Le continent américain : entre tensions et intégrations régionales (sujet inédit, composition)

Énoncé

Le continent américain : entre tensions et intégrations régionales.
Comprendre la question
Ce sujet qui reprend à l'identique l'intitulé du programme ne pose pas de problème majeur de compréhension. Il appelle à étudier le continent américain au travers de deux prismes complémentaires. Résolument géopolitique, le sujet invite à s'intéresser aux tensions, voire aux facteurs de conflits qui caractérisent cette région du monde. À partir de l'étude des « intégrations régionales », vous observerez la manière dont ces tensions peuvent être surmontées par la mise en œuvre de coopérations internationales, à l'échelle continentale ou régionale.
Procéder par étapes
L'élaboration d'un plan n'est pas très compliquée dans la mesure où le sujet donne deux axes d'investigation privilégiés : les facteurs de division d'une part, et les tentatives d'intégration de l'autre. Cependant, le premier axe sera davantage à développer que le second, les facteurs de divisions étant aujourd'hui plus nombreux que ceux qui permettent d'envisager une réelle coopération panaméricaine.

Corrigé

Introduction
S'étendant sur plus de 40 millions de km2, le continent américain est le deuxième plus étendu au monde. Il est également très peuplé avec près de 900 millions d'habitants. Cette immensité explique pour une large part sa diversité intrinsèque. Parler des Amériques au lieu de l'Amérique permet de prendre en compte les nombreux sous-ensembles aux identités singulières qui composent ce continent. Le continent américain, en effet, ne saurait être appréhendé comme une entité uniforme et homogène, mais comme une diversité d'identités originales. C'est ce rapport entre unité et diversité qui fait toute la singularité du continent américain. Nous allons être amenés à nous demander si les nombreuses divisions qui caractérisent ce continent constituent des obstacles insurmontables pour son unité, ou s'il est envisageable de les dépasser par un effort d'intégration régionale.
Nous rappellerons d'abord les multiples raisons qui font que ce continent est divisé. Nous verrons ensuite que de plus en plus d'initiatives sont prises, afin de renforcer la coopération régionale sur le continent, mais que celles-ci demeurent d'une efficacité limitée.
I. Un continent divisé
1. Par la géographie et la culture
La géographie divise le continent américain en trois sous-ensembles de forme et de climat assez différents. Au Nord, les immensités du Canada, des États-Unis et du Mexique forment un ensemble cohérent. Viennent ensuite la très étriquée Amérique centrale et ses périphéries caribéennes, qui constituent un deuxième sous-ensemble aisément isolable. Enfin, l'Amérique du Sud se dégage comme un troisième ensemble à part entière. Entre ces trois régions qui forment un seul et même continent, on note bien sûr des traits communs, mais ce sont surtout les contrastes qui prédominent. Qu'ont en commun les plaines enneigées de l'Alaska et les sommets andins ? Les rives du Mississippi et celles du fleuve Amazone ? Ces diversités géographiques ont au demeurant influencé le destin historique de ces régions, qui ont vu s'épanouir des peuples aux cultures différentes. Alors que les langues anglo-saxonnes prédominent dans le Nord, les langues latines (espagnol, portugais, français…) sont majoritaires au centre et au sud du continent. Sur le plan religieux, on observe une même séparation entre un Nord à prédominance protestante et un Sud où le catholicisme règne en maître. Les modes vestimentaires, alimentaires ou musicales sont également extrêmement différentes d'un bout à l'autre du continent.
2. Par les niveaux de développement
La diversité des niveaux de vie du continent américain est l'un des principaux facteurs de divisions et un obstacle à la résorption des différences. On trouve en effet aux Amériques des pays parmi les plus riches du monde, qui côtoient parfois, à quelques encablures, des PMA vivant dans la plus grande misère. Ainsi, les paradis fiscaux des îles Caïmans ou des Bahamas sont à quelques centaines de kilomètres à peine des bidonvilles haïtiens. Entre ces deux extrémités, on trouve toute une palette de situations, depuis les pays développés comme le Canada, jusqu'aux pays émergents comme le Brésil et le Mexique. Ces écarts de développement ne sont pas seulement palpables entre pays américains, ils le sont aussi à l'intérieur de chacun d'entre eux. Le Brésil est, par exemple, l'un des pays du monde où les écarts de richesses sont les plus grands.
