Texte de Blaise Cendrars, analyse de l'image (sujet 2026)

Énoncé

A – Texte littéraire
Blaise Cendrars raconte un souvenir de la Première Guerre mondiale durant laquelle il a été mobilisé. Une nuit, il part en éclaireur, seul, pour repérer l'emplacement des tranchées allemandes.
« Tout à coup je saisis mon fusil, prêt à tirer. J'avais l'impression qu'un homme avait bougé, là, en face de moi.
Étais-je victime d'une illusion des sens ? Je ne voyais rien, mais j'étais sûr qu'un homme était là.
Je bandais toutes mes facultés(1). J'aurais crié de frayeur. Je ne voyais rien, je n'entendais rien, je ne percevais rien.
J'attendis longtemps.
Le sang me montait à la tête. Je sentais mon cœur battre. La vue, l'ouïe, le flair, tout commençait à me faire mal tellement ma tension était aiguë.
J'étais sûr qu'il était là.
Des gouttes de sueur me coulaient entre les omoplates.
Il était si proche qu'il devait m'entendre respirer puisque je m'entendais respirer, moi. Comme moi, il devait être saisi.
Je m'attendais à recevoir un coup de feu d'une seconde à l'autre.
Rien.
Toujours rien.
Rien.
Au bout d'un long moment, j'osai bouger. Je collai mon oreille au sol. Rien. Attention. Rien. Mais si… J'entends comme un bruit d'herbe froissée… On s'approche en rampant… Ils doivent être deux ou trois… Alors, je pousse un soupir de soulagement. S'ils viennent, si je les entends, le danger est moins proche que je ne le croyais, je ne suis plus en tête à tête dans le noir avec cet ennemi invisible dont j'ai cru deviner la présence, là, en face de moi, si près, si près que je craignais qu'il ne perçoive mon souffle. Les autres peuvent venir, je les attends, prêt à tirer… et c'est alors que concentrant toute mon attention sur mon index placé sur la gâchette, c'est alors que je me rends compte que ma main tremble nerveusement et que ce bruit d'herbe foulée, que je prenais pour l'approche de deux ou trois Allemands rampant imperceptiblement vers moi, était causé par la pointe de ma baïonnette(2)2 à qui le tremblement nerveux de la main, transmis par la longueur de mon fusil, faisait décrire un va-et-vient d'une certaine amplitude parmi les herbes folles où cette pointe était engagée.
– Pauvre Blaise, me dis-je, en me détendant, tu as eu une sacrée frousse(3) ! …
Et à l'instant même me partit en plein visage un coup de feu qui, si j'avais porté barbe ou moustache, m'eût roussi le poil. Et ce fut une galopade(4) de bottes. Je tirai deux coups de fusil en direction de cette galopade et lançai quelques grenades, dont une grosse à manche, dans le petit bois.
… Et la belle nuit sereine reprit son cours… »
Blaise Cendrars, L'Homme foudroyé, « Dans le silence de la nuit », 1945.

B – Image
Texte de Blaise Cendrars, analyse de l'image (sujet 2026) - illustration 1
Photogramme du film Les Sentiers de la gloire, Stanley Kubrick, 1957.
I. Compréhension et compétences d'interprétation
1. 
Donnez un titre à chacune des quatre parties du texte.
• de « Tout à coup je saisis mon fusil […] » à « […] Rien. » ;
• de « Au bout d'un long moment […] » à « […] sacrée frousse ! … » ;
• de « Et à l'instant même […] » à « […] dans le petit bois. » ;
• dernière ligne : « […] Et la belle nuit sereine reprit son cours… ».
Pour donner un titre à une partie, il faut identifier ce qu'il s'y passe principalement.
De « Tout à coup je saisis mon fusil […] » à « […] Rien. » : Que fait le narrateur pendant cette première partie ? Agit-il ou attend-il un événement ? Observez son état d'esprit et les actions qu'il accomplit.
De « Au bout d'un long moment […] » à « […] sacrée frousse ! … » : Comment le narrateur réagit-il aux moindres bruits ? Est-il détendu ou sur ses gardes ? Relevez le vocabulaire lié à la surveillance et à l'écoute.
De « Et à l'instant même […] » à « […] dans le petit bois. » : Quel événement soudain se produit ? Quelle action brutale interrompt l'attente ?
