Le désir est-il la marque de notre imperfection ? (S, juin 2018)


Énoncé

Le désir est-il la marque de notre imperfection ?
Comprendre le sujet
Le désir se définit en général comme une tendance qui nous oriente vers un objet que nous visons et que nous ne possédons pas, c'est pourquoi le désir est fréquemment défini en termes de manque. Comme le fait remarquer Platon dans Le Banquet, on ne désire jamais que ce que l'on n'a pas. Par conséquent, si l'on envisage le désir sous cet angle, on comprend pourquoi il semble s'opposer à la perfection. Qu'est-ce qu'un être parfait ? Sinon un être auquel il ne manque rien pour être ce qu'il doit être. Ainsi, si je définis le cercle comme l'ensemble des points équidistants d'un même point, ma définition est parfaite, il ne lui manque rien pour expliquer ce qu'est un cercle. En revanche, si je trace un cercle sur une feuille, je ne suis pas certain que tous les points de sa circonférence seront exactement à égale distance du centre. À un millième de millimètre près, il pourra être constaté quelques imperfections. Il manquera donc à cette image du cercle quelques détails pour qu'il soit exactement ce qu'il devrait être, il sera donc imparfait. Par conséquent, si le désir est manque, il est comme le signe gravé en nous de notre imperfection et de notre finitude, de notre insatisfaction permanente. Néanmoins, une autre interprétation du désir est possible, car que serions-nous si nous n'étions animés par le désir ? De simples choses, parfaitement identiques à elles-mêmes, mais sans vie et sans possibilité de ressentir de la joie et d'aspirer au bonheur ? Ou des dieux laissant se déployer leur être dans un éternel présent. Or, nous ne sommes ni l'un ni l'autre, nous sommes des hommes, et le désir est peut-être plus en nous qu'une simple marque, il est ce qui nous fait être, ce qui nous fait agir, le moteur de notre vie. Par conséquent, il n'est pas la marque de notre imperfection, mais la condition pour que nous puissions gagner en perfection.
Mobiliser ses connaissances
Notions et distinctions utiles
De toute évidence, la notion du programme qui est centrale dans ce sujet est celle de désir, mais on pourra la relier à l'ensemble des notions tournant autour de la question du sujet. La conscience et l'inconscient, mais aussi l'existence et le temps, car la question à traiter porte ici sur la condition humaine. On pourra également relier ce sujet à la question de la liberté et du bonheur.
Repères du programme
En puissance/ en acte ; subjectif/ objectif.
Œuvres pouvant servir de référence
  • Platon, Le Banquet.
  • Épicure, Lettre à Ménécée.
  • Spinoza, Éthique et Traité de la réforme de l'entendement (les premières pages).
  • Alexandre Kojève, Introduction à la lecture de Hegel.
  • Hegel, Phénoménologie de l'esprit et Esthétique.
  • Éric Weil, Logique de la philosophie.
Procéder par étapes
Problématiser
Le problème à traiter dans ce sujet concerne l'ambivalence du désir, dans la mesure où ce dernier peut à la fois être compris comme manque et comme puissance, car si je désire le plus souvent ce que je ne possède pas, mon désir ne se réduit pas à un désir d'objet, il n'est pas seulement orienté vers l'avoir. Le désir est aussi désir d'être et d'agir, c'est-à-dire aspiration à produire des effets en soi et hors de soi. Or, l'homme ne se sent jamais être aussi intensément que lorsqu'il crée ou réalise quelque chose et qu'il voit se former sous ses yeux ce à quoi sa puissance d'agir est capable de donner le jour. L'artisan réalisant son ouvrage, l'artiste créant son œuvre ou plus simplement l'enfant réalisant un dessin, tous ces exemples d'actes, qui ne seraient pas accomplis de manière satisfaisante s'ils n'étaient le fruit d'un désir, montrent à quel point le désir nous incite à la perfection. Il semble donc que manque et puissance caractérisent le désir et soient aussi indissociables l'un de l'autre que le recto et le verso d'une feuille de papier.
Élaborer un plan détaillé
La première partie s'efforcera de préciser le sens du sujet et de montrer en quoi le désir peut être perçu comme manque et surtout s'interrogera sur l'objet de ce manque. Si le désir est manque, de quoi est-il le manque ?
La seconde partie nuancera cette perception négative du désir pour insister sur son caractère dynamique. Le désir est aussi ce qui fait agir, ce qui nous meut, il est en ce sens puissance.
Quant à la dernière partie, elle cherchera à comprendre comment peuvent s'articuler l'une à l'autre ces deux dimensions du désir apparemment incompatibles. On s'interrogera donc afin de déterminer lequel du manque ou de la puissance est fondamental dans le désir.

Annexes

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