Le Sahara, un désert aux ressources convoitées, un espace de conflits (Polynésie, juin 2013, composition)

Énoncé

Composition : Le Sahara, un désert aux ressources convoitées, un espace de conflits

Le sujet pas à pas

Comprendre la question
Le sujet invite à procéder à une analyse géographique d'une région précise : le Sahara. Comme le rappelle explicitement le sujet, cette région, caractérisée par sa nature désertique, peut sembler ne présenter guère d'intérêt. Ce n'est évidemment pas le cas, et le sujet invite à se pencher plus précisément sur deux aspects : les ressources dont dispose le Sahara, et les conflits dont il est le théâtre.
Comme toujours en pareil cas, il faut être capable, non seulement de présenter les ressources et d'expliquer les conflits, mais aussi d'articuler ces deux éléments en montrant comment les ressources du Sahara sont au cœur des conflits qui caractérisent la région.
Mobiliser ses connaissances
Pour commencer, il est indispensable de bien définir les limites géographiques du Sahara, région qui se caractérise par un seuil de précipitations annuel de moins de 100 millimètres. Il faut par ailleurs être au clair sur la nature, la localisation et l'utilité des principales ressources dont dispose cette région et qui peuvent être à l'origine de conflits pour se les approprier. En voici un bref résumé :
Les principales ressources sahariennes :
L'eau : si le Sahara est un désert, par définition aride, il n'en est pas moins une importante réserve d'eau. Mais cette eau est souterraine, contenue dans des aquifères que l'on doit pomper, afin d'extraire le précieux liquide, qui est ensuite acheminé vers les zones de culture et d'habitation, souvent situées loin du désert.
Le fer : le fer est extrait en quantité importante du Maroc. Il est surtout présent dans le sous-sol du Sahara occidental.
Le pétrole : les gisements de pétroles sahariens sont situés au nord de la région, c'est-à-dire dans la partie sud et peu peuplée de certains États d'Afrique du Nord : Algérie, Libye et Égypte.
Le gaz : le Maroc et la Tunisie en sont dépourvus, de même que l'ensemble des pays situés sur la frange sud du Sahara.
Les phosphates : le Maroc est le premier producteur mondial de phos-phates, minerais qui servent notamment à la fabrication d'engrais agricoles. On en trouve à la fois au nord du pays, mais aussi au Sahara occidental, ce qui explique l'intérêt stratégique de cette région.
L'uranium : ce minerai nécessaire au fonctionnement des centrales nucléaires est particulièrement convoité par les grands groupes énergétiques multinationaux. Le nord du Niger est l'une des principales zones d'extraction au monde et la France, au travers de l'entreprise Areva, y est très implantée.
Procéder par étapes
Après avoir analysé et défini la problématique du sujet, le plus simple est de travailler au brouillon et de recenser d'une part les ressources sahariennes, leur localisation et leur utilité comme on l'a fait plus haut, d'autre part les principaux conflits qui ont marqué récemment ou continuent de marquer le Sahara.
Essayez de trouver si des liens peuvent être établis entre les deux colonnes, autrement dit si des conflits peuvent être rattachés à la question des ressources. Il ne s'agit pas de vouloir à tout prix montrer que les conflits s'expliquent par la convoitise de ces ressources, mais de faire remarquer que cette question intervient souvent dans les conflits au Sahara, même si à l'origine ils peuvent être de toute autre nature.

