Les territoires dans la mondialisation : une inégale intégration (sujet national, juin 2013, composition)

Énoncé

Composition : Les territoires dans la mondialisation : une inégale intégration

Corrigé

Introduction
La mondialisation est souvent présentée comme un processus d'uniformisation de la planète par l'intégration sur un même modèle de tous les territoires qui la composent. Or la réalité est beaucoup plus complexe, car si la mondialisation touche la quasi-totalité des territoires, elle n'y produit pas partout les mêmes effets. Loin d'aboutir à leur uniformisation, la mise en relation accrue des différentes parties du monde aboutit à les hiérarchiser et à leur assigner des rôles spécifiques dans ce processus. On doit donc s'interroger sur la place des différents types de territoires dans le processus de mondialisation, afin de comprendre pourquoi et comment tous n'y tiennent pas le même rôle. Pour répondre à toutes ces questions, nous chercherons d'abord à déceler quels sont les territoires centraux dans la mondialisation. Puis nous étudierons ceux qui se trouvent dans une situation intermédiaire, ni vraiment centraux ni entièrement marginaux. Enfin, on montrera que certains territoires demeurent largement en retrait.
I. Les centres du monde
1. 
Le Nord
À l'échelle mondiale, ce sont les pays du Nord qui tiennent la place centrale. C'est dans cette partie du monde que se concentrent l'essentiel des richesses et de l'activité économique planétaire. À eux seuls les pays de la Triade (Amérique du Nord, Europe occidentale, Japon-Océanie) concentrent pas moins de 65 % du PIB mondial et génèrent les deux tiers des flux commerciaux internationaux, alors même qu'ils représentent à peine plus de 10 % de la population mondiale. Dans ces pays sont réunis les sièges sociaux de la plupart des grandes firmes transnationales (FTN) qui sont au cœur du processus de mondialisation économique par les nombreux flux qu'elles génèrent.
2. 
Les villes
Au sein même de la Triade, les métropoles concentrent l'essentiel de la richesse, du pouvoir et de l'innovation. Ce phénomène est illustré, selon le géographe Olivier Dollfus, par l'image d'un archipel : les villes fonctionnent entre elles comme autant d'îles formant un archipel au milieu des territoires. Parmi ces villes, certaines occupent une place tout à fait particulière. Ce sont les quatre villes mondiales : New York, Tokyo, Londres et Paris, principaux pôles d'impulsion de l'AMM (Archipel métropolitain mondial). Certaines de ces villes sont intégrées à une mégalopole, décuplant leur force d'impulsion. Cette centralité des grandes métropoles dans le processus de mondialisation est illustrée par l'architecture désormais uniformisée de leurs CBD, où se concentrent les activités économiques les plus rémunératrices.
3. 
Les littoraux
Beaucoup de ces grandes métropoles et mégalopoles ont en commun d'être en situation littorale. Dans un monde où l'essentiel du commerce de marchandises passe par la voie maritime, il est logique que les hommes et les activités tendent à se concentrer dans les régions littorales qui leur permettent d'échanger facilement avec le reste du monde. On voit ainsi le développement des façades maritimes qui se caractérisent par une forte concentration de populations, la présence de grands ports de commerce, et l'essor des activités industrielles.
II. Les espaces intermédiaires
1. 
Les pays émergents
Les centres dominants de la mondialisation ont en commun d'être des puissances installées de longue date, que la mondialisation n'a fait que confirmer dans leur situation hégémonique. Il n'en va pas de même pour un certain nombre de pays du Sud, jadis dominés et périphériques, et qui parviennent à présent à occuper une place de plus en plus cruciale dans les échanges mondialisés. Ces pays sont qualifiés d'« émergents » car ils s'extirpent peu à peu des marges de la mondialisation pour devenir des centres relais ou secondaires. Parmi eux, on trouve les BRICS à savoir le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud (« S » pour South Africa). À l'exception de la Russie dont la trajectoire est originale, ces pays ont en commun d'avoir su s'insérer dans les circuits du commerce mondialisé en misant sur leurs atouts. Aux BRICS, on peut ajouter des pays qui suivent une trajectoire similaire comme le Mexique, la Turquie où les Philippines. Cependant, ne serait-ce que par leur niveau de développement encore éloigné de celui des pays du Nord, ces régions sont encore loin d'avoir rattrapé les vieux centres du monde.
2. 
Les pays réservoirs
Un autre groupe de pays parvient à s'imposer comme incontournable dans la mondialisation. Il s'agit de l'ensemble des territoires qui servent de réservoir en matières premières à des pays qui viennent y puiser les ressources nécessaires à la dynamisation de leurs activités. Notamment localisés au Moyen-Orient (pour les hydrocarbures) et en Afrique subsaharienne (pour le pétrole, les minerais et le bois) ils sont devenus indispensables au bon fonctionnement de l'économie mondiale. Ces pays se trouvent dans une situation intermédiaire : bien que centraux par leur caractère stratégique, ils demeurent périphériques dans le processus de mondialisation, car ils ont souvent des difficultés à convertir leurs atouts en puissance et en rayonnement. C'est surtout le cas des pays africains, ceux du Moyen-Orient réussissant mieux : les Émirats arabes unis, par exemple, sont parvenus à imposer certaines de leurs entreprises dans la compétition internationale.
