Texte d'André Gide, analyse de l'image (sujet zéro 2017)


Énoncé

Texte
Dans ce roman en forme d'autobiographie fictive, la narratrice, Geneviève, vient d'entendre en classe de français une autre élève, Sara Keller, réciter un extrait d'une pièce de théâtre.
« La maîtresse elle-même semblait émue.
– Mademoiselle Keller – nous dit-elle enfin, après que la récitation fut finie, – nous vous remercions toutes(1). Avec les dons que vous avez, vous êtes inexcusable de ne pas travailler davantage.
Sara fit une courte révérence(2) ironique, une sorte de pirouette, et rejoignit sa place auprès de moi.
J'étais toute tremblanfte d'une admiration, d'un enthousiasme que j'eusse voulu lui exprimer, mais il ne me venait à l'esprit que des phrases que je craignais qu'elle ne trouvât ridicules. La classe était près de finir. Vite, je déchirai le bas d'une feuille de mon cahier ; j'écrivis en tremblant sur ce bout de papier : « Je voudrais être votre amie » et glissai vers elle gauchement ce billet.
Je la vis froisser le papier ; le rouler entre ses doigts. J'espérais un regard d'elle, un sourire, mais son visage restait impassible et plus impénétrable que jamais. Je sentis que je ne pourrais supporter son dédain et m'apprêtais à la haïr.
–  Déchirez donc ça, – lui dis-je d'une voix contractée. Mais, soudain, elle redéplia le papier, passa sa main dessus pour l'aplanir, et comme ayant pris une résolution… À ce moment, j'entendis mon nom : la maîtresse m'interrogeait. Je dus me lever, je récitai de manière machinale un court poème de Victor Hugo, qu'heureusement je savais fort bien. Dès que rassise, Sara glissa dans ma main le billet au verso duquel elle avait écrit : « Venez chez nous dimanche prochain, à trois heures. » Mon cœur se gonfla de joie et, enhardie :
–  Mais je ne sais pas où vous habitez !
Alors elle :
–  Passez-moi le papier.
Et tandis que, la classe finie, les élèves rassemblaient leurs affaires et se levaient pour partir, elle écrivit au bas du billet : « Sara Keller, 16 rue Campagne-Première ».
J'ajoutai prudemment :
–  Je ne sais pas encore si je pourrai ; il faut que je demande à maman.
Elle ne sourit pas précisément, mais les coins de ses lèvres se relevèrent. Ça pouvait être de la moquerie ; aussi ajoutai-je bien vite :
–  Je crains que nous ne soyons déjà invitées.
Habitant dans un tout autre quartier et assez loin du lycée, je devais me séparer de Sara dès la sortie ; d'ordinaire je m'en allais seule et très vite. Ma mère, qui voulait me marquer sa confiance, ne venait pas me chercher, mais elle m'avait fait promettre de rentrer toujours directement et de ne m'attarder point à causer avec les autres élèves. Ce jour-là, je courus durant la moitié du trajet, tant j'étais pressée de lui faire part de la proposition de Sara. […]
Comme j'avais enfin demandé : « Est-ce que tu me permettras d'y aller ? » maman ne répondit pas aussitôt. Je savais qu'elle avait toujours peine à me refuser quelque chose :
–  Je voudrais d'abord en savoir un peu plus sur ta nouvelle amie et ses parents. Lui as-tu demandé ce que faisait son père ?
J'avouai que je n'y avais pas songé, et promis de m'en informer. Deux jours nous séparaient encore du dimanche.
–  Demain, je viendrai te chercher à la sortie, – ajouta ma mère – tu tâcheras de me présenter cette enfant ; je voudrais la connaître. »
André Gide, Geneviève ou la Confidence inachevée, 1936.

Image
Sujet zéro du ministère, décembre 2017 - illustration 1
Raphaël, Autoportrait avec un ami, 1518-1520 (Département des peintures du musée du Louvre, Paris). © Wikimedia Commons/Domaine public.
