Corrigé
Introduction
[Accroche] En novembre 2025, la République populaire de Chine inaugure la mise en service de son troisième porte-avion, le Fujian. L'État chinois fait là une démonstration de force de sa puissance : c'est le seul État avec les États-Unis à posséder plus de deux porte-avions. Cette émulation avec la puissance étatsunienne se lit également dans le programme spatial chinois. Son programme Chang'e lancé en 2007 est en concurrence avec le programme américain Artémis lancé en 2017, tous deux visant à un retour d'une présence humaine sur la Lune.
[Présentation des documents] L'exemple chinois montre bien qu'aujourd'hui, l'espace et les océans sont des outils au service de la puissance des États. Pour être une puissance mondiale, il faut contrôler et maîtriser ces espaces. Les deux documents auxquels nous avons affaire, bien qu'éloignés temporellement, le prouvent également. D'un côté, le document 1, un dessin faisant la Une du grand journal américain Time, évoque la conquête spatiale, et notamment la course à la Lune qui oppose les États-Unis et l'URSS dans le contexte de guerre froide. Le journal paraît en décembre 1968, c'est-à-dire au moment du sprint final, puisque les astronautes américains posent le pied sur la Lune en juillet 1969. De l'autre côté, le document 2, un discours de la ministre française des armées aux militaires naviguant sur le porte-avion du Charles-de-Gaulle, évoque l'importance des océans pour la puissance française. Prononcé en 2023, il s'inscrit dans un monde multipolaire et mondialisé, où les conflits comme le commerce sont transnationaux, et où la mer a une importance stratégique.
[Problématique] Comment, d'après ces documents, l'espace et les océans sont-ils utilisés par les États pour renforcer leur puissance, c'est-à-dire leur capacité d'agir, de contraindre, de refuser et d'influencer ?
[Annonce du plan] D'abord, l'espace et les océans sont des lieux de démonstration de force et de conquête. Ensuite, il s'agit de terrains extérieurs où on fait la guerre d'une nouvelle façon. Enfin, l'espace et les océans sont des éléments de softpower, c'est-à-dire de vitrine pour les États.
I. Des espaces pour montrer ses capacités de conquête et de contrôle
[Première partie] L'espace et les océans sont des espaces de conquête : les maîtriser et les contrôler est un signe de puissance. Les deux documents insistent, chacun à sa manière, sur la nécessité d'occuper ces espaces et de les contrôler. Dans le document 1, c'est la dimension de front pionnier qui est mise en avant. Il est stratégique pour les États-Unis d'arriver en premier sur un territoire encore vierge, la Lune. La représentation de l'astre dans la partie supérieure droite de l'image est signifiante : il s'agit d'un lieu inconnu et non occupé, comme en témoigne la blancheur et la seule présence des cratères. Le document 2 met davantage en avant la nécessité de contrôler et d'occuper les espaces afin d'assurer la sécurité et la protection des intérêts de la France et de ses partenaires. À la fin du deuxième paragraphe, il est évoqué la nécessité d'« assurer la protection des Français ». La première phrase du paragraphe fait référence aux autoroutes de la mondialisation, c'est-à-dire aux voies maritimes empruntées par l'ensemble des bateaux de commerce. Ainsi, le Charles-de-Gaulle doit assurer une présence dans le Golfe arabo-persique, d'où partent les pétroliers pour l'Europe et l'Asie, puis dans l'océan Indien jusqu'à Singapour, à savoir la liaison entre l'Europe et l'Asie pour les porte-conteneurs transportant les produits manufacturés. À cet effet, Florence Parly évoque l'importance de « ne jamais se laisser surprendre » et de « mieux appréhender les menaces ». Elle fait ici allusion aux actes de piraterie (vols, détournements, prises d'otages) qui sévissent dans le détroit de Bab-el-Mandeb, dans celui de Malacca ainsi que dans l'océan Indien et qui sont commis à l'encontre des bâtiments de commerce. La ministre peut aussi évoquer de façon implicite la présence de plus en plus importante de la puissance chinoise dans l'océan Indien, à travers la stratégie définie par les observateurs américains comme celle du « collier de perles », à savoir la mise en place de bases militaires et de partenariats chinois avec de nombreux États et sur de nombreuses îles de la zone. Si cette stratégie est vécue comme une menace avant tout par l'Inde, une montée des tensions dans la zone pourrait déstabiliser l'ensemble du commerce mondial. Il en est de même pour d'autres puissances régionales, comme l'Iran. Toutefois, le document 2 souligne la nécessité de coopérer pour contrôler et maîtriser les mers et océans, là où le document 1 évoque plutôt l'opposition entre grandes puissances - à l'époque les deux Grands, États-Unis et URSS.
