L'humanisme est un mouvement intellectuel et culturel qui s'est épanoui pendant la Renaissance. Il a conduit à une nouvelle vision du monde, de nouveaux modes de connaissance, à travers une remise en cause des traditions. Il est en effet, comme son nom le souligne, une affirmation de l'homme et une réflexion sur la place de celui-ci dans l'univers.
1. Les origines
Les termes « humaniste » et « humanisme »
Au xvie siècle, un humaniste est un professeur qui enseigne les « humanités », c'est-à-dire la grammaire, la rhétorique, et le commentaire des auteurs. Ces matières permettent aux étudiants de devenir des hommes au sens noble du mot, ayant une connaissance du beau, du vrai et du bien à la fois.
L'humanisme correspond ainsi à un idéal de dignité et de liberté humaines.
L'origine italienne : de Pétrarque à Pic de la Mirandole
Pétrarque est un poète du xive siècle (1304-1374). Auteur lyrique, il est nourri de culture antique et en particulier de Cicéron, Virgile. À partir de ces références, il élabore une œuvre personnelle – à la fois en langue latine et en italien – qui va être admirée et imitée, aux xve et xvie siècles, notamment en France. Mais, en parallèle, il travaille également sur des manuscrits latins et grecs. Ce travail, que tous les humanistes accomplissent, est multiple :
  • découverte des manuscrits ;
  • comparaison de différentes versions, copie des textes ;
  • traduction (du grec en latin, le plus souvent) ;
  • élaboration de dictionnaires et de grammaires.
Entreprise colossale donc, qui se poursuit pendant des décennies. La prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, entraîne la fuite des savants grecs, qui se réfugient en Italie (emportant avec eux des manuscrits importants), et amplifie ce mouvement de connaissance de l'Antiquité. Et l'imprimerie, qui apparaît aux alentours de 1455, facilite la diffusion de la pensée grecque dans toute l'Europe.
Dans la seconde moitié du xve siècle, Marsile Ficin traduit et commente les œuvres du philosophe grec Platon : il cherche, dans ses écrits, à concilier la philosophie antique et la théologie chrétienne : il exprime l'idée selon laquelle la grandeur humaine ne peut se comprendre que dans un univers ordonné par une puissance créatrice, Dieu.
Un peu plus tard, Pic de la Mirandole, auteur d'un Discours sur la dignité de l'homme, propose des formules qui peuvent se comprendre comme les devises des humanistes – ainsi « Dépendre de sa propre conscience plutôt que des jugements extérieurs », ou bien (le « je » est celui de Dieu, s'adressant à l'homme) : « Je ne t'ai donné ni lieu, ni délimitation, ni tâches fixes, afin que tu puisses assumer n'importe quelle œuvre et occuper la place que tu désires. »
2. Les principes humanistes
On associe souvent l'humanisme en France et l'imprimerie. Il est vrai que les imprimeurs de la Sorbonne, mais aussi ceux de Lyon, sont des savants ou poètes – même si l'humanisme n'a pas « attendu » l'imprimerie pour naître, et que la recherche d'une culture nouvelle a précédé cette invention essentielle.
Guillaume Budé et le Collège Royal
Guillaume Budé, un juriste et érudit, est justement l'un de ces savants. En 1530, sous l'impulsion de François Ier, il fonde le Collège royal, devenu aujourd'hui Collège de France. Cette institution enseigne non seulement les matières traditionnelles, c'est-à-dire la grammaire et la rhétorique, mais aussi le latin, le grec, l'hébreu, la médecine, les mathématiques, etc.
L'humaniste célèbre qu'est Rabelais approuve ce programme, comme le révèle cette citation de Gargantua : « Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées ; grecque sans laquelle c'est honte qu'une personne se dise savant ; hébraïque, chaldaïque, latine… »
Cette structure se démarque de la Sorbonne, et s'oppose même à elle : d'une part en proposant des disciplines nouvelles, d'autre part et surtout en osant approcher au plus près des textes sacrés.
Les savants du Collège traduisent la Bible en français, ils commentent ce texte – ce qui passe aux yeux des tenants de la tradition pour une quasi-hérésie. En réalité, les commentaires de la Bible étaient déjà nombreux au Moyen Âge. Mais la découverte de nouveaux manuscrits et la volonté de produire un texte débarrassé des contresens accumulés par des copistes – voilà la véritable nouveauté. Cette volonté entraîne une mise à distance critique de la tradition, que les théologiens de la Sorbonne supportent difficilement.
Une nouvelle ambition pédagogique
Ce Collège manifeste également une des grandes ambitions de l'humanisme : l'ambition pédagogique. En effet, tous les humanistes ont ce point commun : d'avoir contribué à la diffusion du savoir. Les manuels de grammaire, les traductions, les dictionnaires sont des outils essentiels mis à disposition des étudiants, mais aussi d'hommes de la bonne société désireux de se cultiver. Plusieurs éléments font l'originalité de cette pédagogie :
  • refus du jargon spécialisé et obscur ;
  • volonté de faire du manuel, non une fin en soi, mais un « passeur » : l'objectif d'une grammaire n'est pas de faire collection de règles mais de permettre la lecture directe des auteurs anciens ;
  • exercices d'application ;
  • réflexion sur la façon dont l'éducation peut être « efficace » (refus de la brutalité et d'une trop grande sévérité au profit d'une attention accordée aux enfants, tentative d'abolition des classes sociales, mise en place d'un temps de « relâche », d'activités variées, de discussions libres avec le maître, etc.)