Travail sur le texte littéraire et sur l'image
Les réponses aux questions doivent être entièrement rédigées.
Grammaire et compétences linguistiques
1. « son visage restait […] plus impénétrable que jamais ». Étudiez la composition du mot souligné et dites quel est son sens dans la phrase.
Observez le mot « impénétrable ». Repérez le radical du mot ainsi que le(s) préfixe(s) et/ou suffixe(s). Quand un mot comporte un préfixe et un suffixe, le radical constitue le noyau central. Définissez le sens du radical puis le sens du préfixe et du suffixe identifiés et enfin le sens général du mot.
2. « Mais, soudain, elle redéplia le papier, passa sa main dessus pour l'aplanir, et comme ayant pris une résolution… À ce moment, j'entendis mon nom : la maîtresse m'interrogeait. Je dus me lever, je récitai de manière machinale un court poème de Victor Hugo, qu'heureusement je savais fort bien. ».
Réécrivez ce passage en inversant les personnes : « Mais soudain, je… À ce moment, elle… ».
Commencez par souligner :
  • « elle », puis les verbes dont « elle » est sujet et enfin le(s) possessif(s) correspondant à ce pronom personnel ;
  • « je », puis les verbes dont « je » est sujet, les autres formes du pronom personnel de  1re  personne et enfin le(s) possessif(s) correspondant à ce pronom personnel.
Remplacez « elle » par « je », et « je » par « elle ». Faites toutes les modifications nécessaires :
  • accordez les verbes avec leur nouveau sujet, en conservant le même temps ;
  • modifiez les pronoms personnels compléments et les possessifs.
3. « Demain, je viendrai te chercher à la sortie, – ajouta ma mère – tu tâcheras de me présenter cette enfant ; je voudrais la connaître. ».
a) Identifiez et justifiez le temps du verbe « ajouter » dans cette phrase.
Observez le système des temps employé dans ce texte narratif : récit au présent ou au passé ? Identifiez le groupe auquel appartient le verbe « ajouta ». Interrogez-vous : est-ce un temps simple ou un temps composé ? Quelle est la terminaison de cette 3e personne du singulier ? À quel temps correspond cette terminaison ? Dans quelle partie de la phrase le verbe « ajouta » est-il employé ? Les autres verbes de la phrase sont-ils conjugués au même temps ? Pourquoi ? Relisez de « Comme j'avais enfin demandé » à « as-tu demandé ce que faisait son père ? » . Observez bien la ponctuation.
b) « je viendrai » ; « je voudrais » : expliquez la différence d'orthographe.
Observez la terminaison de ces deux verbes conjugués à la  1re  personne du singulier, elles sont très proches : « -drai » et « -drais ». À quels temps correspondent ces terminaisons ?
Compréhension et compétences d'interprétation
Ce texte est extrait d'un roman en forme d'autobiographie. Mobilisez les savoirs et les outils d'analyse correspondants : temps du récit, narrateur, narration à la  1re  ou à la 3epersonne, point de vue (ou focalisation), récit, description, dialogue, etc.
1. De quel personnage vous sentez-vous le plus proche ? Pourquoi ?
Relisez le texte. Lequel des deux personnages préférez-vous ? Vous sentez-vous proche de Sara, la narratrice, ou de Geneviève ? Quels traits de caractère, quelle situation, quelles réactions des personnages justifient votre choix ?
2.  De « J'étais toute tremblante » à « Mais je ne sais pas où vous habitez ! » :
a) Quels sont les émotions et les sentiments ressentis par Geneviève au fil de ce passage ?
La question porte sur les émotions et les sentiments de Geneviève : le pluriel implique une certaine variété. Relisez de « J'étais toute tremblante » à « Mais je ne sais pas où vous habitez ! » , relevez les divers sentiments et émotions de Geneviève exprimés par un champ lexical (verbes, noms, adjectifs, adverbes).
b) Comment expliquez-vous leur variation ?
