La Chine et le monde depuis 1949 (sujet national, juin 2019, composition)

Énoncé

La Chine et le monde depuis 1949.
Comprendre la question
L'intitulé du sujet, qui reprend celui du cours, ne pose pas de problème particulier. Il faut cependant remarquer que la chronologie adoptée n'est pas la même que dans le programme : on ne commence ici qu'en 1949, alors que le programme remonte à 1919. Cela suppose d'être en mesure de dégager une problématique adaptée et d'élaborer un plan en conséquence.
La formulation « la Chine et le monde » indique qu'il est nécessaire de disposer de repères relatifs à l'histoire intérieure de la Chine sur la période, mais que c'est bien des relations de la Chine avec le reste du monde dont il faut traiter. Attention donc à ne pas être hors sujet, en consacrant un long développement à des événements qui ne concernent pas la politique étrangère chinoise mais sa situation intérieure.
Procéder par étapes
Comme pour tout exercice de composition, il faut d'abord commencer par analyser le sujet pour déterminer quelle est la problématique qui le sous-tend. On mobilise ensuite l'ensemble de ses connaissances permettant d'y répondre sur une feuille de brouillon, puis on essaie de les répartir en deux ou trois grandes catégories qui constitueront l'ébauche des parties de la composition. Il reste dès lors à élaborer le plan en veillant à donner à chaque partie une cohésion problématique.

