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Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875

Le socialisme, mouvement né au début du xixe siècle, a été une des grandes idéologies qui ont marqué l'Europe depuis ce siècle. Pour parvenir à l'égalité et à la liberté, les socialistes souhaitent mettre en commun les outils de production. Certains choisissent la voie de la réforme, d'autres, celle de la révolution. À partir de 1867 et de la publication du Capital, la figure de Karl Marx domine la pensée socialiste avec la théorie de la « lutte des classes », et à partir de 1917 se développent des partis communistes sur le modèle de ceux de la Révolution russe. En Allemagne, l'évolution du socialisme est tout à fait particulière, tout comme celle du syndicalisme, destiné à défendre les droits des travailleurs.
Quelles sont les spécificités des liens entre socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875, date de la création d'un parti socialiste unifié ?
1. Unité et diversité du mouvement socialiste allemand de 1875 à 1945
La naissance des socialismes allemands
• Les fondements théoriques
Le socialisme en Allemagne a été marqué avant 1875 par l'héritage de grands penseurs. Le premier est Ferdinand Lassalle (1825-1864). Il préconise des réformes obtenues par des voies légales. Il fonde le premier parti socialiste en 1863, l'ADAV (Allegemeiner Deutscher Arbeiterverein). En 1869, un autre parti est fondé par August Bebel et Wilhelm Liebknecht, le SDAP (Socialdemokratische Arbeiterpartei Deutschlands), qui s'engage dans la voie révolutionnaire. Tous sont marqués par les idées de Karl Marx. Celui-ci considère que la révolution industrielle a conduit à la formation d'un prolétariat qui doit renverser par la révolution la bourgeoisie capitaliste. Ceci doit aboutir à la dictature du prolétariat, avant que l'État et la propriété privée ne disparaissent. C'est alors qu'un véritable communisme pourra être instauré.
Exercice n°1
• La naissance d'un parti socialiste unifié et l'impossible maintien de cette unité
En 1875, l'ADAV et le SDAP fusionnent lors du congrès de Gotha. Ils forment le SAP (Sozialistische Arbeiterpartei Deutschlands). Son programme est un compromis : il prône la révolution, mais participe à la vie politique. Son audience est très importante parmi les ouvriers. Il diffuse une culture socialiste par le biais d'un encadrement du monde ouvrier dans des activités sportives et culturelles. En 1890, le parti prend le nom de SPD, Sozialdemokratische Partei Deutschlands. Sous ce nom, il est un des plus anciens partis politiques existant encore en Europe. Il participe à la IIe Internationale, association de partis socialistes européens.
• L'apparition d'un communisme allemand
Au sein du SPD s'affirme une tendance plus radicale qui s'oppose à la participation du pays à la Première Guerre mondiale. Ses partisans fondent en avril 1917 un nouveau parti socialiste, l'USPD (Unabhängige Sozialdemokratische Partei Deutschlands). Les membres les plus à gauche de ce mouvement mené par Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg sont fascinés par l'action des bolcheviques en Russie. On les appelle les « spartakistes », en référence au chef de la révolte des esclaves à Rome au ier siècle av. J.-C. Le 1er janvier 1919, ils fondent le parti communiste allemand, le KPD (Kommunistische Partei Deutschlands). Le SPD, dirigé par Friedrich Ebert, reste réformiste. Les adhérents de l'USPD rejoignent le SPD. Le socialisme allemand est donc durablement divisé et marqué par l'opposition entre voie révolutionnaire (communiste) et réformiste.
Exercice n°2
Un syndicalisme spécifique
• La naissance des syndicats
Les différentes associations de travailleurs allemands sont fédérées en 1892 dans une commission générale des syndicats allemands. Cette association, dirigée par le socialiste Carl Legien, est très proche du SPD.
• Un modèle syndical allemand
Les syndicats ont recours à plusieurs types d'actions. Les grèves sont nombreuses au début du xxe siècle. En 1905, les grévistes sont près de 400 000. Ils obtiennent de nombreux acquis sociaux. Quatre millions d'Allemands sont syndiqués en 1914.
• Un mouvement syndical divisé
Avec la naissance du KPD, le mouvement syndical éclate. Le syndicat communiste, la RGO (Revolutionäre Gewerkschafs Opposition), créé en 1929, se lance dans des grèves très dures. L'ADGB (Allgemeine Deutsche Gewerkschaftbund) reste proche du SPD et obtient de nombreux acquis sociaux par la négociation.
Socialismes et pouvoirs de 1875 à 1945
• Le socialisme, de l'interdiction à la reconnaissance
Sous le gouvernement du chancelier Bismarck, le socialisme est violemment combattu. Une « loi antisocialiste » est votée en 1878 et interdit toute action politique et syndicale. Il octroie par ailleurs d'importantes lois sociales (retraites, assurances maladie…) pour tenter de calmer les revendications. La loi est abolie avec le départ de Bismarck en 1890. Pourtant, depuis 1871, la représentation politique des socialistes ne cesse de croître, passant de deux députés en 1871 à 110 en 1912. Avec plus de 30 % des voix, le SPD est le premier parti allemand.
• Les socialistes au pouvoir sous la République de Weimar
À la fin de la Première Guerre mondiale, le SPD devient le premier parti du nouveau régime politique, la République de Weimar. En janvier 1919, une révolte spartakiste éclate à Berlin. Le gouvernement SPD choisit la voie de la répression contre les communistes : c'est la « semaine sanglante » du 5 au 12 janvier. Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht sont tués le 15 janvier.
