Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (sujet national, juin 2016, composition)

Énoncé

Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Comprendre la question
Le principal problème posé par ce sujet est qu'il couvre une région et une période tellement vastes qu'il est impossible de le traiter de manière exhaustive. Le principal écueil à éviter est de vouloir aborder tous les événements de cette période. Il va falloir être en mesure de sérier vos connaissances, afin de donner une colonne vertébrale analytique à votre composition.
Il faut donc se résoudre à faire des choix, à être parfois allusif sur certains points pour mieux en développer d'autres. Le tout est que votre composition parte sur une problématique solide et structurée. Le plan choisi peut aussi bien être chronologique que thématique, le principal étant de bien articuler les différentes parties.

Corrigé

Introduction
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Proche-Orient fait régulièrement la une de l'actualité en raison des nombreux conflits qui ne cessent de l'agiter. La fin de la guerre froide, loin d'avoir apaisé ces conflits, semble au contraire avoir ranimé certains d'entre eux.
Guerres israélo-palestiniennes à répétition, interventions américaines en Irak, guerre entre l'Iran et l'Irak, guerres civiles au Liban ou en Syrie, on ne compte plus les démonstrations violentes de cette instabilité qui semble inhérente à la région. Ces conflits sont pourtant de nature très différente et répondent à de multiples causes. Toute la question est donc de savoir pourquoi cette région relativement étroite concentre une telle densité de conflits.
Nous verrons successivement que trois principaux facteurs peuvent expliquer cette conflictualité anormalement élevée. En premier lieu, la création de l'État d'Israël a eu de violentes répercussions qui se font ressentir jusqu'à nos jours. Ensuite, les richesses, notamment en hydrocarbures, dont dispose la région, ont suscité des jalousies qui ont parfois abouti à des guerres. Enfin, on verra que la grande diversité ethnoconfessionnelle du Proche-Orient est un important facteur de déstabilisation régionale.
I. Les conflits liés à la question israélienne
Prévu par le plan de partage de la Palestine adopté par l'ONU en 1947, la création de l'État d'Israël en 1948 suscite une levée de bouclier immédiate de ses voisins arabes qui lui déclarent la guerre, la première d'une longue série. Ce premier affrontement voit la victoire des Israéliens et se solde par l'expulsion de populations arabes et l'annexion de territoires par l'État juif. S'ensuivent deux autres guerres (en 1967 et 1973) qui se concluent également toutes deux par des victoires israéliennes. La question de l'État d'Israël est donc l'un des principaux ferments de conflit au Proche-Orient, puisqu'elle a suscité pas moins de trois conflits internationaux, sans compter l'intervention israélienne au Liban en 2006.
Les accords de paix de Camp David, conclus entre Israël et l'Égypte en 1978, marquent cependant le début d'un apaisement, puisque la principale puissance arabe se résout à reconnaître l'État d'Israël et à conclure la paix. Mais les accords israélo-égyptiens ne mettent pas pour autant fin aux conflits liés au refus arabe de l'État d'Israël.
S'il n'y a plus de guerres opposant Israël à une coalition d'États arabes, des groupes armés palestiniens de Cisjordanie, de Gaza, ou des camps de réfugiés de Jordanie ou du Liban, s'affrontent à l'armée israélienne. Deux soulèvements populaires appelés «  intifadas  », à mi-chemin entre la manifestation, l'émeute et la guérilla, agitent la fin des années 1980 et le début des années 2000. L'armée israélienne doit y faire face et s'adapter afin de ne pas perdre la « guerre médiatique » que lui livrent les Palestiniens que les caméras montrent armés de simples pierres face aux chars adverses. Des groupes palestiniens radicaux recourent également massivement au terrorisme à partir des années 1970 : attentats, détournement d'avions, prises d'otages.
Les accords de Washington, conclus en 1993, marquent un apaisement dans ces tensions puisque l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dirigée par Yasser Arafat, s'engage dans un processus de paix avec l'État israélien. Les violences continuent cependant, tant entre militants palestiniens et armée israélienne, qu'au sein même du mouvement national palestinien qui tend de plus en plus à se diviser, à partir des années 1990, entre nationalistes arabes laïcs du Fatah et islamistes alliés aux Frères musulmans égyptiens du Hamas. La confrontation entre ces deux tendances prend un tour violent en 2007, lorsque les troupes du Hamas chassent celles du Fatah de la bande de Gaza. Depuis lors, la Palestine, coupée en deux territorialement, l'est également politiquement : tandis que l'Autorité palestinienne, aux mains du Fatah, dirige la Cisjordanie, le Hamas tient la bande de Gaza.
Le conflit israélo-palestinien a un effet déstabilisateur sur toute la région, car les expansions territoriales progressives d'Israël suite à ses victoires successives ont provoqué un important flux de réfugiés palestiniens qui ont impliqué et souvent déstabilisé les pays arabes voisins les ayant accueillis : guerres civiles en Jordanie (dans les années 1970) et au Liban (dans les années 1980).
