L'Asie du Sud et de l'Est : les défis de la population et de la croissance (sujet national, juin 2015, composition)

Énoncé

L'Asie du Sud et de l'Est : les défis de la population et de la croissance.
Comprendre la question
Ce sujet invite à étudier l'Asie du Sud et de l'Est à partir de deux angles d'approche : la démographie d'une part, l'économie de l'autre. L'exercice consiste à dégager ce qui peut mettre en relation ces deux aspects et donc à ne pas se contenter de les traiter séparément sans voir les liens qui les mettent en interaction. Le choix de ces deux thématiques n'a rien de surprenant, puisqu'elles recoupent les caractéristiques originales de cette région d'Asie : de fortes densités de population et des taux de croissance économique très élevés. Encore faut-il les étudier en rendant toutes les nuances qui s'imposent, car la situation varie considérablement d'un pays de la région à l'autre.
Procéder par étapes
Commencez par recenser au brouillon les principaux éléments de réponse, appuyés par des exemples, qui vous permettront d'évoquer la situation démographique de l'Asie du Sud et de l'Est, puis sa situation économique. Ensuite, il est important de repérer quels liens peuvent être établis entre ces deux ordres d'analyse qui ne sont pas sans effet l'un sur l'autre. Il ne reste plus qu'à élaborer un plan permettant d'évaluer, en termes démographiques et économiques, les forces et les faiblesses de l'Asie du Sud et de l'Est.

