Le personnage de roman : du héros à l'anti-héros

Un roman est une œuvre en prose, assez longue, retraçant le parcours d'un « héros » : comment se constitue l'identité du personnage, et que recouvre précisément le terme héros ?
1. Le personnage de roman : qui est-il ?
Le personnage principal du roman s'oppose au héros antique ou à celui du théâtre tragique : il n'a pas la grandeur et la noblesse des héros légendaires, il ne représente pas la lutte digne face à un destin implacable. De manière nettement moins glorieuse ou grandiose, il incarne des sentiments et un parcours qui pourraient être ceux des lecteurs.
Bien sûr, le protagoniste peut, dans certains romans, vivre des aventures extraordinaires ou faire preuve d'une grandeur admirable. Mais, depuis le xviie siècle, les romanciers cherchent à faire vivre des personnages qui soient proches de leurs lecteurs et de leur quotidien. Le « héros » est alors dénommé comme tel en tant qu'il est le pivot du roman, et non plus selon la définition étymologique : il n'est plus un demi-dieu. Le roman met en scène un personnage face au monde, un être nuancé, aux réactions complexes et diverses.
• Selon le genre du roman ou le mouvement littéraire auquel il appartient, le personnage sera différent, et s'adressera ainsi à des « parts » différentes chez son lecteur :
  • héros incarnant nos désirs d'exploration, notre ambition dans les romans d'aventures et d'action ;
  • personnage soumis aux affres de la passion, pris dans les contradictions ou les doutes de ses sentiments et de ses désillusions dans le roman d'analyse et le mouvement littéraire du romantisme ;
  • personnage cherchant à affronter le monde et avide d'ascension sociale dans le roman réaliste ;
  • personnage interrogeant le monde et l'individu dans les œuvres du xxe siècle, etc.
2. Le personnage de roman : comment existe-t-il ?
Le romancier crée, dans son œuvre, un « être de papier » : cet être de fiction n'a, par définition, aucune existence réelle (ce qui l'oppose aux personnages de l'autobiographie).
Toutefois, afin que le lecteur puisse s'identifier au personnage, le romancier doit donner l'illusion du réel. Il utilise pour ce faire de nombreux « outils », grâce auxquels le personnage prend chair dans l'épaisseur du livre.
Caractérisation directe du personnage
  • Le héros est d'abord caractérisé par sa désignation : un prénom et un nom, le plus souvent signifiants. Certains patronymes donnent ainsi un « indice » sur le caractère ou la condition sociale du personnage (par exemple Félix de Vandenesse, dans Le Lys dans la vallée, de Balzac).
  • Son identité est complétée par un physique, des vêtements, l'appartenance à un certain milieu, l'environnement familial, etc. Zola ajoutera à ces éléments la notion d'hérédité.
  • Une caractérisation psychologique est également présente. Chez Balzac, le physique et le caractère sont souvent liés : Madame d'Espard, femme du monde cruelle et intéressée, est ainsi dotée d'un « profil d'aigle ».
Caractérisation indirecte du personnage
Le héros peut également livrer sa personnalité à travers des éléments « indirects » : ses gestes, ses mimiques, ses actions, son comportement sont autant de pièces qui viennent compléter le puzzle. De plus, les dialogues insérés dans le récit sont également porteurs d'indications sur le personnage. En effet, les mots prononcés, mais aussi le ton (donné grâce aux incises) sont révélateurs de sa personnalité.
Enfin, un objet ou un vêtement peuvent être davantage que des « attributs » du personnage : ils sont parfois comme des symboles, ou des images, donnant un éclairage essentiel sur le héros. Flaubert par exemple, lorsqu'il fait le portrait de Charles Bovary, l'affuble d'une invraisemblable casquette – et la description détaillée du couvre-chef ridicule signe dès les premières pages de l'œuvre la condamnation de ce personnage.
Caractérisation dynamique
Le personnage de roman n'est pas fixé une fois pour toutes : il évolue constamment, au fur et à mesure de l'œuvre. D'une part, le lecteur découvre le héros au fil des épisodes, chaque réaction nouvelle permettant d'enrichir la vision qu'il a déjà de lui. D'autre part, le héros, confronté à des situations diverses, peut se transformer, voire radicalement changer.