Corrigé

Introduction
Le Sahara est une large bande désertique qui s'étire d'est en ouest au Nord de l'Afrique, de l'Égypte au Maroc, et se caractérise par un niveau de précipitations inférieur à 100 millimètres annuels, ce qui rend toute culture impossible hors des rares oasis, et la vie humaine particulièrement difficile. C'est le plus grand désert du monde, situé au cœur d'un continent, l'Afrique, dont la place dans la mondialisation est fort marginale. Autrement dit, tout concourt à faire de cette région un « trou noir » de la mondialisation, laissée à l'écart des flux qui sillonnent la planète. Il n'en est pourtant rien, car le Sahara apparaît comme l'une des régions d'Afrique les plus convoitées et ce par le monde entier. Peu peuplé, le Sahara est pourtant une région très exploitée en raison de la richesse de son sol qui regorge de ressources dont certaines sont particulièrement recherchées, à commencer par le gaz et le pétrole. Il n'est donc pas étonnant que son appropriation et son exploitation donnent lieu à de nombreuses rivalités. Nous allons essayer d'expliquer en quoi les richesses du Sahara sont, pour une bonne part, à l'origine des nombreux conflits qui l'affectent et en font à l'heure actuelle une des zones les plus dangereuses du monde.
Après avoir dressé le tableau des ressources dont dispose le Sahara, nous évoquerons les nombreux acteurs économiques présents dans la région et les conflits qui les opposent.
I. Le Sahara : peu d'hommes mais beaucoup de richesses
1. 
Des ressources abondantes mais pas illimitées
Paradoxalement, pour un désert, le Sahara est d'abord riche par ses ressources en eau qui proviennent essentiellement de nappes souterraines. Celles-ci sont situées en profondeur, mais ne sont pas renouvelables. Leur exploitation, notamment à des fins d'irrigation, finira donc par les tarir. Le Sahara possède également de nombreuses ressources minérales qui sont très recherchées à l'exportation comme le fer, le cuivre, l'or et les phosphates. On y trouve surtout quelques-unes des plus grandes mines d'uranium au monde, situées sur le territoire nigérien, un minerai d'une importance capitale puisqu'il est nécessaire au fonctionnement des centrales nucléaires. Enfin, le Sahara recèle des hydrocarbures, principalement sur les territoires algérien et libyen, contribuant à assurer la prospérité de ces États, qui, depuis plusieurs décennies, en tirent une rente considérable. Comme l'eau, toutes ces ressources sont épuisables, ce qui explique que chacun veut tirer un maximum de profit de leur exploitation avant qu'il ne soit trop tard. Seule une ressource saharienne semble inépuisable : le soleil. C'est pourquoi de nombreux projets sont en cours d'étude afin de développer d'immenses champs de panneaux solaires destinés à produire de l'électricité.
2. 
Un peuplement lié aux ressources
Par définition, le Sahara, en tant que désert, se caractérise par son faible peuplement : à peine 5 millions d'habitants sur 10 pays et 9 millions de km2. Ces populations sont très inégalement réparties, et se concentrent pour la plupart autour des oasis et des gisements de matières premières. Certaines conservent un mode de vie nomade traditionnel, selon les coutumes ancestrales de la région. Mais nombre des habitants du Sahara n'en sont pas originaires et ne font qu'y passer. Ce sont des travailleurs expatriés, venus du monde entier, employés par les sociétés d'extraction de matières premières qui les logent dans des baraquements construits à proximité des lieux de travail. Ce qui explique que cette région, bien qu'elle offre des conditions de vie très difficiles, voit sa population augmenter régulièrement.
II. Un terrain de rencontre pour de multiples acteurs
De nombreux acteurs économiques sont présents au Sahara. Chacun y défend ses intérêts qui peuvent entrer en contradiction avec ceux des autres, d'où les sources de conflits. Mais ils peu-vent aussi être amenés à s'allier entre eux pour mieux défendre leurs positions.
1. 
Les États
Le Sahara n'a pas d'unité politique : il est fragmenté en une dizaine d'États qui ne sont réunis dans aucune organisation régionale. Certains entretiennent d'ailleurs de très mauvaises relations, comme le Maroc et l'Algérie, qui s'opposent, entre autres, sur le tracé de leur frontière commune dans le Sahara. Ces États sont tous centrés sur d'autres régions et cherchent à assurer le contrôle de leur propre territoire saharien aux marges lointaines, souvent habité par des populations ethniquement minoritaires par rapport à la population globale du pays. Le risque pour ces États de perdre le contrôle de leurs provinces sahariennes est quasi permanent : leur immensité rend difficile le contrôle des frontières dont les limites sont assez floues. Pourtant, en raison des richesses que recèle le Sahara, chacun de ces États veille scrupuleusement au respect de sa souveraineté et n'entend pas céder la moindre parcelle de désert. C'est le cas du Maroc, qui fait face depuis plusieurs décennies aux revendications d'indépendance des populations du Sahara occidental, région stratégique pour son économie et qu'il ne veut laisser échapper sous aucun prétexte.
2. 
Les entreprises
