La mondialisation en fonctionnement (métropole, juin 2015, composition)

Énoncé

En vous appuyant sur le cas du produit mondialisé étudié dans l'année, vous présenterez la mondialisation en fonctionnement.
Comprendre la question
Le sujet propose d'analyser le cas particulier d'« un produit mondialisé » vu en cours, afin d'éclairer le fonctionnement de la mondialisation. Il ne s'agit pas de développer ce qu'est en général la mondialisation, pas plus que de se focaliser sur la géographie et les conditions de production du produit, mais bien de relier l'exemple du produit choisi au processus et au contexte global de mondialisation.
Il faut donc choisir un exemple parmi ceux que vous avez déjà étudiés en cours pendant l'année, mais il n'est pas interdit d'en choisir un autre. L'essentiel est que ce produit puisse bien être qualifié de « mondialisé », c'est-à-dire qu'il doit, par son processus de production et/ou de commercialisation, impliquer différents endroits de la planète. L'objectif est ensuite de montrer en quoi cette implication, pour être globale, n'en est pas moins singulière : toutes les parties du monde sont concernées par cet objet, mais pas forcément de la même manière.
Procéder par étapes
Après avoir fait votre choix, vous devez passer à son étude. Ici, nous avons choisi l'exemple de l'iPhone®, commercialisé par la société Apple. Le plus simple est de faire au brouillon trois colonnes, qui renverront aux trois parties de votre analyse : le processus de mondialisation auquel participe le produit choisi, les acteurs de la mondialisation de ce produit, et les flux générés par ce produit. Il ne reste plus ensuite qu'à inscrire dans ces colonnes les éléments qui s'y rattachent.
Processus
Acteurs
Flux
Un produit consommé sur tous les continents mais pas de manière équitable : les habitants des pays riches en sont les principaux consommateurs.
Les campagnes publicitaires à l'échelle planétaire.
Apple, une des sociétés les plus rentables du monde, utilisant de nombreux intermédiaires et paradis fiscaux pour « optimiser » ses finances.
La société Apple, dont le siège social est en Californie, dans la Silicon Valley.
Les sous-traitants d'Apple qui fabriquent les iPhone®, essentiellement en Asie.
Les sociétés de transport maritime qui acheminent les iPhone®, des lieux de production aux lieux de vente.
Les ingénieurs qui conçoivent, les ouvriers qui fabriquent, les clients qui consomment.
Les fabricants de contrefaçons à bas coût.
Les flux essentiellement orientés du Sud (lieu de production) vers le Nord (lieu de commercialisation), reflétant les déséquilibres du monde mondialisé.
Les énormes flux financiers qui transitent par de nombreux points de la planète.

