Les États-Unis et le monde depuis 1945

Bien qu'ils aient été un temps contestés par leur grand rival soviétique, les États-Unis font incontestablement figure de puissance dominante sur la période qui court de 1945 à nos jours. Mais, si la puissance des États-Unis n'a jamais été aussi forte qu'alors, on peut s'interroger sur la manière et les fins au service desquelles elle a été utilisée. Longtemps marqués par leur tradition isolationniste, les États-Unis ne sont entrés qu'à reculons dans la Seconde Guerre mondiale et rien n'indiquait en 1945 qu'ils n'allaient pas revenir aussitôt à leur attitude de repli antérieure. Pourtant, il n'en fut rien et, depuis lors, le pays n'a cessé de parfaire sa puissance. Même la chute du rival soviétique n'a pas mis un terme aux ambitions de puissance américaines. Comment cette puissance s'est-elle affirmée et quelles sont ses limites ?
1. Les États-Unis dans la guerre froide
Une puissance inégalée au sortir de la guerre
• Les États-Unis sortent renforcés de la Seconde Guerre mondiale. Non seulement ils sont dans le camp des vainqueurs, mais ils ont subi des pertes matérielles et humaines bien moindres que celles de l'autre grand vainqueur, l'URSS. L'arme atomique, qu'ils viennent de mettre au point et dont ils ont pu tester l'efficacité au Japon, leur assure une prédominance absolue.
• Outre cette puissance inégalée, les États-Unis bénéficient d'une image positive dans l'opinion publique mondiale : ils sont perçus à la fois comme les libérateurs qui ont vaincu les nazis, et comme des protecteurs face à la nouvelle menace soviétique.
• Forts de ces atouts et contrairement au choix qui avait été fait après la Première Guerre mondiale de ne pas adhérer à la SDN, les États-Unis investissent toutes leurs forces dans la création de l'ONU. Celle-ci voit le jour lors d'une conférence organisée à San Francisco en 1945, et son siège est implanté à New York. Les États-Unis y prennent pleinement part puisqu'ils obtiennent un siège de membre permanent au Conseil de sécurité, assorti d'un droit de veto.
La confrontation avec l'URSS
• Officiellement alliés depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l'URSS sont cependant très vite en conflit dans les faits, dès lors qu'il s'agit de se mettre d'accord sur la réorganisation de l'Europe suite à la défaite des puissances de l'Axe. Les Soviétiques souhaitent en effet étendre l'influence communiste sur l'Ancien Continent, ce qui contrevient aux intérêts stratégiques des États-Unis dont les fondements libéraux et capitalistes s'opposent radicalement au modèle communiste.
• Très vite, la rivalité entre les deux alliés vire à la confrontation. L'année 1947 constitue un tournant majeur qui marque l'entrée dans la guerre froide : désormais, les deux superpuissances sont clairement opposées.
• Pour renforcer leurs positions, chacune d'entre elles développe un puissant réseau d'alliances et déploie ses troupes le plus largement possible pour parer à toute attaque éventuelle de l'autre. Dans le cas des États-Unis, cette stratégie d'alliance passe par la création de l'OTAN (pour l'Europe), de l'OTASE (pour l'Asie) et de l'ANZUS (pour l'Océanie). Des troupes américaines sont déployées en Europe et au Japon.
• Le plan Marshall est pour sa part destiné à aider les pays alliés à se reconstruire au plus vite. De simple puissance, les États-Unis sont désormais devenus l'une des deux superpuissances qui se partagent l'hégémonie sur le monde.
La victoire
• De cette longue et étrange guerre qu'est le conflit américano-soviétique, les États-Unis sortent finalement vainqueurs en 1991. Mais cette victoire n'avait rien d'évident et, surtout, elle a été obtenue au terme d'un parcours chaotique marqué également par plusieurs sérieux revers.
• Les débuts de la guerre froide sont la période de tous les dangers : les deux Grands se jaugent et fixent au coup par coup les limites à ne pas franchir. Avec l'intervention en Corée (1950) et surtout la crise de Cuba (1962), les États-Unis montrent à Moscou leur puissance et leur détermination. Mais on perçoit aussi le risque que cette confrontation dégénère en un conflit total destructeur.