Dernière ligne : « […] Et la belle nuit sereine reprit son cours… » : Comment se termine la scène ? Quel changement observe-t-on dans l'atmosphère du récit ?
2. 
De « Tout à coup je saisis mon fusil […] » à « […] Rien. :
Quel sentiment ou quelle émotion éprouve le narrateur dans cette première partie du texte ? Justifiez votre réponse par deux citations du texte.
Dans quel état psychologique se trouve le narrateur au début du texte ! Est-il serein ou inquiet ? Relevez des expressions qui montrent la peur ou la tension. Appuyez-vous sur le champ lexical de la peur, les manifestations physiques de l'angoisse, les réactions du narrateur face aux bruits.
Deux éléments de réponse justifiés par une citation sont attendus.
3. 
De « Je m'attendais à recevoir […] » à « […] Ils doivent être deux ou trois… » :
Comment le narrateur rend-il compte de son inquiétude ? Deux éléments de réponse sont attendus. Chacun d'eux s'appuiera sur l'identification précise et l'analyse d'un procédé d'écriture.
Repérez les procédés d'écriture qui permettent de créer le suspense. Observez particulièrement les verbes de perception et le vocabulaire des sens ; la ponctuation et la mise en page ; les répétitions ; les temps du récit ; la manière dont l'ennemi est désigné.
Vous devrez nommer, citer et interpréter au moins deux procédés.
4. 
De « Alors, je pousse un soupir de soulagement [...] » à « [...] tu as eu une sacrée frousse ! … » :
Que fait le narrateur pour se rassurer ? Deux éléments de réponse sont attendus, justifiés chacun par une citation du texte.
Comment le narrateur tente-t-il de diminuer sa peur ?
Observez s'il se parle à lui-même, s'il cherche des explications aux bruits entendus, s'il minimise ou relativise le danger, les hypothèses qu'il formule.
Cherchez deux moyens utilisés par le narrateur pour retrouver son calme et justifiez chacun par une citation.
5. 
Comment le narrateur, tout au long du texte, parvient-il à entretenir le doute sur la présence d'un ennemi ? Vous développerez votre réponse en vous appuyant sur trois éléments, justifiés chacun par une citation du texte.
Pourquoi le lecteur hésite-t-il jusqu'au bout sur la présence réelle de l'ennemi ? Vous pouvez notamment observer la manière vague ou imprécise dont l'ennemi est désigné, les nombreux modalisateurs, le dialogue intérieur du narrateur, ses préparatifs pour se défendre.
Dégagez trois éléments permettant de maintenir le suspense, chacun accompagné d'une citation.
6. 
Image
Dans quelle mesure ce photogramme du film Les Sentiers de la gloire peut-il illustrer le texte ? Vous développerez votre réponse en vous appuyant sur deux arguments au moins. Chacun devra être justifié en vous référant au texte et à l'image.
Quels sont les points communs entre le texte et l'image ? Comparez :
\bullet le contexte historique représenté ;
\bullet la position et l'attitude des personnages ;
\bullet les armes et les éléments du décor ;
\bullet les émotions exprimées par le personnage de l'image et du texte.
Chaque argument devra être justifié à la fois par un élément précisément décrit de l'image et par une citation du texte.
II. Grammaire et compétences linguistiques
7. 
« Mais si… J'entends comme un bruit d'herbe froissée… On s'approche en rampant… »
a) 
Recopiez les verbes conjugués. Indiquez le mode et le temps de ces verbes.
Repérez les verbes conjugués : ils sont les noyaux de la phrase et varient selon le sujet. Observez leur terminaison et demandez-vous si l'action se déroule dans le présent, le passé ou le futur. Vous devrez recopier les verbes conjugués puis préciser pour chacun son mode (indicatif, subjonctif, impératif…) et son temps (présent, imparfait, futur…).
b) 
Dans ces phrases, quelle est la valeur de ce temps ?
Les verbes sont conjugués au présent, mais tous les présents n'ont pas la même valeur. Le récit se déroule-t-il au moment où le narrateur écrit ou raconte-t-il des événements passés comme s'ils se produisaient sous nos yeux ! Rappel : dans un récit au passé, le présent peut être utilisé pour rendre une scène plus vivante et donner l'impression qu'elle se déroule sous les yeux du lecteur.
8. 
« Les autres peuvent venir, je les attends, prêt à tirer… »
a) 
Quelle est la classe (ou nature) grammaticale du mot souligné ?
