Le Proche et le Moyen-Orient, foyer de conflits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (sujet national, juin 2018, analyse de document)

Énoncé

Le Proche et le Moyen-Orient, foyer de conflits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
À partir de ce document, montrez que, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Proche et le Moyen-Orient sont à la fois un foyer de conflits et un enjeu des affrontements internationaux.
Document
Discours du président américain Barack Obama au Caire (Égypte) le 4 juin 2009
« […] Dans un passé relativement récent, les tensions ont été nourries par le colonialisme qui a privé beaucoup de musulmans de droits et de chances de réussir, ainsi que par une guerre froide qui s'est trop souvent déroulée par acteurs interposés, dans des pays à majorité musulmane et au mépris de leurs propres aspirations. En outre, les mutations de grande envergure qui sont nées de la modernité et de la mondialisation ont poussé beaucoup de musulmans à voir dans l'Occident un élément hostile aux traditions de l'islam. […]
Permettez-moi de m'exprimer aussi clairement et aussi simplement que possible sur certaines questions précises auxquelles nous devons maintenant faire face ensemble. La première est celle de l'extrémisme violent sous toutes ses formes.
À Ankara, j'ai fait clairement savoir que l'Amérique n'est pas – et ne sera jamais – en guerre contre l'islam. (Applaudissements)
[…] Voilà maintenant plus de sept ans, forts d'un large appui de la communauté internationale, les États-Unis ont donné la chasse à Al Qaïda et aux talibans. Nous avons agi de la sorte non par choix, mais par nécessité. […]
Je voudrais aussi aborder le dossier de l'Irak. Contrairement à la guerre en Afghanistan, la guerre en Irak est le résultat d'un choix, lequel a provoqué des désaccords marqués dans mon pays et à travers le monde. Tout en étant convaincu que le peuple irakien a gagné au bout du compte à être libéré de la tyrannie de Saddam Hussein, je crois aussi que les événements en Irak ont rappelé à l'Amérique la nécessité de recourir à la diplomatie et de construire un consensus international pour résoudre ses problèmes à chaque fois que c'est possible. […]
La deuxième grande source de tension que nous devons aborder concerne la situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe. […] Depuis des dizaines d'années, une impasse persiste : deux peuples aux aspirations légitimes, chacun marqué par un passé douloureux qui rend un compromis insaisissable. Il est aisé de pointer un doigt accusateur : les Palestiniens peuvent attirer l'attention sur la dislocation consécutive à la fondation d'Israël, et les Israéliens peuvent dénoncer l'hostilité et les attaques dont le pays a de tout temps fait l'objet à l'intérieur même de ses frontières et par-delà. Mais si nous examinons ce conflit à travers le prisme de l'une ou l'autre partie, nos œillères nous cacheront la vérité : la seule solution consiste à répondre aux aspirations des uns et des autres en créant deux États, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun dans la paix et la sécurité. […]
La troisième source de tension est nos intérêts en commun à l'égard des droits et des responsabilités des États concernant les armes nucléaires. Cette question a constitué une source de tension entre les États-Unis et la République islamique d'Iran. Pendant de nombreuses années, l'Iran s'est défini en partie par son opposition à mon pays et il existe en effet un passé tumultueux entre nos deux pays. […] Chaque pays, y compris l'Iran, devrait avoir le droit d'avoir accès à l'énergie nucléaire pacifique s'il respecte ses engagements dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. »

Comprendre le sujet
Si le document proposé à l'étude est relativement récent (2009), la consigne invite néanmoins à s'en servir pour proposer une analyse du Moyen-Orient « depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ». Cela signifie qu'il ne faudra pas se contenter d'étudier le document dans son contexte d'énonciation (l'après-guerre d'Irak de 2003) mais aussi essayer de le situer dans une durée plus longue de l'histoire des conflits au Moyen-Orient au cours de la deuxième moitié du xxe siècle.
Procéder par étapes
Comme toujours pour l'analyse d'un document d'histoire, il convient de commencer par lire et analyser attentivement la consigne afin de bien comprendre ce qui est attendu du candidat. Dans un deuxième temps seulement, et en gardant présent à l'esprit ce qui a été tiré de l'analyse du sujet, on peut se lancer dans la lecture du document lui-même, en veillant à faire preuve à son égard de recul critique. Le document ne présente en effet qu'un point de vue (en l'occurrence américain) sur un sujet complexe. Il ne faut donc pas le prendre pour argent comptant mais être capable de repérer ses éventuels non-dits ou approximations. L'élaboration du plan ne pose guère de problème dans la mesure où il est suggéré par la consigne : on peut donc procéder en deux temps en montrant d'abord que le Moyen-Orient est, à l'échelle régionale, un foyer de conflits depuis 1945, puis en montrant qu'il est aussi, à l'échelle mondiale, un enjeu des affrontements internationaux entre grandes puissances.

