Comment les agricultures mondiales pourront-elles nourrir 9 milliards d'hommes en 2050 ? Des guerres de la faim se profilent-elles à l'horizon ? Pourra-t-on assurer la sécurité alimentaire pour tous ?
I. Répondre au défi de la quantité
• Selon la FAO (organisation des Nations-Unies en charge de l'alimentation et de l'agriculture), « la sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine » (Sommet mondial de l'alimentation, 1996). Cette définition un peu longue met cependant bien en lumière les quatre dimensions de la sécurité alimentaire : la disponibilité physique des aliments, l'accès à ces aliments, leur utilisation correcte et enfin la stabilité des trois autres dimensions dans le temps.
• Or, la croissance démographique qui amènera la population humaine à 9 milliards d'habitants en 2050 suppose déjà des progrès agricoles conséquents. Ces progrès pourront difficilement être réalisés par l'augmentation des superficies cultivées : les réserves sont limitées et les activités agricoles fortement concurrencées par l'urbanisation. Les ressources océaniques sont déjà bien utilisées : 25 % des espèces de poissons sont déjà au stade de la surexploitation (surpêche).
• Le progrès ne pourra donc venir, sur une large échelle, que de l'intensification, autrement dit la croissance des rendements par hectare. Or, les populations des pays du Nord se montrent déjà très critiques avec une agriculture productiviste accusée de détruire l'environnement et de produire de la « malbouffe ». Dans les pays du Sud, les investissements dans l'agriculture ont été longtemps négligés, au bénéfice de l'industrialisation : environ 500 millions de paysans dans le monde travaillent toujours à la main.
II. Répondre au défi de la qualité
• Au niveau qualitatif, les défis sont également immenses. Les agricultures modernes et les transnationales de l'agroalimentaire sont parvenues à fournir largement, à l'échelle mondiale, des produits alimentaires en quantités toujours accrues mais la qualité prête à débat. Il faut d'abord rappeler que les produits standardisés issus de cette industrie agroalimentaire garantissent un niveau de qualité jamais atteint dans l'Histoire. Toutefois, en certaines occasions, le système industriel ou l'appât du gain à court terme ont pu conduire à des problèmes alimentaires qui sont autant de crises sanitaires majeures.
• Ainsi, entre 1986 et 2000, une épizootie (épidémie animale) de « maladie de la vache folle » a frappé le Royaume-Uni. La maladie, qui touche le système nerveux des bovins, pouvait dans certains cas être transmise à l'homme (maladie de Creutzfeld-Jacob). 204 personnes en sont mortes. L'origine de la maladie réside dans l'utilisation de farines animales contaminées pour nourrir les bovins. Ces farines animales permettaient d'engraisser plus rapidement les bêtes, donc d'engranger de plus grands profits. Le Royaume-Uni n'ayant prévenu ses partenaires européens qu'avec beaucoup de retard, l'épizootie s'est répandue, provoquant une psychose mondiale et la chute consécutive de la consommation de viande.
• Cette crise et quelques autres (peste porcine, veaux aux hormones) ont rendu les consommateurs des pays du Nord plus exigeants sur la qualité et la traçabilité des aliments, permettant l'essor de productions de plus haute gamme, mais au prix également plus élevé. Un certain retour vers la nature a par ailleurs favorisé les produits « bio ». Les agricultures du Nord sont donc engagées dans une mutation qualitative.
III. Géopolitique de l'alimentation
• Le défi de l'alimentation est donc loin d'être encore relevé, que ce soit sur le plan quantitatif au Sud ou qualitatif au Nord. Les enjeux géopolitiques sont énormes. Les États du Nord subventionnent d'ailleurs massivement leurs agriculteurs, sous des formes plus ou moins déguisées, ce qui explique notamment le naufrage de nombre d'agricultures du Sud. Les années récentes ont cependant remis en lumière l'importance de l'investissement dans l'agriculture.