La classe grammaticale d'un mot correspond à sa nature. Le mot « les » remplace-t-il un nom déjà évoqué ? Sert-il à désigner directement des personnes ou des objets sans les nommer ?
b) 
Quelle est sa fonction grammaticale ?
Pour trouver la fonction du mot « les », essayez de le remplacer par un nom ou un GN.
Le mot complète-t-il directement le verbe ou est-il introduit par une préposition ?
9. 
« cet ennemi invisible »
a) 
Identifiez et nommez les trois éléments qui composent le mot souligné.
On vous demande de décomposer le mot afin d'identifier son préfixe, son radical et son suffixe. Cherchez d'abord le mot simple à partir duquel « invisible » est construit. Quel élément placé au début modifie son sens ? Quel élément placé à la fin permet de former un adjectif ?
b) 
Expliquez son sens et donnez un mot de la même famille.
Quel sens le préfixe apporte-t-il au radical ? Décomposez le mot : que signifie le radical ? Que signifie le préfixe « in- » ? Vous expliquerez ensuite le sens global du mot.
Enfin, trouvez un mot de la même famille, c'est-à-dire un mot construit à partir du même radical.
10. 
Réécrivez le passage suivant en remplaçant « je » par « nous ». Faites toutes les modifications nécessaires.
« je les attends, prêt à tirer… et c'est alors que concentrant toute mon attention sur mon index placé sur la gâchette, c'est alors que je me rends compte que ma main tremble nerveusement et que ce bruit d'herbe foulée, que je prenais pour l'approche de deux ou trois Allemands rampant imperceptiblement vers moi, était causé par la pointe de ma baïonnette »
La réécriture vous demande de remplacer le sujet « je » par « nous ».
Attention aux accords des verbes au présent et à l'imparfait avec un sujet au pluriel. Attention également à la transformation des pronoms réfléchis (je me rends compte). L'adjectif « prêt » devra s'accorder avec un sujet pluriel ; les déterminants possessifs (mon, ma, moi) devront être modifiés lorsque cela est nécessaire.
Ne faites pas de transformations inutiles : certains groupes nominaux peuvent rester au singulier (« notre index », « notre main », « notre baïonnette »).
Dictée
Lors de la dictée, on procédera successivement :
1. à une lecture préalable, lente et bien articulée du texte ;
2. à la dictée effective du texte, en précisant la ponctuation et en marquant nettement les liaisons ;
3. 
à la relecture, sans préciser cette fois-ci la ponctuation mais en marquant toujours les liaisons.
On demandera aux candidats d'écrire une ligne sur deux.
On ne répondra pas aux questions éventuelles des candidats après la relecture du texte ; ils en seront avertis avant cette relecture.
Avant de commencer la dictée, on inscrira au tableau de manière lisible :
• Faval
• fruste
• D'après Blaise Cendrars, L'Homme foudroyé, 1945.
« La peur de mourir. Jamais je n'ai vu quelqu'un avoir aussi peur de ça que Faval. Il en devenait extravagant et tout le monde se moquait de lui et le faisait marcher. Mais lui, comprenant très bien que les camarades lui jouaient des mauvais tours ou lui montaient des bateaux pour lui faire peur, ne se mettait jamais en colère et continuait à avoir peur, une peur bleue. C'était un être très simple, voire fruste. Il avait les jambes courtes et trapues, un torse démesuré et puissant, des bras formidables, une petite tête, pas de front, une tignasse de violoniste et des yeux souriant avec une candeur enfantine. C'était un être d'une force musculaire prodigieuse, sans aucune méchanceté et qui croyait tout ce qu'on lui disait. »
D'après Blaise Cendrars, L'Homme foudroyé, 1945.

La dictée sollicite principalement la conjugaison de l'imparfait, utilisé pour décrire un personnage : « devenait », « se moquait », « faisait », « jouaient », « montaient », « se mettait », « continuait », « avait », « croyait », « disait »… On trouve également un passé composé : « je n'ai vu », qui exprime un fait ponctuel.
Veillez aux accords sujet-verbe, notamment lorsque le sujet est éloigné du verbe : « les camarades lui jouaient des mauvais tours » ou lorsque plusieurs verbes ont le même sujet : « tout le monde se moquait de lui et le faisait marcher ».
