à l'occasion de certains objets qui produisent en nous un sentiment de liberté et de vitalité. Pour Kant cependant, ce sentiment est universel en droit : si je trouve cette fleur belle, tout homme doit pouvoir éprouver la même chose, parce que nous partageons tous les mêmes facultés. La perception de la fleur entraîne le même jeu chez moi, et chez autrui : le beau est donc tout à la fois un sentiment, et quelque chose d'universel.
Exercice n°4
4. La technique moderne est-elle encore pensable à partir des arts ?
• Il revient à Heidegger d'avoir posé cette question. Selon Aristote, la technique est l'ensemble des règles définissant les moyens en vue d'une fin. Heidegger montre comment notre modernité ne pense plus la technique comme l'ensemble des règles nécessaires à un art : nous en sommes au contraire venus à ne plus penser les choses qu'en termes techniques. La technique n'est donc pas un instrument neutre qu'on peut bien ou mal utiliser, mais un mode de pensée. L'homme ne pense plus qu'à gérer, à calculer et à prévoir : c'est la différence que fait Heidegger entre la pensée méditante et désintéressée, et la pensée calculante qui veut par la technique dominer la nature et l'asservir aux besoins de l'homme.
• Le danger lié à la technique n'est donc pas d'abord celui d'une explosion nucléaire ou d'un conflit planétaire destructeur : le véritable danger, c'est que la technique devienne l'unique mode de pensée, c'est-à-dire la seule façon que nous ayons de penser quelque chose. Car alors, il nous faudra craindre que l'homme se pense lui-même en termes techniques, comme un objet manipulable ou comme une ressource à exploiter de la manière la plus productive possible. Or, nous dit Heidegger, cela a déjà eu lieu. La technique n'est plus un projet dont l'homme serait encore le maître : elle est bien plutôt la façon dont l'homme moderne se comprend lui-même et comprend le monde, en sorte que l'homme lui-même est mis au service de la technique, et non l'inverse.
La citation
« Supposons maintenant que la technique ne soit pas un simple moyen : quelles chances restent alors à la volonté de s'en rendre maître ? » (Martin Heidegger)
Exercice n°1
Selon Aristote, comment peut-on définir la technique ?
Cochez la bonne réponse.
comme une prédisposition à produire accompagnée d'une règle vraie
comme une disposition à produire accompagnée d'une règle vraie
comme une disposition à produire qui n'est pas accompagnée de règle
Le terme grec pour « disposition » est hexis, mot qui vient du verbe echein, « avoir en main ». La « disposition » ici n'est pas une prédisposition, un talent inné, mais une habitude (car le français « habitude » vient du latin habere, qui signifie également « avoir en main »).
La disposition, c'est donc un tour de main, une façon de s'y prendre qui doit être accompagnée d'une « règle vraie ». Ici, « vrai » signifie : qui peut s'apprendre, que l'on peut enseigner, qui est toujours le même et n'est pas remis à l'arbitraire de chacun.
Exercice n°2
Selon Aristote, tout objet fabriqué est la conjonction de quatre causes : lesquelles ?
Cochez la bonne réponse.
la cause réelle, la cause formelle, la cause occasionnelle et la cause finale
la cause virtuelle, la cause formelle, la cause matérielle et la cause centrale
la cause effective, la cause formelle, la cause matérielle et la cause finale
Tout objet fabriqué est le résultat de la conjonction de quatre causes : la matière dans laquelle il est fabriqué, la forme qu'on a donnée à cette matière, celui qui lui a donné cette forme et la fin ou le but de l'objet.
Exercice n°3
Pour Hegel, l'art :
Cochez la bonne réponse.
est un moment nécessaire dans la vie de la conscience.
imite la nature.
est une occupation humaine parmi d'autres.
Selon Hegel, l'art n'a justement pas pour but d'imiter la nature : par l'art, nous nous approprions la nature, en sorte que c'est d'abord l'esprit humain qui se représente dans l'art. L'art est donc un moment nécessaire de la vie de la conscience ; en tant que tel, il n'est pas une activité humaine parmi d'autres, mais la plus digne de toutes les activités, hormis la pensée.
Exercice n°4
Deux conceptions du beau se sont opposées en philosophie :
Cochez la bonne réponse.
soit le beau réside dans l'objet, soit il est un jugement du sujet
la conception esthétique soutenue par Platon et la position idéaliste défendue par Kant
soit le beau est une idée du sujet, soit il est un jugement de l'objet
Le beau ne saurait être un jugement de l'objet : un objet ne porte pas de jugements. Il s'agit de savoir si le beau est une caractéristique de l'objet ou un sentiment du sujet.
Platon soutenait (thèse idéaliste) que le beau était une propriété de l'objet : un objet est beau quand il est parfaitement conforme à son idée.
Kant au contraire fait du beau un sentiment du sujet : on parlera alors de conception esthétique du beau (esthétique vient du grec aisthèsis, sensation).