3. Par la politique
Le principal obstacle aux intégrations régionales des Amériques est la grande diversité des systèmes politiques en place sur le continent, qui rend le rapprochement entre certains pays difficile, voire impossible. On y trouve en effet des démocraties libérales comme le Canada, mais aussi des régimes autoritaires comme Cuba, sans parler des régions d'outre-mer dépendantes de métropoles européennes. Avant tout, c'est sur l'orientation politique à donner que les divergences sont grandes, car globalement deux camps s'affrontent : d'une part les États-Unis et leurs alliés, porteurs d'un modèle d'intégration par le libéralisme économique ; d'autre part, les pays dirigés par des leaders marqués à gauche, accusant les États-Unis d'impérialisme et entendant proposer un modèle d'intégration alternatif basé sur des principes d'inspiration socialiste.
II. Une intégration régionale encore balbutiante
1. Des flux croissants
En dépit de ces nombreuses divisions qui affectent le continent américain, les échanges entre ses différentes composantes n'ont jamais été aussi nombreux. Les flux matériels se composent pour l'essentiel de matières premières, notamment issues de l'agriculture, qui circulent entre le sud et le nord du continent. Inversement, les produits manufacturés sont plutôt produits dans les pays d'Amérique du Nord et exportés vers ceux du Sud. Les flux financiers sont évidemment largement dominés par les États-Unis, qui sont de très loin le premier investisseur dans la région. Ces flux transitent par l'intermédiaire de nombreuses FTN déployées sur tout le continent. Les flux migratoires sont pour leur part – sans grande surprise – orientés du sud vers le nord. Les populations ont tendance à quitter les pays les moins développés en quête de l'Eldorado que représentent pour elles les États-Unis ou le Canada. Dans le sens nord-sud, les flux migratoires ne sont pas négligeables, mais de nature fort différente puisqu'il s'agit de flux en rapport avec le tourisme.
2. Le développement des organisations régionales
De nombreuses organisations régionales se sont développées depuis plusieurs décennies pour rapprocher les États américains et les inciter à coopérer. La plus importante en raison de son efficacité et de son degré d'avancement est l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui implique les trois pays du nord du continent : Canada, États-Unis et Mexique. Cette association est à finalité uniquement économique, destinée à promouvoir le libre-échange entre les pays de la zone. Elle ne comporte en revanche aucune dimension de coopération politique. En Amérique du Sud, la principale organisation régionale est le Marché commun sud-américain (MERCOSUR) auquel participent entre autres l'Argentine, le Brésil et le Venezuela. Les pays de la cordillère des Andes coopèrent au sein de la Communauté andine (CAN), ceux de la Caraïbe au travers du CARICOM, etc. Cette profusion d'organisations censées unir les pays américains traduit en fait surtout leur désunion, puisqu'aucune organisation n'atteint vraiment son but, amenant toujours la création de nouvelles initiatives. Récemment, le Venezuela a lancé son Alternative bolivarienne pour les peuples américains (ALBA), qui s'inscrit clairement en opposition aux organisations régionales auxquelles appartiennent les États-Unis.
3. Vers une Union américaine ?
La seule organisation qui rassemblent tous les pays américains est l'Organisation des États américains (OEA), mais elle n'a pratiquement aucun pouvoir. C'est une organisation aux fonctions purement symboliques et qui n'a pas permis de réaliser des progrès dans l'intégration de la région. Le projet des États-Unis, d'étendre l'ALENA à l'ensemble du continent pour donner naissance à une Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), demeure quant à lui un vœu pieux qui, s'il venait un jour à se réaliser, serait encore loin de rapprocher les pays de la région sur tous les plans, puisqu'il reste uniquement basé sur l'économie.
Conclusion
Il apparaît donc clairement, du fait de ses profondes et nombreuses diversités, que le continent américain est profondément divisé. Seules des tentatives de regroupement au niveau sous-régional peuvent voir le jour. En revanche, toutes les initiatives destinées à la coopération de l'ensemble des pays du continent ont butté sur les divergences trop nombreuses qui opposent ces pays entre eux. Et les choses ne semblent pas prêtes de changer.