Dans Le Rouge et le Noir, Stendhal montre un Julien Sorel d'abord totalement absorbé par ses ambitions sociales, prêt à tout pour « réussir » et sortir de sa condition. Puis, à la fin du roman, un homme se rapprochant au contraire de ses pairs, rejetant l'hypocrisie et l'ambition au profit de l'amour et de la solidarité.
Les techniques à l'œuvre
Ces différentes caractérisations se font par l'intermédiaire de plusieurs « techniques ». La description est bien sûr l'outil privilégié du romancier qui veut « donner à voir » son personnage. Les images (comparaisons et métaphores) sont également essentielles pour concrétiser un trait de caractère, par exemple. Quant à la focalisation, elle permet des variations dans la présentation et la découverte du héros, engageant parfois le sens de l'œuvre tout entière :
  • la focalisation zéro (point de vue omniscient) est celle par laquelle le romancier se fait « tout-puissant »: il sait tout de son héros, livre ses pensées les plus intimes. La psyché du personnage est dans ce cas presque transparente aux yeux du lecteur.
  • la focalisation interne permet aussi de connaître les émotions ou jugements du héros – mais pas ceux d'autres personnages. De fait, le lecteur ne surplombe plus la « population » du roman, il est avec l'un d'entre eux, et découvre en même temps que lui, de l'extérieur comme lui, les réactions des autres personnages. Ce mode de focalisation facilite l'identification au héros.
  • la focalisation externe fait du romancier une « caméra » enregistrant l'extérieur des choses. Cette technique laisse le lecteur construire lui-même ses interprétations – et affirme que le monde est opaque, impénétrable.
3. Du héros à l'anti-héros
Comme on l'a vu, contrairement au sens étymologique, le héros de roman n'est pas un demi-dieu de légende, il est plus proche de la réalité. Il a donc d'une part la capacité d'exprimer les nuances des individus, et d'autre part celle d'incarner différentes conceptions de l'homme, selon les époques.
• Les personnages de romans portent encore parfois les valeurs des héros chevaleresques, ils sont parfois des « modèles » dans le domaine social, moral, spirituel, etc.
• Mais ils peuvent cependant être tout aussi bien des héros « médiocres »Enfermés dans leur condition sociale ou familiale, ils ne sont pas armés pour lutter ou manquent de grandeur. Claude Lantier, dans L'Œuvre, de Zola, se suicide après avoir compris qu'il n'atteindrait jamais son idéal. Jeanne, dans Une Vie, de Maupassant, est littéralement écrasée par la société. Ces personnages sont alors nommés « anti-héros » – et les romanciers peuvent à travers eux exprimer toute une veine satirique, effectuer parfois une véritable charge contre la société.
• Au xxe siècle, l'anti-héros est toujours présent, mais on assiste également à ce que l'on pourrait appeler la « mort du héros » :
  • Du fait des deux guerres mondiales, le doute s'installe sur la capacité de l'homme à maîtriser le monde. La foi dans le progrès (le positivisme) est battue en brèche, et la notion de personnage s'en ressent. Loin d'être un surhomme, ou même un homme ordinaire, le héros des romans du xxe siècle se délite et se décompose.
  • Selon les auteurs du Nouveau Roman (mouvance née dans les années 1950 à Paris), le roman n'est pas un moyen de connaissance. Il est avant tout (et peut-être seulement) une écriture. Beckett, par exemple, propose dans ses romans de longs monologues, ou discours, de personnages dont on ne sait presque rien. Les consciences sont impossibles à explorer, tout est opaque ou morcelé, les points de vue sur un même objet se multiplient sans former une image nette : le personnage n'est plus qu'une conscience sans certitudes – il est presque englouti.

Dans quel roman balzacien rencontre-t-on Lucien de Rubempré ?
Cochez la bonne réponse.
Splendeurs et misères des courtisanes
Eugénie Grandet
Le Lys dans la vallée
Lucien de Rubempré est un personnage de La Comédie humaine. Il apparaît dans Illusions perdues et dans Splendeurs et misères des courtisanes. La particule de son nom évoque la noblesse du personnage, tandis que les sonorités nasales lui confèrent une certaine douceur.
