De l'art roman à l'art gothique


Fiche

 Aujourd'hui encore, malgré le temps et les destructions, nous pouvons voir nombre d'églises, de monastères, de cathédrales qui datent du Moyen Âge. Entre le XIe et le XIVe siècle, l'Occident se couvre d'églises puis de cathédrales. Toute l'Europe connaît un extraordinaire essor artistique. Pourquoi un tel mouvement ? Quelles sont les caractéristiques des arts roman et gothique ?
I. Des conditions favorables à l'essor artistique
1. Un contexte favorable
•  Au XIe siècle, alors que la population augmente, les petites églises, souvent à charpente de bois, sont remplacées par de plus grandes, en pierre. Par ailleurs, la population, mise à contribution pour l'édification de ces édifices religieux, s'enrichit. Cet enrichissement, lié aux progrès de l'économie et à la découverte de techniques nouvelles, permet d'utiliser de meilleurs matériaux et un outillage plus efficace. Enfin, les conditions politiques sont favorables : pour affirmer leur puissance et s'assurer les faveurs de l'Église, les grands seigneurs édifient de vastes abbayes. Plus tard, les villes rivalisent entre elles pour avoir les plus belles des cathédrales : ces constructions deviennent un signe de richesse et de puissance.
2. Le rôle du clergé
•  La plupart des édifices religieux restent cependant bâtis par le clergé, à ses frais (même si ses ressources sont complétées par les offrandes des laïcs). Évêques et abbés envoient des quêteurs pour faire appel à la générosité des fidèles et leur promettre en retour des indulgences. Malgré cela, l'argent manque souvent et les chantiers sont régulièrement interrompus. C'est pourquoi la construction des cathédrales s'étend parfois sur plusieurs siècles.
3. Les bâtisseurs
•  Pour édifier de grandes églises voûtées en pierre, il faut faire appel à des spécialistes : tailleurs de pierre, plâtriers, maçons se déplacent en équipe et transmettent d'une région à l'autre leur savoir-faire.
Malgré les progrès accomplis au Moyen Âge, la construction de vastes édifices pose des problèmes aux bâtisseurs qui disposent de moyens techniques limités.
II. L'art roman : de nouvelles solutions architecturales
1. Le problème de la voûte
•  Les églises romanes suivent généralement le plan d'une croix latine : la nef (figurant le corps du Christ) est coupée par le transept (ses bras), et couronnée par le chœur (sa tête).
•  Du Xe au XIIe siècle, les bâtisseurs remplacent les charpentes de bois par des voûtes de pierre. La forme la plus typique de l'art roman reste la voûte semi-circulaire, voûte en berceau ou en plein cintre. En général, ces voûtes sont renforcées à intervalles réguliers par des arcs de pierre taillée (les arcs doubleaux) comme dans la basilique Sainte-Madeleine de Vézelay.
•  Les murs sont épais, les fenêtres réduites : les églises romanes sont souvent assez sombres. En faisant se croiser à angle droit deux voûtes en berceau, on obtient une voûte d'arêtes, procédé qui permet de répartir les poussées sur les piliers des angles. On s'en sert surtout pour les bas-côtés, plus rarement pour la nef. Dans certaines régions et pays (Sud-Ouest de la France et Italie), la nef est couverte de coupoles.
2. La sculpture
•  Les plus anciens édifices romans ont des façades ornées de motifs géométriques simples. À partir du milieu du XIe siècle, le décor sculpté se développe. Aux tympans des portails, le Jugement dernier est souvent représenté, comme à Vézelay ou à Autun. Sur les chapiteaux sont figurées des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. La sculpture romane laisse aussi une large place aux animaux, aux figures grimaçantes, souvent inspirés des motifs orientaux.
3. La peinture et les arts mineurs
•  L'intérieur des églises (y compris les statues et les chapiteaux) est généralement peint de couleurs vives. Les voûtes et les murs sont couverts de fresques qui décrivent les miracles des saints ou les épisodes de l'Évangile. La splendeur des édifices est également renforcée par des portes de bronze, des reliquaires d'or et d'émail, voire des vitraux. L'église romane est une véritable « Bible de pierre » dont le décor instruit les fidèles.
