Toute société humaine est fondée sur un partage du travail entre ses différents membres et sur l'échange des produits obtenus par le travail de chacun. Mais si tous produisent des choses différentes, et qui n'ont souvent aucun rapport entre elles, comment mesurer la valeur relative de ces biens, afin de s'assurer que l'échange est équitable ?
1. D'où vient la division du travail ?
Comme le remarque Hume, l'homme est un être dépourvu de qualités naturelles. Il a donc tout à la fois plus de besoins que les autres animaux (il lui faut des vêtements pour se protéger du froid, par exemple), et moins de moyens pour les satisfaire, parce qu'il est faible. C'est donc pour pallier cette faiblesse naturelle que l'homme vit en société : la vie en commun permet aux individus de regrouper leurs forces pour se défendre contre les attaques et pour réaliser à plusieurs ce qu'un seul ne saurait entreprendre ; elle permet surtout de diviser et de spécialiser le travail, ce qui en accroît l'efficacité mais génère également de nouveaux besoins (il faudra à l'agriculteur des outils produits par le forgeron, etc.). Se dessine alors une communauté d'échanges où chacun participe, à son ordre et mesure, à la satisfaction des besoins de tous (Platon, La République, II).
Exercice n°1
2. Les échanges fondent-ils la société ?
Selon Adam Smith, l'individu est dans l'incapacité de satisfaire tous ses besoins. Je ne peux les satisfaire que si j'obtiens qu'un autre fasse ce que je ne sais pas faire : il sera alors possible d'échanger le produit de mon travail contre le produit du travail d'un autre. Or, pour qu'autrui accepte l'échange, il faut qu'il éprouve, lui aussi, le besoin d'acquérir ce que je produis : il est donc dans mon intérêt propre que le plus de gens possible aient besoin de ce que je produis. Comme chacun fait de son côté le même calcul, il est dans l'intérêt de tous que les besoins aillent en s'augmentant ; et avec eux, c'est l'interdépendance qui s'accroît. Les échanges deviennent alors le véritable fondement d'une société libérale : la satisfaction de mes besoins dépend d'autrui, mais la satisfaction des siens dépend de moi ; et chacun dépendant ainsi de tous les autres, aucun n'est plus le maître de personne.
Exercice n°2
3. Comment s'organisent les échanges ?
Réunis en société, les individus deviennent interdépendants grâce à l'échange continuel de services et de biens : dans la vie en communauté, l'homme travaille pour acheter le travail d'autrui. Chaque bien produit a donc une double valeur : une valeur d'usage en tant qu'il satisfait un besoin, et une valeur d'échange, en tant qu'il est une marchandise. Mais, ainsi que le note Aristote, comment échanger maison et chaussures ? C'est la monnaie, comme commune mesure instituée, qui rend possible l'échange de produits qualitativement et quantitativement différents. C'est ici que Platon voit le danger d'une société fondée uniquement sur les échanges et le commerce : les individus y auront toujours tendance à profiter des échanges non pour acquérir les biens nécessaires à la vie, mais pour accumuler de l'argent. De moyen, la monnaie devient fin en soi, pervertissant ainsi tout le système de production et d'échange des richesses et corrompant le lien social.
Exercice n°3
4. Les échanges sont-ils réductibles au commerce des services et des biens ?
Comme l'a montré l'ethnologue Claude Lévi-Strauss, on ne saurait réduire les échanges aux seules transactions économiques. En fait, il existe deux autres types d'échanges qui ont d'ailleurs la même structure : l'organisation de la parenté, et la communication linguistique. Une société n'est donc pas réductible à une simple communauté économique d'échange : elle se constitue aussi par l'organisation des liens de parenté (le mariage), par l'instauration d'un langage commun à tous ses membres, par un système complexe d'échanges symboliques (promesses, dons et contre-dons) qui établissent les rapports et la hiérarchie sociale, etc. Pour Durkheim (le fondateur de la sociologie), une société n'est alors pas une simple réunion d'individus : c'est un être à part entière exerçant sur l'individu une force contraignante et lui fournissant des « représentations collectives » orientant toute son existence.
Exercice n°4
5. L'organisation capitaliste du travail en change-t-elle le sens ?
Marx va montrer comment le système capitaliste fait du propriétaire d'un bien non celui qui le travaille, mais celui qui en possède les moyens de production : c'est le capital qui est rémunéré, et non le travail, en sorte que les propriétaires n'ont pas besoin de travailler, et que les travailleurs ne peuvent devenir propriétaires. En dépossédant le travailleur de ses moyens de production et du produit de son travail, le capitalisme, au lieu d'en faire une activité libératrice et formatrice, a rendu le travail aliénant : dans « le travail aliéné » inauguré par la grande industrie et le travail salarié, l'ouvrier n'est pas maître de ce qu'il fait, et sa force de travail est elle-même vendue et achetée comme une marchandise : c'est elle qui est échangée contre un salaire. Le travail devient donc aliéné en un double sens : d'abord parce que le travailleur le vend, et ensuite parce qu'en le vendant, il s'aliène lui-même.
