Peut-on se libérer de sa culture ? (S, juin 2017)


Énoncé

Peut-on se libérer de sa culture ?
Comprendre le sujet
L'homme est défini par la pensée contemporaine comme un être de culture, c'est-à-dire comme un être ayant besoin de recevoir une éducation pour accéder à l'humanité, développer ses aptitudes et ordonner son existence en fonction d'un système de valeurs partagé avec tous les membres de la société dont il fait partie. Par conséquent, si cette culture lui permet de s'épanouir et de se construire, elle peut aussi être perçue comme ce qui l'enferme et le conditionne en lui imposant un mode de vie et une manière de penser qu'il n'a pas choisis. Dans la mesure où personne n'est responsable de la culture qui lui a été inculquée dès l'enfance – on ne choisit pas de naître européen et chrétien ou thaïlandais et bouddhiste –, il est permis de penser que la véritable liberté se situerait dans une certaine forme d'affranchissement par rapport à sa culture d'origine. Il va donc s'agir ici d'interroger cette ambivalence de la culture qui peut être tout à la fois une source de liberté et une cause d'aliénation et de se demander s'il est possible de s'en détacher pour parvenir à une réelle et authentique liberté.
Il conviendra de réfléchir au sens à donner au terme de « liberté » dans le sujet : s'agit-il de la possibilité de donner libre cours à tous ses désirs, de transgresser toutes les règles établies par la culture ou plutôt d'une capacité à agir de manière raisonnable et réfléchie ? Des distinctions devront également être opérées au sujet du terme de « culture ». Doit-on la réduire à l'ensemble des mœurs, des croyances et des valeurs propres à une société donnée ou ne faut-il pas également lui donner un sens plus large dépassant les différences propres à chaque peuple en l'envisageant sous un angle plus humaniste et universel ?
Mobiliser ses connaissances
Notions et distinctions utiles
L'ensemble des notions rassemblées autour de celle de culture (langage, religion, art, technique, etc.), ainsi que les questions concernant les notions de liberté et de morale ainsi que le devoir.
Repères du programme
Croire/ savoir ; en fait/ en droit ; identité/ égalité/ différence ; universel/ général ; particulier/ singulier.
Œuvres pouvant servir de référence
– Cicéron, Tusculanes.
– Nicolas Malebranche, La Recherche de la vérité.
– Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Émile ou De l'éducation.
– Emmanuel Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?
– Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception.
– Jean-Paul Sartre, L'Existentialisme est un humanisme.
– Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire, Les Structures élémentaires de la parenté.
– Lucien Malson, Les Enfants sauvages.
– Pierre Hadot, La Philosophie comme manière de vivre.
– Tzvetan Todorov, L'Esprit des Lumières.
Procéder par étapes
Problématiser
L'expression « se libérer de sa culture » part du présupposé selon lequel la culture pourrait être perçue comme un carcan qui conditionnerait l'individu au point de l'empêcher d'être pleinement lui-même. Cependant, que serait un homme sans culture ? La culture, en tant qu'elle nous permet de développer la plupart de nos aptitudes – conscience, langage, sociabilité, raison, etc. – est aussi ce qui nous permet de devenir des êtres humains au sens fort de ce terme. Personne ne choisit sa culture, mais personne ne serait en mesure de faire un quelconque choix sans avoir auparavant été éduqué et instruit par la culture dont il est issu. C'est ce paradoxe qu'il va falloir ici résoudre en montrant en quoi toute culture contient en elle les éléments de sa propre remise en question et en quoi la culture n'est libératrice qu'à la condition de pouvoir dépasser sa particularité pour accéder à des principes et des valeurs ayant une portée universelle.
Élaborer un plan détaillé
La première partie de notre réflexion consistera tout d'abord à préciser le sens du sujet et à expliquer en quoi, parce que l'homme est un être de culture, cette dernière est pour lui indispensable à la conquête de sa liberté. Néanmoins, dans la mesure où toute culture est fortement normative, il faudra, dans une seconde partie, montrer en quoi le processus d'acquisition de la culture peut conduire à une négation de la liberté dont il est la condition. Face à cette ambivalence de la culture, il faudra donc dans une troisième partie réfléchir sur la possibilité de s'affranchir des éléments culturels qui peuvent limiter la liberté pour contribuer au développement de ce qu'il y a de libérateur en toute culture. Il sera ainsi possible de montrer que si l'expression « se libérer de sa culture » peut avoir un sens, il ne s'agit pas d'un abandon pur et simple, mais de la conséquence d'une remise en question à l'intérieur de sa propre culture.

Annexes

© 2000-2019, rue des écoles