L'humanisme veut également former des orateurs, c'est-à-dire des hommes maîtres de leur parole, et capables d'analyser la parole d'autrui : deux conditions qui permettent à chacun de devenir véritablement « citoyen » et libre. L'humaniste cherche en effet une expression juste et précise, mais aussi plaisante et émouvante : une expression imprégnée des modèles des grands auteurs, non pas pour les copier servilement, mais pour mieux dire la spécificité de sa propre voix.
Le langage est, dans cette conception, porteur à la fois de beauté et de vérité : capable d'humour, usant de tous les registres (que l'on pense à Rabelais), il est manifestation de liberté – sans être jamais un pur jeu formel.
Le programme du Collège, ou d'autres écoles, révèle également que l'humanisme se veut multiple : les sciences accompagnent les lettres, ainsi que les arts. Leonard de Vinci, à la fois ingénieur, architecte, peintre, anatomiste, etc. symbolise la curiosité et l'ouverture de ce monde. Même s'il n'a pas reçu une formation précisément humaniste, Vinci vit dans le même univers de valeurs que les érudits. Comme ces derniers, les artistes sont fascinés par les mystères de l'univers et cherchent à les approcher. Tous désirent connaître mieux le monde, dans sa surface comme dans sa profondeur.
Humanisme et religion
Comme le montre l'opposition entre le Collège royal et la Sorbonne, humanisme et religion ont des liens à la fois serrés et lâches. Serrés, parce que les humanistes entreprennent leurs études parfois pour aller en profondeur dans leur compréhension des textes, et pour approfondir leur foi. Lâches, parce que leurs connaissances les mènent à une mise en doute de l'enseignement traditionnel de la religion, de sa doctrine, et de ses pratiques.
Érasme, humaniste des Pays-Bas, est ainsi l'auteur d'une traduction de la Bible jugée dangereuse par les partisans de la tradition (malgré l'absence de condamnation du pape sur cette traduction). Il est également l'auteur des Annotations, ouvrage dans lequel il critique ce qu'il considère comme des abus : culte exagéré des saints, importance trop grande des rites, des jeûnes, etc. il vise donc une Église moins marquée par l'esprit de la foi que par des codes normés.
Mais le nom qui s'impose, lorsqu'on évoque les liens entre religion et humanisme, est celui de Luther. En Allemagne, en même temps que l'humanisme propose d'approfondir le sens de l'Écriture par son étude savante, les croyants éprouvent également un sentiment de rejet vis à vis de nombreux abus ou dérives de l'Église : conduite indigne de certains ecclésiastiques, importance trop grande accordée aux rites (au détriment du sens), et surtout trafic d'indulgences. On nomme ainsi le « commerce » par lequel les pécheurs pouvaient racheter leurs erreurs en payant l'Église, qui assurait donc l'accès au Paradis contre finances.
Luther lance alors le mouvement de la « Réforme » – mouvement qui ne vise pas seulement le domaine ecclésiastique, mais aussi les structures sociales et politiques. La Réforme entre en résonance avec l'humanisme. Ces deux mouvements se rencontrent en plusieurs points, notamment le refus d'une tradition sclérosée et le désir du retour au sens, au vrai – à l'aide d'une érudition maîtrisée. Toutefois, ils ne sont pas superposables, et vont même parfois se heurter violemment, Luther reprochant aux humanistes de privilégier la connaissance par rapport à la foi.
3. Humanisme et Europe
Le mouvement humaniste ne peut pas se circonscrire dans un espace restreint – de l'Italie à l'Allemagne, en passant par la France, non seulement il a circulé dans l'Europe entière, mais encore il a contribué à la constituer.
Circulations
L'imprimerie permet la diffusion de l'écrit ; les voyages sont des moyens de connaissance « expérimentale » de l'ailleurs et du différent ; les échanges artistiques, les liens politiques aux xve  et xvie siècles, montre l'humanisme comme un souffle passant au travers des frontières.
Sud et Nord
  • En Angleterre, les universités d'Oxford et Cambridge accueillent l'enseignement nouveau. Et l'humaniste John Colet compte, parmi les auditeurs de ses conférences, Erasme lui-même – qui rencontre à Londres de nombreux savants et lettrés, parmi lesquels Thomas More, auteur d'une œuvre intitulée Utopie.
  • Aux Pays-Bas, Erasme donc, surnommé « Prince des humanistes », est l'auteur entre autres de L'Éloge de la folie – et de cette formule célèbre : « L'homme ne naît pas homme, il le devient. »
  • En Allemagne, outre Luther, il faut citer Conrad Celtis : poète, il a parcouru l'Europe et a créé une confraternité humaniste.
