Le continent africain face au développement et à la mondialisation (Liban, mai 2013, composition)

Énoncé

Composition : Le continent africain face au développement et à la mondialisation

Corrigé

Introduction
Ne serait-ce que par sa démographie particulièrement dynamique, l'Afrique est au cœur des mutations actuelles de l'espace mondial. C'est un continent plein de ressources qui pourrait disposer de nombreux atouts sur la scène internationale.
Force est cependant de constater que ce n'est actuellement pas le cas et que l'Afrique, avec plus d'un milliard d'habitants, demeure associée dans les esprits à l'idée de « malédiction » qui l'empêcherait de normaliser sa situation. L'Afrique demeure, il est vrai, la région du monde la moins développée, mais également la moins bien connectée aux réseaux de la mondialisation. Ces deux constats sont intimement liés et toute avancée sur l'une ou l'autre de ces questions produit inévitablement des retombées positives sur l'autre. Nous allons donc nous demander si l'Afrique est condamnée au retard et à la marginalité, ou si elle peut au contraire espérer enclencher une dynamique qui lui permettrait de venir à bout de ses difficultés.
Pour mener à bien cette investigation, nous commencerons par dresser le constat des difficultés africaines. Puis nous verrons que certains pôles du continent parviennent à échapper à ces difficultés et constituent donc des modèles porteurs d'espoir pour l'ensemble de la région. On s'interrogera enfin sur les quelques défis qui, s'ils sont relevés, permettraient à l'Afrique de jouer le rôle qui lui revient sur la scène internationale.
I. Un continent en marge et en retard de développement
1. 
Un retard de développement important
La concentration de la plupart des pays les moins avancés dans cette région du monde (33 des 48 PMA recensés par l'ONU sont africains) fait de l'Afrique le continent le moins développé de la planète. Ce retard se traduit par le maintien d'un fort taux d'analphabétisme et par une espérance de vie qui demeure parmi les moins élevées au monde. L'espérance de vie moyenne d'un Africain est de 55 ans alors que l'espérance de vie moyenne à l'échelle mondiale est de 68 ans. Le faible taux d'urbanisation du continent (40 %) témoigne également de ce retard, même s'il est en augmentation rapide. Mais cette augmentation qui pourrait être vue comme un signe de développement cache en réalité le développement massif des bidonvilles où se concentrent la misère, la violence et les maladies contagieuses. Le chemin est donc long à parcourir. Il faut pourtant nuancer ce constat globalement pessimiste en rappelant qu'une moyenne demeure trompeuse et que les situations qui prévalent d'un pays africain à l'autre sont très différentes. Globalement, les pays d'Afrique du Nord connaissent des situations beaucoup moins préoccupantes que celles qui prévalent au sud du Sahara en matière de développement.
2. 
Une faible participation à la mondialisation
L'Afrique ne participe que marginalement à la mondialisation. Ne disposant que très peu d'industries, elle ne peut guère exporter, et comme en retour les différents pays ne disposent pas de classes moyennes suffisamment importantes pour être des pôles de consommation suffisants, le continent ne génère pas d'importants flux d'importation. Ainsi, on constate que l'Afrique ne génère que 3 % des flux marchands internationaux. Elle dispose cependant d'un atout majeur qui réside dans ses nombreuses matières premières dont elle est grande exportatrice, mais, en l'occurrence, cet atout constitue aussi une faiblesse. D'abord, parce qu'en exportant ses matières premières plutôt qu'en les transformant sur place, l'Afrique se prive d'un moyen de développer son appareil industriel. Ensuite parce que l'exportation de ces matières premières est principalement assurée par des entreprises non-africaines et n'a donc que de maigres retombées en termes de développement pour le continent africain lui-même et ses populations.
II. Une participation à la mondialisation plus importante qu'il n'y paraît
1. 
Des pays qui tirent leur épingle du jeu