Corrigé

Introduction
Devenu président des États-Unis en janvier 2009, Barack Obama s'est immédiatement attelé à réorienter la politique étrangère de son pays que son prédécesseur George W. Bush avait engagée en réaction aux attentats du 11 septembre 2001, dans une voie belliqueuse, singulièrement au Moyen-Orient (interventions en Afghanistan à partir de 2001, puis en Irak à partir de 2003). Prenant acte des difficultés de l'armée américaine sur ces deux fronts, et de la détérioration de l'image des États-Unis dans le monde, le président Obama décide de renoncer à l'usage massif du seul hard power (la force) pour tenter d'user plus habilement du soft power américain. C'est dans cette logique de séduction ou de réconciliation avec le monde musulman qu'il est amené à prononcer au Caire en 2009 un discours fondateur de sa politique étrangère qu'il veut nouvelle.
Le choix du Caire ne doit rien au hasard. Grand pays arabe, l'Égypte est aussi un allié des États-Unis depuis qu'elle a conclu la paix avec Israël (1978-1979). C'est donc le lieu idéal pour un président américain souhaitant s'adresser au monde arabe et musulman en général. Le discours qu'y prononce Barack Obama commence par revenir sur l'histoire contemporaine du Moyen-Orient pour chercher à comprendre les racines de la forte conflictualité qui le caractérise. C'est précisément ce passage qui est proposé à notre analyse. Nous allons donc chercher à comprendre à partir de lui quelles sont, selon le président américain, les causes de la forte instabilité de la région, tout en demeurant prudents à l'égard de ses interprétations dans la mesure où il n'est évidemment pas désintéressé étant lui-même un acteur de ces conflits régionaux et non un observateur distancié. Dans un premier temps, nous montrerons que le Moyen-Orient est effectivement une région caractérisée depuis 1945 par de très nombreux conflits. Nous verrons ensuite que le fait qu'elle soit au cœur des rivalités entre les grandes puissances du monde entier peut contribuer à expliquer ce fait.
I. Le Proche et le Moyen-Orient : un foyer de conflits
Dressant l'état des lieux du Moyen-Orient au moment où il s'exprime, le président Obama est amené à mettre d'emblée le doigt sur les deux conflits qui agitent alors la région : l'Afghanistan et l'Irak. Si le premier est présenté par lui comme une guerre défensive suite aux attaques de septembre 2001 perpétrées sur le sol américain par des terroristes soutenus par les talibans afghans, le second semble plus difficile à justifier pour le nouveau président américain : c'est « un choix » de son prédécesseur, et non « une nécessité » comme le fut selon lui l'invasion de l'Afghanistan en 2001. Sa difficulté à endosser le choix d'envahir l'Irak s'explique aisément : alors sénateur de l'Illinois, Barack Obama s'était opposé à cette intervention dont il hérite six ans plus tard en devenant président. Mais il hérite également de conflits beaucoup plus anciens, à commencer par le conflit israélo-palestinien auquel il consacre un long développement, conscient du fait qu'il s'agit là d'une « grande source de tension » pour la région tout entière. Le Moyen-Orient tel qu'il est ici décrit par Barack Obama apparaît donc comme écheveau mêlant conflits anciens (la question de Palestine) et conflits nouveaux (Afghanistan, Irak) qui interagissent et se renforcent mutuellement. Toute avancée vers la paix dans l'un d'entre eux est donc susceptible d'avoir une influence positive sur tous les autres.
II. Le Proche et le Moyen-Orient : enjeux des affrontements internationaux
En tant que président américain, Barack Obama ne peut évidemment se contenter de dresser un état des lieux de la conflictualité au Moyen-Orient. Il lui faut bien sûr esquisser des solutions. Pour ce faire, il importe de dépasser le constat pour aller vers l'explication, car c'est en identifiant les causes des conflits qui ensanglantent la région qu'on pourra espérer les résoudre. C'est pourquoi Barack Obama se livre à un retour sur l'histoire contemporaine du Moyen-Orient tendant à y identifier les origines des conflits actuels. Parmi celles-ci, les nombreuses ingérences de puissances étrangères à la région sont pointées du doigt. Il commence par évoquer « le colonialisme » d'origine européenne qui a contribué à l'établissement du découpage frontalier de la région du temps où celle-ci était divisée en « mandats ». Puis il pointe la responsabilité de la guerre froide au cours de laquelle Moscou et Washington ont, ici comme ailleurs, avant tout cherché à étendre leur réseau d'alliances respectif, sans guère se soucier de l'avis des populations concernées. Plus récemment, il reconnaît que les interventions menées par son propre pays, notamment en Irak, ont pu contribuer à alimenter l'instabilité régionale. Mais il considère néanmoins que les puissances étrangères à la région ne peuvent être tenues pour seules responsables de cette instabilité. Il pointe en effet du doigt certaines puissances moyen-orientales qui seraient elles aussi sources de tension. C'est notamment le cas de l'Iran, pays en froid avec les États-Unis depuis qu'il est devenu en 1979 une « république islamique ». Aussi n'est-il pas surprenant que son programme nucléaire soit dénoncé par l'hôte de la Maison Blanche, qui ne dit en revanche rien de celui mis au point par son allié israélien.
Conclusion
Ce document permet ainsi de mieux saisir et de mieux comprendre les conflits qui agitent le Moyen-Orient depuis 1945. Il doit cependant être utilisé avec prudence en n'oubliant pas qu'il reproduit les propos d'un homme politique en exercice dont l'analyse n'a donc rien de désintéressé. Au demeurant, avec le recul, on peut voir dans le dernier paragraphe de ce texte le premier jalon de l'accord sur le désarmement nucléaire de l'Iran que le président Obama obtiendra finalement à la fin de son second mandat présidentiel. L'ironie de ce document réside néanmoins dans le fait qu'on y voit un président américain dénoncer les interventions étrangères au Moyen-Orient alors même que son discours illustre ce type d'intervention puisqu'il est celui d'un Occidental venant apporter ses « solutions » aux problèmes des Moyen-Orientaux.