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Dans quelle mesure être diplômé de l'enseignement supérieur favorise-t-il l'insertion sur le marché du travail ?

Énoncé

Dans quelle mesure être diplômé de l'enseignement supérieur favorise-t-il l'insertion sur le marché du travail ?
Document 1
Inégalités d'insertion professionnelle en 2007 pour quelques sortants du système scolaire en 2004, selon le diplôme, le sexe et la situation face à l'emploi
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Champ : ensemble des jeunes sortis du système éducatif en 2004 (737 000 inidividus).
DESS : diplôme d'études supérieures spécialisées.
DEA : diplôme d'études approfondies (Bac + 5 ou plus).
* : proportion de jeunes qui occupent un emploi à temps partiel alors qu'ils souhaitent travailler à temps plein.
Dans quelle mesure être diplômé de l'enseignement supérieur favorise-t-il l'insertion sur le marché du travail ? - illustration 1
Source : Céreq, Enquête Génération, 2004.
Document 2
« À niveau de diplôme égal, le taux de chômage est très supérieur dans les quartiers sensibles. […] Première constatation, le diplôme protège, et plus il est élevé, plus le taux de chômage s'abaisse, jusqu'à Bac + 2 en tous les cas. La différence entre les habitants des zones urbaines sensibles (ZUS)(1) et les autres reste cependant très significative. […] Seconde constatation, plus étonnante, la protection offerte par un niveau élevé de diplôme produit, dans les ZUS, des effets très différenciés selon le sexe. Dans les quartiers situés hors zones urbaines sensibles, c'est-à-dire les quartiers non prioritaires ne relevant pas de la politique de la ville, l'effet protecteur du diplôme est sensiblement le même pour les hommes et les femmes. Mais dans les ZUS, on constate que les hommes diplômés ont plus de difficultés à échapper au chômage alors que les femmes bénéficient pleinement de cette certification. Il n'est pas aisé d'expliquer ces effets inversés. Une première hypothèse tient au choix des filières et au processus d'orientation scolaire différents entre les filles et les garçons. Une autre hypothèse doit, elle aussi, être prise très au sérieux : les hommes (notamment les jeunes hommes) diplômés s'affronteraient plus fréquemment à des comportements discriminatoires. »
Source : Observatoire des inégalités, www.inegalites.fr, Céreq, 16 mars 2005

Document 3
Taux d'accès à la formation continue des actifs occupant un emploi selon le diplôme, en 2006 (en %)
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Champ : salariés et indépendants de 18 à 65 ans ayant terminé leurs études depuis un an au moins.
Dans quelle mesure être diplômé de l'enseignement supérieur favorise-t-il l'insertion sur le marché du travail ? - illustration 2
Source : enquête complémentaire à l'enquête emploi sur la formation continue 2006, Insee, Céreq.
Document 4
Répartition des jeunes (entrés sur le marché du travail en 1998) selon leur niveau d'emploi durant les sept premières années de leur vie active
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Dans quelle mesure être diplômé de l'enseignement supérieur favorise-t-il l'insertion sur le marché du travail ? - illustration 3
Source : Thomas Couppie, Céline Gasquet et Alberto Lopez, Quand la carrière commence : les sept premières années de vie active de la génération 98, Céreq, 2007.
Document 5
« Les nouvelles générations d'actifs sont beaucoup plus diplômées qu'il y a trente ans, mais l'augmentation de l'emploi qualifié n'a pas été aussi forte que celle de l'offre de diplômés. Dans le contexte d'un chômage massif persistant, certains jeunes diplômés sont ainsi amenés à accepter des emplois faiblement qualifiés ou faiblement rémunérés plutôt que de n'avoir aucun emploi. […] Toutes choses égales par ailleurs, les jeunes femmes ont un risque plus élevé que les jeunes hommes d'être déclassées, surtout en termes de salaire. […] Le risque de déclassement est aussi très lié à l'origine sociale. Ainsi, les fils de cadres ont plus souvent un emploi dont la qualification et le salaire sont en adéquation avec leur diplôme. Ils ont sans doute une meilleure connaissance des règles de négociation salariale, ou ils bénéficient d'un réseau relationnel plus étendu. Ils s'orientent aussi plus fréquemment vers des filières de l'enseignement supérieur plus sélectives et plus porteuses en termes de débouchés professionnelles. Enfin, ils peuvent prolonger également plus longtemps leur recherche d'emploi, pour trouver un emploi plus en adéquation avec leur formation. »
Source : Jean-François Giret, Emmanuelle Nauze-Fichet, Magda Tomasini, « Le déclassement des jeunes sur le marché du travail », Données sociales, Céreq, 2006