Précisez les raisons de cette variété des sentiments et émotions. Interrogez-vous : quel(s) changement(s) explique(nt) cette évolution ? Quelle(s) modification(s) du rapport à Sara provoque cette variation chez Geneviève ?
3. 
a) Que peut-on savoir des sentiments et émotions de Sara ?
Analysez le mode de narration dans ce texte. Interrogez-vous : qui est le narrateur ? Quel est le point de vue (focalisation) adopté (interne, externe, omniscient) ? Qui donne les informations ? Ces informations sont-elles complètes ou limitées ?
b) Pour quelle raison le lecteur la connaît-il moins bien que Geneviève ?
Relisez la question a) et les conseils donnés pour y répondre.
4. Quel rôle joue à la fin du texte la mère de Geneviève ?
En vous appuyant sur votre expérience personnelle, analysez les relations entre Geneviève et sa mère. N'oubliez pas de replacer ce récit dans son contexte : relevez la date de publication du roman, relisez la note 1. Quelle est l'attitude de la mère vis-à-vis de sa fille ? Quel type d'éducation lui donne-t-elle ? Déduisez de vos observations le rôle joué par la mère à la fin du texte.
5. Quels sont les éléments qui, dans ce texte, vous paraissent dater d'un autre temps ? Qu'est-ce qui, en revanche, vous paraît encore actuel ?
Comparez l'éducation reçue par Geneviève, les principes sur lesquels elle repose avec ce que vous vivez aujourd'hui. Relisez les notes 1 et 2.
6. Quels sont les éléments qui permettent au spectateur de voir dans le tableau de Raphaël une représentation de l'amitié ?
Observez le tableau de Raphaël : composition, personnages, attitudes, expression des visages, gestes, etc. Interrogez-vous : quels éléments traduisent l'amitié qui unit les personnages ?
Dictée
La camaraderie mène à l'amitié : deux garçons découvrent entre eux une ressemblance : « Moi aussi… C'est comme moi… » tels sont les mots qui d'abord les lient. Le coup de foudre est de règle en amitié. Voilà leur semblable enfin, avec qui s'entendre à demi-mot. Sensibilités accordées ! Les mêmes choses les blessent et les mêmes les enchantent. Mais c'est aussi par leurs différences qu'ils s'accordent : chacun admire dans son ami la vertu dont il souffrait d'être privé. […] Dans l'amitié véritable, tout est clair, tout est paisible ; les paroles ont un même sens pour les deux amis.
François Mauriac, Le Jeune Homme, 1925.
Rédaction
Vous traiterez à votre choix l'un des sujets suivants.
Sujet d'imagination
Rédigez la suite du texte, en racontant la scène de présentation de Sara à la mère de Geneviève. Votre récit sera en cohérence avec ce que le texte de Gide vous a appris des intentions et des caractères des personnages.
Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « la suite du texte », « en racontant », « la scène », « présentation de Sara à la mère de Geneviève », « des intentions et des caractères des personnages ».
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « la suite du texte » (suite d'un extrait de roman), « la scène de présentation ». Dans un roman, une scène est un passage où des personnages dialoguent directement, comme au théâtre.