4. La variété de l'art roman
•  Cet art s'est développé en même temps que la féodalité, à une époque où l'Occident est morcelé. Aussi, les édifices, leurs matériaux, diffèrent souvent d'une région à l'autre. Les églises d'Auvergne ne ressemblent pas à celles de Bourgogne ou à celles du Poitou.
•  On remarque cependant certaines influences : les églises de pèlerinage ou les abbayes appartenant à de mêmes ordres religieux, comme Cluny ou Cîteaux, présentent des caractères communs.
III. L'architecture gothique
1. Du roman au gothique
•  L'art gothique se situe dans le prolongement de l'art roman. En effet, les bâtisseurs des cathédrales de la seconde moitié du XIIe siècle ne changent pas profondément de style. Mais ils utilisent de façon systématique et rationnelle des procédés architecturaux déjà connus, tels que l'arc brisé et la voûte sur croisée d'ogives. Simple artifice décoratif à l'origine, celle-ci est utilisée à partir de la fin du XIe siècle dans l'architecture anglo-normande. L'abbé de Saint-Denis, Suger, est le premier à comprendre l'avantage que l'on peut en tirer : la croisée d'ogives permet de faire porter le poids de la voûte sur des piliers et non plus sur les murs. Lorsqu'il entreprend de reconstruire son abbaye, vers 1140, il l'emploie dans tout l'édifice.
2. Un art d'Île-de-France
•  C'est dans le domaine royal capétien, et plus particulièrement dans les grandes villes d'Île-de-France, que le nouveau style, mis au point à Saint-Denis, se perfectionne. Entre 1160 et 1220 sont construites les cathédrales de Paris, de Sens et de Chartres.
•  Les voûtes sur croisées d'ogives permettent d'ouvrir dans les parois des fenêtres de plus en plus grandes. En même temps, à l'extérieur des églises, les arcs-boutants assurent la stabilité de l'édifice. Le mur devient une cloison où les vitraux remplacent la pierre : la lumière pénètre dans la nef.
3. Au XIIIe siècle : audace et harmonie
•  Vers le milieu du XIIIe siècle, l'art gothique atteint sa maturité dans les cathédrales de Bourges, de Reims et d'Amiens. Les architectes élèvent des nefs de plus en plus hautes : 37 m à Bourges, 38 m à Reims, 42 m à Amiens. Ils atteignent 48 m au chœur de la cathédrale de Beauvais, mais celle-ci s'effondre. Malgré cette tendance au gigantisme, l'art gothique se caractérise avant tout par la recherche de l'harmonie.
IV. Le décor gothique
1. La sculpture
•  Dans l'art gothique, la sculpture n'est plus soumise au cadre architectural. Les statues se multiplient à l'extérieur des églises. Les plus beaux ensembles se trouvent dans les portails : rois et prophètes encadrent le Christ et la Vierge Marie. Les personnages s'humanisent : leurs visages ont des traits individualisés ; leur allure générale contraste avec la rigidité des statues-colonnes de l'époque précédente.
2. Le vitrail et la peinture
•  En réduisant l'espace mural, l'art gothique n'est guère favorable à la fresque. En revanche, l'art du vitrail se développe. Dans la cathédrale de Chartres, on compte 164 ouvertures vitrées. Grâce aux teintes des vitraux, les églises sont inondées d'une lumière colorée.
•  L'activité des peintres se déploie en revanche dans les miniatures qui ornent les livres sacrés et profanes. En Italie, des artistes comme Giotto (1266-1337) font cependant renaître la peinture murale.
3. Les transformations de l'art gothique
•  Si l'art gothique est d'origine française, il connaît à partir du XIIIe siècle un grand succès en Occident et se répand dans la plupart des pays occidentaux. En Allemagne et en Angleterre, il évolue de façon originale en multipliant les éléments décoratifs. En France même, avec le gothique flamboyant de la fin du XIVe et du XVe siècle, la profusion des nervures dans les voûtes crée parfois une impression de surcharge et d'irréalité.
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