Les entreprises, pour pouvoir développer leurs activités, sont souvent alliées aux États dont elles ont besoin du soutien, et jouent un rôle crucial au Sahara. C'est par elles que sont exploitées les ressources de la région pour en tirer les richesses. Elles sont globalement de deux types : d'une part ce sont des firmes transnationales venues d'Occident ou de plus en plus de Chine, qui obtiennent les droits d'exploiter des gisements d'hydrocarbures ou de minerais en échange du paiement d'une redevance. Elles disposent de savoir-faire et de matériel que ne maîtrisent pas les États de la région et qui sont indispensables à l'exploitation des ressources. C'est pourquoi il existe une forte interdépendance entre ces entreprises et les États sahariens : elles ont besoin de l'autorisation des États pour travailler, et les États ont besoin de leur savoir-faire pour pouvoir tirer profit des richesses du sous-sol. On comprend dans ces conditions qu'États et entreprises entretiennent le plus souvent des relations de coopération plus que conflictuelles. On peut, à titre d'exemple, citer le cas de la multinationale française Areva, qui exploite les mines d'uranium du Niger, réputée très influente sur la scène politique du pays. Mais il arrive aussi qu'un État souhaite assurer lui-même l'exploitation de ses ressources. Il crée alors une entreprise publique, qui exploite pour son propre compte les ressources du pays. C'est par exemple le cas de la Sonatrach, la grande société d'hydrocarbures de l'État algérien.
3 
Les groupes mafieux
En raison des richesses qu'il recèle, le Sahara est le théâtre d'action de nombreux groupes mafieux. Il peut s'agir d'organisations purement crapuleuses qui imposent aux entreprises travaillant dans la région le paiement d'un « impôt » en échange de leur tranquillité, alors que d'autres sont spécialisés dans les activités de contrebande, faisant transiter par le désert des immigrés clandestins venus d'Afrique subsaharienne, des armes, de la drogue ou des produits de contrefaçon. Enfin, depuis quelques années, on a vu se multiplier les groupes terroristes comme Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui agissent au nom d'une idéologie politique islamiste, mais se comportent comme n'importe quel groupe mafieux pour financer ses activités : prise d'otage contre rançon, contrôle des voies de circulations pour obtenir des droits de passage, contrebande de cigarettes, etc.
III. Le Sahara : une terre de conflits
1. 
À qui appartiennent les ressources sahariennes ?
On l'a déjà pressenti, nombre de conflits au Sahara ont pour origine des intérêts qui se font concurrence pour l'appropriation des ressources. De très nombreux pays sahariens doivent ainsi faire face à des mouvements de rébellion de populations habitant ces régions riches en ressources, et qui contestent leur exploitation au profit d'entreprises liées à un État central lointain dans lequel elles ne se reconnaissent pas. En effet, lorsque l'État nigérien par exemple s'enrichit par le commerce de l'uranium des provinces sahariennes, l'argent qui est généré est réinvesti (s'il est réinvesti…) ailleurs dans le pays, et surtout dans les régions les plus peuplées. Les populations des régions sahariennes étant, comme on l'a vu, souvent issues de groupes minoritaires, elles s'estiment spoliées du produit des richesses contenues sur leur propre territoire. Ce qui explique que certaines prennent les armes pour réclamer une meilleure répartition des profits, voire leur indépendance. Il arrive parfois qu'une grande entreprise, parce qu'elle veut prendre la place occupée par une autre, soutienne en sous-main ces rebellions : si elles l'emportent, elles lui offriront des conditions avantageuses d'exploitation.
2. 
Le péril terroriste
Le développement du terrorisme islamiste dans la région saharienne constitue une forme de conflit nouvelle et originale. Il n'est pas directement lié aux ressources de la région : ce n'est pas pour se les approprier que les djihadistes commettent des attentats et des prises d'otages, mais, au contraire, pour faire fuir les investisseurs étrangers et ainsi mettre en difficulté les États sahariens en s'attaquant à leurs ressources économiques. Même les groupes djihadistes sont liés aux trafics en tout genre qui caractérisent le Sahara, et les rançons qu'ils obtiennent contribuent au financement de leurs activités. La prise d'otage géante du site gazier d'In Amenas en janvier 2013 dans le Sahara algérien, témoigne du danger que fait peser l'activité terroriste de la région sur les ressources économiques des pays. Des moyens considérables ont été déployés pour tenter de l'endiguer, mais rien ne dit qu'ils seront efficaces compte tenu du terrain complexe et difficilement contrôlable qu'est le désert saharien.
Conclusion
Le Sahara concentre de nombreux enjeux qui font de cette zone l'une des plus convoitées au monde. Riche de nombreuses ressources particulièrement recherchées, l'essentiel des revenus qui en découlent revient aux États qui se les partagent. C'est ce qui explique que, depuis longtemps, il soit agité par les désirs d'indépendance ou d'autonomie des populations locales. S'y ajoutent les rivalités entre les entreprises impliquées dans l'exploitation des ressources, et l'activité de déstabilisation organisée par des groupes terroristes. Autant de raisons qui font de ce désert, en ce début de XXe siècle, un des points chauds de la planète, non seulement du point de vue climatique, mais aussi géopolitique.