Le continent africain face au développement et à la mondialisation (sujet zéro du ministère, analyse de documents)

Énoncé

Montrez en quoi ces deux documents rendent compte de la situation contrastée du continent africain face au développement et à la mondialisation. Quel regard critique peut-on porter sur ces documents ?
Document 1
Sujet zéro du ministère, séries ES et L - illustration 1
Source : Ramses 2012.
Document 2
Le téléphone portable en Afrique
« Défiant les scénarios les plus optimistes, l'Afrique comptabilisait plus de 267 millions d'abonnements au mobile fin 2007 et, compte tenu du taux de progression évalué encore aujourd'hui à 40 %, on a sans doute déjà largement dépassé ce chiffre. […]
Cela fait longtemps maintenant que le téléphone portable fait partie du paysage africain, avec ses surnoms et les nouvelles habitudes – et nuisances – que l'on trouve partout dans son sillage. En avoir un serait même une « obligation », à lire le message de Charles de Kinshasa, « sinon on n'est pas dans le réseau ». Preuve s'il en était encore besoin de sa propagation fulgurante parmi les populations urbaines africaines, tous les entretiens audio enregistrés lors de cette enquête ont été réalisés grâce au cellulaire, nos témoins ne disposant d'aucun autre numéro pour les joindre. « Imaginez à la maison, nous raconte Abdoulaye de Ndjamena, nous sommes dix, et sept ont un téléphone portable. » […]
Dans des pays où la téléphonie fixe est presque inexistante, […] le mobile continue son implacable progression. L'association GS/ WX, qui regroupe quelque 750 opérateurs à travers le monde, affirme d'ailleurs vouloir investir 50 milliards de dollars supplémentaires en Afrique subsaharienne pour « couvrir 90 % de la population d'ici les cinq prochaines années ». Autre signe de la concurrence entre les acteurs économiques sur cette zone, le rachat de 70 % de Ghana Telecom par le géant britannique Vodafone en juillet dernier pour la somme de 900 millions de dollars ! Marché en formidable expansion, le secteur du mobile a en outre un impact beaucoup plus fort en Afrique qu'ailleurs, selon Vanessa Gray du département des statistiques de l'Union internationale des télécommunications.
Bien sûr, le phénomène est très variable d'une région à l'autre. Comme pour l'Internet, ce sont les extrémités sud et nord du continent qui sont en tête pour le nombre d'abonnements, avec respectivement 85 % et 53 % des personnes effectivement munies d'un téléphone, contre un peu plus de 25 % pour l'Afrique subsaharienne. Entre un pays et un autre, les écarts ne sont pas moins saisissants : moins de 2 % d'abonnements en Éthiopie contre près de 90 % au Gabon… […]
Si les villes africaines résonnent de plus en plus des conversations bruyantes des abonnés au téléphone portable […], les campagnes africaines en revanche sont encore très calmes. En 2007 selon IVIT, 7 % des foyers africains disposent effectivement d'un téléphone mobile en zone rurale. Et si les endroits où l'on peut capter le signal sont de plus en plus étendus, 40 % de la population n'est pas encore couverte par un réseau de téléphonie mobile, soit plus de 300 millions de personnes. » »
Source : d'après Anne-Laure Marie, article publié sur le site de Radio France International (RFI) le 22 octobre 2008, www.rfi.fr.

Comprendre la question
À partir de deux documents, le sujet invite à exposer les enjeux du développement et de la mondialisation dans le cas du continent africain. Comme toujours dans une étude de documents, il faut éviter les généralités, mais bien s'appuyer sur l'analyse et le commentaire.
Dans ce cas, l'exercice est ici plus difficile qu'à l'accoutumée, car ces deux documents ne sont pas les plus pertinents sur le sujet, n'évoquant pas de nombreux aspects importants. Faut-il alors combler ces lacunes par vos connaissances de cours au risque d'être hors sujet ?
La formulation du sujet fournit la réponse, et invite le candidat à porter un « regard critique » sur les documents. Il ne faudra donc pas se contenter de commenter ces documents, mais de développer les aspects qui leur font défaut.
Procéder par étapes
Il faut en premier lieu recouper ses connaissances avec les informations fournies par les documents, et relever ce qui montre la marginalité de l'Afrique dans la mondialisation, ainsi que son retard de développement.
Le document 1 renseigne sur le PIB des pays plutôt que sur l'IDH, ce qui est insuffisant pour traiter du développement : il évoque la richesse des pays et non les activités et les flux qui l'intègrent au processus de mondialisation.
Le document 2 porte sur un sujet très précis, le développement de la téléphonie mobile en Afrique, et va apparemment à contre-courant de ce qu'on cherche à démontrer : le retard de développement et d'intégration dans la mondialisation du continent africain, mais est cependant d'une grande utilité pour nuancer cette réalité globale.
On peut ainsi livrer une analyse en trois temps : montrer, à l'aide du document 1, les difficultés de développement et d'insertion dans la mondialisation du continent africain. Ensuite, à partir du document 2, nuancer cette affirmation en apportant d'autres éléments. Enfin, dans une troisième partie, on peut exercer son regard critique en soulignant le caractère insuffisant des documents proposés pour répondre au sujet, et pourquoi pas en proposant des documents qui l'auraient mieux illustré.

