Corpus : D'Alembert, Verne, Robida, Serres (sujet national, juin 2016, séries technologiques)

Énoncé

Objet d'étude : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation, du xvie siècle à nos jours
Corpus : D'Alembert, Jules Verne, Albert Robida, Michel Serres
Document 1
Coordonnée et dirigée par Diderot et d'Alembert, L'Encyclopédie est un ouvrage emblématique du siècle des Lumières, qui cherche à établir la somme des connaissances scientifiques, des progrès techniques et des idées philosophiques du xviiie siècle. Le Discours préliminaire propose au lecteur un tableau synthétique des connaissances, qui réhabilite la place des arts mécaniques et des métiers.
« Le mépris qu'on a pour les arts mécaniques(1) semble avoir influé(2) jusqu'à un certain point sur leurs inventeurs mêmes. Les noms de ces bienfaiteurs du genre humain sont presque tous inconnus, tandis que l'histoire de ses destructeurs, c'est-à-dire des conquérants, n'est ignorée de personne. Cependant c'est peut-être chez les artisans qu'il faut aller chercher les preuves les plus admirables de la sagacité(3) de l'esprit, de sa patience et de ses ressources. J'avoue que la plupart des arts n'ont été inventés que peu à peu, et qu'il a fallu une assez longue suite de siècles pour porter les montres, par exemple, au point de perfection où nous les voyons. Mais n'en est-il pas de même des sciences ? Combien de découvertes qui ont immortalisé leurs auteurs, avaient été préparées par les travaux des siècles précédents, souvent même amenées à leur maturité, au point de ne demander plus qu'un pas à faire ? Et pour ne point sortir de l'horlogerie, pourquoi ceux à qui nous devons la fusée(4) des montres, l'échappement(5) et la répétition, ne sont-ils pas aussi estimés que ceux qui ont travaillé successivement à perfectionner l'algèbre(6)  ? D'ailleurs, si j'en crois quelques philosophes que le mépris de la multitude pour les arts n'a point empêchés de les étudier, il est certaines machines si compliquées, et dont toutes les parties dépendent tellement l'une de l'autre, qu'il est difficile que l'invention en soit due à plus d'un seul homme. Ce génie rare dont le nom est enseveli dans l'oubli, n'eût-il pas été bien digne d'être placé à côté du petit nombre d'esprits créateurs, qui nous ont ouvert dans les sciences des routes nouvelles ? »
D'Alembert, Discours préliminaire, in L'Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751).

Document 2
Dans son ouvrage de science-fiction, Jules Verne imagine un fabuleux sous-marin, le Nautilus, conçu et commandé par un étrange personnage, le Capitaine Nemo. Dans cet extrait, ce dernier fait visiter au narrateur, le scientifique Aronnax, les différents espaces de son sous-marin.
« Je suivis le capitaine Nemo, à travers les coursives(7) situées en abord, et j'arrivai au centre du navire. Là, se trouvait une sorte de puits qui s'ouvrait entre deux cloisons étanches. Une échelle de fer, cramponnée à la paroi, conduisait à son extrémité supérieure. Je demandai au capitaine à quel usage servait cette échelle.
« Elle aboutit au canot, répondit-il.
–  Quoi ! vous avez un canot ? répliquai-je, assez étonné.
–  Sans doute. Une excellente embarcation, légère et insubmersible, qui sert à la promenade et à la pêche.
–  Mais alors, quand vous voulez vous embarquer, vous êtes forcé de revenir à la surface de la mer ?
–  Aucunement. Ce canot adhère à la partie supérieure de la coque du Nautilus, et occupe une cavité disposée pour le recevoir. Il est entièrement ponté(8), absolument étanche, et retenu par de solides boulons. Cette échelle conduit à un trou d'homme percé dans la coque du Nautilus, qui correspond à un trou pareil percé dans le flanc du canot. C'est par cette double ouverture que je m'introduis dans l'embarcation. On referme l'une, celle du Nautilus  ; je referme l'autre, celle du canot, au moyen de vis de pression ; je largue les boulons, et l'embarcation remonte avec une prodigieuse rapidité à la surface de la mer. J'ouvre alors le panneau du pont, soigneusement clos jusque-là, je mâte(9), je hisse ma voile ou je prends mes avirons, et je me promène.
–  Mais comment revenez-vous à bord ?
–  Je ne reviens pas, monsieur Aronnax, c'est le Nautilus qui revient.
–  À vos ordres !
–  À mes ordres. Un fil électrique me rattache à lui. Je lance un télégramme(10), et cela suffit.
–  En effet, dis-je, grisé par ces merveilles, rien n'est plus simple ! »
Après avoir dépassé la cage de l'escalier qui aboutissait à la plate-forme, je vis une cabine longue de deux mètres, dans laquelle Conseil et Ned Land(11), enchantés de leur repas, s'occupaient à le dévorer à belles dents. Puis, une porte s'ouvrit sur la cuisine longue de trois mètres, située entre les vastes cambuses(12) du bord.
Là, l'électricité, plus énergique et plus obéissante que le gaz lui-même, faisait tous les frais de la cuisson. Les fils, arrivant sous les fourneaux, communiquaient à des éponges de platine une chaleur qui se distribuait et se maintenait régulièrement. Elle chauffait également des appareils distillatoires(13) qui, par la vaporisation, fournissaient une excellente eau potable. Auprès de cette cuisine s'ouvrait une salle de bains, confortablement disposée, et dont les robinets fournissaient l'eau froide ou l'eau chaude, à volonté.
À la cuisine succédait le poste de l'équipage, long de cinq mètres. Mais la porte en était fermée, et je ne pus voir son aménagement, qui m'eût peut-être fixé sur le nombre d'hommes nécessité par la manœuvre du Nautilus. »
Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers (1871).

Document 3
Cette gravure intitulée « Station centrale des aéronefs(14) à Notre-Dame(15) » est extraite de l'œuvre de science-fiction Le Vingtième Siècle, réalisée par Albert Robida, dessinateur, journaliste et écrivain du xixe siècle. Il imagine dans cet ouvrage le Paris du futur, transformé par les évolutions techniques.
Sujet national, juin 2016, séries technologiques - illustration 1
Albert Robida, Le Vingtième Siècle (1883).
Document 4
Michel Serres désigne sous l'expression « Petite Poucette » la nouvelle génération, dont il admire la capacité à écrire et à envoyer rapidement des messages avec les deux pouces. À la fin de son livre, il imagine une structure originale, symbole d'un nouveau rapport au savoir et de cette génération connectée et mobile.
