Japon et Chine, concurrences régionales (Amérique du Nord, mai 2013, analyse de documents)

Énoncé

Montrez que ces deux documents permettent de présenter la concurrence régionale Japon-Chine. Quels aspects de cette concurrence ne font-ils pas apparaître ?
Document 1
Le face-à-face Chine-Japon
« S'agissant de la construction régionale, [les conceptions de la Chine et du Japon] sont opposées : pour la Chine, son périmètre devrait être celui de l'Asean+3 alors que le Japon milite pour l'Asean+6, qui inclut l'Australie, l'Inde et la Nouvelle-Zélande […] La raison du désaccord est évidente. La Chine préfère le cadre de l'Asean+3, où son influence est plus forte ; le Japon privilégie au contraire Asean+6 car les liens étroits qu'il a tissés avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande et plus récemment l'Inde, lui permettraient d'établir « un arc de la démocratie » en rempart contre les ambitions chinoises. L'accès aux ressources, vital pour chacun de deux pays, les oppose aussi violemment. Pour les hydrocarbures par exemple, deux différends les ont déjà opposés. Outre le contentieux territorial sur l'archipel Senkaku/Diaoyutai, un désaccord les sépare sur leurs frontières maritimes et donc sur la propriété des ressources halieutiques (produits de la mer) ou énergétiques de certaines zones, notamment les gisements pétroliers et gaziers situés en mer de Chine orientale. Ils s'étaient déjà longuement affrontés par Russie interposée sur le tracé du pipeline acheminant le pétrole sibérien vers la région Asie Pacifique. »
Source : d'après C. Meyer, Chine ou Japon, quel leader pour l'Asie ?, Nouveaux débats, Presses de Sciences Po, 2010.

Document 2
Aspects géopolitiques de l'Asie du Sud et de l'Est
Aspects géopolitiques de l'Asie du Sud et de l'Est
Source : d'après « La Chine et la nouvelle Asie », Questions internationales n° 48, La Documentation française, mars-avril 2011.
Comprendre la question
Le sujet porte sur la rivalité entre le Japon et la Chine, et plus précisément sur les concurrences régionales entre ces pays qui cherchent tous deux à exercer leur domination sur le reste de l'Asie orientale. Cette concurrence s'exprime sous plusieurs aspects qu'il vous faudra exposer. Le sujet mentionne que certains de ces aspects n'apparaissent pas dans les documents, ce qui doit vous amenez à faire appel à vos connaissances et à exercer un regard critique sur les documents.
Procéder par étapes
Après avoir posé au brouillon l'ensemble de vos connaissances de cours, il faut vous lancer dans la lecture attentive, stylo en main, des deux documents. L'objectif est de relever tous les aspects de la concurrence sino-japonaise qui y figurent. Une fois ce travail d'analyse et de collecte accompli, comparez ces données avec celles issues de votre travail initial de remémoration du cours, afin de déterminer ce que vous pouvez ajouter pour traiter de la question. Il ne vous reste plus qu'à élaborer un plan, qui reprendra un aspect de la concurrence sino-japonaise dans chacune des parties.

