Travailler moins, est-ce vivre mieux ? (S, juin 2016)


Énoncé

Travailler moins, est-ce vivre mieux ?
Comprendre le sujet
La question, telle qu'elle est posée, met en relation deux énoncés, le premier d'ordre quantitatif « travailler moins » et le second d'ordre qualitatif « vivre mieux ». Ce qui est mis alors en question est l'équivalence possible entre la signification de ces deux expressions. La question laisse supposer que la quantité de travail serait inversement proportionnelle à la qualité de la vie. Ainsi, plus on travaillerait et moins la vie serait satisfaisante et, inversement, moins on travaillerait plus la vie présenterait un réel intérêt. Le travail serait donc ce qui gâche notre vie ; il serait, en un certain sens, un obstacle au bonheur. Dans la mesure où le travail est une activité qui s'inscrit dans la durée, il semblerait que l'une des manières de le mesurer quantitativement soit relative au temps ; par conséquent, travailler moins signifierait travailler moins longtemps. On pourrait également envisager la quantité de travail en termes d'intensité, mais celle-ci est beaucoup moins mesurable et contient déjà des éléments qualitatifs plus difficiles à évaluer.
Quant au vivre mieux, il renvoie à l'idée du bonheur, de la liberté, de ce qui fait une existence vraiment humaine et digne d'être vécue. La question est donc ici de savoir si le travail nous éloigne de nous-même ou si, au contraire, il nous permet de nous réaliser et de nous épanouir. Travailler, est-ce « perdre sa vie à la gagner » ou est-ce s'accomplir pleinement ?
Mobiliser ses connaissances

Notions et distinctions utiles
–  Le travail, l'art, la technique, le bonheur, la liberté, le temps.
Repères du programme
Abstrait/ concret ; en acte/ en puissance ; cause/ fin, idéal/ réel.
Textes et œuvres pouvant servir de référence
–  L'Ancien Testament.
–  Aristote, la Politique, l'Éthique à Nicomaque, la Métaphysique.
–  Hegel, la Phénoménologie de l'esprit, « La Dialectique du maître et de l'esclave ».
–  Marx, le Manifeste du parti communiste, Le Capital.
–  Hannah Arendt, la Condition de l'homme moderne.
–  Georges Friedman, Le Travail en miettes.
Procéder par étapes

Problématiser
Bien souligner les deux aspects de l'énoncé du sujet, l'un quantitatif et l'autre qualitatif, et s'interroger : d'une part pour savoir comment quantifier le travail, et d'autre part pour remettre en question l'idée selon laquelle il pourrait s'établir une équivalence entre quantité de travail et qualité de vie.
Bien interroger les présupposés du sujet. Suffit-il nécessairement de diminuer le travail – sa durée, son rythme, son intensité – pour mieux vivre ? Le travail est-il nécessairement ce qui nous empêche de bien vivre ? L'homme ne peut-il, lorsque certaines conditions sont remplies, être heureux au travail ?
S'interroger également sur ce que signifie « mieux vivre » : est-ce être plus heureux ? plus libre ? Peut-on d'ailleurs concevoir l'un sans l'autre ?
Élaborer un plan détaillé du développement
Dans un premier temps, l'on peut s'interroger sur ce qui peut conduire à penser qu'il suffit de travailler moins pour vivre mieux. Dans la mesure où cette opinion repose sur une perception plutôt négative du travail, il faut questionner la représentation que l'on se fait du travail dans notre culture : le travail comme peine, comme malédiction et comme punition.
Cela peut ensuite déboucher sur l'analyse de l'ambivalence du travail qui est perçu à la fois comme ce qui nous aliène et en même temps comme ce par quoi nous pouvons parvenir à nous accomplir. Le travail serait donc ce qui peut tout aussi bien altérer la qualité de notre vie que ce qui lui permet de s'accomplir.
La seconde partie peut alors s'attacher à montrer en quoi le travail n'est pas nécessairement une servitude, dans la mesure où il peut permettre, dans certaines conditions, l'épanouissement de l'individu. Toute la question est alors de savoir comment cette activité a pu devenir ce qui peut faire obstacle à notre « mieux-vivre ».
On peut donc opposer dans une dernière partie le travail aliéné au travail libéré, et tenter de préciser quelles sont les conditions qui ont conduit à la première situation et celles qui permettraient d'en sortir. S'agit-il de travailler moins pour vivre mieux ou de travailler mieux et autrement ? La même question pourra d'ailleurs se poser au sujet du loisir, qui est désormais intégré dans la sphère des échanges économiques.

Annexes

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