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Religion et société aux États-Unis depuis les années 1890

« In God we trust ». Cette devise célèbre – et pourtant adoptée officiellement seulement en 1956 – résume le lien particulier qui existe aux États-Unis entre société et religion. Malgré la grande diversité des Américains, le fait religieux demeure un fait social fondamental aux États-Unis.
Comment les religions ont-elles marqué la société américaine depuis les années 1890 ? La religion est-elle un facteur d'intégration dans le cadre du « melting-pot » ?
1. Un État fondé sur une laïcité particulière
Un État laïc
• Les principes de la Constitution
La Constitution de 1787 est inspirée des principes des philosophes des Lumières. Elle instaure une stricte séparation entre l'État et les religions. La liberté religieuse est garantie pour tous. Il est ainsi aujourd'hui très facile à un mouvement religieux récemment fondé de se faire reconnaître comme « Église » aux États-Unis.
• La « religion civile »
Cette laïcité s'accompagne cependant d'une croyance en une protection divine sur les États-Unis. La référence à Dieu est donc omniprésente, mais il ne s'agit que d'une idée générale de Dieu, pas du Dieu d'une religion en particulier. Ce n'est cependant qu'en 1956 qu'est officiellement adoptée la devise « in God we trust ». La pratique veut que le président prête serment sur la Bible, mais aucune loi ne l'y oblige.
Exercice n°1
Un héritage protestant
• L'héritage des « pilgrim fathers »
Le protestantisme occupe cependant une place importante dans l'histoire des États-Unis et dans la définition de leur identité. En effet, ce sont des protestants puritains qui, en 1620, débarquèrent du Mayflower. Depuis lors, la fête de Thanksgiving est célébrée le quatrième jeudi de novembre par tous les Américains, quelle que soit leur religion.
• Les protestants, premiers immigrants
Les premières vagues migratoires, venues du monde anglo-saxon, de Scandinavie et d'Allemagne sont largement composées de protestants.
• Un enracinement
Le protestantisme marque fortement les valeurs civiques des Américains. C'est dans le monde protestant que s'est développé l'esprit du capitalisme, fondé sur la réussite individuelle par le travail.
2. Diversité religieuse et unité nationale
Forte de ces héritages, la société américaine s'est adaptée à une diversité religieuse croissante. Pourtant, l'unité de la société demeure très forte.
Un patchwork religieux
• Les christianismes
Toutes les branches du christianisme sont présentes aujourd'hui aux États-Unis. On compte un peu plus de 50 % de protestants. Depuis 1890, leur part a diminué. Surtout, au sein du protestantisme, le rapport entre les différentes Églises a changé. Les Églises protestantes traditionnelles, calvinistes, luthériennes ou anglicanes ont vu leur audience diminuer. Au xixe siècle, elles ont été confrontées aux Églises dites « du réveil », comme les baptistes, très présents dans les États du « vieux Sud ». Après 1950, de nouvelles formes de protestantisme sont apparues, appelées « Églises évangéliques ». On y trouve le mouvement des « born again », les télévangélistes et le mouvement pentecôtiste. Ces Églises représentent aujourd'hui plus de la moitié des protestants américains. Le catholicisme correspond aujourd'hui à un quart des Américains, pour moins de 10 % en 1890, principalement à cause de l'arrivée d'immigrants d'Amérique latine. On compte aussi d'importantes communautés orthodoxes.
• Le judaïsme
Avec six millions de juifs, les États-Unis sont le pays où vivent le plus de juifs au monde, avant l'État d'Israël. Toutes les familles du judaïsme (sépharades, ashkénazes, libéraux ou orthodoxes) sont présentes, avec d'importants foyers, notamment sur la côte est.
• Les autres religions
1 % environ des Américains sont musulmans. L'islam s'implante dans le pays à partir des années 1930. Par ailleurs, une multitude de mouvements religieux sont apparus aux États-Unis. On peut citer le cas des mormons, fondés au milieu du xixe siècle. Ils sont nombreux dans l'Utah.
• La progression des « sans-religion »
Par ailleurs, tout au long de la période qui va de 1890 à nos jours, le nombre d'Américains se disant sans appartenance religieuse a fortement progressé pour atteindre 17 % (plus de la moitié des habitants dans l'Oregon). L'État fédéral a fait cesser les prières dans les écoles publiques en 1962. Le taux de pratique religieuse a lui aussi diminué pour atteindre 40 %. Cependant, ces deux chiffres restent, pour le premier, très inférieur, et pour le second, plutôt supérieur à ce qu'on observe en Europe occidentale, montrant une forte empreinte de la religion dans la société américaine.