Corrigé

Introduction
Le continent africain se trouve largement en marge du processus de mondialisation, mais ce constat doit être nuancé selon les régions et les secteurs que l'on prend en compte. C'est précisément ce que nous permettent de faire les deux documents proposés à notre analyse. Le premier, extrait du rapport Ramses 2012, est une carte par anamorphose sur laquelle chaque État du monde apparaît avec une taille qui varie selon l'importance de son PIB. Le second, extrait d'un reportage de la station de radio française RFI, est relatif à l'utilisation du téléphone portable en Afrique. Dans un premier temps, nous allons montrer que l'Afrique demeure en retard sur le reste du monde face au développement et à la mondialisation. Nous verrons ensuite que ce constat d'ensemble mérite d'être nuancé. Nous terminerons enfin en soulignant l'insuffisance des documents mis à notre disposition pour répondre pleinement à la problématique soulevée.
I. Le retard de l'Afrique
Le document 1 montre mieux que tout autre le retard de l'Afrique par rapport au reste du monde. C'est de très loin le continent le moins riche. Sur la carte par anamorphose, l'ensemble des pays africains est à peine plus grand, donc plus riche, que le seul Royaume-Uni. Dans ces conditions, on mesure à quel point l'Afrique n'a qu'une importance marginale dans les échanges mondiaux. Quant au document 2, s'il peut donner l'impression d'une Afrique développée car très connectée par le biais du téléphone mobile, il n'oublie pas de préciser que l'essor du téléphone portable est d'abord lié à l'absence de réseau de téléphonie fixe, signe caractéristique du sous-développement des infrastructures de la région.
II. Un retard relatif
Le retard de développement de l'Afrique doit cependant être nuancé selon les pays. On constate sur le document 1 que le PIB des pays du Maghreb et celui de l'Afrique du Sud sont sensiblement plus élevés que ceux des autres pays africains. Ils semblent donc un peu moins à l'écart du développement que leurs voisins. Par ailleurs, le document 2 rappelle que de forts contrastes de développement et de connexion aux réseaux mondialisés existent à l'intérieur de chaque pays africain : globalement, les villes sont mieux connectées et plus développées que les campagnes. En outre, la faible insertion de l'Afrique dans le processus de mondialisation est contrecarrée par l'intérêt que suscite le marché africain du mobile, dont le document 2 nous apprend qu'il a poussé la firme multinationale britannique Vodafone à se porter acquéreur d'un opérateur africain.
III. Des documents à utiliser avec un regard critique
Quoi qu'il en soit, ces deux documents ne peuvent suffire à dresser un tableau précis de l'état du développement et de la participation à la mondialisation du continent africain. Le document 1 représente le PIB des pays, indicateur qui permet de mesurer leur richesse mais qui ne prend pas en compte toutes les composantes utilisées pour calculer l'IDH inhérent à chaque pays. Ainsi, afin d'étudier le développement, une carte de l'IDH aurait été bien plus utile. En ce qui concerne le document 2, qui porte sur un secteur très spécifique dont l'essor fulgurant est lié avant tout à la déficience des réseaux de téléphonie fixe, il n'est pas très représentatif du niveau de développement réel de l'Afrique.
Conclusion
À l'aide des deux documents proposés, on a donc pu montrer que la présentation caricaturale d'une Afrique totalement détachée du train de la mondialisation et restée à l'écart du développement est trop simpliste. Il est en effet difficile de parler au singulier d'une région aussi vaste et contrastée que l'Afrique. Il est cependant tout aussi difficile d'en parler avec précision à l'aide de seulement deux documents, qui ne permettent de voir qu'une infime partie de la complexe réalité africaine.