Il est difficile de traiter avec précision d'une problématique à une échelle aussi large que celle d'un continent. En effet, en Afrique comme ailleurs, les situations locales sont variées et parfois contradictoires. Comme on l'a déjà noté, le niveau de développement de certains pays africains est beaucoup plus avantageux que ne le laisse supposer la moyenne globale du continent. De même, certains pays de la région, souvent les mêmes, s'affirment progressivement comme des pôles dominants qui parviennent à s'insérer aux flux de la mondialisation et font donc figure de leaders régionaux en mesure de jouer un rôle d'entraînement sur leurs voisins. C'est le cas en particulier de l'Afrique du Sud dont l'économie est de loin la plus puissante du continent. Elle possède le premier PIB africain avec 525 milliards de dollars, devant l'Égypte (499 milliards de dollars). À elle seule, l'Afrique du Sud réalise un quart du PIB de l'Afrique. Avec en moyenne 5 % de croissance économique par an, elle présente des résultats qui caractérisent un pays émergent plutôt avancé, comme en témoigne son intégration au groupe des BRICS. Le pays est le premier en Afrique en termes de nombre et de poids des FTN. Certaines d'entre elles sont assez bien placées sur la scène mondiale, comme le groupe Goldfields, deuxième au monde pour l'or et l'uranium.
2. 
Le poids de la mondialisation informelle
Au-delà des espoirs suscités par les leaders régionaux comme l'Afrique du Sud, il faut relever que l'ensemble du continent africain est mieux connecté au reste du monde qu'il n'y paraît. En effet, si on ne se fie qu'aux statistiques des autorités internationales, on occulte tout un pan de l'activité africaine, largement informelle ou souterraine et donc absente des statistiques officielles. Sous un autre aspect, là où l'on peut considérer que l'Afrique n'est pas totalement marginale dans la mondialisation, c'est qu'elle est l'une des régions du monde qui connaît les plus importants flux migratoires de la planète. En retour, comment ne pas voir l'existence d'une importante diaspora africaine partout dans le monde, qui génère des flux de tous ordres (argent, biens, informations) à destination et au départ de l'Afrique ?
III. Les défis de l'Afrique
1. 
Réguler la démographie et éduquer les populations
L'Afrique est le continent qui connaît la plus forte croissance démographique avec aujourd'hui deux fois plus d'habitants qu'en 1980, et cette croissance se poursuit. Le Nigeria à lui seul compte aujourd'hui plus de 170 millions d'habitants. Le taux de fécondité y est très élevé (plus de cinq enfants par femme) alors que le taux de mortalité a baissé, même s'il reste plus important qu'en Europe ou en Asie. L'Afrique est donc en pleine transition démographique. Ce continent est celui qui compte la population la plus jeune au monde, la moitié ayant moins de 25 ans. Si la profusion et la jeunesse de la population africaine constituent un atout considérable pour son avenir, cela pose aussi un certain nombre de problèmes qu'il est nécessaire de résoudre pour permettre à l'Afrique de décoller. Le principal de ces problèmes est celui de l'éducation. À quoi bon avoir une population nombreuse si celle-ci ne dispose pas des moyens lui permettant d'être utile au développement économique du pays ? Or l'éducation a un coût et apparaît à de nombreux États pauvres comme un luxe. Le problème se trouve accru par l'émigration, qui voit souvent les éléments de la population les mieux éduqués quitter le pays à la fin de leurs études.
2. 
Approfondir l'intégration régionale
Les frontières africaines, tracées par les puissances coloniales européennes, ont très souvent divisé les peuples du continent entre plusieurs États (on trouve ainsi des Wolofs au Mali et au Sénégal) et tous les États sont divisés entre plusieurs ethnies. Cela a conduit à d'importants conflits, comme le génocide au Rwanda en 1994. Quant au Soudan, il a été partagé en 2011 entre Soudan du Sud, peuplé de populations noires de religion chrétienne ou animiste, et Soudan du Nord, peuplé d'Arabes musulmans. Cette forte conflictualité qui caractérise le continent africain constitue un autre obstacle majeur à son développement. Pour y mettre un terme et espérer peser sur la scène internationale, il est nécessaire pour l'Afrique d'accroître ses politiques de coopération régionales en s'inspirant de ce qu'on fait les Européens avec l'Union européenne ou les Américains du Nord avec l'ALENA. Il existe une Union africaine, mais celle-ci demeure plus symbolique que réelle et les rivalités entre pays africains freinent pour l'instant une réelle collaboration entre eux, notamment sur le plan économique, qui leur serait pourtant des plus profitables.
Conclusion
Retard de développement et déficit d'intégration à la mondialisation de l'Afrique sont deux problèmes intimement liés. Pour être réels, on a cependant vu qu'ils doivent être nuancés. D'abord parce que l'Afrique n'est pas un tout uniforme, ensuite parce que certains des pays qui la composent s'en sortent bien mieux que d'autres. Reste que le retard est dans l'ensemble incontestable, mais pas insurmontable : une meilleure régulation démographique couplée à d'ambitieuses politiques de développement menées à l'échelle continentale, grâce à une coopération renforcée entre pays africains, serait en mesure de permettre de réels progrès.