• La période de détente des années 1960 est de ce point de vue le signe d'une prise de conscience des limites de la stratégie de la tension. Mais elle est aussi la conséquence des difficultés rencontrées par les États-Unis qui s'engagent à fond dans la difficile guerre du Vietnam en 1964.
• Il faut attendre les années 1980 pour assister au « retour de l'Amérique » (R. Reagan) sur le devant de la scène. En relançant la course aux armements, en se montrant intraitables avec l'URSS présentée comme l'incarnation du mal absolu, les États-Unis parviennent à accélérer l'effondrement de leur rival et ainsi à triompher sans même avoir à combattre.
Exercice n°1Exercice n°2Exercice n°3Exercice n°4
2. La tentation unilatéraliste
Le gendarme du monde
• Avec la disparition du rival soviétique, les États-Unis changent automatiquement de stature puisque, désormais, plus aucune puissance n'est en mesure de rivaliser militairement avec eux. Hubert Védrine parle ainsi du passage du statut de superpuissance à celui d'hyperpuissance.
• Si cette montée en grade a des avantages, elle implique surtout de nouvelles responsabilités. En effet, du fait même de leur hégémonie, les États-Unis se retrouvent dans les années 1990 dans l'obligation d'endosser les habits de « gendarmes du monde », c'est-à-dire qu'ils ne peuvent plus se désintéresser du reste de la planète. Ils justifient alors leurs interventions en mettant en avant la protection du droit et de l'ordre partout où ils sont menacés.
• Dès 1991, ils prennent ainsi la tête de la coalition internationale chargée de venir en aide au Koweït envahi par son voisin irakien. La mission est un succès et le président Bush croit alors pouvoir annoncer l'avènement d'un « nouvel ordre mondial » fait de justice et de respect du droit international, les États-Unis en étant les garants bienveillants.
• Pourtant, les choses se gâtent dès l'année suivante lorsque l'intervention militaro-humanitaire en Somalie (« Restore Hope ») vire à la débandade. Cela n'empêche pas les États-Unis de poursuivre leurs interventions destinées à maintenir un semblant d'ordre international, en ex-Yougoslavie par exemple.
Vers l'unilatéralisme
• La donne change avec les attentats du 11 septembre 2001, qui frappent les États-Unis sur leur propre sol. Ces derniers perçoivent alors avec dépit les limites de leur prétendue hyperpuissance et, surtout, découvrent avec stupeur que leurs interventions extérieures qu'ils prétendent mener pour le bien de l'humanité ne sont pas perçues par tous de la même manière.
• Face à cette agression sans précédent, la réaction du président Bush Jr est des plus musclées. Avec l'aval de l'ONU, les États-Unis s'engagent dans une invasion de l'Afghanistan qui avait hébergé des camps d'entraînement d'al-Qaida. Deux ans plus tard, c'est l'Irak qui, pour d'obscures raisons, se trouve placé dans le viseur du président Bush. Rompant avec la logique multilatéraliste adoptée par les États-Unis depuis 1991, celui-ci décide, sûr de son bon droit et de sa puissance, de déclencher la guerre de manière unilatérale, sans l'aval de l'ONU, mais avec le soutien de certains de ses alliés.
• Ces deux guerres, en Afghanistan et en Irak, qui se terminent sur des semi-défaites, portent un grave coup à la confiance des États-Unis en leur outil militaire qui pour être le plus puissant du monde n'en parvient pas pour autant à remporter des guerres modernes dont les logiques nouvelles désarçonnent les stratèges américains.
Exercice n°5
3. L'heure des doutes ?
La stratégie du soft power
• Conscient de ces échecs et de leur effet désastreux sur l'image des États-Unis dans le monde, le président Obama, élu en 2008, opère une rupture avec les pratiques de son prédécesseur. Il engage le retrait des troupes d'Irak et d'Afghanistan, et met désormais l'accent, non plus sur le hard power (la capacité de vaincre par la puissance militaire), mais sur le soft power (la capacité de convaincre par la puissance de séduction).
• C'est dans cet objectif qu'il prononce au Caire, en 2009, un important discours censé ouvrir la voie à la réconciliation entre les États-Unis et le monde musulman. En matière diplomatique, le président Obama se montre plus soucieux que son prédécesseur de respecter le multilatéralisme, même s'il s'agit surtout de faire partager à ses alliés le poids des guerres d'Irak et d'Afghanistan.