Il faut donc respecter :
  • la situation et ses perspectives narratives : la mère vient attendre Geneviève à la sortie du lycée afin de faire la connaissance de Sara ; l'invitation de Sara ;
  • le genre narratif : le récit, avec sa chronologie, ses péripéties, ses passages descriptifs et dialogués (échanges entre la narratrice, sa mère et Sara), sans terminer le récit des aventures de la narratrice ;
  • l'introduction du dialogue dans le roman : personnes, temps des verbes, ponctuation ; la narration à la  1re  personne du singulier ;
  • le cadre spatio-temporel (le lycée en 1913, « Demain je viendrai te chercher à la sortie »), le caractère et la situation des personnages (éducation, autorité de la mère, timidité de Geneviève, etc.) ;
  • l'effet à produire : faire la connaissance de Sara pour savoir si Geneviève pourra aller chez elle dimanche ;
  • les temps du récit (passé simple comme temps principal) et du dialogue (présent de l'indicatif comme temps principal) ;
Étape 3. Trouvez des idées : suite du texte (la sortie du lycée le lendemain, la présentation de Sara à la mère, description du personnage, attitudes et réactions des personnages, sentiments (peur, joie, soulagement, etc.), dialogue (questionnement de Sara par la mère : profession des parents, adresse, loisirs, etc.), décision de la mère (Geneviève sera-t-elle autorisée à aller chez Sara ?).
Étape 4. Établissez le plan de votre rédaction :
  • mise en place de la suite du récit (le lendemain, la sortie du lycée, les élèves qui discutent, partent, s'attardent, etc.) ;
  • rencontre entre Sara, Geneviève, la mère ;
  • réactions et actions, attitudes et sentiments des personnages, dialogue ;
  • dénouement : bonne ou mauvaise impression ; décision de la mère.
Étape 5. Rédigez votre texte en formant des paragraphes pour les différentes parties, en respectant les règles d'insertion du dialogue dans le récit (verbes introducteurs, indications sur la façon de parler ou les sentiments, ponctuation, retour à la ligne). Dans le texte de Gide, le dialogue ne comporte pas de guillemets pour signaler les dialogues, ne les utilisez donc pas.
Étape 6. Relisez-vous et corrigez d'éventuelles erreurs de ponctuation, d'orthographe.
Sujet de réflexion
Pourquoi est-il important d'avoir des amis ? Vous répondrez à cette question en développant plusieurs arguments.
Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « avoir des amis », « Pourquoi est-il important ». Le thème général est l'amitié.
Étape 2. Repérez la forme du texte à produire : « Pourquoi… ? ». « Vous répondrez à cette question » sur le thème « en développant plusieurs arguments ».
Il faut donc respecter :
  • le genre argumentatif : le développement organisé, avec sa progression, ses analyses et ses arguments, ses exemples ;
  • le temps de l'argumentation : le présent et les temps qui s'articulent avec lui ;
  • la composition en parties et paragraphes.
Étape 3. La thèse à développer est proposée dans le sujet : il est important d'avoir des amis. Vous devez la justifier en proposant divers arguments (au moins trois) et des exemples.
Étape 4. Trouvez :
  • des idées et des arguments pour défendre la thèse proposée ;
  • des exemples choisis dans des œuvres littéraires, musicales ou cinématographiques pour illustrer la thèse.
Étape 5. Établissez le plan de votre argumentation.
  • L'introduction présente le thème et pose la thèse à défendre. Passez une ligne avant le développement.
  • Le développement expose votre point de vue, soutenu par au moins trois arguments et trois exemples. Un paragraphe développe un argument. Défendez cette thèse en utilisant des modalisateurs de certitude (assurément, j'affirme, incontestablement…) ou de nuance (peut-être, sans doute, emploi du conditionnel, mais, certes…), des figures de style comme l'hyperbole, l'énumération, les fausses questions (ou questions rhétoriques) ou le vocabulaire positif, mélioratif pour affirmer votre point de vue. Passez une ligne avant la conclusion.
  • La conclusion rappelle que vous avez répondu à la question posée en dressant un bilan rapide.
Étape 6. Rédigez en matérialisant les parties (sauts de ligne, retours à la ligne).
Étape 7. Relisez-vous et corrigez d'éventuelles erreurs d'orthographe, de syntaxe, de ponctuation.
(1)À l'époque où se déroule l'action (1913), les lycées n'étaient pas mixtes, et la classe est donc entièrement composée de filles.
(2)Révérence : mouvement du corps que l'on fait pour saluer.

Annexes

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