Attention aux accords dans les groupes nominaux (déterminant + nom + adjectif) : « les jambes courtes et trapues », « des bras formidables », « une petite tête », « une candeur enfantine », « une force musculaire prodigieuse ».
Soyez attentif à l'orthographe lexicale de certains mots qui peuvent être difficiles : « extravagant », « camarades », « mauvais tours », « montaient des bateaux » (expression signifiant « raconter des histoires pour tromper quelqu'un »), « colère », « fruste », « trapues », « démesuré », « tignasse », « violoniste », « candeur », « musculaire », « prodigieuse », « méchanceté ».
Enfin, faites attention aux homophones grammaticaux : « ça » (pronom démonstratif) et non sa ; « tout » dans « tout le monde » et « tout ce qu'on lui disait » ; « se » dans les verbes pronominaux (« se moquait », « se mettait ») et « ce » dans « ce qu'on lui disait ».
Les mots « Faval » et « fruste » sont donnés en début de dictée.
Rédaction
Les candidats doivent composer, pour cette partie « Rédaction », sur une copie distincte.
Vous traiterez à votre choix l'un des deux sujets suivants :
Sujet d'imagination
« Quand je rentrai au campement, avant le lever du jour, les hommes me dirent :
  • Dis donc, caporal, tu nous as fait une belle peur, cette nuit. Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »
Le narrateur leur fait alors le récit de sa nuit en masquant sa peur et en se présentant sous un jour héroïque.
Vous raconterez cette scène.
Votre récit pourra comporter des dialogues.
Votre rédaction comportera 35 lignes au moins.
Procédez par étapes :
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez les mots-clés qui vous indiquent la forme du texte à produire. Le narrateur raconte à ses camarades ce qui lui est arrivé pendant sa mission de reconnaissance, en masquant sa peur et en se présentant comme un héros. Vous devrez donc transformer les événements du texte de départ en un récit valorisant, dans lequel il minimise ou cache complètement ses moments de panique. Votre rédaction devra être un récit, contenant idéalement des passages de dialogue (les échanges avec les soldats), et quelques descriptions.
Étape 2. Notez au brouillon les contraintes de forme que vous devrez respecter :
\bullet narration à la 1re personne : c'est Blaise Cendrars (le caporal) qui prend la parole ;
\bullet le dialogue s'insère dans le récit ; pensez à respecter sa présentation (tirets, verbes de parole…) ;
\bullet les temps à utiliser sont ceux du récit : passé simple et imparfait, ou éventuellement le passé composé si vous choisissez de raconter la scène comme une conversation spontanée. L'essentiel est de rester cohérent ;
\bullet le récit doit rester vraisemblable.
Étape 3. Notez vos idées au brouillon. Appuyez-vous sur le texte de départ, mais transformez-le. Vous pouvez reprendre plusieurs éléments : la mission de reconnaissance dans la nuit, le silence inquiétant, le coup de feu reçu de très près… En revanche, vous devrez modifier les passages où le narrateur éprouve de la peur. Vous pouvez également montrer les réactions admiratives ou amusées des autres soldats.
Étape 4. Organisez votre rédaction :
\bullet commencez par le dialogue déjà donné dans le sujet ;
\bullet faites ensuite raconter les événements par le narrateur, en plusieurs paragraphes ;
\bullet alternez récit et brèves interventions des soldats pour rendre la scène vivante ;
\bullet développez les actions et les descriptions sans recopier le texte de départ ;
\bullet respectez le contexte historique : l'action se déroule pendant la Première Guerre mondiale. Évitez tout anachronisme (armes, expressions ou comportements modernes) ;
\bullet adoptez un registre adapté : le narrateur cherche à paraître courageux devant ses compagnons.
Étape 5. Soignez la langue et l'expression : respectez les règles de présentation du dialogue, respectez bien la ponctuation, corrigez d'éventuelles erreurs de ponctuation, d'orthographe. Pensez à utiliser le dictionnaire.
Sujet de réflexion
Qu'apporte au lecteur ou au spectateur la découverte d'œuvres qui se déroulent à une autre époque ?
Vous présenterez votre réflexion dans un développement argumenté et organisé. Vous illustrerez votre propos à l'aide d'exemples issus de vos lectures et de votre culture artistique personnelle (cinéma, peinture, bande dessinée, …). Vous pouvez vous appuyer également sur le texte de Blaise Cendrars.
Votre texte comportera 30 lignes au moins.
