« Être libre, c'est faire ce que je veux » : telle est notre définition courante de la liberté. Je ne serais donc pas libre lorsqu'on contraint ma volonté par des règles, des ordres et des lois. Être libre serait alors la condition naturelle de l'homme, et la société la marque de son esclavage. Pourtant, cette opinion ne semble pas tenable.
1. Peut-on dire que l'animal est libre ?
Si la liberté est l'absence de toute règle et de toute contrainte, alors l'animal est libre. Mais ce raisonnement n'a qu'une apparence de vérité : le comportement d'un animal est en fait dicté par son instinct, de sorte que l'animal ne peut pas s'empêcher d'agir comme il agit. L'instinct commande, l'animal obéit : loin d'être le modèle de la liberté, l'animal est l'incarnation d'une totale servitude à la nature. On ne peut parler de liberté que pour un être qui s'est affranchi du déterminisme naturel.
Exercice n°1
2. De quelle manière l'homme conquiert-il la liberté ?
• Pour être libre, il faut pouvoir choisir de faire ou de ne pas faire. Seul donc un être qui s'est débarrassé de la tyrannie des instincts peut remplir les conditions minimales de l'accès à la liberté. Kant soutient que c'est précisément là le rôle de l'éducation : elle a pour but premier de discipliner les instincts, c'est-à-dire de les réduire au silence pour que l'homme ne se contente pas d'obéir à ce que sa nature commande.
• C'est aussi, et plus largement, le rôle de la vie en communauté : la société civile nous libère de la nature en substituant les lois sociales aux lois naturelles. C'est donc la culture au sens large, c'est-à-dire la façon que l'homme a de faire taire la nature en lui, qui nous fait accéder à la liberté.
Exercice n°2
3. À quelles conditions puis-je être libre ?
• « Je suis libre quand je fais ce que je veux »... Certes, mais à quelles conditions suis-je libre de vouloir ce que je veux ? Le plus souvent, ma volonté est déterminée par ce que je suis : il n'y aurait aucun sens à vouloir être plus grand si je n'étais pas petit. Ma volonté n'est alors pas libre ; bien au contraire, elle est déterminée : je ne choisis pas plus de vouloir être grand que je n'ai choisi d'être petit.
• Ma volonté n'est donc libre que quand elle s'est libérée de toutes les déterminations qu'elle a reçues, c'est-à-dire quand elle s'est affranchie de tout ce qui en fait ma volonté. Pour être réellement libre, il faudrait que ma volonté veuille ce que toute volonté peut vouloir, donc que ce qu'elle veuille soit universellement valable.
4. Qu'est-ce qu'une volonté universelle ?
• Kant affirme que ma volonté est universelle quand elle veut ce que tout homme ne peut que vouloir : être respecté en tant que volonté libre. Pour être libre, ma volonté doit respecter la liberté en moi-même comme en autrui : elle doit observer le commandement suprême de la moralité qui ordonne de considérer autrui toujours comme une fin en soi, et jamais comme un moyen de satisfaire mes désirs.
• La liberté se conquiert donc en luttant contre les désirs qui réduisent l'homme en esclavage et en obéissant à l'impératif de la moralité.
Exercice n°3
5. Comment être libre tout en obéissant à une loi ?
• S'il suffisait d'obéir aux lois pour être libre, alors les sujets d'une tyrannie connaîtraient la liberté. Pour Rousseau, la seule solution à ce problème à la fois politique et moral, c'est que je sois aussi l'auteur de la loi à laquelle je me soumets.
• Sur le plan politique, le «  contrat social  »garantit la liberté des citoyens non en les délivrant de toute loi, mais en faisant d'eux les auteurs de la loi : par le vote, les hommes se donnent à eux-mêmes leurs propres lois, en ayant en vue non leurs intérêts particuliers mais le bien commun.
• De même, sur le plan moral, Kant, en se référant à Rousseau, montre que la loi de la moralité à laquelle je dois me soumettre (et qui s'exprime sous la forme d'un impératif catégorique) ne m'est pas imposée de l'extérieur, mais vient de ma propre conscience : je suis libre lorsque j'obéis au commandement moral, parce c'est moi-même qui me le prescris.
6. La liberté est-elle l'essence de l'homme ?
• Dire que la liberté constitue la seule essence de l'homme, cela revient à dire que l'homme n'a pas de nature, qu'il est ce qu'il a choisi d'être, même si ce choix n'est pas assumé comme tel voire même implicite (Sartre).