Corrigé

Introduction
Devenue communiste en 1949, la Chine s'est progressivement affirmée comme une puissance majeure dans les relations internationales. D'abord alliée de Moscou, elle s'en est ensuite émancipée sans pour autant renoncer au communisme. Le paradoxe de cette affirmation progressive tient au fait que la stature de la Chine n'a cessé de croître depuis 1949, alors même que le communisme est entré en déclin depuis l'effondrement de l'URSS, en 1991.
Étudier l'évolution des relations entre la Chine et le reste du monde depuis 1949 revient donc à se demander comment ce pays est parvenu, partant de si loin, à se hisser au niveau qu'il a atteint de nos jours, et si le modèle communiste qu'il a adopté constitue un atout ou au contraire une faiblesse dans ce processus. Une autre question, fondamentale, se pose : cette ascension est-elle durable ou doit-on envisager un recul aussi fulgurant que l'ont été les progrès accomplis en un demi-siècle ?
On s'attachera à dégager deux grandes étapes concernant l'affirmation internationale de la Chine : l'époque de Mao avec l'élaboration d'une formule originale du communisme qui se traduit par une prise de distance progressive par rapport à l'URSS ; les années 1970 ensuite, avec l'émergence fulgurante du pays grâce à la puissance de son économie, ainsi que ses répercussions dans tous les aspects de la société chinoise.
I. L'affirmation d'une puissance communiste originale (1949-1976)
1. Les difficiles débuts de la République populaire de Chine
Sortis victorieux de la guerre civile qui les oppose aux nationalistes du Kuomintang depuis 1946, les communistes chinois, emmenés par Mao Zedong, proclament en 1949 la République populaire de Chine (RPC). Ils contrôlent l'ensemble du pays à l'exception de l'île de Taïwan où se sont repliés les nationalistes qui y perpétuent les valeurs du nationalisme chinois. L'existence de cette Chine concurrente pose problème à Mao. En effet, à l'exception de la Grande-Bretagne soucieuse de conserver son influence sur Hong Kong, l'ensemble des puissances occidentales ne reconnaissent pas la légitimité de son gouvernement et s'accordent pour faire en sorte que ce soit le gouvernement taïwanais qui conserve le siège de la Chine au Conseil de Sécurité de l'ONU. Dans le contexte de la guerre froide, Mao n'a pas d'autres solutions que de chercher l'appui de l'URSS. Fort du soutien soviétique, Pékin se lance alors dans une politique expansionniste et envahit le Tibet, en 1950. Mais les relations avec l'URSS se détériorent rapidement, surtout après la mort de Staline, en 1953.
2. La rupture avec Moscou
Rejetant le modèle soviétique dont il perçoit toutes les limites, surtout sur le plan économique, Mao livre sa propre version du communisme, qu'il résume dans le Petit Livre rouge. Après avoir été allié avec Moscou, il se transforme en rival, chacun des deux pays prétendant désormais exercer le leadership sur le monde communiste. La rupture est consommée en 1960, date à laquelle Moscou cesse toutes ses politiques d'assistance à l'égard de la Chine. En 1964, Pékin se dote de l'arme atomique, marquant par là son émancipation définitive vis-à-vis de Moscou. Les deux pays sont même au bord de la guerre en 1969 à propos d'un différend frontalier.
Cette division qui affecte le bloc communiste est immédiatement mise à profit par les États-Unis. En 1972, le président Nixon se rend en visite officielle dans le pays, alors qu'un an plus tôt le siège de membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU est transféré de la République de Chine (Taïwan) à la République populaire de Chine (Pékin), désormais officiellement reconnue.
3. L'âge d'or du maoïsme
Les années 1960 représentent l'âge d'or de la Chine en termes de rayonnement international. Largement discréditée par les révélations qui se succèdent sur la face sombre du modèle soviétique (purges, goulag…), l'URSS, quant à elle, ne fait plus rêver grand monde. De nombreux communistes reportent alors leurs espérances sur la Chine de Mao. En Occident, de nombreux mouvements de jeunesse se mettent à se revendiquer du maoïsme – comme c'est le cas en France au cours des événements de mai 68. Dans les pays du tiers-monde, comme au Cambodge ou en Albanie, c'est désormais la Chine qui sert de modèle aux pays qui entendent ne pas s'aligner sur les deux Grands, États-Unis et URSS, renvoyés dos à dos.
Mais les succès du modèle chinois sont plus symboliques que réels. Certes, le pays rayonne sur tous les continents et y fait des adeptes, mais sa situation intérieure n'est guère plus reluisante que celle de l'URSS. Des réformes s'imposent qu'il revient à Deng Xiaoping d'adopter à partir de la fin des années 1970.
II. L'émergence d'une puissance ambitieuse (depuis 1976)
1. La rupture économique
Arrivé au pouvoir en 1978, Deng Xiaoping engage la Chine dans de profondes réformes. Sans remettre en cause le caractère autoritaire du régime sur le plan politique, ni même son affiliation à l'idéologie communiste, il engage un basculement radical vers le libéralisme économique. La propriété privée des biens de production est autorisée, et il invite les investisseurs du monde occidental à venir faire des affaires en Chine.
Dans cet objectif, il crée le long du littoral pacifique des zones économiques spéciales (ZES), qui offrent des conditions fiscales avantageuses aux investisseurs. Désireux d'intégrer les circuits de l'économie libérale mondialisée, il conduit à son terme le processus d'intégration de la Chine à la Banque mondiale et à l'OMC (1980).
Cette stratégie s'avère payante. Alors que l'URSS s'enfonce peu à peu dans un marasme économique qui conduit le pays à son effondrement, la Chine commence à récolter les fruits de sa politique économique de réformes.
2. Le coup de frein de 1989
Le virage opéré par Deng Xiaoping est cependant loin de faire l'unanimité parmi les Chinois. Beaucoup lui reprochent d'avoir limité ses élans libéraux au seul secteur économique, sans se soucier d'opérer une libéralisation de la vie politique en autorisant, par exemple, le multipartisme et l'organisation d'élections libres. Ces contestations se cristallisent, en 1989, dans un mouvement de protestation étudiante qui se traduit par l'occupation de la place Tian'anmen de Pékin par des jeunes manifestants. En choisissant d'envoyer l'armée réprimer les manifestations, au prix de milliers de morts, les autorités chinoises montrent qu'elles n'entendent céder en rien. Ce mouvement de contestation suivi d'une répression féroce – montrée dans le monde entier à la télévision – suscite un grand élan de condamnations internationales. Des sanctions sont prises par de nombreux États qui placent la Chine sous embargo, notamment pour les ventes d'armes. Tous les efforts consentis par le pays pour tisser des liens avec le monde occidental sont ainsi remis en question.
3. L'irrésistible ascension chinoise
Pourtant, cette période de froid entre Pékin et les puissances occidentales est de courte durée. Progressivement, les sanctions sont levées et les affaires reprennent. Il faut dire qu'avec sa main-d'œuvre docile et bon marché, la Chine fait figure de « paradis » pour les grandes entreprises occidentales qui y délocalisent massivement leurs unités de production, à partir des années 1990. La centralité économique de la Chine devient éclatante, en 2001, lorsqu'elle intègre l'OMC. Elle devient alors ce que l'on a appelé l'« atelier du monde », c'est-à-dire le plus grand pôle de production industrielle de la planète. Le pays se met à s'enrichir considérablement, au point de détenir aujourd'hui le deuxième PIB du monde. Forte de ses succès économiques, la Chine engage une politique de modernisation de son appareil militaire destinée à assoir son nouveau statut. Se montrant de plus en plus belliqueuse à l'égard de ses voisins avec lesquels elle nourrit de nombreux conflits frontaliers, notamment en mer de Chine, elle suscite de plus en plus d'inquiétude. C'est en effet le dernier défi qu'il lui reste à relever. Si la Chine est désormais un pays qui compte et qui dispose d'une grande puissance, elle pâtit d'une image négative en raison de son caractère autoritaire en politique intérieure (répression des opposants, oppression du Tibet), et agressif vis-à-vis de l'extérieur (conflits frontaliers).
Conclusion
Dominée par le Japon au milieu du xxe siècle, la Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale au début du xxie siècle. Grâce à cette prospérité mais aussi à son poids démographique, elle a su se rendre incontournable dans les négociations internationales. Il lui reste cependant à stabiliser cette stature si rapidement acquise, car la principale menace vient surtout de l'intérieur du pays : l'élévation du niveau de vie des Chinois ne manquera pas d'accroître les revendications en faveur de plus de démocratie. Le pouvoir communiste saura-t-il y répondre autrement que par la force ?