Les défis de la transition et du développement pour des pays inégalement développés


Fiche

L'Afrique australe est un espace géographique connaissant une grande diversité de situations. Il s'agit d'un espace en transition, à tous points de vue : démographique, économique, environnemental. Ces transitions ne s'opèrent pas de la même façon pour tous les États et, au sein des États, entre les différentes régions et les différents espaces qui les composent. Cela est lié à la fois à des choix politiques et à l'intégration des territoires dans la mondialisation. Ces différences dessinent souvent des inégalités spatiales, qui peuvent être particulièrement marquées.
I. Les diversités démographiques en Afrique australe
La démographie de l'Afrique australe possède des caractéristiques spécifiques. À l'échelle du continent, elle apparaît comme un des espaces dans lesquels la transition démographique est entrée dans sa deuxième phase.
1. Une démographie en transition
• La région abrite 163 millions d'habitants. En son sein, l'Afrique du Sud apparaît comme un géant démographique avec 55 millions d'habitants. Elle est suivie par l'Angola (30 millions d'habitants), le Mozambique (29 millions) et Madagascar (25 millions). Avec 18 millions d'habitants, le Malawi est l'État le plus densément peuplé. Le Zimbabwe et la Zambie comptent environ 15 millions d'habitants. Enfin, les États les moins densément peuplés sont la Namibie et le Botswana, avec 2 millions d'habitants chacun sur un vaste territoire.
• Du point de vue de la croissance démographique, l'Afrique australe apparaît comme la région de l'Afrique subsaharienne qui connaît les taux de fécondité les plus faibles. La moyenne régionale est de 3,3 enfants par femme, alors que ce taux est de 4,1 à l'échelle du continent. Toutefois, les différences sont nombreuses entre les États de la région. Elles sont liées pour l'essentiel aux situations économiques et sociales. En Afrique du Sud, le taux de fécondité est de 2,5 enfants par femmes. En revanche, les États du nord de la région ont des taux semblables à ceux des régions équatoriales de l'Afrique, supérieurs à 5 enfants par femme.
2. Mondes ruraux et métropoles
• Les diversités démographiques sont également visibles par la place que tiennent les villes dans la population des différents États. C'est en Afrique du Sud qu'on trouve la ville la plus peuplée de l'Afrique australe : Johannesburg, avec son agglomération incluant également la ville de Pretoria, capitale politique, atteint 12 millions d'habitants. C'est dans ce pays que le réseau urbain est le plus articulé, avec des métropoles secondaires comme Le Cap (3,5 millions d'habitants), ou Durban.
• Dans les pays moins développés, on constate que la principale ville n'est pas réellement une tête de réseau urbain structuré : en Angola, Luanda compte 6,5 millions d'habitants mais concentre l'essentiel des fonctions métropolitaines du pays.
• Dans les États du nord et de l'est de la région, on trouve les métropoles en plus forte croissance, mais cette croissance est surtout liée aux difficultés économiques des campagnes. Celles-ci représentent plus de la moitié de la population dans certains pays situés dans la même partie de la région. Ce rapport à la ville est donc un des signes du défi du développement.
Exercice n°1Exercice n°2
3. De nombreux défis
• La situation démographique de l'Afrique australe est aussi marquée par des défis liés à la santé et au développement. L'épidémie de sida fait en effet des ravages et la région est une des plus frappées au monde. Le taux de contamination est de 25 % des adultes au Zwaziland, de 18 % en Afrique du Sud, ce qui montre les difficultés à mettre en œuvre les mesures de prévention. La pauvreté, les tensions économiques et sociales conduisent à des situations de violence et de criminalités parfois très marquées.
• Enfin, la diversité ethnique de la région doit également être prise en considération. En Afrique du Sud comme au Zimbabwe, il existe une population blanche, héritière de l'époque coloniale, d'origine hollandaise (les Boers) ou anglaise pour l'essentiel. En Afrique du Sud, la population d'origine indienne est également établie dans le pays, où les métissages sont nombreux. Malgré la fin de l'apartheid, système politique qui privait les populations noires de droits et de libertés, la question de l'égalité reste posée.
II. Une intégration économique inégale
1. L'Afrique du Sud : un géant économique à l'échelle régionale
Paysage du parc national Kruger
L'Afrique australe : les défis de la transition et du développement pour des pays inégalement développés - illustration 1
• L'Afrique du Sud est la première puissance de la région, voire du continent. Elle a bénéficié de la croissance économique qu'a connue l'Afrique pendant la décennie 2000 et qui se prolonge actuellement, de façon plus ralentie. Classée parmi les puissances émergentes constituant le BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), elle a su associer richesse minière et exploitation des ressources avec la construction d'un secteur économique complet intégrant filières amont et aval. Les villes de Johannesburg et du Cap possèdent ainsi des CBD (central business districts) importants.
• L'Afrique du Sud domine également le secteur touristique dans la région, avec ses grands parcs nationaux, dont le parc Kruger, et l'organisation de grands événements, comme la Coupe du monde de football en 2010.
