L'histoire est toujours histoire d'une communauté humaine : il n'y a pas plus d'histoire de l'individu pris isolément qu'il n'y a d'histoire des animaux. Il faut distinguer l'histoire comme récit fait par l'historien des événements passés et l'histoire comme aventure en train de se faire.
1. L'histoire est-elle une science ?
• L'historien répond à une exigence de vérité, le problème étant qu'il raconte un passé auquel il n'a pas été présent. Toutefois cette exigence de vérité ne suffit pas à faire de l'histoire une science. Toute science a pour but de dégager des constantes ou lois  universelles et prédictives. Or, l'histoire est une discipline purement empirique : il n'y a pas de lois universelles de l'histoire comme il y a des lois en physique.
• L'histoire peut seulement nous enseigner comment les choses se sont passées, et non comment elles se passeront. Si donc nous définissons une science par son objet, alors l'histoire n'est pas une discipline scientifique ; en revanche, elle l'est peut-être par sa méthode : l'historien a pour but de dire ce qui s'est réellement passé à partir de traces qu'il authentifie et qu'il interprète.
Exercice n°1
2. En quoi consiste le travail de l'historien ?
• Le travail de l'historien est un travail d'interprétation : il ne s'agit pas simplement pour lui de faire une chronologie, mais d'établir le sens et l'importance des événements ainsi que leurs relations. Selon Dilthey, nous expliquons la nature, c'est-à-dire que nous dégageons peu à peu les lois qui la régissent ; mais nous comprenons la vie de l'esprit.
• De même, l'historien ne doit pas expliquer les chaînes causales et établir des lois, mais comprendre un sens ; aussi l'objectivité historique n'a-t-elle rien à voir avec l'objectivité scientifique : étant une interprétation, l'histoire peut et doit toujours être réécrite. En ce sens, l'histoire est surtout la façon dont l'homme s'approprie un passé qui n'est pas seulement le sien.
Exercice n°2
3. Pourquoi faisons-nous de l'histoire ?
• Certainement pas pour en tirer un enseignement ! « L'histoire ne repasse pas les plats » (Marx)  : on ne peut tirer un enseignement que de ce qui se répète, et l'histoire ne se répète jamais. Comme le remarque Hegel, s'il suffisait de connaître les anciennes erreurs pour ne plus les commettre, la paix régnerait sur Terre depuis bien longtemps…
• Nous faisons de l'histoire non pour prévoir notre avenir, mais pour garder trace de notre passé, parce que nous nous posons la question de notre propre identité : c'est parce que l'homme est en quête de lui-même, parce qu'il est un être inachevé qui ne sait rien de son avenir, qu'il s'intéresse à son passé. Par l'histoire, l'homme construit et maintient son identité dans le temps.
Exercice n°3
4. L'histoire a-t-elle un sens ?
• Ici, il ne s'agit plus de l'histoire comme discipline de l'historien, mais de l'histoire « en train de se faire ». La question est alors de savoir si la totalité des actes humains a son unité et se dirige vers un but (une fin), ou s'éparpille dans un simple agrégat d'actes individuels sans rapport entre eux.
• Hegel montre que l'histoire est en fait le processus par lequel un peuple devient conscient de lui-même, c'est-à-dire conscient d'exister en tant que peuple ; c'est la raison pour laquelle nous retenons principalement de l'histoire les moments où notre peuple a été menacé dans son existence, autrement dit les guerres.
5. Comment un peuple devient-il conscient de lui-même ?
• Selon Hegel, parvenir à la conscience de soi implique deux mouvements : poser un objet extérieur à soi et le reconnaître comme étant soi-même. C'est ce qui arrive lorsque je contemple mon image dans un miroir et que je la reconnais (et c'est justement ce dont tous les animaux sont incapables).
• Alors, quel est l'objet extérieur à lui qu'un peuple pose, et comment le reconnaît-il comme étant lui ? Pour Hegel, l'objet posé, ce sont les institutions : c'est en créant des institutions chargées de régir la vie en communauté qu'un peuple parvient à l'existence. Les institutions sont l'image qu'un peuple se donne de lui-même, elles matérialisent le peuple comme peuple.
Exercice n°4
6. Comment un peuple se reconnaît-il dans ses institutions ?
• La question est de savoir comment un peuple peut s'identifier à ses institutions. Hegel se souvient de la célèbre phrase de Louis XIV : « L'État, c'est moi » ; celui qui permet au peuple de se reconnaître dans ses institutions, c'est le chef politique.
• Sans le « grand homme », cette image de lui-même que sont les institutions lui serait comme étrangère : le second moment de la prise de conscience de soi est effectué par le chef éclairé (par exemple Napoléon) qui s'identifie aux institutions d'un peuple et qui, animé par la passion du pouvoir, les réforme et les impose autour de lui.
Exercice n°5
À retenir

La citation
« Ce qu'enseignent l'expérience et l'histoire, c'est que les peuples et gouvernements n'ont jamais rien appris de l'histoire. » (Hegel)
Pourquoi l'histoire ne peut-elle pas être considérée comme une discipline scientifique ?
