Sujet national, seconde partie, exercice 2, juin 2018

Énoncé

Sujet d'étude : l'Amérique latine
Document 1
Le Brésil, leader de l'Amérique latine ?
« À partir de l'acquis du Mercosur, le Brésil cherche à devenir discrètement le leader d'un ensemble sud-américain. Le 1er septembre 2000 se tient à Brasilia le premier sommet des chefs d'État ou de gouvernement d'Amérique du Sud.
Le président Luiz Inácio Lula da Silva(1), élu en 2002, va accentuer cette orientation et défendre ouvertement le concept de leadership (liderança) du Brésil dans la région. En même temps, la vieille revendication d'un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU est à nouveau mentionnée, le Brésil se présentant comme un porte-parole des intérêts de l'Amérique latine. Le président Lula multiplie les contacts avec les chefs d'État de la zone et, en 2004, naît la Communauté sud-américaine des nations (Casa). Un pas supplémentaire est franchi en mai 2008 avec la création de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) puis, en mars 2009, de son appendice(2) militaire, le Conseil sud-américain de défense (CSD). Parallèlement, le Brésil fait preuve d'un moindre enthousiasme pour les négociations avec le Nord : l'administration Lula va faire capoter les négociations de la ZLEA(3) en 2003-2004, tandis que l'accord d'association avec l'Europe s'enlise sans que Brasilia montre une farouche détermination à le relancer.
Le Brésil prend bien soin de ne pas supplanter les États-Unis en Amérique du Sud et ne veut pas apparaître comme une nouvelle puissance dominatrice. Brasilia continue de refuser de s'immiscer dans les affaires intérieures des pays. Tout au plus, cherche-t-elle à se poser comme médiateur dans les crises. […] En aucun cas, elle ne cherche à imposer une solution par la force, ce dont au demeurant le Brésil n'a pas les moyens.
Le Brésil ne cherche pas non plus à mettre en place de nouvelles institutions. Au sein du Mercosur, Brasilia s'accommode d'un dispositif très léger et peu contraignant. Lula, comme Fernando Henrique Cardoso(4), s'est toujours montré réticent à mettre en place un schéma qui ressemblerait à celui de l'Union européenne avec, en particulier, un organisme équivalent à la Commission de Bruxelles. Le Brésil a toujours refusé une intégration qui supposerait une perte de souveraineté : la supranationalité est un mot tabou. L'Unasur ne dispose que d'un simple secrétariat. »
Daniel Solano, Le Brésil et la coopération Sud-Sud : l'Amérique du Sud prioritaire, publié le 13 mars 2010, http://www.diploweb.com.

Document 2
La fondation de la Communauté d'États latino-américains et caribéens (Celac)
La fondation de la Communauté d'États latino-américains et caribéens (Celac)
Source : « Obama et l'Amérique latine se séparent », dessin de Bob Row, publié le 3 janvier 2012, http://www.toonpool.com.
De gauche à droite : Barack Obama président des États-Unis, Hugo Chavez président du Venezuela, Christina Kirchner présidente de l'Argentine et Dilma Rousseff présidente du Brésil.
Questions 
1. Comment le Brésil cherche-t-il à devenir le leader des pays d'Amérique latine ? (document 1 et document 2)
2. Comment le Brésil évite-t-il « d'apparaître comme une nouvelle puissance dominatrice » ? (document 1)
3. Décrivez et expliquez le document 2.
4. Montrez qu'à la date des documents, l'influence croissante du Brésil remet en cause la domination traditionnelle des États-Unis en Amérique latine.
(1)Luiz Inácio Lula da Silva : dit « Lula » est président du Brésil de 2003 (année de sa prise de fonction) à 2011.
(2)Appendice : ici signifie le prolongement.
(3)ZLEA : Zone de libre-échange des Amériques.
(4)Fernando Henrique Cardoso : président du Brésil de 1995 à 2003.

Corrigé

1. Le Brésil déploie une stratégie visant à devenir le leader de l'Amérique latine en rassemblant le plus de pays de la région dans des organisations régionales au sein desquelles, compte tenu de son poids démographique et économique, son influence est grande voire prépondérante. Par ailleurs, il brigue un siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU qui, s'il l'obtenait, ferait de lui le porte-parole de fait de l'Amérique latine auprès des grandes puissances. Mais d'autres pays comme l'Argentine ou le Mexique n'entendent pas lui laisser exercer seul ce leadership.
2. S'il a donc des ambitions de leader régional, le Brésil veille à ne pas les afficher trop ouvertement. Dans une région du monde très attachée à son indépendance et toujours inquiète des ingérences nord-américaines, les gouvernements brésiliens successifs savent qu'il s'agirait là d'une attitude contre-productive. C'est pourquoi le Brésil n'intervient pas directement dans les affaires intérieures des autres pays latino-américains en faisant pression sur eux ou à plus forte raison en les menaçant : il n'est pour lui pas question d'» imposer une solution par la force ».
3. Cette caricature montre le président des États-Unis, Barack Obama, isolé par rapport aux présidents vénézuélien, brésilien et argentin. Ces derniers dirigent en effet des pays membres de la CELAC dont les États-Unis ne font en revanche pas partie. Le fait que le premier soit représenté en joueur de football américain (pratiqué massivement dans la seule Amérique du Nord) et les trois autres en joueurs de football (soccer), beaucoup plus universellement répandu, illustre le fait que les États-Unis seraient un monde « à part », différent d'une Amérique latine qui ne serait donc plus leur arrière-cour naturelle.
4. Depuis le xixe siècle, les États-Unis se sont imposés comme la puissance dominante sur l'ensemble du continent américain, notamment au sud. Si elle a souvent été contestée, cette hégémonie n'a jamais été renversée, faute de moyens. Et si ce constat demeure toujours d'actualité, l'émergence de nouvelles puissances latino-américaines ambitieuses montre néanmoins que Washington est de plus en plus concurrencé en Amérique latine. Ainsi, le Brésil, fort de ses succès économiques récents, a entrepris de s'imposer comme un leader alternatif de la région en adoptant une stratégie inverse de celle de Washington. Quand les États-Unis ont surtout utilisé la force pour maintenir leur hégémonie, le Brésil entend lui user d'abord de son influence en favorisant la coopération et l'organisation régionale. La principale difficulté pour le Brésil dans sa quête de leadership régional ne viendra peut-être pas tant des États-Unis que d'autres puissances régionales, comme l'Argentine, qui ont les mêmes ambitions que lui.