La situation des réfugiés est d'autant plus complexe que l'État israélien refuse de leur accorder un droit au retour, par crainte que la population arabe (qui représente aujourd'hui un quart de la population israélienne) ne devienne majoritaire, ce qui remettrait en cause la notion même d'État juif, au cœur du projet sioniste.
II. Les conflits liés aux ressources
Le Moyen-Orient est devenu, depuis la découverte et l'exploitation à partir des années 1930 du pétrole et du gaz dont il regorge, une zone stratégique. Près de la moitié des réserves d'hydrocarbures mondiales sont en effet concentrées dans cette zone. Il faut cependant remarquer que cette richesse est très inégalement répartie. Les pays riverains du golfe Persique (Iran, Irak, Koweït, Émirats arabes unis, Qatar et Arabie saoudite) sont particulièrement bien servis, alors que l'Égypte, la Syrie, la Turquie ou la Jordanie ne peuvent se reposer sur ces ressources pour prospérer.
La possession des ressources en hydrocarbures a profondément modifié les rapports de force géopolitiques de la région, donnant les moyens aux pays religieusement très conservateurs de la péninsule arabique de diffuser l'idéologie islamiste dans toute la région. Celle-ci s'est progressivement répandue, au détriment du nationalisme arabe en vigueur jusque dans les années 1950 et dont Nasser fut l'un des leaders.
Une telle concentration de richesses est évidemment une source de convoitises, qui aboutissent parfois à des guerres. Ainsi la guerre qui opposa l'Iran et l'Irak pendant huit ans dans les années 1980 fut déclenchée suite à la brouille entre les deux pays à propos de la répartition d'une nappe d'hydrocarbures souterraine à cheval entre les deux pays. En 1990, la première guerre du Golfe eut pour point de départ l'invasion du Koweït par l'Irak, qui lorgnait sur ses gigantesques ressources pétrolières.
Les nombreuses interventions américaines au Moyen-Orient depuis les années 1990 ont été principalement motivées par la volonté de sécuriser les approvisionnements en hydrocarbures en provenance de la région. Les pays pétroliers du Moyen-Orient ont su très tôt utiliser leurs richesses comme une arme. Ainsi, en 1968, ils se regroupent dans l'Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP), qui a pour but de forger une entente entre pays producteurs de la région afin de défendre leurs intérêts communs, au lieu de se faire concurrence. Les effets s'en font ressentir lors de la guerre israélo-arabe du Kippour de 1973, au cours de laquelle l'OPAEP provoque le premier choc pétrolier en représailles contre le soutien des puissances occidentales à Israël. Mais la puissance tirée du pétrole est à double tranchant car les pays concernés sont devenus uniquement dépendants des liquidités qu'ils tirent de cette ressource, et doivent faire face à sa raréfaction puis à son épuisement, ce qui pourrait à terme susciter de graves tensions.
III. Les conflits liés aux clivages ethnoconfessionnels
Particulièrement puissant des années 1950 aux années 1970, le nationalisme arabe a prétendu dépasser les clivages confessionnels caractéristiques de la région, en mettant en avant son unité culturelle, liée à la diffusion de la langue arabe. Mais cette idéologie n'en a pas moins suscité des conflits, surtout de la part des peuples non arabes de la région qui ne pouvaient s'y reconnaître.
Ce fut principalement le cas des Kurdes, qui réclament en vain la création d'un État indépendant. Le nationalisme arabe, parce qu'il s'inscrivait dans la lutte tiers-mondiste propre à cette période de guerre froide, fut également à l'origine de tensions avec l'Occident, dont le principal temps fort fut la crise provoquée par la nationalisation du canal de Suez par le président égyptien Nasser, leader par excellence du panarabisme. Cette décision, prise en 1956, provoqua une intervention militaire franco-britannique appuyée par Israël, qui se solda par un échec du fait de l'opposition des Russes et des Américains à la riposte des Européens.
Avec le déclin du panarabisme que symbolise la révolution islamique d'Iran de 1979, la question des identités religieuses a refait surface et constitue aujourd'hui l'un des principaux facteurs de conflit dans la région. Ainsi l'invasion américaine de l'Irak en 2003 a provoqué l'éclatement d'une guerre civile dans laquelle se sont opposés musulmans sunnites et musulmans chiites. Victimes collatérales de cette guerre interne à l'islam, les chrétiens irakiens ont été contraints de fuir massivement le pays. Avant même cet épisode, la longue et tragique guerre civile libanaise, liée au difficile équilibre politique de ce pays pour contenter ses communautés chrétiennes, chiites, sunnites et druzes, avait montré à quel point les divisions confessionnelles étaient source de déstabilisation. Aujourd'hui, c'est la Syrie qui est secouée par une violente guerre civile, la majorité sunnite s'affontant au pouvoir alaouite (proche du chiisme) avec l'appui d'une partie des communautés chrétiennes.
Conclusion
Au terme de notre analyse, on constate que la situation particulièrement conflictuelle du Proche et du Moyen-Orient ne peut être abordée que sous de multiples angles (politique, géopolitique, religieux, conflits d'intérêts). De nombreux facteurs de tension, se conjuguant parfois, contribuent à entretenir le climat explosif de cette région du monde.