Le basculement stratégique
• Le président Obama engage par ailleurs un renouveau de la stratégie globale de son pays. Répugnant aux lourdes interventions militaires, il privilégie les actions clandestines de petite ampleur comme les assassinats ciblés de présumés terroristes par des drones armés.
• Plus généralement, il initie le désengagement des États-Unis des régions qu'il considère de moins en moins importantes, comme l'Europe en premier lieu, mais également le Moyen-Orient, au profit de l'Asie-Pacifique, où la présence militaire américaine est renforcée (ouverture d'une base en Australie). Jadis grande puissance atlantique, les États-Unis s'affirment ainsi à présent comme très impliqués dans les affaires du Pacifique, le centre du monde de demain du fait de l'ascension économique et stratégique de la Chine.
De 1945 à nos jours, la puissance des États-Unis est allée en augmentant, mais pas de manière continue. Les années 1960 et 1970 ont notamment constitué une période difficile. Mais la question désormais cruciale est celle de savoir à quoi sert cette puissance et comment l'utiliser. À ce titre, les hésitations qui caractérisent la politique étrangère de ces dernières années (attitudes très différentes des présidents Bush et Obama) montrent qu'un certain vertige de la puissance semble atteindre les États-Unis. L'émergence militaire de la Chine, qui inquiète au plus haut point Washington, constitue à n'en pas douter le défi de demain pour la puissance américaine.
Qui dirige les États-Unis durant la crise des fusées du Cuba ?
Cochez la bonne réponse.
Ronald Reagan
Richard Nixon
Harry Truman
John Kennedy
C'est le président Kennedy qui gère la crise des fusées de Cuba.
Parmi ces alliances, laquelle n'est pas une alliance pro-américaine ?
Cochez la bonne réponse.
OTAN
OTASE
ANZUS
pacte de Bagdad
pacte de Varsovie
Le pacte de Varsovie est l'alliance militaire constituée par l'URSS et groupant les démocraties populaires d'Europe orientale. Il a été signé le 14 mai 1955, quelques jours après que, le 6 mai 1955, la RFA a intégré l'OTAN.
Qu'appelle-t-on la « doctrine Truman » en 1947 ?
Cochez la bonne réponse.
une politique destinée à aider l'Europe à se reconstruire après la guerre
une politique visant à empêcher une renaissance de la puissance japonaise après la Seconde Guerre mondiale
une politique visant à écarter les sympathisants communistes des postes à responsabilité aux États-Unis
une politique d'endiguement face à l'avancée communiste
une politique destinée à renforcer le rôle des États-Unis au sein de l'ONU
Le président américain Harry Truman expose sa doctrine lors d'un discours prononcé le 12 mars 1947, lorsqu'il justifie devant le Congrès le fait que les États-Unis remplacent la Grande-Bretagne pour lutter contre la guérilla communiste en Grèce et en Turquie. Il vise en fait à généraliser dans toute l'Europe cette lutte contre la progression du communisme.
Quel président a réaffirmé la puissance des États-Unis dans le monde face à l'URSS dans les années 1980 ?
Cochez la bonne réponse.
Richard Nixon
Jimmy Carter
Ronald Reagan
George Bush
Bill Clinton
Ronald Reagan, président de 1981 à 1989, a relancé la compétition entre États-Unis et URSS. Il dénonce violemment son adversaire, qualifié d'« empire du mal », et l'engage dans une course aux armements que l'économie soviétique ne peut soutenir.
Dans quels conflits les États-Unis sont-ils intervenus avec un mandat de l'ONU ?
Cochez la (ou les) bonne(s) réponse(s).
la Seconde Guerre mondiale
la guerre de Corée
la guerre du Vietnam
la première guerre du Golfe
la seconde guerre du Golfe
En 1950, la Corée du Sud est attaquée par la Corée du Nord et fait appel à l'ONU. L'URSS, qui pratique la politique de la chaise vide pour protester contre la présence de Taïwan au Conseil de sécurité de l'ONU à la place de la République populaire de Chine, ne peut empêcher une intervention internationale. En 1991, c'est pour libérer le Koweït envahi par l'Irak que l'ONU donne mandat aux États-Unis pour diriger une coalition destinée à libérer le pays agressé.