« Michel Authier(16), concepteur génial, avec moi, son assistant, projetons d'allumer un feu ou de planter un arbre face à la tour Eiffel sur la rive droite de la Seine. Dans des ordinateurs, dispersés ailleurs ou ici, chacun introduira son passeport, son Ka(17), image anonyme et individuée, son identité codée, de sorte qu'une lumière laser, jaillissante et colorée, sortant du sol et reproduisant la somme innombrable de ces cartes, montrera l'image foisonnante de la collectivité, ainsi virtuellement formée. De soi-même, chacun entrera en cette équipe virtuelle et authentique qui unira, en une image unique et multiple, tous les individus appartenant au collectif disséminé, avec leurs qualités concrètes et codées. En cette icône(18) haute, aussi haute que la tour, les caractéristiques communes s'assembleront en une sorte de tronc, les plus rares en des branches et les exceptionnelles en feuillages ou bourgeons. Mais comme cette somme ne cesserait de changer, que chacun avec chacun et que chacun après chacun se transformerait de jour en jour, l'arbre ainsi levé vibrerait follement, comme embrasé de flammes dansantes.
Face à la Tour(19) immobile, ferreuse, portant, orgueilleuse, le nom de l'auteur et oublieuse des milliers qui ferraillèrent l'ouvrage, dont certains moururent là, face à la Tour porteuse, en haut, de l'un des émetteurs de la voix de son maître, dansera, nouvelle, variable, mobile, fluctuante, bariolée, tigrée, nuée, marquetée(20), mosaïque, musicale, kaléidoscopique, une tour volubile en flammèches(21) de lumière chromatique, représentant le collectif connecté, d'autant plus réelle, pour les données de chacun, qu'elle se présentera virtuelle, participative – décidante quand on le voudra. Volatile, vive et douce, la société d'aujourd'hui tire mille langues de feu au monstre d'hier et d'antan, dur, pyramidal et gelé. Mort. »
Michel Serres, Petite Poucette (2012).

I. Questions
Après avoir lu attentivement les documents du corpus, vous répondrez aux questions suivantes, de façon organisée et synthétique.
1. Quelles sont les qualités reconnues aux inventions dans les documents du corpus ?
2. Comment le génie créatif associe-t-il rigueur scientifique et fantaisie dans les différents documents ?
Comprendre le sujet
La première question vous fournit une indication importante pour mieux comprendre l'unité du corpus. Les trois textes et la gravure peuvent en effet être analysés comme des éloges puisqu'ils mettent en avant les « qualités » de différentes inventions. C'est donc autour du terme « qualités » que doivent s'articuler vos réflexions. Interrogez-vous sur les bénéfices que l'homme peut tirer de ces objets. N'hésitez pas, en outre, à évoquer des avantages variés pour proposer une réponse suffisamment riche.
La seconde question repose sur un paradoxe. A priori, nous sommes tentés d'opposer la « rigueur scientifique » d'un côté et la « fantaisie » de l'autre. La première semble plus sérieuse et nous entraîne du côté de la raison. La seconde paraît plus légère et elle fait référence à l'imagination. Seulement, le sujet vous demande de dépasser cette première impression en réunissant ces deux aspects du « génie créatif ». Le terme « génie » est bien évidemment central : il vous invite à considérer l'aspect nécessairement novateur et exceptionnel des inventeurs.
Mobiliser ses connaissances
L'éloge permet à un auteur de traiter un sujet de manière méliorative. Pour mettre en lumière les « qualités » des inventions et le « génie créatif » des inventeurs, les auteurs utilisent dans leurs textes de nombreux procédés. Le lexique mélioratif, les comparaisons, les métaphores, les hyperboles ou encore la ponctuation pourront ainsi être mis à contribution. Pour réhabiliter les inventions, d'Alembert n'hésite pas, par exemple, à voir ces dernières comme « les preuves les plus admirables de la sagacité de l'esprit, de sa patience et de ses ressources ». La tournure hyperbolique, le lexique mélioratif et le rythme ternaire permettent de célébrer les qualités de ces inventions trop souvent méprisées ou négligées.
Le blâme s'oppose à l'éloge car il vise à s'en prendre à un fait ou un individu. L'auteur peut alors utiliser les ressources de la satire ou emprunter les chemins de la polémique. Le blâme est moins utilisé dans ces textes qui s'attardent longuement sur les bienfaits des inventions. Nous voyons cependant que Michel Serres s'attaque à ce que symbolise la tour Eiffel, cette « Tour immobile, ferreuse, portant, orgueilleuse, le nom de l'auteur et oublieuse des milliers qui ferraillèrent l'ouvrage ».
Organiser ses idées
Les deux questions posées vous invitent à comparer les trois textes et la gravure d'Albert Robida. Votre plan ne devra donc pas séparer les documents. Tâchez au contraire de les rassembler en proposant des comparaisons précises.
Pour organiser votre première réponse, évoquez dans chaque partie différentes qualités. Vous pouvez par exemple commencer par vous intéresser aux bienfaits pratiques des inventions avant d'évoquer des qualités moins concrètes.
Pour traiter la deuxième partie du sujet, essayez de proposer un plan permettant d'associer « rigueur » et « fantaisie » sans négliger l'un de ces deux éléments. Votre réponse devra ainsi reposer sur un certain équilibre pour bien traiter les spécificités du « génie créatif » des inventeurs.
II. Travail d'écriture
Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants.
Commentaire de texte
Vous ferez le commentaire du document 2 (texte de Jules Verne) en vous aidant du parcours de lecture suivant :
1. Vous montrerez comment le texte valorise Nemo, l'inventeur du Nautilus.
2. Vous analyserez les éléments qui contribuent à donner du Nautilus une image extraordinaire.
Comprendre le texte
Comme souvent dans les romans de Jules Verne, ce texte nous invite à faire un étonnant voyage. Plus précisément, il s'agit ici d'explorer les fonds sous-marins en compagnie du capitaine Nemo.
L'extrait proposé ne présente pas de difficultés majeures. Nous constatons rapidement qu'il a pour but d'expliquer au lecteur le fonctionnement du Nautilus, un sous-marin qui multiplie les prouesses technologiques. Seulement, ces explications ne sont pas neutres car nous suivons le regard de Pierre Aronnax, le narrateur, qui est plein d'enthousiasme face à ce qu'il découvre peu à peu. Pour bien expliquer le texte, soyez donc sensible au point de vue du narrateur qui est ici subjectif.
Une première lecture permet également de noter un certain déséquilibre dans les répliques. En effet, durant le dialogue, le capitaine Nemo s'exprime beaucoup plus longuement que le narrateur. Vous devrez donc, dans votre commentaire, expliquer cette différence importante qui nous renseigne sur le statut de chaque personnage.