Document 6
« L'accès aux métiers de professionnels qualifiés du bâtiment ou de certaines spécialités industrielles passe souvent par l'acquisition de compétences sur le tas, ce qui offre des perspectives à des jeunes embauchés sur des postes moins qualifiés. De même, certains postes de cadres sont pourvus via la promotion interne, notamment dans la banque et les assurances. […] Parmi les métiers plus qualifiés, plusieurs professions réglementées présupposent d'avoir une formation spécifique (médecins, architectes, experts-comptables, avocats, etc.). D'autres professions à fort contenu technique requièrent également des diplômes spécifiques (ingénieurs électroniciens, chimistes…). D'autres métiers font appel à un ensemble de compétences plus générales, et les formations qui permettent d'y accéder sont plus variées, comme par exemple les métiers de l'information et de la communication ou les cadres administratifs d'entreprise. Enfin, l'accès à certains postes, dans le management notamment, suppose, au-delà du niveau de la formation initiale, de disposer de compétences et d'aptitudes comportementales acquises au fil du temps ; ils sont donc peu ouverts aux jeunes débutants. »
Source : Monique Meron et Laure Omalek, « Quel accès à quel métier ? », Alternatives économiques, n° 277, Céreq, février 2009

(1)ZUS (zones urbaines sensibles) : quartiers « défavorisés » qui bénéficient en priorité de la politique de la ville en fonction des difficultés que connaissent ses habitants.