Procédez par étapes :
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots-clés : « qu'apporte », « lecteur ou spectateur », « découverte d'œuvres », « une autre époque ». Le sujet vous invite à réfléchir aux intérêts des œuvres qui se déroulent à une autre époque que la nôtre.
Étape 2. Repérez la forme du texte à produire.
Le sujet demande « un développement argumenté et organisé ». Il faut donc respecter :
\bullet le genre argumentatif : défendre une idée en l'appuyant sur des arguments et des exemples précis ;
\bullet le temps de l'argumentation : le présent ;
\bullet une organisation claire : introduction, développement en plusieurs paragraphes, conclusion. Le sujet ne vous demande pas d'opposer deux points de vue : il s'agit surtout d'expliquer les différents apports de ces œuvres.
Étape 3. Cherchez vos arguments et vos exemples : Demandez-vous ce que la découverte d'une autre époque apporte au lecteur ou au spectateur. Quelles œuvres (livres, films, tableaux…) mettant en scène d'autres époques connaissez-vous ? N'hésitez pas à utiliser, entre autres, le texte de départ.
Étape 4. Établissez le plan de votre devoir : L'introduction présente le thème, la problématique et annonce les trois grandes parties.
Chaque grande partie correspondra à un argument que vous devrez développer précisément et illustrer à l'aide d'exemples précis et variés. Il faudra veiller à utiliser :
\bullet le présent ;
\bullet des connecteurs logiques (Tout d'abord, Ensuite, Enfin, En conclusion…) ;
\bullet un saut de ligne après l'introduction, entre chaque grande partie et avant la conclusion. La conclusion fait un bilan sur le sujet.
Étape 5. Une fois votre plan clairement établi au brouillon, rédigez votre texte, puis relisez-vous et corrigez d'éventuelles erreurs de ponctuation, d'orthographe. Pensez à utiliser le dictionnaire.
(1)Je bandais toutes mes facultés : j'étais en alerte.
(2)Baïonnette : sorte de petite épée fixée au bout d'un fusil.
(3)Frousse : peur.
(4)Galopade : course précipitée.

Corrigé

Compréhension et compétences d'interprétation
1. \bullet première partie : L'attente
\bullet deuxième partie : Aux aguets
\bullet troisième partie : L'attaque
\bullet quatrième partie : Le retour au calme
2. Le narrateur est extrêmement fébrile à l'idée d'une présence ennemie. Il est en alerte maximale et éprouve de l'angoisse, de la peur : « J'aurais crié de frayeur », « Tout commençait à me faire mal tellement ma tension était aiguë ».
3. Le narrateur se prépare à être attaqué mais cette attente est insupportable.
Il est immobilisé, les sens en éveil, comme le montrent les verbes de perception « j'entends » et le vocabulaire lié aux sens : « mon oreille ». Le suspense de ce moment est exprimé par la répétition de phrases non verbales et de l'adverbe « Rien. Toujours rien. Rien. » La mise en page et le retour à la ligne accentuent également la tension de cette attente, ainsi que les points de suspension « Mais si… J'entends comme un bruit d'herbe froissée… ». L'utilisation des temps du récit, imparfait d'arrière-plan « je m'attendais » et passé simple de premier plan (« J'osai bouger ») renforce l'intensité de ce passage. Enfin, il évoque par le pronom indéfini « on » un ennemi non identifié.
4. Pour se rassurer, le narrateur se parle à lui-même : « Pauvre Blaise… » De plus, il tente de relativiser le danger : « Le danger est moins proche que je ne le croyais ». Enfin, il formule des hypothèses pour expliquer ses craintes : « la pointe de ma baïonnette […] parmi les herbes folles ».
5. Tout d'abord, le narrateur évoque un ennemi non identifié : « deux ou trois Allemands », « cet ennemi invisible ». Ensuite, il utilise de nombreux modalisateurs qui traduisent le brouillage de ses perceptions : « j'avais l'impression », « il devait m'entendre ». De plus, il se parle, se questionne, voire se rassure : « Étais-je victime d'une illusion des sens ? » « Tu as eu une sacrée frousse ! ». Enfin, il se prépare à se défendre : « mon index sur la gâchette ».