Cochez la bonne réponse.
parce qu'elle n'est pas prédictive
parce que ce n'est pas une discipline expérimentale
parce qu'elle n'a pas d'exigence de vérité
• Il y a des sciences qui ne sont pas expérimentales : les sciences dites pures ou formelles, comme les mathématiques ou la logique ; et ce sont pourtant bien des disciplines scientifiques ! Une science, ce n'est pas simplement ce qu'on fait en laboratoire… En outre, dire que l'histoire n'est pas une science parce qu'elle n'a pas la même exigence de vérité que la physique, par exemple, est tout aussi faux : tout comme le physicien, c'est la vérité que l'historien recherche.
• Simplement, la physique, comme toute science, a pour but de dégager des lois universelles, nécessaires et prédictives : une fois connue, la loi permet effectivement de dire d'avance ce qui se passera pour un phénomène donné. Rien de tel en histoire, qui est une discipline purement empirique ; il n'y a pas de lois de l'histoire : connaître les causes de la Révolution Française ne permet en rien de prédire comment se déroulera une autre révolution.
« Nous expliquons la nature, mais nous comprenons la vie de l'esprit ». Que signifie cette phrase de Dilthey ?
Cochez la (ou les) bonne(s) réponse(s).
Le physicien dégage des chaînes causales sans signification, alors que l'historien cherche à donner un sens au passé.
Le physicien établit des lois universelles, alors que l'historien interprète des événements singuliers.
Le physicien interprète la nature, alors que l'historien explique le déroulement des événements.
• Le physicien n'interprète pas la nature, il l'explique : le but de la physique, ce n'est pas de donner un sens à la nature, mais de dégager des lois et des séries causales. En d'autres termes, la physique explique le « comment » d'un phénomène (en dégageant les lois qui le déterminent) et non son « pourquoi ».
• Alors que le physicien établit des lois universelles et dégage des chaînes causales, l'historien interprète des événements singuliers pour leur donner un sens.
Pourquoi faisons-nous de l'histoire ?
Cochez la bonne réponse.
pour ne pas commettre les mêmes erreurs que par le passé
pour pouvoir prédire ce qui va nous arriver à l'avenir
pour constituer notre identité dans le temps
• « Quiconque ne connaît pas son passé se condamne à le revivre » : nous croyons généralement que nous faisons de l'histoire pour en retirer un enseignement par la reconnaissance des anciennes erreurs. Mais connaître les erreurs du passé, cela suffit-il à ne plus les commettre ? Certainement pas ! Comme le disait Pascal, cela nous apprend seulement que l'homme est capable du pire… Donc qu'il va encore, selon toute vraisemblance, se tromper, et lourdement !
• On pourrait tirer un enseignement de l'histoire si celle-ci se répétait, et ce n'est justement pas le cas : l'histoire ne nous apprend pas comment les choses vont se passer, elle ne nous permet pas de prédire notre avenir. Nous faisons de l'histoire non pour préparer notre futur, mais pour assumer notre passé, c'est-à-dire pour nous constituer une identité.
Selon Hegel, prendre conscience de soi :
Cochez la bonne réponse.
n'est possible que pour un peuple.
implique un double mouvement : poser un objet extérieur à soi et le reconnaître comme étant soi.
implique un triple mouvement : poser un objet extérieur à soi, le regarder et le reconnaître comme étant soi.
• Lorsque je dis : « je suis moi », combien y a-t-il de personnes qui parlent ? Nous dirions : une seule, moi. Hegel va montrer qu'il n'en est rien : il y a le « je » qui parle, et il y a le « moi » auquel ce « je » s'identifie. Prendre conscience de soi, que ce soit pour un individu ou pour un peuple, implique donc toujours un double mouvement : poser un objet extérieur (le « moi » de « je suis moi ») et l'identifier comme étant soi.
• Ce mouvement est double, et non triple, parce que l'identification à soi doit être immédiate : je n'ai pas besoin d'y regarder à deux fois pour me reconnaître dans une glace.
Selon Hegel, comment un peuple devient-il conscient d'exister en tant que peuple ?
Cochez la (ou les) bonne(s) réponse(s).
lorsque le chef éclairé pose des institutions auxquelles le peuple s'identifie
lorsque le chef éclairé s'identifie aux institutions posées par le peuple
lorsque le peuple identifie le chef éclairé comme étant son chef
• Le mouvement par lequel un peuple devient conscient de lui-même est un mouvement dialectique et continu. D'abord, le peuple vit sous des institutions qui le matérialisent comme peuple. Le chef éclairé, guidé par la passion du pouvoir, va s'identifier à ces institutions ; les deux mouvements nécessaires à la prise de conscience de soi sont donc opérés.
• Mais dès qu'il a le pouvoir, le chef éclairé va transformer ces institutions et en poser de nouvelles : c'est Napoléon instaurant le code civil qui porte encore son nom. L'identité d'un peuple n'est pas fixe et fixée d'avance, elle est un perpétuel mouvement qui va du peuple aux institutions, des institutions au chef éclairé, du chef éclairé à de nouvelles institutions, de ces institutions au peuple, et ainsi de suite.