Mobiliser ses connaissances
La place du narrateur est importante dans un récit. Le narrateur peut en effet faire partie des personnages de l'histoire mais il peut aussi se situer en dehors du récit. Dans cet extrait de Vingt mille lieues sous les mers, le narrateur participe directement à l'intrigue. Le point de vue d'Aronnax guide donc notre perception de l'histoire. Son regard de scientifique peut nous aider à mieux comprendre le fonctionnement du sous-marin mais ses réflexions sont bien souvent subjectives, comme lorsqu'il se dit « grisé par ces merveilles ».
Un texte didactique a pour but d'instruire le lecteur. Il s'agit de donner à ce dernier des informations à la fois précises et accessibles. Si le texte est trop complexe, il devient obscur : il risque alors de ne pas être compris par le lecteur. Les romans de Jules Verne possèdent indéniablement une dimension didactique. Dans Vingt mille lieues sous les mers, Jules Verne décrit par exemple longuement les fonds sous-marins. Dans cet extrait, le capitaine Nemo devient une forme de professeur : il enseigne à Aronnax et au lecteur certains secrets de son sous-marin en livrant des détails techniques. Pour autant, quelques éléments restent dans l'ombre, comme pour entretenir le mystère et susciter la curiosité du lecteur.
Organiser ses idées
Pour organiser vos idées, appuyez-vous sur le parcours de lecture proposé. Cherchez d'abord des idées pour développer chaque partie. Le premier axe vous invite à vous intéresser à un personnage : le capitaine Nemo. Le second est consacré au sous-marin. Dans chaque partie, utilisez des procédés littéraires précis pour éviter de sombrer dans la paraphrase.
Dans votre introduction, pensez à proposer un projet de lecture permettant de réunir les différentes parties de votre plan. Les axes de lecture vous aident ici en vous indiquant que le personnage de Nemo est « valorisé » et que nous avons une « image extraordinaire » du sous-marin. Dans les deux cas, il s'agit bien pour l'auteur de créer une forme de surprise et d'émerveillement.
Dissertation
Comment, selon vous, la littérature et les arts peuvent-ils prendre appui sur les objets technologiques pour enrichir leur création ?
Vous appuierez votre développement sur les documents du corpus, les textes étudiés pendant l'année et vos connaissances personnelles, littéraires ou artistiques.
Comprendre le sujet
Ce sujet vous demande de vous intéresser aux « objets technologiques », mais il ne faut pas voir cette précision comme une contrainte. Vous pouvez en effet faire référence à différentes sortes d'objets technologiques et tirer parti de cette variété pour enrichir votre dissertation.
Plus précisément, il s'agit d'analyser les raisons qui poussent un artiste à s'intéresser à ces objets. Un écrivain pourra ainsi « prendre appui » sur les objets pour « enrichir » son œuvre. Ces verbes sont importants car ils soulignent clairement l'intérêt, pour l'artiste, de se pencher sur les objets technologiques. Le sujet vous invite aussi à analyser les liens qui unissent l'artiste et la société. Les objets permettent en effet une réflexion sur le monde qui nous entoure.
Mobiliser ses connaissances
La description peut avoir différentes fonctions. Elle crée tout d'abord des « effets de réel », pour reprendre une expression de Roland Barthes. Il s'agit alors de donner l'impression que l'histoire est réelle grâce à des détails vraisemblables. Mais la description a aussi une fonction symbolique : elle crée alors du sens et elle nourrit la réflexion du lecteur. Enfin, lorsque l'élément décrit permet à l'auteur d'utiliser différents procédés littéraires, la description a une fonction plus poétique. Toutes ces fonctions permettent de mieux comprendre l'utilité des objets technologiques qui sont décrits par les auteurs.
Organiser ses idées
Commencez par rechercher des idées et des exemples en lien avec le sujet. Une fois que vous avez rassemblé cette matière nécessaire à la réussite de votre dissertation, organisez-la dans un plan. Le sujet ne vous demande pas de suivre un plan dialectique. Il est préférable d'examiner les différentes fonctions des objets technologiques présents dans des œuvres d'art.
Lorsque vous rédigerez les différentes parties du développement, pensez à bien associer chaque argument à des exemples précis. Le sujet vous rappelle que vous pouvez parfois faire référence à d'autres formes de création artistique pour varier les références utilisées.
Écriture d'invention
Vous découvrez au concours Lépine(22) une invention dont la nouveauté, l'utilité et l'ingéniosité vous séduisent. Désireux de partager votre découverte et de communiquer votre enthousiasme, vous écrivez un article dans le journal de votre commune.
Votre texte comprendra au minimum une quarantaine de lignes.
Comprendre le sujet
Vous devez faire preuve d'imagination pour respecter les différentes contraintes de ce sujet. Il vous faut en effet proposer une création rassemblant tous ces critères : « nouveauté », « utilité » et « ingéniosité ». Votre invention doit donc être originale et novatrice. Pensez à exposer aussi clairement que possible ses différentes fonctions.
Seulement, la consigne ne se contente pas de faire appel à votre imagination : elle vous demande également d'utiliser toutes les ressources de l'argumentation pour « communiquer votre enthousiasme ». Vous devrez en effet partager votre opinion en faisant l'éloge de votre invention.
Mobiliser ses connaissances
Les figures d'amplification visent à insister sur une caractéristique précise pour la renforcer. L'hyperbole permet par exemple d'exagérer une idée pour la rendre plus impressionnante. La gradation cherche quant à elle à créer une intensité croissante. Elle peut être rythmique : il s'agit alors d'une succession de propositions ou de phrases de plus en plus longues. Elle peut également être sémantique lorsque l'auteur propose une énumération avec des mots ayant un sens de plus en plus fort.
Vous pouvez utiliser ces figures d'amplification dans votre article pour mieux communiquer votre enthousiasme. Elles renforceront votre argumentation et elles enrichiront votre devoir.
Organiser ses idées
Commencez par réfléchir, au brouillon, aux différentes caractéristiques de votre invention. Veillez à proposer une création à la fois originale et utile. Soyez aussi précis que possible pour nourrir votre description. Listez ensuite, toujours sur votre brouillon, les avantages de cette invention pour pouvoir construire une argumentation solide.
Une fois que vous avez suffisamment d'arguments, regroupez-les pour bâtir une progression logique : ce travail vous permettra de proposer un article soigneusement organisé. Vous pouvez commencer par présenter le concours Lépine mais aussi l'invention que vous avez imaginée ainsi que son inventeur. La suite de votre devoir sera alors consacrée à un travail d'argumentation plus poussé afin de communiquer votre « enthousiasme » et de vanter les mérites de l'invention.
(1)Arts mécaniques : sciences de la construction et du fonctionnement des machines.
(2)Avoir influé : avoir eu un impact.
(3)Sagacité : finesse et vivacité d'esprit.
(4)Fusée de montre : pièce mécanique en forme de petite toupie allongée.
(5)Échappement : mécanisme d'horlogerie qui règle le mouvement.