Corrigé

Introduction
Concentrant près de la moitié de l'humanité, l'Asie du Sud et de l'Est rattrape de plus en plus son retard économique sur l'Occident et s'impose désormais comme un pôle central de l'économie mondiale.
Inspirés par le modèle japonais, tirés par la locomotive chinoise et ses taux de croissance fulgurants, tous les pays de la région connaissent aujourd'hui de profondes mutations qui témoignent de leur émergence sur la scène internationale. Mais les situations demeurent très contrastées au sein de cet immense ensemble qui réunit des pays aux profils et aux trajectoires fort différents. La réussite actuelle de certains d'entre eux, au premier rang desquels la Chine, n'est pas sans poser des problèmes quant à la viabilité de leur modèle de développement. De même, la démographie globalement dynamique de la région ne pourra pas perdurer sans conséquences. En quoi la démographie asiatique a-t-elle pu jouer un rôle dans l'émergence économique de la région ? Quels défis la région la plus peuplée du monde doit-elle relever pour consolider son développement économique ?
Dans un premier temps, nous reviendrons sur les spécificités de la démographie de l'Asie du Sud et de l'Est. Puis nous étudierons les caractéristiques de son dynamisme économique. Enfin, nous nous interrogerons sur les limites possibles de l'émergence asiatique.
I. Une démographie originale
1. Une très forte concentration humaine
Deux mastodontes démographiques, la Chine et l'Inde, chacune peuplée de plus d'un milliard d'habitants, contribuent à faire de l'Asie du Sud et de l'Est le cœur démographique du monde. Près de 4 milliards d'êtres humains vivent dans cette seule partie de la planète, dont la densité moyenne de 140 habitants au kilomètre carré est parmi les plus fortes du monde. Comparativement à la Chine et à l'Inde, certaines parties de la région de l'Asie du Sud et de l'Est connaissent des niveaux de peuplement moins spectaculaires. De manière générale, la répartition de la population asiatique est très irrégulière, ce qui conduit à relativiser la densité moyenne de la région. Comme partout ailleurs dans le monde, la population asiatique tend de plus en plus à se concentrer dans les villes, même si l'urbanisation est encore loin d'atteindre les niveaux qu'on trouve en Occident. En effet, seul un Asiatique sur deux vit en ville, proportion en augmentation rapide et constante. La statistique moyenne régionale cache d'importantes disparités locales : près de 80 % de la population japonaise est citadine, contre à peine 30 % de la population indienne. La spécificité des villes asiatiques tient surtout à leur immensité : Tokyo est ainsi l'agglomération la plus peuplée du monde avec 35 millions d'habitants.
2. Des retombées économiques évidentes
Cette démographie caractérisée par la profusion en capital humain constitue pour l'Asie du Sud et de l'Est un formidable levier de croissance économique. En effet, disposer d'une population nombreuse permet d'offrir aux entreprises nationales une main-d'œuvre disponible et toujours renouvelable, et présente un grand attrait pour les investisseurs étrangers : le grand nombre de travailleurs potentiels attise la concurrence entre eux et tend donc à tirer les salaires vers le bas, ce qui rend la main-d'œuvre asiatique particulièrement compétitive par rapport à celles d'autres régions du monde, où existent revendications et salaires plus élevés. Par ailleurs, le fait que près de la moitié de l'humanité se concentre en Asie élève cette région au rang de marché le plus prometteur du monde, avec des milliards de consommateurs potentiels pour les entreprises du monde entier. Autant dire que les firmes transnationales (FTN) ont doublement intérêt à être présentes en Asie : elles y trouvent tout à la fois des bras pour produire et des porte-monnaie à qui vendre.
II. Une économie dynamique
1. Une région de forte croissance
Depuis le début des années 2000, l'Asie du Sud et de l'Est s'est imposée comme la région du monde qui connaît les plus forts taux de croissance économique. Pendant plusieurs années, la Chine, tête de pont régionale, a ainsi connu une croissance économique dépassant le seuil exceptionnel des 10 % de son PIB, ce qui lui a permis de ravir au Japon le statut de deuxième économie mondiale derrière les États-Unis. Le Japon, qui connaît une croissance beaucoup plus faible car c'est un pays déjà très développé, est sans conteste le deuxième pôle majeur de l'économie asiatique qu'il contribue à tirer vers le haut par la spécialisation de ses entreprises dans les secteurs à très forte valeur ajoutée. C'est d'ailleurs ce pays qui, dès les années 1950, a enclenché le réveil économique de l'Asie. Grâce à sa croissance économique fulgurante, le Japon a progressivement permis à ses voisins de se développer : d'abord ceux que l'on appelle les « Dragons » (Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong) et plus récemment des pays comme les Philippines ou l'Indonésie. Tous bénéficient de la sous-traitance mise en place par les entreprises japonaises (modèle de développement économique dit « en vol d'oies sauvages »). Enfin, l'Inde s'impose de plus en plus, au côté de la Chine, comme l'une des économies émergentes les plus prometteuses de la région, notamment dans le secteur tertiaire.
2. Un pôle majeur de la mondialisation
De plus en plus riche et dynamique, l'Asie du Sud et de l'Est s'affirme désormais comme un pôle incontournable des échanges économiques mondiaux. En effet, de nombreuses entreprises du monde entier, attirées par une main-d'œuvre bon marché, y ont implanté leurs unités de production. L'Asie est donc devenue le véritable « atelier du monde », qui produit une large partie des biens manufacturés consommés partout ailleurs. L'intense activité des nombreux grands ports de commerce situés tout le long du littoral asiatique témoigne de l'intensité des échanges de marchandises entre l'Asie et le reste du monde. Par ailleurs, les grandes FTN occidentales cherchent toutes à s'implanter en Asie, et notamment en Chine, afin de capter ce potentiel de nouveaux consommateurs que sont les classes moyennes des pays émergents. En raison de leur poids démographique à l'échelle de tout le continent, ces classes moyennes représentent un marché des plus prometteurs. Enfin, l'Asie voit de plus en plus se développer ses propres FTN qui, sur le modèle de celles du Japon, investissent sur tous les continents.
III. Des défis à surmonter
1. Vers une crise démographique ?
La démographie, au cœur de la réussite économique de l'Asie du Sud et de l'Est, pourrait bien finir par constituer un obstacle, et contraindre, dans les décennies à venir, ces pays à faire face à des défis majeurs. En effet, il faut maintenant compter avec le ralentissement de la fécondité, déjà bien enclenché, qui découle de l'élévation du niveau de vie et qui est promu par la politique de l'enfant unique pratiquée par la Chine. Ce ralentissement, couplé à l'amélioration des conditions de vie liée à l'enrichissement de la région, se traduit par le vieillissement de la population : on fait moins d'enfants et on vit plus longtemps. À terme, le problème du financement de la dépendance des personnes âgées - population toujours plus nombreuse - par une population active dont les effectifs sont appelés à diminuer se posera donc. Enfin, l'apparition de ce problème est favorisée par le déficit de femmes dont souffre toujours l'Asie et qui résulte, pour des raisons socioculturelles, de la sélection que les parents font sur leur progéniture, préférant souvent avoir un garçon plutôt qu'une fille. De nombreux hommes sont ainsi dans l'impossibilité de trouver une femme, déséquilibre affectant négativement la fécondité.
2. Des inégalités persistantes
Cette évolution des sociétés asiatiques n'a cependant rien d'original, puisque le phénomène est déjà connu en Occident. En revanche, ce qui fait la différence, c'est que l'Asie risque de vivre ce déséquilibre avant même d'avoir atteint les niveaux de développement lui permettant d'y faire face. Les chiffres élevés de la croissance économique asiatique ne doivent pas faire illusion. Ils recouvrent des réalités très contrastées et l'enrichissement de quelques-uns ne signifie pas l'amélioration des conditions de vie de tous. Comme toutes les régions émergentes, l'Asie se caractérise par des niveaux d'inégalités particulièrement importants. Ces inégalités se repèrent d'abord entre pays : Singapour, le Japon ou la Corée du Sud sont des pays riches et développés côtoyant des pays d'une extrême pauvreté comme la Corée du Nord ou le Laos. En position intermédiaire, la Chine ou l'Inde, en plein essor économique, connaissent aussi de très fortes inégalités sociales. Une petite classe de nouveaux riches y cohabite avec une masse considérable qui reste globalement très pauvre. Une situation qui recèle évidemment un risque d'explosion sociale pouvant remettre en cause le développement économique de la région.
Conclusion
L'Asie du Sud et de l'Est est la région du monde actuellement la plus dynamique sur le plan économique. Elle a su s'imposer en quelques années comme un pôle incontournable de la mondialisation. Cette réussite, elle la doit notamment à son exceptionnel potentiel démographique, impliquant pour certains pays d'innombrables défis à relever et qui, à défaut d'être gérés convenablement et à temps, pourraient bien faire virer le miracle asiatique au mirage.