Exercice n°5
La citation
« La société n'est pas une simple somme d'individus, mais le système formé par leur association représente une réalité spécifique qui a ses caractères propres. » (Émile Durkheim)
Exercice n°1
Peut-on dire que la vie en société multiplie les besoins de l'homme ?
Cochez la bonne réponse.
Oui : elle implique la division du travail et rend nécessaire les échanges.
Non : les hommes vivent en société pour satisfaire leurs besoins, pas pour les accroître.
Oui : on a toujours moins de besoins tout seul qu'à plusieurs.
Selon Hume, les hommes se regroupent en société pour satisfaire leurs besoins naturels (se nourrir, se protéger du froid et des bêtes sauvages, etc.). Mais cette vie en commun génère de nouveaux besoins : comme le travail se spécialise, il réclame de plus en plus d'outils, qui nécessitent à leur tour des outils pour les fabriquer, etc. En augmentant ainsi, les besoins changent de nature : à côté des besoins naturels, se développent des besoins proprement sociaux.
Exercice n°2
Selon Smith, pourquoi le commerce génère-t-il une société libérale ?
Cochez la (ou les) bonne(s) réponse(s).
parce qu'il nécessite une libéralisation du marché économique
parce qu'il concentre le pouvoir dans les mains des plus riches
parce qu'il favorise l'interdépendance
Adam Smith donne à « libéral » son sens le plus large : son libéralisme ne saurait être réduit à une simple doctrine économique de libéralisation des échanges. En effet le commerce, en augmentant les besoins et en développant la dépendance de tous à l'égard de tous, devient peu à peu le garant de la liberté de chacun : les relations de conflit et de domination sont peu à peu remplacées par les échanges et la coopération.
Exercice n°3
Pourquoi Platon, quand il imagine une cité juste, la place-t-il sur une île loin de tout ?
Cochez la (ou les) bonne(s) réponse(s).
parce qu'une cité juste est aussi prospère : il faut l'isoler pour la défendre de la convoitise et des attaques
parce que le commerce doit être rendu difficile : il peut corrompre la cité
parce qu'une île isolée devient vite une étape indispensable sur les routes commerciales : cela favorise l'enrichissement de tous
Dans la République, la cité juste qu'imagine Platon est située sur une île isolée et aride. Le commerce, en effet, permet un enrichissement facile et sans réel travail : les intermédiaires s'enrichissent d'ailleurs plus vite que les producteurs.
Surtout, le commerce a toujours tendance à faire de l'argent une fin en soi : c'est ce que Platon nomme la chrématistique, ou art de s'enrichir, y compris au moyen de l'injustice. Il faut donc limiter le commerce le plus possible, parce qu'il est toujours en puissance corrupteur.
Exercice n°4
La société a-t-elle pour seul but de satisfaire nos besoins matériels par le commerce et les échanges ?
Cochez la (ou les) bonne(s) réponse(s).
Non : la société a aussi pour fonction de satisfaire des besoins qui ne sont pas matériels.
Non : dans une société, on n'échange pas seulement des services et des biens.
Non : elle ne satisfait pas nos besoins, elle les multiplie.
D'une part, on ne peut pas réduire nos besoins aux seuls besoins matériels ; d'autre part, on ne peut limiter les échanges aux seuls échanges de services et de biens. La société satisfait certes nos besoins matériels, mais elle satisfait surtout des besoins d'un autre ordre, qui sont quant à eux proprement humains : des besoins spirituels (le besoin de se retrouver dans le monde, de l'organiser, de le classer selon des « représentations collectives », etc.).
On n'échange donc pas que des biens matériels : ce qui fonde une société, c'est aussi un certain nombre de symboles partagés par tous, un langage commun, une façon d'organiser la structure de la famille, etc.
Exercice n°5
Selon Marx, qu'est-ce qui fait du travail une aliénation ?
Cochez la (ou les) bonne(s) réponse(s).
Il devient lui-même une marchandise que l'on peut acheter et vendre.
Il fonde l'inégalité des richesses.
Il prive le travailleur de sa liberté.
Selon Marx, le système capitaliste rémunère non le travail, mais le capital : celui à qui reviennent les profits, ce n'est pas celui qui produit, mais celui qui possède l'appareil de production. Le travail devient alors une marchandise que l'on achète, il est donc aliéné (car aliéner, comme le disait Rousseau, « c'est donner ou vendre ») ; mais étant ainsi aliéné, le travail, au lieu d'être libérateur, devient aliénant : il ne nous libère plus de la nature que pour nous livrer à un nouveau maître, le capital.