(6)Algèbre : domaine des Mathématiques.
(7)Coursive : couloir étroit à l'intérieur d'un navire.
(8)Ponté : qui est muni d'un pont.
(9)Mâter : installer le mât d'un bateau.
(10)Télégramme : message envoyé à distance par télégraphe ou téléphone.
(11)Conseil et Ned Land sont deux compagnons d'expédition d'Aronnax.
(12)Cambuse : pièce de stockage des réserves de nourriture sur un bateau.
(13)Appareil distillatoire : appareil qui permet de purifier l'eau.
(14)Aéronef : appareil capable de se diriger dans les airs.
(15)Notre-Dame : la cathédrale de Paris est un des monuments les plus célèbres de la capitale.
(16)Michel Authier : mathématicien, philosophe et sociologue contemporain.
(17)Ka : force vitale d'un être et passeport vers l'au-delà, dans la mythologie égyptienne.
(18)Icône : image sacrée ; personne ou chose qui est un symbole.
(19)La Tour désigne ici la tour Eiffel.
(20)Marquetée : marquée de couleurs, de dessins variés.
(21)Flammèches : petites flammes, étincelles.
(22)Concours Lépine : concours institué en 1902 et qui récompense chaque année les inventeurs et fabricants français.

Corrigé

Questions
1. Certains artistes ont évoqué dans leurs œuvres des inventions fascinantes, comme le prouvent les documents de ce corpus. D'Alembert, Jules Verne et Michel Serres mettent ainsi à l'honneur différentes innovations dans ces extraits de l'Encyclopédie, Vingt mille lieues sous les mers et Petite Poucette. Dès 1883, Albert Robida imagine quant à lui les évolutions qui pourraient marquer le xxe siècle. Ces documents sont donc globalement élogieux mais quelles sont, plus précisément, les qualités reconnues ici aux inventions ? Pour répondre à cette question, nous étudierons les qualités pratiques des inventions, avant de présenter des bienfaits moins concrets mais tout aussi importants.
Les inventions permettent tout d'abord d'améliorer notre quotidien. D'Alembert s'attarde par exemple sur la montre qui est considérée, avec d'autres inventions, comme l'une des « preuves les plus admirables de la sagacité de l'esprit, de sa patience et de ses ressources ». Le lexique mélioratif est ici renforcé par l'hyperbole : l'auteur peut ainsi lutter contre le mépris qui touche parfois ces objets qui sont pourtant des « machines si compliquées ». Dans l'extrait de Vingt mille lieues sous les mers, nous observons aussi différentes inventions qui améliorent grandement le quotidien des passagers du Nautilus. Jules Verne insiste notamment sur les bienfaits du canot, qui « sert à la promenade ou à la pêche ». Il décrit aussi minutieusement les nombreuses utilisations de l'électricité sur le Nautilus. Un fil électrique permet ainsi de relier le canot au sous-marin, grâce à la technique du télégramme. L'électricité permet en outre de créer de la chaleur ou de rendre l'eau potable. Aussi est-il possible d'avoir « de l'eau chaude, à volonté », ce qui est bien évidemment une avancée considérable à l'époque de Jules Verne. De même, dans sa gravure, Albert Robida imagine un univers dans lequel les déplacements seraient facilités par les « aéronefs ». Les inventions permettent de repousser les limites de la connaissance et d'innover chaque fois un peu plus : c'est ce qui les rend fascinantes et merveilleuses. Chaque objet se présente ainsi comme le résultat d'un travail « admirable », comme le rappelle d'Alembert. Les qualités de la structure présentée par Michel Serres sont également complexes mais elles semblent différentes car l'invention possède avant tout une dimension symbolique.
Cet aspect symbolique peut paraître moins concret mais il est tout aussi important. En effet, dans le cas de l'extrait de Petite Poucette, la technologie permet de relier les êtres humains. Elle joue donc un rôle social. Loin de séparer davantage « tous les individus appartenant au collectif disséminé », elle les rassemble en permettant à chacun de faire partie d'un grand tout. Pour renforcer le caractère sacré de cette impressionnante structure, Michel Serres parle même d'une « icône », après avoir fait référence à la mythologie égyptienne. Ces documents nous rappellent ainsi combien les inventions permettent d'unir les hommes. Le capitaine Nemo n'est pas seul en pleine mer puisqu'il est relié aux autres passagers grâce au fil électrique. Nous observons aussi sur la gravure d'Albert Robida que l'invention est une aventure collective, qui peut simplifier les rapports humains en accélérant les moyens de communication ou de transport. C'est aussi pour ce rôle social que les inventions méritent d'être célébrées et que les inventeurs passent pour les « bienfaiteurs du genre humain ». À l'inverse des « destructeurs » que sont les « conquérants », ils renforcent les liens entre les hommes. La structure décrite par Michel Serres s'oppose par ailleurs directement à la tour Eiffel, qui symbolise l'immobilisme et l'individualisme.
En somme, les inventions représentées, qu'elles soient réelles ou imaginaires, possèdent toutes d'indéniables qualités. Ce corpus se présente donc comme un hommage à l'homme et à sa créativité.
2. Les inventions décrites ou imaginées par d'Alembert, Jules Verne, Albert Robida et Michel Serres célèbrent toutes une forme de génie créatif. Elles nous invitent alors à nous pencher sur les mécanismes de cette création qui parvient à associer rigueur scientifique et fantaisie. Les notions de « rigueur » et de « fantaisie » semblent s'opposer, mais nous tenterons de montrer comment elles se complètent constamment dans les documents du corpus. Pour cela, nous étudierons tout d'abord la part d'inventivité et d'audace qui participe nécessairement au génie créatif, avant d'analyser le rôle joué par la raison dans ce processus complexe.
Il faut, semble-t-il, une part de fantaisie pour créer des « machines si compliquées ». Cette créativité est fondamentale car elle pousse les inventeurs à sortir des sentiers battus pour découvrir « des routes nouvelles », comme l'écrit d'Alembert dans le Discours préliminaire de l'Encyclopédie. Il s'agit même en apparence d'une forme de délire au sens étymologique du terme. Délirer, c'est en effet, à l'origine, s'écarter du sillon tracé. C'est bien ce que fait, dans le roman de Jules Verne, le capitaine Nemo, ce personnage singulier et marginal qui n'agit comme aucun autre. En latin, «  nemo  » signifie d'ailleurs « personne ». Nous sentons bien dans l'extrait du corpus que ce personnage repousse constamment les limites de l'inventivité. Il suscite pour cela l'enthousiasme du narrateur qui est « grisé par ces merveilles ». Il y a en outre dans les romans de Jules Verne un indéniable plaisir, qui n'est pas étranger au succès de cet auteur, car l'imagination s'aventure sur des chemins inconnus. Nous retrouvons cette impression de dépaysement dans la gravure d'Albert Robida, qui fait lui aussi preuve d'une grande inventivité. Si cette gravure était étonnante pour un homme du xixe siècle, elle n'a rien perdu de son aspect surprenant pour un observateur du xxie siècle. Il en va de même pour la structure décrite par Michel Serres, qui ne peut que frapper l'imagination du lecteur par son utilisation de l'espace et son jeu avec les couleurs. Nous pouvons ainsi rêver en imaginant cet étrange ensemble « embrasé de flammes dansantes ». Nous comprenons pourquoi d'Alembert parle de « génie rare » tandis que Michel Serres évoque un « créateur génial » : ces inventeurs repoussent constamment les limites de l'esprit.