Corrigé

Introduction
La Chine et le Japon s'imposent aujourd'hui, avec l'Inde, comme les deux principales puissances dominantes en Asie orientale. Cette situation ne manque pas de susciter des tensions entre les deux pays, chacun jouant de la concurrence avec l'autre.
Pour étudier les différentes facettes de cette rivalité entre les deux puissances d'Asie orientale, nous disposons de deux documents. Le premier est un extrait d'un ouvrage scientifique paru en France en 2010, de C. Meyer, un universitaire français. Le second document est une carte tirée de la revue Questions internationales, qui porte sur les tensions géopolitiques en Asie. En confrontant nos connaissances sur le sujet aux deux documents, nous allons montrer comment ils permettent d'éclairer la rivalité sino-japonaise, et en quoi ils ne suffisent pas à en démontrer tous les enjeux.
On montrera d'abord que la rivalité entre la Chine et le Japon s'exerce sur le plan économique. On verra ensuite qu'elle a des répercussions géopolitiques, puis on insistera sur les fondements historiques de cette rivalité qui, bien qu'ils ne soient pas explicitement mentionnés, expliquent ce qui opposent les deux pays.
I. Une rivalité économique accrue
L'émergence fulgurante de la Chine est avant tout économique. Son enrichissement rapide depuis les années 1980 lui a permis de dépasser le Japon, et de prendre le 2e rang de l'économie mondiale, derrière les États-Unis. Le document 1 évoque la rivalité entre les deux pays, notamment en ce qui concerne l'accès aux ressources (pétrole, gaz) vitales au fonctionnement de leur économie respective. La Chine, particulièrement, a d'énormes besoins énergétiques et en matières premières afin de pourvoir à sa très forte activité industrielle. Le document 2 ne nous informe qu'indirectement sur ce qui met les deux pays en concurrence. On y relève qu'il n'existe aucune organisation de coopération économique intègrant à la fois la Chine et le Japon, chacun des pays ayant développé sa propre politique de coopération économique sur le plan régional. La localisation des bases maritimes chinoises le long du littoral asiatique ne doit également rien au hasard : elles constituent autant d'étapes situées sur la route qui relie la Chine au Moyen-Orient et à l'Afrique, deux des principaux réservoirs de matières premières de l'économie chinoise. Mais ces bases suscitent l'inquiétude de certains pays asiatiques qui y voient des avant-postes de l'expansionnisme régional de Pékin.
II. Une rivalité géopolitique qui en découle largement
Les rivalités économiques sont la principale source d'oppositions géopolitiques entre les deux pays dont l'un, la Chine, possède l'arme nucléaire (document 1). En effet, la plupart des nombreux différents frontaliers entre la Chine et le Japon, notamment en mer, s'expliquent par leur volonté respective de contrôler des portions de territoires potentiellement riches en matières premières : « un désaccord les sépare sur leurs frontières maritimes et donc sur la propriété des ressources halieutiques ou énergétiques de certaines zones ». Cette double rivalité, économique et géopolitique, se traduit par des divergences dans la manière de concevoir la coopération régionale (document 1). Alors que le Japon promeut une large alliance étendue aux démocraties du Pacifique dont elle est « philosophiquement » et géostratégiquement proche (Australie, Nouvelle-Zélande), la Chine privilégie pour sa part une alliance resserrée autour de pays qu'elle contrôle largement en sous-main, comme la Corée du Nord ou la Birmanie. C'est dans cette logique que la Chine a créé l'Organisation de coopération de Shanghai, l'alliance avec la Russie présentant pour Pékin l'intérêt de faire contrepoids à la fois au Japon et à l'Inde.
III. Les origines historiques du différend sino-japonais
On ne saurait comprendre les tensions entre la Chine et le Japon, sans en revenir à l'histoire tourmentée de leurs relations. Depuis le siècle dernier, les deux pays s'opposent pour des questions mémorielles, l'expansionnisme brutal du Japon durant la première moitié du xxe siècle ayant profondément marqué la Chine, mais également de nombreux pays asiatiques comme la Corée. La Chine s'appuie sur l'image traumatisante qu'a laissée le Japon dans la région pour y obtenir des soutiens. Par ailleurs, une vingtaine d'années après, les stigmates de la guerre froide demeurent très présents, notamment avec le maintien de la partition de la Corée en deux pays dont l'un, étroitement lié à la Chine, n'a pas renoncé au stalinisme. Plus généralement, la rivalité sino-japonaise reflète l'époque où la Chine (toujours officiellement communiste de nos jours) s'opposait au Japon, placé de fait sous tutelle américaine après sa défaite en 1945. Quant à l'ASEAN, elle a été créée durant la guerre froide à la demande des Américains pour contrebalancer l'avancée du communisme en Asie. On comprend dans ces conditions pourquoi la Chine ne veut pas directement y participer.
Conclusion
Ainsi, les deux documents présentent l'intérêt de condenser les différentes formes que prend la rivalité sino-japonaise en ce début de xxie siècle. La concurrence entre les deux pays, sur les plans économique et géopolitique, ne peut cependant être abordée qu'avec le recul historique qui permet de saisir les origines anciennes de la situation actuelle.