II. Des espaces pour faire la guerre autrement
[Deuxième partie] Les mers et l'espace ne sont pas seulement des lieux à contrôler. Il s'agit aussi de théâtres extérieurs où les États peuvent faire la guerre autrement. En ce sens, ils servent d'appuis militaires. Le document 1 fait référence à la conquête spatiale et à la compétition que se livrent les États-Unis et l'URSS dans le contexte de guerre froide. Le titre « Race for the Moon » (« Course à la Lune »), de même que la représentation des astronautes américain et soviétique sous la forme de deux athlètes avec des muscles saillants prêts à franchir la ligne d'arrivée ou de deux soldats, bottés et casqués, dit bien la compétition voire la rivalité entre les deux puissances mondiales. En effet, depuis 1949, les États-Unis et l'URSS possèdent tous deux l'arme nucléaire et ne peuvent plus s'attaquer frontalement sans risquer de déclencher une guerre nucléaire. C'est ce qu'on appelle la dissuasion nucléaire et l'équilibre de la terreur. Ils se font donc la guerre et rivalisent sur des théâtres indirects. Cette rivalité peut notamment s'exprimer dans des États situés à la frontière des deux blocs. En 1968, la guerre de Corée, le blocus de Berlin puis la mise en place du « rideau de fer » en Allemagne et en Europe ont déjà eu lieu, tandis que la guerre du Vietnam fait rage. L'opposition se joue également dans l'espace. La Lune est la dernière étape. Y arriver en premier est crucial pour les États-Unis, pour dépasser les Soviétiques qui font la course en tête. Ainsi, en octobre 1957, les Soviétiques ont lancé Spoutnik-1, le premier satellite dans l'espace. En novembre de la même année, c'est au tour de la chienne Laïka de s'élancer dans le satellite Spountik-2 et de devenir le premier être vivant (et mort.) dans l'espace. Enfin, le 12 avril 1961, le cosmonaute Youri Gagarine est le premier homme à effectuer un vol spatial. Le document 2 met en lumière une autre dimension des mers et océans. Contrôler ces espaces permet à un État d'accroître sa force de projection, c'est-à-dire sa capacité à déployer des forces militaires partout dans le monde. En effet, la ministre fait référence en début de discours au « soutien précieux » qu'apporte le porte-avion Charles-de-Gaulle « aux déploiements navals et aériens dans chaque région traversée ». Le porte-avion sillonne en effet toutes les mers et de son système de catapulte s'élancent un grand nombre d'avions performants. Le porte-avion appuie donc les combats sur mer comme dans les airs. C'est en ce sens qu'il s'inscrit dans l'opération extérieure en Syrie et en Irak au sein de la coalition internationale contre Daesh. Florence Parly déclare : « en rejoignant vos frères d'armes de Chammal, vous serez de véritables piliers de notre lutte contre le terrorisme et poursuivrez activement le combat contre Daech ». Né d'une scission progressive avec Al-Qaïda en 2006 dans le contexte de la guerre en Irak, le groupe terroriste islamiste Daech a profité de la guerre civile en Syrie débutée en 2011 pour s'étendre dans la région et établir un califat. En 2014, dans le sillage de la résolution 2170 de l'ONU, est votée la mise en place d'une coalition internationale dirigée par les États-Unis pour intervenir en Irak et en Syrie contre ce califat par le biais de frappes aériennes. Partis du Charles-de-Gaulle, les avions de l'armée française peuvent facilement viser des cibles stratégiques en Irak et en Syrie.
III. Des vitrines pour susciter l'admiration et augmenter ses capacités d'influence
[Troisième partie] L'espace et les océans sont des lieux importants pour prévenir les menaces, contrôler et contraindre. Toutefois, ce sont aussi des espaces d'influence. En effet, les États s'en servent comme vitrine de leur puissance. Les mers et l'espace viennent appuyer le softpower des États qui s'en servent. Les deux documents illustrent cet aspect. L'usage d'une image extrêmement marquante, deux silhouettes au coude-à-coude pour décrocher la lune, révèle bien le caractère cinématographique des premiers pas sur la Lune. Le monde entier est impressionné par les exploits spatiaux des deux Grands, et chacun l'utilise pour montrer que son modèle est meilleur que celui du rival. Le document 1 ne montre pas de fusée, de capsule spatiale ou d'équipement d'astronaute, mais cette absence souligne encore davantage les prouesses technologiques dont font preuve les deux Grands dans leur course à l'espace. De même, le document 2 insiste sur la nécessité d'impressionner le reste du monde par le déploiement du porte-avion Charles-de-Gaulle. Florence Parly déclare : « en prenant le large, c'est la France que vous faites rayonner ». On l'a déjà vu, mais le Charles-de-Gaulle est un bijou technologique. Disposer d'un équipement de pointe est une des stratégies déployées dans le rayonnement français sur les mers et les océans. La France dispose également de bases navales à de nombreux endroits du globe. Grâce aux nombreux territoires ultra-marins, elle peut aussi compter sur la deuxième plus grande Zone économique exclusive (ZEE) au monde. Tous ces outils sont des révélateurs de la puissance maritime française.
Conclusion
[Conclusion] Depuis 1950, les États ont investi l'espace et les océans. Ces nouveaux espaces de conquête permettent aux États de renforcer leur puissance. D'abord, ce sont des outils pour agir, contraindre et refuser. Contrôler ces espaces offre la possibilité de se déployer militairement mais aussi de limiter les menaces. Ensuite, ce sont des outils de rayonnement : maîtriser ces espaces constitue une vitrine du savoir-faire technologique d'un État et appuie leur volonté d'influencer les autres.
Les États ne sont d'ailleurs pas les seuls à investir ces nouveaux théâtres. Les acteurs privés, à commencer par les grandes entreprises internationales de la tech, comme Blue Origin de Jeff Bezos ou Space X de Elon Musk, développent de nombreux projets dans l'espace pour renforcer leur empire économique et rivaliser politiquement avec les États.