Pour autant, cette indéniable part de fantaisie n'exclut jamais totalement l'usage de la raison. D'Alembert se montre ainsi précis et rigoureux lorsqu'il évoque le mécanisme très concret de la montre. Pour réhabiliter les créateurs d'objets, il rappelle qu'ils peuvent être élevés au rang de scientifiques et il les compare aux mathématiciens. En outre, il n'hésite pas à utiliser des termes techniques comme « la fusée » ou « l'échappement ». Le travail de l'inventeur est donc constamment guidé par la réflexion. C'est pourquoi d'Alembert parle de « sagacité de l'esprit ». Jules Verne propose pour sa part des inventions à la fois étonnantes et vraisemblables. Dans un souci didactique, il décrit ainsi précisément ce « canot entièrement ponté, absolument étanche, et retenu par de solides boulons ». Plus loin, il évoque également des « vis de pression ». De même, sous une apparente légèreté, le dispositif que nous découvrons dans Petite Poucette est lui aussi guidé par la raison. Il s'agit pour le « concepteur génial », qui est notamment mathématicien, et son « assistant », d'utiliser toutes les ressources de la technologie comme « les ordinateurs » ou la « lumière laser ». Cependant, la réflexion n'entraîne pas, dans ce texte, une pensée austère. Il faut au contraire utiliser la science pour réenchanter le monde. La technologie n'est jamais une fin : elle n'est qu'un moyen permettant à la créativité de l'inventeur de recomposer du lien social. Parce qu'il s'aventure du côté de la science-fiction, Albert Robida pourrait certes sembler moins rigoureux. Il est vrai que l'image qu'il nous propose reste en grande partie extravagante. Pour autant, il a lui aussi tenté d'intégrer les évolutions de son temps pour proposer cette anticipation. Il n'est donc pas totalement déconnecté du réel, même s'il s'en éloigne nécessairement.
En somme, le génie créatif repose nécessairement sur une forme d'équilibre : il faut une part de fantaisie pour aller vers la nouveauté, mais cette fantaisie reste guidée par la raison. C'est sur cette étonnante combinaison que repose le talent des inventeurs, qui utilisent les ressources de la science pour mieux repousser les limites des connaissances.
Travaux d'écriture : commentaire
Jules Verne n'a cessé, dans les nombreux romans qui composent son œuvre, de nous proposer des voyages dépaysants. Avec lui, nous sommes ainsi invités à passer Cinq semaines en ballon, à faire Le Tour du monde en quatre-vingts jours ou à effectuer un Voyage au centre de la Terre. Dans cet extrait de Vingt mille lieues sous les mers, un roman publié pour la première fois en 1871, nous partons en compagnie du capitaine Nemo et de Pierre Aronnax, le narrateur du roman. Si le texte a pour but de nous faire découvrir le Nautilus, cette présentation n'a rien de neutre : elle vise au contraire, comme nous allons le montrer dans ce commentaire, à susciter la curiosité et l'émerveillement du lecteur. Pour mieux comprendre comment Jules Verne nous propose un singulier voyage, nous commencerons par montrer que le personnage de Nemo est constamment mis en valeur. Nous étudierons ensuite les éléments qui donnent une image extraordinaire du Nautilus.
I. Un personnage valorisé
1. Un capitaine
Dès le début de l'extrait, nous constatons que le personnage de Nemo a un statut bien particulier. Il est en effet « capitaine ». Ce détail suffit à comprendre pourquoi il se distingue d'un personnage comme Aronnax. Nemo est tout d'abord un aventurier qui explore les fonds sous-marins. En outre, il n'hésite pas à s'aventurer hors du Nautilus. Jules Verne multiplie même les verbes d'action pour nous montrer que Nemo est un personnage en mouvement. Il raconte par exemple comment il peut manœuvrer seul le canot une fois que ce dernier s'est détaché du Nautilus  : « J'ouvre alors le panneau du pont, soigneusement clos jusque-là, je mâte, je hisse ma voile ou je prends mes avirons, et je me promène. » La promenade donne certes une impression de légèreté, mais elle s'accompagne toujours d'une forme de maîtrise, comme l'indique le lexique lié à la navigation. De plus, le capitaine Nemo s'impose comme le seul maître à bord du sous-marin. C'est lui qui a imaginé cette incroyable invention et c'est toujours lui qui la contrôle, même lorsqu'il en est éloigné. Le sous-marin semble en effet obéir aux « ordres » de ce personnage, comme le suggère la répétition du mot. Un télégramme ramène instantanément le sous-marin vers son maître. « Cela suffit », résume Nemo, comme pour montrer la simplicité et l'efficacité de l'opération.
2. Un professeur
Nemo joue aussi le rôle de guide dans cet extrait. Il est ainsi frappant de noter que si Pierre Aronnax est en théorie un scientifique, il est ici transformé en élève. La taille des répliques dans le dialogue suffit pour comprendre la place de chaque personnage. Aronnax se contente ainsi de quelques répliques courtes qui lui permettent, le plus souvent, de poser des questions. À l'inverse, les interventions de Nemo peuvent être beaucoup plus riches, comme le prouve la longue réplique placée au centre de l'extrait. Le capitaine Nemo apparaît alors comme un personnage ingénieux, capable d'utiliser toutes les ressources de la technologie pour faciliter la vie à bord du sous-marin ou pour s'en extraire grâce au canot. Il nous livre certains détails précis en faisant par exemple référence aux « boulons » ou aux « vis de pression ». Le texte de Jules Verne se fait alors didactique. Il s'agit d'éclairer le lecteur en lui proposant une démonstration précise et accessible. Nous profitons donc nous aussi de la leçon offerte par le capitaine Nemo.