6. On peut établir plusieurs liens entre le texte et l'image.
Tout d'abord, il s'agit du même contexte historique, la Première Guerre mondiale. Les protagonistes de l'image et du texte sont des soldats sur le front, armés d'un « fusil ». De plus, la position des personnages est la même : tous deux sont en situation d'attente, en train de ramper « Je collai mon oreille au sol », « on s'approche en rampant » et se préparent à essuyer une attaque ennemie. Enfin, l'expression du personnage sur le photogramme traduit une certaine fébrilité, il semble concentré, en alerte, tout comme Blaise Cendrars dans son récit : « Je bandais toutes mes facultés ».
Grammaire et compétences linguistiques
7. 
a) « J'entends », « On s'approche ». Ces verbes sont conjugués au présent de l'indicatif.
b) Il s'agit d'un présent de narration.
8. 
a) « les » est un pronom personnel.
b) Sa fonction est COD.
9. 
a) Le mot « invisible » est formé du radical « vis », du préfixe « in » et du suffixe « ible ».
b) Il signifie « qui ne peut pas être vu ». « Vision » est un mot de la même famille.
10. Nous les attendons, prêts à tirer… et c'est alors que concentrant toute notre attention sur notre index placé sur la gâchette, c'est alors que nous nous rendons compte que notre main tremble nerveusement et que ce bruit d'herbe foulée, que nous prenions pour l'approche de deux ou trois Allemands rampant imperceptiblement vers nous, était causé par la pointe de notre baïonnette.
Sujet d'imagination
Quand je rentrai au campement, avant le lever du jour, les hommes me dirent :
« Dis donc, caporal, tu nous as fait une belle peur, cette nuit ! Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »
Certains buvaient un café tiède autour d'un petit feu, d'autres nettoyaient leur matériel. Ils attendaient mon récit. Couvert de boue et épuisé, je posai lentement mon fusil contre un sac de sable et pris un air détaché.
« Oh, rien d'extraordinaire, répondis-je en haussant les épaules. Une simple mission de reconnaissance.
– Une simple mission ? s'exclama l'un d'eux. On a entendu des coups de feu et des explosions du côté du bois ! »
Tous attendaient ma réponse avec impatience. Je décidai alors de leur raconter l'aventure, mais à ma manière.
« Je rampais discrètement dans le noir lorsque j'ai aperçu des mouvements suspects près des lignes allemandes, commençai-je. J'ai tout de suite compris qu'une patrouille ennemie se préparait. Je ne me suis pas débiné et j'ai continué à avancer, sûr de moi.
– Tu étais seul ? demanda un jeune soldat, impressionné.
– Bien sûr ! Et je peux vous dire qu'ils étaient plusieurs. Au moins trois ou quatre. Mais je n'ai pas perdu mon sang-froid. »
Mes camarades ouvrirent de grands yeux.
« Ils ne t'ont pas vu ?
– Pas immédiatement, répondis-je avec un sourire. J'étais parfaitement caché. J'ai attendu le bon moment, immobile, prêt à agir. »
Je marquai une pause pour augmenter le suspense.
« Soudain, l'un d'eux s'est approché un peu trop près. Alors j'ai pris l'initiative : deux coups de fusil, puis quelques grenades !
– C'est donc ça qu'on a entendu ! s'écria quelqu'un.
– Exactement. Les Allemands ont aussitôt battu en retraite. Vous auriez dû voir la vitesse à laquelle ils couraient ! »
Un éclat de rire parcourut le groupe.
« Sacré caporal ! dit un ancien en me tapant sur l'épaule. Tu leur as donné une bonne leçon ! »
Je souris modestement.
« Il fallait bien protéger le campement, répondis-je. Honnêtement, je n'ai écouté que mon courage. »
Mes camarades me félicitèrent encore un moment avant de retourner à leurs occupations. Quant à moi, je m'assis près du feu. Je passai sous silence les longues minutes passées dans l'obscurité, persuadé qu'un ennemi se trouvait à quelques mètres de moi. Je ne racontai pas non plus que le bruit inquiétant qui m'avait tant effrayé provenait simplement du tremblement de ma propre main. Mieux valait laisser mes compagnons croire que j'avais agi avec sang-froid et courage. Je gardai pour moi le souvenir de cette longue nuit d'angoisse où, seul dans l'obscurité, j'avais surtout dû lutter contre ma propre peur.