3. 
Les périphéries centrales
Au sein des pays du Nord, qui sont au centre de la mondialisation, de nombreux territoires se trouvent dans une situation ambiguë. Centraux en apparence, notamment par leur niveau de développement élevé, ils sont en fait assez marginaux. C'est le cas de la plupart des territoires qui font partie de la Triade : en effet, en dehors des grandes aires métropolitaines qui concentrent l'essentiel des richesses et du pouvoir, la Triade est composée de territoires ruraux où de petites villes qui n'ont guère d'influence sur le monde mondialisé. Leur prospérité tient à leur proximité géographique et surtout historique avec les grandes métropoles, ce qui leur permet de bénéficier des retombées de leur centralité grâce à des politiques de redistribution des richesses. Mais l'avenir de ces régions, qui sont de plus en plus des charges pour les centres mégalopolitains, s'annonce compliqué. En effet, un peu partout on voit émerger des revendications d'indépendance des régions les plus riches, bien connectées à la mondialisation, et qui souhaitent se débarrasser du fardeau des régions plus pauvres dont ils ne peuvent tirer parti : c'est le cas de la Flandre en Belgique, du nord de l'Italie ou de la Catalogne en Espagne. Ainsi, la concentration des facteurs de centralité dans quelques espaces métropolitains restreints participe à accélérer la fragmentation territoriale.
III. Les territoires en marge de la mondialisation
1. 
Les territoires autarciques
Est-il possible de vivre totalement en marge de la mondialisation ? Ceci supposerait d'être coupé de la plupart des flux : marchandises, circulations humaines, flux financiers, flux d'information… Seuls les derniers peuples premiers qui n'ont pas encore été découverts, ou qui sont protégés comme tels, sont totalement en marge, comme aux îles Andaman dans l'océan Indien, sur l'île North Sentinel, où vivent 200 personnes refusant tout contact avec le monde extérieur. Un seul pays refuse explicitement de s'intégrer à la mondialisation pour des raisons idéologiques : la Corée du Nord. Cet État rejette, en effet, l'économie libérale, considérant que les échanges avec le reste du monde sont contraires à la construction d'une voie politique et économique inspirée du communisme. Ce qui sert surtout à justifier une dictature brutale. D'autres régimes autoritaires ont aussi décidé de fermer plus ou moins leurs frontières, mais parfois, ils n'ont pas vraiment le choix, car ils sont frappés de sanctions internationales précisément destinées à les isoler du reste du monde qui veut les obliger à infléchir leurs positions : c'est notamment le cas de l'Iran ou de Cuba.
2. 
Les territoires enclavés
Pour la plupart des États qui restent en marge de la mondialisation, la situation est subie et non voulue. Elle s'explique surtout par leur faible peuplement et leurs moyens insuffisants pour susciter une dynamique leur permettant de s'inscrire dans un rôle précis. C'est le cas des déserts chauds ou froids, comme le Sahara ou l'Antarctique, ou de certaines forêts denses. Plus généralement, l'ensemble des territoires enclavés, c'est-à-dire ceux dont l'accès est rendu difficile en raison de leur position géographique, de leur climat ou de leur relief, subissent de lourds handicaps qui les mettent de fait en situation périphérique. C'est le cas des régions montagneuses par exemple, qui, à l'inverse des régions littorales, se trouvent en dehors des voies de communication. Cependant, certains de ces espaces peuvent tout de même représenter des enjeux par les ressources naturelles qui souvent s'y trouvent. Aucune contrainte géographique ne peut empêcher l'exploitation et la mise en valeur d'un territoire, pour peu que les hommes y trouvent un intérêt suffisant pour mobiliser les moyens nécessaires au dépassement de ces contraintes.
3. 
Les PMA
Il faut enfin évoquer la situation des pays les moins avancés (PMA). Ceux-ci ne parviennent pas à s'intégrer aux flux mondialisés, en raison de leurs retards criants en termes de développement. En effet, si un pays ne peut pas offrir la sécurité nécessaire aux personnes et aux entreprises, ou si une population est insuffisamment qualifiée pour constituer une main-d'œuvre efficace, alors il n'est pas en mesure d'attirer des investisseurs étrangers. Comme la plupart de ces pays sont très pauvres, il n'y a pas de classe moyenne suffisamment conséquente pour consommer et ainsi enclencher le cercle vertueux du dynamisme économique. Ces pays, dont la majorité sont situés en Afrique subsaharienne et en Amérique centrale, peinent donc tout à la fois à recevoir et à émettre des flux. Mais il ne faut pas exagérer leur marginalité. Nombre d'entre eux sont de grands pourvoyeurs de matières premières ou de main-d'œuvre bon marché par le biais des flux migratoires. Leur problème n'est pas tant qu'ils ne s'intègrent pas aux échanges mondiaux, mais qu'ils les subissent sans pouvoir en tirer profit.
Conclusion
L'existence de centres au sein de l'espace mondialisé suppose celle de périphéries qu'ils dominent. Les territoires les plus centraux sont aussi les plus puissants, mais on constate que la mondialisation permet désormais à des pays jadis marginaux de gagner de plus en plus en centralité. Pour de nombreux pays du Sud, la mondialisation demeure un phénomène subi dont ils ne parviennent guère à tirer profit pour sortir de leur marginalité.