• Jusqu'à présent, les agricultures excédentaires du Nord, surtout celles des États-Unis et de l'Union européenne, ont permis d'approvisionner le marché mondial, soit via les grandes bourses agricoles, soit par l'aide alimentaire. Mais les tensions récentes sur les prix agricoles mondiaux, par exemple sur le cours du blé en 2010, mettent les pays pauvres à rude épreuve. Ne pouvant plus acquérir des produits alimentaires à faible coût, ils en répercutent le prix sur les marchés, déclenchant de véritables émeutes de la faim, dans une vingtaine de pays en 2007-2008.
• Enfin, certains pays confrontés à une véritable « faim de terres » n'hésitent pas depuis quelques années à acheter ou louer des terres à l'étranger. On estime à 20 millions d'hectares dans le monde les surfaces ainsi utilisées. Les acheteurs sont des pays souvent riches (Europe, Japon, Corée du sud, pays pétroliers) ou dont le développement rapide exige des progrès agricoles également rapides (Chine, Inde, Afrique du sud). Les vendeurs sont des pays qui disposent de terres souvent peu mises en valeur : Argentine, Russie, Indonésie, mais aussi Soudan, Madagascar ou République Démocratique du Congo. L'alimentation est clairement devenue un enjeu géopolitique.
Exercice n°1
Complète ce texte sur l'agriculture moderne.
Faites glisser les étiquettes dans les zones prévues à cet effet.
productiviste
environnement
agriculture
malbouffe
intensification
investissements
industrialisation
à la main
Le progrès ne pourra venir que de l'
imcAnswer1?
, autrement dit la croissance des rendements par hectare. Or, les populations des pays du Nord se montrent déjà très critiques avec une agriculture
imcAnswer2?
accusée de détruire l'
imcAnswer3?
et de produire de la « 
imcAnswer4?
 ». Dans les pays du Sud, les
imcAnswer5?
dans l'
imcAnswer6?
ont été longtemps négligés, au bénéfice de l'
imcAnswer7?
 : environ 500 millions de paysans dans le monde travaillent toujours
imcAnswer8?
.
L'état très différent des agricultures du Nord et du Sud entraîne des problèmes différents : au Sud, le problème est de manger. Au Nord, le problème est de manger mieux.
Exercice n°2
Qu'est-ce que la « crise de la vache folle » ?
Cochez la (ou les) bonne(s) réponse(s).
une crise de confiance déclenchée par une épizootie d'origine humaine
une crise boursière de l'élevage bovin
une crise alimentaire liée à la folie du monde actuel
une crise économique déclenchée par une épizootie d'origine humaine
La crise de la vache folle comporte de multiples dimensions : il s'agit d'une crise de confiance des consommateurs envers des produits suspectés d'être contaminés par une maladie mortelle, mais aussi d'une véritable crise économique, enclenchée par la baisse de consommation de viande.
Exercice n°3
Quels sont les exigences actuelles des agricultures du Nord ?
Cochez la (ou les) bonne(s) réponse(s).
quantité
qualité
traçabilité
disponibilité
Suite aux différentes crises sanitaires d'origine alimentaire de ces dernières années, la qualité des produits ainsi que leur traçabilité (savoir d'où ils viennent) sont des objectifs majeurs des agricultures du Nord.
Exercice n°4
Classe les pays suivants en acheteurs ou vendeurs de terres à l'étranger.
Faites glisser les étiquettes dans les zones prévues à cet effet.
Acheteur
Vendeur
Vendeur
Acheteur
Vendeur
Acheteur
Acheteur
imcAnswer5?
Italie
imcAnswer6?
Soudan
imcAnswer7?
Madagascar
imcAnswer8?
Japon
imcAnswer9?
Russie
imcAnswer10?
Chine
imcAnswer11?
Arabie Saoudite
Ces achats ou locations de terres sont souvent dénoncés comme des accaparements. Pourtant, les contrats de vente ou de location sont légaux, et les terres presque toujours inexploitées. Mais le sentiment d'atteinte aux terres, surtout dans des pays en état d'insécurité alimentaire, passe mal auprès des opinions publiques nationales.