Pour Heidegger, il faut aller jusqu'à dire que l'essence de l'homme, c'est l'existence : parce qu'il est temporel, l'homme est toujours jeté hors de lui-même vers des possibles parmi lesquels il doit choisir.
• D'instant en instant, l'homme (qu'il le veuille ou non) est une liberté en acte : j'ai à chaque instant à choisir celui que je serai, même si la plupart du temps je refuse de le faire, par exemple en laissant les autres décider à ma place. Que la liberté soit l'essence de l'homme, cela signifie donc aussi qu'elle est un fardeau écrasant : elle me rend seul responsable de ce que je suis. C'est précisément à cette responsabilité que j'essaye d'échapper en excusant mon comportement et mes choix par un « caractère » ou une « nature » (sur le mode du : « ce n'est pas ma faute : je suis comme cela ! »).
Exercice n°4
À retenir

La citation
« L'impulsion du seul appétit est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. » (Rousseau)
On peut soutenir que l'animal :
Cochez la bonne réponse.
est véritablement libre, parce qu'il ne connaît pas les contraintes que la société fait peser sur nous.
n'est pas libre quand il est domestiqué par l'homme.
n'est pas libre, parce qu'il ne fait qu'obéir à ses instincts.
• Il faut distinguer la domestication et le dressage. Lorsqu'on dresse un animal sauvage, on réduit certains de ses instincts au silence ; mais ils peuvent toujours reprendre le dessus : c'est pourquoi un tigre, même né dans un cirque, est toujours potentiellement dangereux.
• Domestiquer un animal, ce n'est pas simplement faire taire ses instincts, mais les modifier en profondeur pour altérer durablement son comportement : que le chien soit un animal domestique, cela ne veut pas dire qu'il est plus ou moins libre que le tigre sauvage, mais qu'on a remplacé ses instincts naturels par d'autres.
• Sauvage ou domestiqué, l'animal n'est pas libre, parce qu'il ne s'est pas affranchi lui-même de la nature.
Comment la liberté se conquiert-elle ?
Cochez la (ou les) bonne(s) réponse(s).
par la maîtrise des désirs
par l'affranchissement des déterminismes naturels
par le dépassement de toute règle et de toute contrainte
• Un être peut être dit libre lorsqu'il parvient à s'affranchir de la nature en lui, c'est-à-dire de ses instincts : l'animal qui agit par instincts ne choisit pas de faire ce qu'il fait, il obéit à ce que sa nature commande.
• Mais je ne suis pas plus libre de mes instincts que de mes désirs : on peut parler de liberté non quand je fais ce que je désire, mais quand j'ai la possibilité de résister à ce que mon désir ordonne.
Selon Kant, quand suis-je véritablement libre ?
Cochez la bonne réponse.
quand je fais ce que je veux
quand la forme de ma volonté est universelle
quand je me suis libéré de toutes les lois qui pèsent sur moi
• Selon Kant, le désir est toujours déterminé pathologiquement : je subis le désir, je n'en suis pas le maître. Suivre son désir, c'est en être l'esclave, parce qu'il n'est pas en mon pouvoir de désirer ceci ou cela (je ne décide pas de ce que j'aime et de ce que je n'aime pas : il serait absurde de prétendre que je suis libre d'aimer ou de détester les épinards). Le rôle des règles et des lois, c'est justement de faire taire les désirs en nous, et donc de nous libérer de leur tyrannie.
• Mais alors, à quelle condition puis-je être libre ? Je peux être libre quand ma volonté n'est pas déterminée de l'extérieur (par mon éducation, par mes goûts, par tout ce qui m'a été donné à la naissance) ; c'est-à-dire que je suis libre quand ma volonté veut ce que tout homme, fût-il le contraire de moi, pourrait aussi vouloir. C'est donc quand ce que ma volonté veut est universellement valable que je suis libre.
Selon Rousseau, quand un peuple est-il libre ?
Cochez la bonne réponse.
quand il est l'auteur des lois
quand rien ni personne ne lui dicte ce qu'il doit faire
quand il obéit aux lois
• Pas plus pour Rousseau que pour Kant, la liberté ne consiste à faire ce que je veux : un peuple n'est pas libre lorsqu'il sombre dans une anarchie où la seule loi est celle du plus fort.
• Mais il ne suffit pas d'obéir à la loi pour être libre : un peuple est libre quand il obéit à la loi qu'il s'est lui-même donnée, c'est-à-dire quand il est l'auteur des lois sous lesquelles il vit.