  • En Espagne, l'humanisme est également très présent. Mais le goût pour la culture antique et les découvertes doit se conjuguer avec la conscience d'une richesse culturelle proprement espagnole, et surtout avec le dogmatisme catholique, ses contraintes, et son bras effrayant – l'Inquisition.
Conclusion
L'humanisme est donc un mouvement qui dépasse le cadre d'un pays. Du point de vue temporel, il est également difficile de lui donner des limites précises. Certains posent la chute de Constantinople comme point de départ (1453) et l'affichage des articles de protestation de Luther contre le pape comme limite finale (1517). Ces dates ont cependant quelque chose d'artificiel et de restreint. Elles ne rendent pas compte de la multiplicité d'un mouvement qui prend ses racines dans le Moyen Âge, et pénètre bien avant dans le xvie siècle – jusqu'à un Montaigne qui, malgré son scepticisme, reste imprégné des ambitions et des principes humanistes.
Quels poètes français se sont inspirés de Prétarque ?
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Ronsard
La Fontaine
Paul Valery
Du Bellay
François Villon
La circulation des idées et des pratiques artistiques a permis à de nombreux auteurs français de connaître Pétrarque ; les poètes de La Pléiade (Ronsard, Du Bellay, etc.) se sont ainsi inspirés des sonnets de l'auteur italien.
Guillaume Budé :
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est un des plus grands traducteur d'œuvres antiques du xvie siècle.
fonde l'abbaye de Thélème avec François Rabelais.
enseigne le grec à la Sorbonne.
est proche d'Érasme, de Rabelais et de Thomas More.
Guillaume Budé, humaniste, juriste et érudit, traducteur d'œuvres antiques, fonde le Collège royal en 1530. Helléniste, il n'enseigne cependant pas à la Sorbonne. Il appartient bien entendu au cercle des humanistes de son époque, tels Érasme, Rabelais ou Thomas More.
Le Collège royal :
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a pour devise : « Docet omnia » (il enseigne tout).
vient compléter l'enseignement de l'Université de Paris, qui approuve sa fondation.
se lance dans la traduction de la Bible en français, étudie les manuscrits et cherche à les débarrasser de leurs contresens.
republie en l'état les commentaires traditionnels des textes sacrés.
Le Collège royal a pour vocation l'enseignement de toutes les disciplines du savoir, et notamment de celles que l'Université de Paris se refuse à enseigner. Sa fondation s'accompagne d'une violente opposition des universitaires, qui ont du mal à supporter le travail de traduction et de commentaire entrepris « au plus près du texte » par les savants du Collège, sans tenir compte des traditions.
Que signifie le u de utopie ?
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C'est un préfixe qui signifie « qui n'est pas ».
C'est un suffixe qui signifie « un », « unique ».
C'est un préfixe qui signifie « au-delà ».
Le mot utopie désigne un lieu qui n'existe pas, dans un temps indéterminé.
Qu'est-ce qu'une utopie ?
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Un lieu imaginaire où la réalité est idéale et sans défaut.
Une ville également appelée Thélème, où les hommes vivent en harmonie sans chef ni règles depuis plusieurs siècles.
Une matière enseignée à l'université à l'époque d'Erasme.
Le mot utopie est employé pour qualifier une société idéale, dans laquelle les individus et la société ne s'opposent pas. La concorde et l'harmonie se font autour de principes et de lois respectueux de chacun et permettant un accès au bonheur. C'est donc également un genre littéraire, qui fait écho à l'humanisme dans la mesure où il révèle un désir de l'homme de prendre en main son destin en réfléchissant aux conditions de possibilité d'une société équilibrée.
Quel écrivain a forgé le mot utopie ?
Cochez la bonne réponse.
Montaigne
Thomas More
Rabelais
C'est l'écrivain anglais Thomas More qui a créé ce mot, à partir du grec.
Quelle est la devise de l'abbaye de Thélème, l'utopie imaginée par Rabelais ?
Cochez la bonne réponse.
« Fais ce que voudras »
« Connais-toi toi-même »
« L'utopie est simplement ce qui n'a pas encore été essayé »
Rabelais, dans Gargantua propose lui aussi une utopie : celle de l'abbaye de Thélème, où des hommes et des femmes cultivés, maîtrisant les lettres et les arts, vivent dans la félicité.
En quoi Les Essais de Montaigne sont-ils marqués par l'humanisme ?
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Les Essais sont en partie consacrés à l'éducation, et notamment à celle des enfants.
Montaigne cite ses sources, souvent tirées des textes antiques.
Montaigne imagine une utopie.
Dans Les Essais, Montaigne consacre quelques chapitres à l'éducation des enfants, à la culture antique, mais également d'autres chapitres à une réflexion sur l'homme, directement inspirée de ses lectures d'auteurs antiques. On trouve de ce fait, dans le corps de l'ouvrage, de nombreuses citations latines, références et sources pour l'auteur de la fin du xvie siècle.