Sujet de réflexion
Les œuvres d'art, littéraires, cinématographiques, picturales, ne racontent pas seulement notre époque : elles nous transportent souvent dans des périodes très éloignées, comme l'Antiquité, le Moyen Âge, les guerres mondiales ou encore un futur imaginaire. En découvrant ces univers, le lecteur ou le spectateur enrichit sa culture tout en réfléchissant au monde qui l'entoure. Qu'apporte donc la découverte d'œuvres qui se déroulent à une autre époque ! Nous verrons d'abord qu'elles permettent de mieux comprendre l'Histoire et les sociétés du passé, puis qu'elles invitent à réfléchir sur notre présent, avant de montrer qu'elles révèlent des valeurs et des sentiments humains qui traversent toutes les époques.
Tout d'abord, les œuvres situées dans une autre époque permettent de découvrir l'Histoire et les conditions de vie d'autrefois. Dans le texte autobiographique de Blaise Cendrars, L'Homme foudroyé, le lecteur partage la peur d'un soldat pendant la Première Guerre mondiale. Les descriptions de la nuit, du silence et de l'attente font ressentir l'angoisse des combattants de l'époque. De la même manière, le tableau La Guerre d'Otto Dix, ancien soldat lui aussi, montre sans détours les destructions humaines et matérielles provoquées par le conflit. De même, Les Misérables de Victor Hugo nous plonge dans la France du xixe siècle. À travers Jean Valjean, Cosette ou Gavroche, le lecteur découvre la pauvreté, les injustices sociales et les difficultés du peuple. Les œuvres du passé rendent donc l'Histoire plus concrète et plus émouvante et nous aident à comprendre comment l'époque a réellement été vécue.
Ensuite, les œuvres situées dans d'autres époques permettent de réfléchir à notre propre société, évoquent souvent des problèmes toujours d'actualité ou nous mettent en garde contre des erreurs à ne pas commettre à nouveau. Ainsi, les œuvres consacrées à la Shoah, comme Une vie de Simone Veil ou Si c'est un homme de Primo Levi, rappellent les conséquences de la haine et de la barbarie, transmettent un devoir de mémoire indispensable pour éviter que de tels événements ne se reproduisent. Au cinéma, le film La Liste de Schindler de Steven Spielberg fait ressentir avec force la persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. De même, les œuvres qui situent leur intrigue dans un futur imaginaire nous aident aussi à remettre en question nos sociétés ou comportements actuels. Par exemple, Le Passeur de Lois Lowry imagine une société dystopique où la liberté est sacrifiée au nom du bonheur. Le lecteur est ainsi invité à réfléchir aux dangers du progrès lorsqu'il est mal utilisé. De même, Ravage de René Barjavel montre les conséquences d'une société devenue totalement dépendante de la technologie. Les œuvres situées dans une autre époque, réelle ou imaginaire, permettent ainsi de mieux comprendre les choix de notre monde actuel.
Enfin, ces œuvres situées dans une autre époque montrent que les sentiments humains traversent les siècles. Les héros de l'Antiquité vivent les mêmes émotions que nous. Dans l'Odyssée d'Homère, Ulysse affronte de nombreuses épreuves pour retrouver sa famille : son courage, son intelligence sont des valeurs héroïques qui touchent encore les lecteurs aujourd'hui. Les récits médiévaux des chevaliers de la Table ronde, avec Arthur, Lancelot ou Perceval, mettent en avant le courage, l'honneur et la quête de justice, des valeurs encore admirées aujourd'hui. Quant au mythe d'Achille, il montre des sentiments universels comme l'honneur, la colère, la fierté. De la même façon, le tableau Guernica de Pablo Picasso, inspiré de la guerre d'Espagne, dénonce les horreurs de la guerre et reste un symbole universel de la souffrance des civils. On peut enfin citer des œuvres qui, volontairement, restent dans une époque indéfinissable, renforçant par là le caractère universel et intemporel de leurs personnages et leurs intrigues, comme La Ferme des animaux de George Orwell : même si le roman fait référence à des événements historiques, l'époque n'est jamais clairement indiquée. Cela renforce sa critique universelle des régimes totalitaires.
En conclusion, les œuvres qui se déroulent à une autre époque permettent de mieux connaître l'Histoire, de réfléchir aux problèmes de notre société et de comprendre que les grandes émotions humaines restent les mêmes au fil du temps. C'est pourquoi elles continuent de passionner les lecteurs et les spectateurs, tout en leur transmettant une culture et une mémoire essentielles.