Exercice n°3
• Le socialisme interdit et persécuté pendant le nazisme
L'émergence du parti nazi va conduire SPD et KPD à être interdits. Ces deux partis refusent de s'unir face à la progression des nazis, qui remportent les élections de 1932 et accèdent au pouvoir en janvier 1933. Suite à l'incendie du Reichstag le 28 février 1933, les nazis interdisent le KPD, puis les syndicats le 2 mai et tous les partis le 14 juillet. Certains socialistes et communistes sont internés dans des camps. Le mouvement subsiste de façon clandestine ou en exil.
2. Une Allemagne divisée : quels modèles socialistes en RFA et RDA ? (1945-1990)
Les socialismes face à l'après-guerre
• La renaissance des partis après le nazisme
Le SPD et le KPD se reconstituent dans toute l'Allemagne dès 1945, dans le cadre des quatre zones d'occupation.
• L'URSS souhaite dès 1946 utiliser le KPD pour promouvoir sa politique. Dans la zone soviétique, Staline impose la fusion du SPD et du KPD dans un seul parti, le SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands), dirigé par les communistes.
• En 1949 sont créés deux États allemands, la RFA puis la RDA.
Le modèle communiste en RDA
• Le communisme au pouvoir
En RDA, le SED, sous un strict contrôle soviétique, met en place un régime typique des démocraties populaires. Il est marqué par la collectivisation, la planification en matière économique. La RDA a une importance toute particulière dans le bloc de l'Est. Marx était allemand (la ville de Chemnitz est rebaptisée « Karl-Marx-Stadt ») et la RDA, pays au plus fort PIB du bloc de l'Est, doit apparaître comme une vitrine du communisme face à Berlin-Ouest.
• Un État totalitaire
En RDA, la population est strictement encadrée par les organisations de l'État et du parti. La police politique, la Stasi, contrôle et réprime toute opposition. Les émeutes ouvrières de Berlin-Est en 1953 sont violemment réprimées.
• Un syndicalisme sans consistance
Dans ce cadre, les organisations syndicales sont unifiées dans la FDGB (Freier Deutscher Gewerkschaftsbund), se bornant à relayer les ordres du parti.
La social-démocratie en RFA
• L'adoption du modèle social-démocrate
En RFA, le socialisme s'affirme de plus en plus réformiste. Le KPD est interdit en 1956, dans le contexte de la guerre froide. En 1959, lors du congrès de Bad-Godesberg, le SPD abandonne toute référence au marxisme et adhère pleinement à la social-démocratie, acceptant le libéralisme économique. Elle obtient la majorité de 1969 à 1974 avec le chancelier Willy Brandt et de 1974 à 1982 avec Helmut Schmidt.
Exercice n°4
• Des syndicats partenaires
Le principal syndicat présent en RFA, la DGB (Deutscher Gewerkschaftsbund), est proche du SPD. Le nombre d'Allemands syndiqués est alors le plus fort d'Europe. Les syndicats sont donc très représentatifs et peuvent négocier un principe de cogestion avec le patronat. Présents dans les instances dirigeantes des entreprises, ils favorisent la négociation plutôt que la grève.
• De nouveaux socialismes : l'extrême gauche
À partir des années 1960 apparaît une opposition de gauche plus radicale, surtout dans les mouvements étudiants après 1968. Ce retour à la révolution est marqué par un refus du parlementarisme, voire d'un recours à la violence, avec les actes terroristes de la bande à Baader dans les années 1970. Le mouvement écologiste qui s'affirme s'ancre également à gauche.
3. Un modèle socialiste allemand après la réunification ?
Les mutations des partis socialistes
• Les échecs économiques de la RDA et la chute du régime
Le SED disparaît, car son rôle de parti unique l'a discrédité. Certains de ses membres fondent un nouveau parti socialiste à l'Est : le PDS (Partei des Demokratischen Sozialismus). Il rencontre très peu de succès.
• Les réformes de la social-démocratie
À l'Ouest, la droite est au pouvoir depuis 1982, avec le chancelier Helmut Kohl. Le SPD, dans l'opposition jusqu'en 1998, réaffirme son ancrage dans la social-démocratie.
• Les recompositions de la gauche
L'arrivée au pouvoir du SPD intervient en 1998 avec le chancelier Gerhardt Schröder, qui passe une alliance électorale avec les écologistes (« alliance rouge-verte »). Son attachement au libéralisme déçoit une partie de la gauche. Le PDS reprend de l'importance. Il change de nom et devient le Linkspartei. Il fusionne en 2007 avec le WASG, et prend le nom de die Linke. Ce nouveau parti socialiste obtient 12 % aux élections de 2009.
Exercice n°5
Le modèle syndical mis à l'épreuve
• Face à la crise et à la mondialisation
Les syndicats allemands connaissent, comme partout en Europe, une baisse de leurs effectifs. Cependant, ils comptent toujours plus d'adhérents que dans de nombreux pays : 6 millions en 2009.
• Nouveaux partenariats
La politique de la négociation marque toujours majoritairement l'action syndicale. Les syndicats tentent aussi de tisser des liens avec les nouvelles formes de travail (intérim, télétravail…).
• Nouvelles radicalités
L'émergence du mouvement die Linke a encouragé certains syndicats à un retour à la radicalité, à la grève et à des prises de position hostiles à la mondialisation libérale.
Ainsi, l'évolution du socialisme, du communisme et du syndicalisme en Allemagne est un bon révélateur de l'évolution d'une idée politique. Ces mouvements ont agi dans le cadre d'un empire, de deux démocraties et de deux États totalitaires, l'un hostile au socialisme (le régime nazi), l'autre instituant le communisme comme parti unique (RDA). Ce sont ces héritages que portent les socialismes allemands dont la diversité actuelle témoigne de la vivacité dans un contexte économique incertain.
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