2. Des États au potentiel divers
• Les États de la région ont des potentiels économiques différents. Ceux qui disposent de ressources minières doivent tenter d'éviter la « malédiction de la rente », c'est-à-dire le fait de lier la croissance économique à l'exploitation d'une seule et unique ressource, ce qui rend l'économie dépendante de ses fluctuations et de son épuisement éventuel. L'Angola est face à cette situation : il bénéficie des revenus du pétrole mais doit les utiliser pour diversifier son économie, tout en faisant face aux défis de la croissance démographique.
• Certains pays ont réussi à adopter des stratégies originales de réappropriation des ressources. En effet, celles-ci sont souvent convoitées par de grands groupes économiques qui captent une partie des bénéfices. Au Zimbabwe, le gouvernement a mis en place des structures pour récupérer une partie de cette richesse et la mettre au service d'une diversification de l'économie. Mais cette action a été menée par le président Robert Mugabe (démissionnaire en 2017), au prix de la mise en place d'un gouvernement autoritaire souvent critiqué.
• Certains pays sont classés parmi les PMA (pays les moins avancés). Ils peinent à assurer leur décollage économique et les perspectives de développement restent fragiles. Ils ont souvent une part importante de leurs emplois dans le secteur primaire. C'est le cas de Madagascar, très dépendante de l'exportation de la vanille, par exemple.
3. Des inégalités régionales
• Au sein de chacun des États, les inégalités régionales sont importantes. Dans les pays les moins développés de la région, la principale ville tend à concentrer la richesse, comme c'est le cas au Mozambique, les espaces ruraux étant moins favorisés.
• En Afrique du Sud, les contrastes sont importants entre les régions minières, les régions côtières et les espaces ruraux marqués par des tensions. Mais, dans les villes, les espaces sont eux-mêmes ségrégués, et certaines zones sont particulièrement défavorisées, sous-équipées et à l'écart de la vie économique des centres.
Exercice n°3Exercice n°4
III. Entre développement et logiques d'exclusion
Finalement, c'est le rapport à l'espace mondialisé qui dessine la géographie de la région. Toutefois, les spécificités sont également nombreuses.
1. Des territoires inégalement intégrés à la mondialisation
• Les espaces littoraux sont souvent favorisés. Les grands ports d'Afrique du Sud sont les lieux d'exportation des matières premières, à commencer par Durban et Le Cap. En Angola, les terminaux pétroliers sont également des lieux essentiels d'échanges. Toutefois, ces littoraux restent encore sous-exploités dans certains domaines, comme le tourisme. Les villes sont aussi des lieux de clivages, comme on a pu le voir.
• Certaines régions possédant des richesses peuvent également tendre vers des mouvements sécessionnistes, de façon à garder la maîtrise de l'exploitation des ressources et à concentrer les profits. C'est le cas de l'enclave de Cabinda en Angola qui concentre 60 % de la production de pétrole du pays.
• L'insertion dans la mondialisation peut également conduire à de nouvelles formes de dépendance, surtout pour les pays les moins armés du point de vue économique. Les processus de landgrabbing à Madagascar, par exemple, affectent par des achats ou des baux de larges territoires ruraux à des entreprises chinoises ou coréennes, limitant la part de la production agricole destinée à nourrir les populations et réduisant les profits qui pourraient provenir de la vente de ces produits, en échange d'une somme dont l'usage comme investissement productif n'est pas garanti.
2. La question des espaces moins intégrés et des contrastes
• Les spécificités de la région sont également à prendre en compte pour son développement. En Afrique du Sud et au Zimbabwe, l'héritage colonial est difficile à assumer. En Afrique du Sud, la fin de l'apartheid en 1994 a permis de développer l'idée de « nation arc-en-ciel » mais la population noire rencontre encore des difficultés dans l'accès à certaines formations et à certains emplois. Les tensions raciales sont encore présentes là où les fermiers blancs possèdent une part importante du sol comme dans le Kwazulu-Natal. Au Zimbabwe, le pouvoir a parfois organisé des campagnes visant à pousser à l'exil les fermiers blancs, mais ces tensions n'ont pas conduit à un partage plus équitable des terres.
• Dans les villes d'Afrique du Sud, si les anciens quartiers réservés aux Noirs, les townships, ne sont plus des lieux de résidence contraints et ont fait l'objet de réhabilitations, ils sont souvent situés loin des centres et connaissent d'importantes difficultés sociales et économiques. Encore en marge de ces quartiers, on trouve des quartiers d'autoconstruction, abritant des personnes issues de l'exode rural, ainsi que des migrants internationaux.
• Ces questions débouchent sur des tensions sociales et une importante criminalité : après la fermeture des bureaux, le CBD (central business district) de Johannesburg a longtemps été investi par des groupes de trafiquants, conduisant à la migration de certaines entreprises vers des quartiers d'affaires périphériques, même si un récent processus de gentrification pourrait inverser la tendance. Ces déséquilibres à l'échelle de la région conduisent à l'apparition d'importants flux migratoires.
© 2000-2024, rue des écoles