3. Un être fascinant
Nous comprenons alors pourquoi le narrateur semble si enthousiaste. Il multiplie tout d'abord les marques d'étonnement, comme le prouve sa première intervention dans le dialogue : « Quoi ! vous avez un canot ? répliquai-je, assez étonné. » Le « Quoi ! » indique bien la surprise du personnage, qui avoue lui-même son étonnement. De même, les répliques suivantes d'Aronnax commencent par la conjonction de coordination « mais », comme si la question jaillissait soudain dans l'esprit d'Aronnax : « mais alors », « mais comment ». À chaque question, Nemo apporte une réponse claire. Tout cela contribue à faire du capitaine Nemo un personnage extraordinaire. Son nom indique d'ailleurs qu'il n'est comparable à aucun autre puisque le mot «  nemo  », en latin, signifie « personne ». Tout se passe comme si personne n'avait jamais atteint, dans l'esprit du narrateur, un tel niveau d'ingéniosité. Mais le nom donne aussi une dimension mystérieuse à ce capitaine qui reste un marginal, décidé à vivre loin de la société. Il s'agit pour lui de s'effacer et de n'être plus personne pour les autres hommes. Il prend ainsi plaisir à se promener seul sur son canot.
Le capitaine Nemo est donc mis en pleine lumière dans ce texte. Seulement, à travers lui, il s'agit aussi de mettre en valeur cet étrange sous-marin.
II. Un sous-marin extraordinaire
1. Une prouesse technologique
Cet extrait contient de nombreux détails techniques sur le Nautilus. Nemo décrit d'abord avec précision le système permettant d'accéder au canot. La présence de ce canot est déjà surprenante, comme le prouve la réaction du narrateur qui est « étonné ». Par la suite, c'est Aronnax qui s'attarde sur l'importance de l'électricité dans le sous-marin. Cette dernière est décrite comme « plus énergique et plus obéissante que le gaz ». Les adjectifs utilisés se complètent parfaitement pour faire de l'électricité une source d'énergie à la fois puissante et maîtrisée. Elle permet alors différentes prouesses. Les passagers du Nautilus peuvent ainsi évoluer « confortablement » et bénéficier par exemple de « l'eau chaude, à volonté ». L'utilisation de l'eau chaude est un premier avantage qui n'a rien d'anodin au moment de la publication du roman en 1871. Seulement, le tour de force n'en est que plus impressionnant pour un sous-marin évoluant en pleine mer. La précision rejetée à la fin de la phrase et mise en valeur par la virgule ajoute en plus une impression d'abondance et de luxe. En outre, nous voyons que Conseil et Ned Land sont « enchantés » par ce repas qu'ils sont en train de « dévorer de belles dents ». Ce détail est rapidement évoqué par Aronnax mais il contribue à faire du Nautilus un endroit où il fait bon vivre.
2. Un instrument de liberté
Le sous-marin ne peut qu'impressionner par ses dimensions majestueuses. Le narrateur insiste sur la longueur de chaque pièce pour nous rappeler le caractère particulièrement imposant du Nautilus. À travers une gradation, il évoque ainsi une « cabine longue de deux mètres » puis « une cuisine longue de trois mètres » et enfin un « poste d'équipage long de cinq mètres ». L'espace semble donc de plus en plus grand. Le narrateur s'attarde également sur « les vastes cambuses ». C'est ici l'adjectif qui renforce l'impression de démesure. Pourtant, le Nautilus reste toujours un instrument de liberté. Malgré ces dimensions impressionnantes, il paraît extrêmement maniable puisqu'il peut, en quelques instants, venir chercher le capitaine lorsqu'il se « promène » seul en pleine mer. De plus, le canot impressionne aussi par sa vitesse. Nemo affirme en effet que « l'embarcation remonte avec une prodigieuse rapidité à la surface de la mer ». À nouveau, un adjectif mélioratif vient renforcer l'aspect extraordinaire du sous-marin en accentuant l'impression de rapidité. Le Nautilus est en définitive à l'image de son capitaine qui affirme sans cesse, dans le roman, sa volonté de vivre libre, loin de la terre ferme et des autres hommes. Les prouesses technologiques que nous observons visent aussi à permettre une forme d'autarcie.
3. Une étonnante invention
En découvrant le sous-marin, Aronnax ne peut donc qu'être impressionné. Son enthousiasme s'accroît d'ailleurs au fil du texte. Il y a ainsi une gradation dans ses émotions. Au début de l'extrait, il est « assez étonné » tandis qu'après les explications de Nemo, il se déclare « grisé par ces merveilles ». Les nombreux points d'exclamation montrent également que ces découvertes sont loin de laisser le scientifique insensible. Le Nautilus semble ainsi réserver sans cesse de nouvelles surprises. Il conserve aussi une part de mystère. En effet, l'extrait s'achève sur une porte fermée, qui représente symboliquement le secret que le capitaine Nemo continue à cultiver. Grâce au point de vue interne, le lecteur est alors dans la position d'Aronnax. Il ignore comme ce dernier les conditions exactes de « la manœuvre du Nautilus  ». Le reste de l'équipage évolue dans l'ombre, comme le prouve encore l'utilisation du pronom impersonnel « on » dans cet exemple : « on referme l'une : celle du Nautilus ». Jules Verne attise alors la curiosité de ses lecteurs.
Nous comprenons bien, en lisant cet extrait de Vingt mille lieues sous les mers, pourquoi le succès des romans de Jules Verne ne se dément pas depuis le xixe siècle. Le romancier a ici créé un personnage et une invention capables de susciter l'étonnement et l'émerveillement du lecteur. Nous ne pouvons donc que partager l'enthousiasme d'Aronnax. Pour autant, il ne faut pas oublier que si le capitaine Nemo est valorisé dans cet extrait, sa personnalité est complexe. Son orgueil tient parfois de l'hybris, sa misanthropie le pousse à vivre loin des hommes et il lui arrive même de s'attaquer à certains navires.
Travaux d'écriture : dissertation
Loin de vivre à l'écart de la société, les artistes suivent souvent avec attention l'évolution du monde qui les entoure. Ainsi, des écrivains, des peintres, des photographes ou des cinéastes ont été amenés à s'intéresser à des objets du quotidien ou à des créations extraordinaires. Mais comment la littérature et les arts peuvent-ils prendre appui sur les objets technologiques pour enrichir leur création ? Il s'agit ici d'identifier les différentes fonctions des objets représentés par les artistes. Loin de brider l'imagination en imposant de reproduire fidèlement des éléments qui existent déjà, l'objet technologique présente bien des avantages. Nous montrerons d'abord qu'il peut devenir une source d'inspiration avant de noter qu'il est aussi un outil permettant de mieux comprendre l'homme. Pour finir, nous rappellerons que l'objet technologique peut aussi être un instrument d'évasion.