Un révélateur des vagues d'immigration
• Des vagues d'immigration
Cette diversité est fortement liée aux migrations qui ont structuré depuis plus d'un siècle la société américaine. Les premières vagues sont protestantes. À la fin du xixe siècle, Irlandais puis Italiens font fortement progresser le nombre de catholiques, les Grecs, celui des orthodoxes. Les persécutions dont sont victimes les juifs d'Europe centrale à la fin du xixe siècle puis dans le régime nazi conduisent à d'importantes migrations vers les États-Unis. Les migrations récentes ont apporté de nombreux catholiques originaires d'Amérique latine, mais aussi des musulmans venus d'Asie et des pratiquants des religions orientales.
Exercice n°2
• Des intégrations progressives
Les nouveaux immigrants ont été souvent victimes, depuis la fin du xixe siècle, de xénophobie de la part des protestants plus anciennement installés. Les catholiques sont accusés d'arriération économique et culturelle et sont exclus de fait de la vie politique à la fin du xixe siècle.
La religion, un révélateur de la structure de la société ?
• La domination des WASP
La société américaine a donc été longtemps dominée par le modèle des WASP : les « White anglo-saxon protestant ». Ceux-ci maintenaient les catholiques en dehors de leurs réseaux d'influence. Ils excluaient également les Noirs, rassemblés dans des Églises protestantes spécifiques dans les États du Sud.
• Une société fondée sur les communautés : religions et « melting-pot »
Depuis 1890, la société américaine s'est donc structurée à la fois autour d'une unité nationale très forte et d'un maintien d'une identité particulière. La religion en est un élément fort. Se déclarer d'origine irlandaise ou italienne implique presque automatiquement une appartenance au catholicisme. Dans le cas du judaïsme, la communauté et la religion sont très liées. En revanche, l'islam regroupe souvent des personnes d'origines diverses. La multiplication des mariages mixtes depuis les années 1960 tend cependant à donner une part plus importante au choix personnel d'une religion.
3. La religion comme outil d'intégration ?
Religion et mouvements d'émancipation
• L'émancipation des Noirs : le christianisme
À partir des années 1960, le mouvement pour les droits civiques se structure. Les Noirs demandent la suppression des mesures de ségrégation encore existantes. Depuis 1955, le pasteur baptiste Martin Luther King s'affirme comme leader du mouvement. Il s'appuie sur le message égalitaire prôné par la Bible. Son action pacifiste culmine avec la grande marche sur Washington de 1964.
Exercice n°3
• L'émancipation des Noirs et la voie de l'islam
Certains Noirs ne se reconnaissent pas dans la voie évoquée précédemment, considérant que le christianisme a été compromis par l'esclavage, et se tournent vers l'islam. Depuis 1930 a été créé le mouvement « Nation of Islam », dont les membres prennent le nom de « black muslims ». Leur action radicale, marquée dans les années 1960 par la figure de Malcolm X, s'inscrit dans le grand mouvement de contestation que connaît alors le modèle américain.
Religion et fondamentalisme : des religions de la fermeture ?
• La question du fondamentalisme
Certains mouvements religieux ont essayé de donner à la société américaine une empreinte fondée sur une lecture rigoriste des textes sacrés. À la fin du xixe siècle, les mormons ont dû cependant abandonner la polygamie. Les protestants fondamentalistes réussirent à imposer la prohibition de l'alcool de 1919 à 1933. Ces mouvements s'opposèrent également à la diffusion de théories scientifiques selon eux incompatibles avec les textes sacrés. La théorie de l'évolution énoncée par Darwin est interdite dans les établissements scolaires de certains États jusque dans les années 1960. En 1925 a lieu le « procès du singe » intenté par l'État du Tennessee contre un enseignant de biologie, Thomas Scope.
Exercice n°4
• La religion comme prétexte à l'exclusion
Des mouvements d'inspiration raciste ont également pu instrumentaliser la religion pour promouvoir une vision exclusive de la société. Fondé en 1865, le Ku Klux Klan, très présent dans les État du Sud, s'attaque aux Noirs pour des motifs racistes, mais aussi aux catholiques, pour des motifs religieux.
Religion et politique : un révélateur
• Des dirigeants qui témoignent de l'ouverture religieuse
Cependant, la démocratie américaine a permis une intégration progressive des différentes religions. En 1960, John Fitzgerald Kennedy, catholique, est élu président.
Exercice n°5
• Religion et lobbyisme
Souvent, il existe un lien fort entre hommes politiques et religions. Ainsi, dans le processus électoral en cours en 2012, la religion mormone du candidat républicain Mitt Romney est régulièrement évoquée. En effet, les religions possèdent d'importants réseaux financiers aux États-Unis. Ces réseaux structurent la société par leur implication dans le domaine de l'éducation, du sport et de l'assistance aux personnes défavorisées. Il est donc impossible de s'engager socialement ou politiquement aux États-Unis sans prendre cela en compte.
Ainsi, les religions ont accompagné les mutations les plus profondes de la société américaine. La religion permet au citoyen de se sentir à la fois membre d'une communauté – choisie ou héritée – tout en faisant partie d'une nation liée par une religion civique.
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