Corrigé

Introduction
Les dernières décennies du xxe siècle ont été marquées par la multiplication des échanges entre les différentes parties du monde. Ce processus de mondialisation, générateur de flux de toutes natures, a redistribué les cartes de l'économie mondiale, permettant l'émergence de nouveaux acteurs.
En nous appuyant sur l'exemple du téléphone portable iPhone®, nous allons montrer comment la mondialisation de l'économie a créé un nouvel équilibre géoéconomique. Ce faisant, nous nous demanderons si cette redistribution des cartes, générant des flux nouveaux et bouleversant les acteurs traditionnels de l'économie mondiale, a un impact positif ou négatif pour les territoires qu'il implique ou au contraire marginalise.
Dans un premier temps, nous montrerons comment la mondialisation a profondément bouleversé les processus de production industrielle. Nous verrons ensuite que tous les acteurs impliqués dans ce processus n'en tirent pas le même profit. Enfin, nous constaterons que la multiplication des échanges est loin de concerner de manière égale toutes les parties du monde.
I. Un processus de division internationale du travail (DIT)
1. Au Nord, la conception
Les produits à forte valeur ajoutée, qui nécessitent d'importants travaux préalables de recherche et de développement, sont très majoritairement proposés par des sociétés implantées dans les pays du Nord. Ces firmes transnationales, qui déploient leur activité partout dans le monde, conservent dans leur pays d'origine le cœur de leurs activités. Ainsi, pour la téléphonie mobile, la conception des nouveaux téléphones par les ingénieurs se fait dans les pays du Nord (en Californie dans le cas d'Apple). C'est là, en effet, qu'on trouve la main-d'œuvre hautement qualifiée nécessaire à la réalisation de ce type de travail. C'est également un moyen de s'assurer de la confidentialité de cette recherche à l'heure de l'espionnage industriel.
2. Au Sud, la fabrication
Si les produits sont conçus au Nord, ils y sont rarement produits, d'où la désindustrialisation qui a frappé de plein fouet cette partie du monde. C'est dans les pays du Sud que se trouvent les usines des sous-traitants chargés de fabriquer les téléphones conçus par les ingénieurs du Nord. Cette localisation s'explique principalement par le fait que ces tâches nécessitent une main-d'œuvre peu qualifiée. Or celle-ci est présente en grand nombre et à faible coût dans les pays du Sud. L'iPhone® de la firme Apple, conçu à Cupertino en Californie, est ainsi assemblé dans des usines chinoises par des ouvriers qui gagnent en quatre mois le prix du téléphone qu'ils fabriquent, qui leur est donc inaccessible.
3. Aux riches, la consommation
Les produits ainsi fabriqués sont ensuite commercialisés dans le monde entier, générant d'importants flux, principalement maritimes, pour les acheminer de l'usine au magasin où le consommateur se les procurera. Le prix de l'iPhone® étant relativement élevé, toutes les parties du monde ne sont pas également concernées par ces flux marchands. Il suffit de regarder une carte des Apple Stores commercialisant l'iPhone® pour constater que ces boutiques sont implantées essentiellement dans les pays du Nord et dans les quelques régions du Sud où vit une population aisée (péninsule Arabique, Chine littorale).
II. Les acteurs de la mondialisation
1. Les FMN au cœur de l'économie mondiale
La libéralisation des échanges internationaux a fait des firmes transnationales (FTN) des acteurs centraux de l'économie mondiale. Ces firmes, très puissantes, se livrent à des arbitrages spatiaux : où implanter une usine, comment adapter un produit à une clientèle locale, où lancer une campagne de publicité, etc. Ces FMN contribuent à uniformiser la planète en diffusant partout dans le monde leurs produits standardisés. Apple, grâce au succès de ses produits, s'est imposé en quelques années comme l'une des FMN les plus influentes et les plus riches du monde, dépassant même certaines grandes compagnies pétrolières en termes de capitalisation boursière et de bénéfices.
2. Les États en concurrence
Les États sont dans une posture plus complexe que les FMN face à la mondialisation, car ils ne peuvent pas délocaliser leurs activités. Tout au contraire, ils se trouvent mis en concurrence les uns par rapport aux autres par les FMN. Pour les attirer sur leur sol, ou conserver les firmes déjà implantées, les États doivent offrir des conditions aussi attractives que possible : des politiques fiscales avantageuses, des aides à la formation des travailleurs, mais également la qualité du cadre de vie et de desserte du territoire via les réseaux de transport internationaux. Quant à la qualité de la main-d'œuvre nationale, qui résulte de celle du système éducatif, elle est également un critère déterminant pour l'implantation d'une entreprise. Apple illustre là encore très bien ce rapport ambigu des FMN aux États, car la firme est régulièrement pointée du doigt pour sa stratégie d'optimisation fiscale qui lui permet de ne payer que très peu d'impôts sur les bénéfices colossaux effectués.
3. Les acteurs informels
À côté des acteurs institutionnels que sont les États et les FMN, la mondialisation profite à de multiples acteurs informels qui tentent de s'agréger aux flux mondiaux. Dans le cas du téléphone mobile, il s'agit des groupes mafieux spécialisés dans la fabrication puis la commercialisation de contrefaçons. Celles-ci sont souvent produites dans les mêmes pays, voire dans les mêmes usines que les objets contrefaits. Ces produits transitent ensuite clandestinement vers les pays du Nord, mais également vers ceux du Sud, où les prix beaucoup plus bas les rendent accessibles, contrairement aux originaux.
III. Des flux déséquilibrés
1. Le Nord reste dominant
Si la mondialisation a permis d'inclure dans les échanges économiques mondiaux toutes les parties du monde, ce processus se fait de manière très inégale. Les pays du Nord, qui ont certes perdu une partie de leurs industries au profit du Sud, conservent les fonctions les plus qualifiées et les plus rémunératrices. Il faut donc nuancer l'idée d'un déclin des pôles de la Triade, qui conservent de solides atouts. Sans eux, les pays du Sud à qui ils délèguent leur production et dont ils achètent les produits n'auraient pas autant d'activité ni donc de prospérité.
2. Les émergents rattrapent le Nord
Si l'économie des pays du Nord n'est pas près de s'effondrer, ceux-ci pourraient en revanche être progressivement rattrapés par certains pays du Sud qui s'affirment à la faveur de la mondialisation comme de nouvelles puissances économiques. On pense bien sûr à la Chine, qui s'est en quelques années imposée comme l'« atelier du monde » – des marques de smartphones chinoises comme Huawei commencent d'ailleurs à concurrencer les produits des firmes occidentales comme Apple. C'est aussi le cas pour des pays comme l'Inde ou le Brésil, dont le poids économique croît. Certains pays riches en matières premières (Émirats arabes unis, Russie…) tirent pour leur part profit de la manne pétrolière pour investir dans le monde entier et s'assurer ainsi une place de plus en plus importante dans l'économie mondiale.
3. Des pays du Sud marginalisés
Mais tous les pays du Sud n'ont pas la chance de disposer de ressources importantes en pétrole ou de disposer d'une main-d'œuvre docile, abondante et bon marché. La mondialisation, loin d'accroître les échanges entre tous les pays du monde, contribue à marginaliser un peu plus certains d'entre eux. C'est notamment le cas des pays les moins avancés (PMA), essentiellement localisés en Afrique subsaharienne. Ceux-ci, n'ayant ni les infrastructures pour s'imposer comme des pôles de production, ni les moyens pour devenir des pôles de consommation, sont laissés sur le bord des routes de la mondialisation.
Conclusion
Si la mondialisation a incontestablement permis l'émergence de pays jusqu'alors marginalisés, qui se sont progressivement agrégés à l'économie mondialisée, ce processus demeure très incomplet. Avant tout parce que les pays du Nord conservent le monopole des fonctions de direction de l'économie mondiale, ensuite parce que de nombreux pays du Sud demeurent en marge d'une mondialisation qui n'est bénéfique qu'aux États les plus compétitifs. L'exemple de l'iPhone® est caractéristique de ces déséquilibres : il est certes produit au Sud, mais par une firme du Nord qui en tire l'essentiel des bénéfices. Quant à sa commercialisation, elle se fait en effet sur tous les continents, mais seuls les plus riches peuvent se l'offrir.