I. Une source d'inspiration
1. Des objets fascinants
Les objets technologiques peuvent d'abord nourrir l'imagination du lecteur. Ils viennent alors enrichir l'œuvre d'art en suscitant parfois la surprise ou l'émerveillement. Le succès de Jules Verne, dès le xixe siècle, vient en partie des créations étonnantes qu'il propose dans ses romans. Comme Aronnax, le narrateur de Vingt mille lieues sous les mers, le lecteur peut alors être « grisé par ces merveilles ». De même, dans son Discours préliminaire de l'Encyclopédie, d'Alembert fait l'éloge de ces « machines si compliquées » qui facilitent notre quotidien. Nous sentons dans ce texte l'admiration de l'auteur pour ces objets qui, à l'image des montres, sont des trésors d'ingéniosité et de précision. L'objet peut aussi renfermer différentes histoires. Dans Autobiographie des objets, François Bon revient ainsi sur plusieurs objets qui ont marqué son existence et il s'appuie sur chacun d'entre eux pour raconter sa vie et nourrir son œuvre. Il évoque notamment son enthousiasme devant des machines à écrire, des transistors ou encore ce microscope qu'il a reçu en cadeau lorsqu'il était enfant. Un objet peut donc nous en apprendre beaucoup sur celui qui le possède.
2. Des inventeurs surprenants
Mais l'objet technologique est aussi une source d'inspiration dans la mesure où il permet de mettre à l'honneur celui qui l'a créé. Certains auteurs s'intéressent ainsi à des inventeurs ayant vraiment existé. C'est le cas de Jean Échenoz dans Des éclairs. Certes, ce récit n'a pas l'ambition d'être une biographie rigoureuse et il se présente davantage comme un récit librement inspiré de l'existence de Nikola Tesla. Il s'appuie pourtant sur certains aspects de la vie de cet incroyable scientifique qui, par ses recherches, est à l'origine de nombreux objets technologiques. L'inventeur peut aussi avoir été créé par l'écrivain, comme dans Vingt mille lieues sous les mers. Dans ce roman de Jules Verne, nous faisons la connaissance du capitaine Nemo, le créateur du Nautilus, un sous-marin qui repousse les limites de la technologie. Pourquoi ces personnages fascinent-ils autant les auteurs et leurs lecteurs ? Sans doute parce les inventeurs sont des personnages extraordinaires, qui parviennent à repousser les limites de la connaissance. Leur personnalité peut aussi être étonnante voire excentrique. Les inventions du personnage de Jean Échenoz peuvent ainsi être fantaisistes, comme ce tube censé relier l'Amérique et l'Europe. Nemo est pour sa part un personnage mystérieux qui a choisi de vivre à l'écart de la société.
L'objet peut donc bien enrichir la création artistique car il fascine et permet de raconter des histoires étonnantes. Cependant, il ne nourrit pas seulement l'imagination : il s'adresse aussi à notre réflexion en nous permettant de mieux comprendre le monde qui nous entoure.
II. Un outil pour mieux comprendre l'homme
1. Le témoin des évolutions de la société

Au xixe siècle, les auteurs réalistes et naturalistes ont voulu représenter la société de leur temps sans l'idéaliser. Pour cela, ils ont été amenés à décrire avec précision de nombreux objets. Ces derniers ont en effet pris de plus en plus d'importance dans une société dominée par l'argent. Les romans qui composent la Comédie humaine de Balzac nous rappellent ainsi que les biens matériels jouent un rôle central dans la société du xixe siècle. Les romans de Zola, comme L'Assommoir, Nana, Au Bonheur des dames ou La Bête humaine s'interrogent aussi sur l'évolution de la société, sur l'importance du commerce ou encore sur les effets de la révolution industrielle. La description de l'objet ne permet donc pas seulement de renforcer l'illusion romanesque en créant des effets de réel. Elle a aussi une fonction symbolique : l'objet représente alors le monde qui l'entoure. C'est ce que suggère la structure décrite par Michel Serres dans Petite Poucette. Roland Barthes a également évoqué dans ses Mythologies des objets qui représentent chacun un aspect bien précis du monde moderne.
2. Le symbole de certains dangers
L'objet peut aussi permettre d'alerter le lecteur ou le spectateur sur certains dangers. La révolution industrielle n'a pas apporté que des bienfaits, comme le prouvent Les Temps modernes de Charlie Chaplin. Elle peut aussi créer différentes aliénations. D'une part, la création des objets en grande quantité a entraîné le travail à la chaîne. Chaplin montre bien combien la répétition des mêmes gestes fragilise et déshumanise l'ouvrier qui doit sans cesse effectuer la même opération. D'autre part, l'objet technologique présente aussi des risques pour le consommateur. Dans Les Choses, Georges Perec montre bien que la possession d'objets ne peut créer qu'un bonheur éphémère et factice. Plus récemment, le romancier Olivier Bordaçarre a montré dans Dernier Désir qu'il est bien difficile d'échapper à la société de consommation. Comme le chante Alain Souchon dans « Foule sentimentale » : « on nous inflige des désirs qui nous affligent ». L'obsolescence programmée rend par ailleurs cette possession encore plus fragile : les objets sont ainsi destinés à être sans cesse remplacés, ce qui n'est pas sans poser des problèmes environnementaux. Le film d'animation Wall-E attire bien notre attention sur ce rapport problématique aux objets. Par conséquent, les artistes ne font pas nécessairement l'éloge des objets. Ils peuvent aussi enrichir leur création en attirant notre attention sur certaines dérives du monde moderne.
Le regard que pose l'artiste sur l'objet peut donc être critique. Ce constat nous rappelle que l'artiste ne se contente pas de décrire : il crée du sens et interroge le monde qui nous entoure. Mais l'objet peut aussi nous faire découvrir d'autres mondes.
III. Un instrument d'évasion
1. Dépasser les frontières du réel
Certains artistes cherchent à créer un rapport différent avec les objets technologiques. Il s'agit alors moins de les utiliser pour décrire une société qui existe déjà que de créer, grâce à eux, un monde nouveau. La science-fiction permet par exemple de s'aventurer au-delà du réel. La gravure d'Albert Robida extraite du Vingtième Siècle se présente justement comme une invitation au voyage. Elle propose à celui qui la regarde de s'aventurer hors du cadre de la réalité. Mélange de fantaisie et de réflexion, la science-fiction procure donc bien une forme d'évasion. Des écrivains se sont aussi aventurés sur ces chemins dépaysants. Bien souvent, il s'agit de jouer avec les repères du lecteur pour mieux le faire réfléchir. La science-fiction nous offre alors, dans bon nombre de romans, une méditation sur les dangers de la technologie. Les objets jouent souvent un rôle central dans ces récits. Isaac Asimov a par exemple décrit des robots dans ses œuvres et Philip K. Dick a imaginé des inventions étonnantes. Plus récemment, Marin Ledun nous a fait découvrir dans Zone est un monde dans lequel les hommes seraient transformés en machines grâce à différentes évolutions technologiques. En créant des univers inquiétants grâce à ces dystopies, ces auteurs interrogent le monde qui nous entoure.