Qui est Vautrin ?
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le prénom de l'époux d'Emma Bovary
le personnage principal du roman Le Rouge et le Noir, dont on suit le parcours de son séjour au séminaire à sa vie parisienne
un ancien forçat imaginé par Balzac
L'époux d'Emma Bovary se prénomme Charles. Le personnage principal du roman Le Rouge et le Noir est Julien Sorel. Vautrin, personnage important de La Comédie humaine est caractérisé par son nom seul, un nom marqué par des sonorités assez dures : le personnage imaginé par Balzac est non seulement un roturier mais aussi un ancien forçat.
Dans quel roman croise-t-on des personnages nommés Rica et Usbek ?
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dans Zadig (Voltaire)
dans Les Lettres persanes (Montesquieu)
dans Madame Bovary (Gustave Flaubert)
Usbek et Rica sont deux voyageurs persans dont on suit la correspondance dans Les Lettres persanes de Montesquieu.
Comment s'appelle la fille naturelle de Fantine et de Tholomyès, dans Les Misérables ?
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Cosette
Gervaise
Éponine
C'est Cosette, dont le diminutif évoque à lui seul la misère sociale d'une jeune enfant malheureusement confiée à une famille qui ne cesse de la maltraiter et de l'exploiter.
Qui est « Boule-de-Suif » ?
Cochez la bonne réponse.
un personnage de Jules Vallès, fils d'une mère paysanne et d'un père professeur, dont l'enfance est malheureuse et solitaire
un personnage de Jules Renard, un jeune garçon mal aimé de sa mère
un personnage de Maupassant, une jeune femme confrontée à la méchanceté de ses compagnons de voyage pendant l'occupation prussienne
Boule-de-Suif est un personnage de Maupassant. La nouvelle commence dans la ville de Rouen, au cours de la guerre de 1870, alors que la ville est envahie par les Prussiens. Dix personnes, dont une jeune femme surnommée Boule-de-Suif, parviennent à prendre une diligence en direction du Havre…
Qui décrit le quotidien banal d'un couple ordinaire dans Les Choses ?
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Alphonse Daudet
Nathalie Sarraute
Georges Perec
Georges Perec raconte dans Les Choses la vie d'une jeune couple qui s'ennuie dans sa vie et qui voudrait plus de choses, sans pour autant se donner les moyens de ses ambitions. Les deux héros, Jérôme et Sylvie, portent des prénoms courants et très ordinaires, indice de la vacuité qu'ils emportent avec eux dans leurs pérégrinations.
Dans ce passage (l'excipit) du Père Goriot, comment la caractérisation du personnage est-elle effectuée ?
Eugène de Rastignac, étudiant désargenté, vient d'assister à l'enterrement du père Goriot, mort sans que ses filles ne soient venues le voir ou l'assister.
« « Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine, où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s'attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce vrai monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses : — À nous deux, maintenant ! » »

Cochez la (ou les) bonne(s) réponse(s).
La caractérisation directe du personnage par son nom permet de comprendre qu'Eugène de Rastignac est un roturier. C'est la raison pour laquelle il n'a pu pénétrer le « vrai monde ».
À part le nom du personnage, ce passage n'offre aucun élément de caractérisation directe.
La seule technique de caractérisation indirecte à l'œuvre dans ce passage est la description.
Le personnage n'est pas roturier. Son nom montre qu'il appartient à la noblesse ; pourtant, il a apparemment échoué à entrer dans « le beau monde » de la société parisienne. Il apparaît comme un être sensible — puisque capable d'attachement pour un pauvre homme, mais aussi comme un solitaire (« resté seul »), et comme un ambitieux — à preuve, la phrase qu'il prononce à la fin de l'œuvre. Balzac utilise à la fois la caractérisation par l'action (situation, comportement), et le dialogue — dialogue d'autant plus frappant que l'interlocuteur de Rastignac est la ville tout entière… Enfin, on notera la position géographique choisie par Balzac : un cimetière, lieu de mort et où tous les hommes sont égaux ; mais un cimetière dominant Paris, un lieu élevé, exprimant tous les espoirs du héros.