2. Recréations
L'artiste peut aussi aller jusqu'à réinventer les objets. Il devient à son tour un inventeur même si, le plus souvent, il utilise des ressources artistiques et non technologiques. Ainsi, à travers le ready-made, certains artistes ont par exemple détourné des objets de leur utilité première. L'artiste manifeste alors sa liberté et il nous rappelle que l'œuvre d'art n'est pas une simple copie du réel. « Ceci n'est pas une pipe », annonce ainsi le peintre René Magritte dans un tableau intitulé La Trahison des images. Les artistes surréalistes ont par conséquent cherché à jouer avec la technologie pour créer des objets singuliers. Le Téléphone aphrodisiaque de Salvador Dalí associe par exemple un homard et un téléphone. Recréation rime alors avec récréation puisque l'artiste fait preuve de fantaisie et d'inventivité. Man Ray, qui a été peintre, sculpteur et photographe, a lui aussi imaginé des créations étranges. L'objet n'existe alors plus par ses caractéristiques technologiques : il devient un prétexte à la création artistique. Dans cet esprit, Apollinaire combine le texte et le dessin pour créer un calligramme intitulé « La Cravate et la Montre ». La montre n'est alors plus vraiment célébrée pour ses caractéristiques technologiques, comme dans le Discours préliminaire de l'Encyclopédie. Cette recréation par le dessin et les mots permet cependant d'interroger la condition humaine, « la beauté de la vie » et « la peur de mourir ».
L'objet n'a donc pas seulement, pour l'artiste, une fonction pratique. Il nourrit la création de bien des manières. Il inspire, il permet de faire réfléchir et il peut même être à l'origine d'une forme d'évasion. L'artiste ne se contente pas de prendre appui sur l'objet : il le dépasse et le réinvente sans cesse. En somme, comme le résume le peintre Paul Klee : « l'art ne reproduit pas le visible, il rend visible ».
Travaux d'écriture : écriture d'invention
Depuis 1902, des inventeurs rivalisent d'ingéniosité pour briller au concours Lépine. C'est ce que j'ai encore pu constater il y a quelques semaines. Impressionné par ce que j'ai découvert, j'ai décidé de partager cette expérience avec mes concitoyens dans les colonnes de la dépêche de Birat.
Mais comment choisir un objet parmi les innombrables trésors d'inventivité qui sont exposés ? Certes, quelques inventions peuvent faire sourire car elles ne manquent pas de fantaisie. Beaucoup forcent cependant le respect tant elles parviennent à allier originalité, utilité et ingéniosité. Comment ne pas être admiratif en découvrant par exemple l'entreprise Ludélec ?
Anthony Meyer est à la tête de cette petite entreprise qui, je n'en doute pas, est appelée à faire de grandes choses. Tout en poursuivant ses études, ce jeune inventeur de 25 ans a décidé de mettre son talent au service de ses convictions. Depuis plusieurs années, il milite en effet pour une écologie citoyenne : « Nous gaspillons nos ressources, rappelle-t-il très justement, et nous ne préservons plus la planète sur laquelle nous vivons. Nous devons, tous ensemble, changer de cap. » Il ne s'agit pas pour lui de revenir en arrière en renonçant à la technologie, ce qui serait utopique. Il faut, au contraire, utiliser la technologie pour préserver la planète.
L'invention que propose Anthony Meyer est en apparence banale. Il s'agit d'un simple ballon qui peut être, selon les modèles, jaune, blanc, rouge, vert ou bleu. Mais les apparences sont souvent trompeuses et il ne faut pas se fier à cette première impression. Approchons-nous ainsi de l'un de ces ballons. Nous apercevons alors, à la surface, un cache discret, presque invisible, qu'Anthony Meyer nous invite à retirer en utilisant un embout spécialement conçu à cet effet. Une petite prise apparaît alors et Anthony Meyer brandit un adaptateur qui, assure-t-il, sera commercialisé avec le ballon. D'un côté, cet adaptateur se branche directement dans le ballon. De l'autre, il est composé d'un petit boîtier permettant de raccorder un chargeur ou un appareil électrique. Voilà bien le plus troublant, le plus étonnant, le plus incroyable : cet étrange ballon stocke et fournit de l'électricité !
Sans développer tous les secrets techniques de son invention, Anthony Meyer a bien voulu m'expliquer comment fonctionne ce ballon révolutionnaire. À l'intérieur, un système permet de créer de l'électricité au moindre mouvement. Ce principe peut, certes, faire penser à la dynamo d'un vélo mais cette invention est différente et beaucoup plus ambitieuse. D'une part, elle permet de conserver l'électricité qui peut ensuite être réutililisée. D'autre part, elle se propose de rassembler les hommes en les invitant à se retrouver pour jouer ensemble. L'objet est donc à la fois pratique et éthique. Il crée de l'énergie et du lien social. En somme, Anthony Meyer a découvert l'électricité ludique !
Pour les sceptiques, un petit terrain a été installé près du stand de Ludélec. Les petits comme les grands peuvent s'y rassembler pour une démonstration. Au début du test, Anthony Meyer branche sur l'adaptateur une lampe qui, comme chacun peut le constater, ne s'allume pas. Les joueurs s'en donnent ensuite à cœur joie, se passant la balle avec les mains ou les pieds. Après quelques minutes, l'inventeur connecte à nouveau le même adaptateur et la même lampe. Cette fois l'ampoule s'allume ! L'opération semble merveilleuse, presque magique, et tous les yeux s'écarquillent.
Je suis moi-même resté sans voix face à cette brillante démonstration. Ce jeune homme n'a pas seulement créé une source d'énergie parfaitement propre, il a aussi imaginé un système encourageant l'homme à faire du sport. Les bénéfices sont donc multiples : ils concernent aussi bien l'environnement que la santé. Ce ballon permet tout à la fois de lutter contre la pollution et l'obésité.
Tout en étant léger, le ballon est aussi incroyablement résistant. Anthony Meyer n'a donc pas conçu un gadget. Cette admirable invention ne risque pas de sombrer dans les travers de l'obsolescence programmée. Son créateur a fait en sorte d'associer inventivité et qualité. Il reste pourtant modeste, conscient du travail qu'il doit encore accomplir. « Je ne propose ici que des prototypes. Tous sont perfectibles et il faut encore du temps et des efforts pour les améliorer. Je cherche également des investisseurs pour m'aider à développer mon projet. »
Les Biratais qui le souhaitent peuvent dès à présent se rendre sur le site internet de Ludélec pour en savoir plus. Si ces ballons ne sont pas encore commercialisés, nul doute que nous les retrouverons très bientôt dans nos maisons et nos jardins !