Corrigé

Les conseils de l'enseignant
Ce sujet fait principalement référence à la partie du programme portant sur le marché du travail. Cependant, il exige aussi des emprunts à d'autres parties du cours de terminale, notamment au thème de la mobilité sociale et de l'influence du capital social sur les parcours individuels. Le plan est assez classiquement du type « oui… mais ».
Introduction
En 2007, le taux de chômage des jeunes hommes sortis du système éducatif en 2004 s'élevait à 29 % pour les non diplômés contre 2 % pour les titulaires d'un diplôme d'ingénieur ou d'une école de commerce. Cette fracture face à l'emploi, dans un marché du travail malmené par la crise, montre que la détention d'un diplôme post-bac, sans être une garantie complète, représente aujourd'hui un atout majeur face au chômage et à la précarité, en termes de construction d'une carrière professionnelle. Pourtant, le diplôme n'est plus un « sésame » absolu, car une insertion réussie dépend de multiples facteurs, économiques mais aussi sociaux et culturels, devant lesquels tous les postulants ne sont pas égaux. Nous nous attacherons donc à montrer comment le diplôme facilite les conditions de l'insertion dans la vie active (1re partie), mais aussi quelles sont les limites de son efficacité dans le processus d'une intégration réussie dans le monde du travail (2e partie).
I. Le diplôme supérieur, un indéniable avantage pour l'insertion sur le marché du travail
Détenir un diplôme d'enseignement supérieur représente, au moment crucial de la recherche du premier emploi, un avantage déterminant face au risque de chômage ou à la précarité de l'emploi, et permet d'envisager un déroulement de carrière répondant à ses ambitions.
1. Une prime à l'évitement du chômage
Le premier risque face au premier emploi est… de ne pas en trouver un. Cette situation touche une proportion très importante des jeunes entrant sur le marché du travail : fin 2010, selon l'INSEE, alors que le taux de chômage général était en France de 9,2 %, celui des 15-24 ans culminait à 22 %. Mais ce risque élevé vise essentiellement des jeunes sortis du système éducatif sans diplôme. Le document 1 confirme que le risque de chômage concerne, en 2007, 29 % des hommes et 38 % des femmes non diplômés sortis du système éducatif trois ans plus tôt. Le taux chute fortement pour les titulaires d'un baccalauréat et plus encore pour les titulaires d'un diplôme post-bac (2 % pour les hommes et 7 % pour les femmes sortis d'une école de commerce ou d'ingénieur). L'explication de ces écarts tient évidemment à l'adaptation des offres de compétences à la structure de la demande de travail : l'élévation des qualifications exigées dans nos économies tertiarisées réduit toujours plus les besoins en main-d'œuvre non qualifiée. La détention d'un diplôme est donc un avantage décisif dans la recherche d'un premier emploi.
2. Une protection relative contre la précarité
Mais le diplôme a aussi un effet de protection contre un des fléaux du marché du travail actuel : la précarité de l'emploi. La possibilité d'obtenir un contrat à durée indéterminée, celui qui permet la stabilité et la progression professionnelles, est plus forte pour les diplômés. Certes, la protection n'est pas absolue et une proportion non négligeable de jeunes diplômés commence son insertion dans la vie active par des stages, des CDD ou des emplois intérimaires. Mais la probabilité de sortir rapidement de ces formes particulières d'emploi est beaucoup plus forte pour les titulaires d'un post-bac que pour les non diplômés pour lesquels l'emploi précaire peut se prolonger pendant de très longues périodes. De même, la fréquence du temps partiel non souhaité est beaucoup plus forte pour les jeunes non diplômés (8 % pour les hommes, 25 % pour les femmes) que pour les jeunes diplômés.
3. Des avantages de carrière évidents
Enfin, les conséquences logiques de cette fracture entre diplômés et non diplômés sont aussi repérables dans les écarts de niveau de rémunération et dans les conduites de carrière. La moitié des jeunes hommes titulaires d'un bac + 5 (sortis en 2004) perçoivent, en 2007, un salaire de plus de 2 000 €, alors que le salaire médian des jeunes hommes non diplômés est, à cette date, de 1 200 € (document 1). Du point de vue du déroulement de la carrière, le diplôme post-bac a des effets de mobilité professionnelle ascendante. Ainsi, si pour les entrants de 1998, 44 % des bac + 2 ont débuté comme ouvriers ou employés, la proportion d'ouvriers ou employés parmi eux, sept ans plus tard, n'est plus que de 26 %, confirmant, pour une part importante d'entre eux, une progression notable dans la hiérarchie professionnelle. Le même constat peut être fait pour les diplômés de troisième cycle dont 84 % ont atteint le statut de cadre, sept ans après leur embauche. On peut d'ailleurs y voir en partie l'effet d'un accès plus fréquent pour les diplômés à la formation continue, puissant facteur de promotion interne dans les entreprises ou les administrations (doc. 3). La capacité à perfectionner sa formation et à progresser dans la hiérarchie professionnelle dépend assez fortement du niveau de la formation initiale.
II. Une condition parfois insuffisante pour une insertion réussie
Le lien entre la détention d'un diplôme d'enseignement supérieur et l'insertion sur le marché du travail, s'il est globalement vérifié, doit cependant être nuancé. La protection du diplôme n'est pas totale : certaines situations invalident ou fragilisent ses effets.
1. Des exceptions liées à la structure des qualifications demandées
On constate, par exemple, que ce ne sont pas les diplômes les plus élevés dans l'ordre universitaire qui garantissent le mieux l'accès à l'emploi. Les hommes titulaires d'un doctorat ne sont pas mieux protégés contre le chômage que les titulaires d'un bac + 2 (taux de chômage de 8 % contre 7 % selon le document 1). De même, la vulnérabilité au temps partiel subi est plus forte pour les doctorats (5 %) que pour les diplômes de niveau inférieur (3 % pour les bac + 2). L'explication ne vient pas du niveau du diplôme mais de sa relative inadéquation aux besoins qualitatifs du marché du travail et au caractère peu professionnalisant des doctorats, qui visent la recherche théorique et débouchent sur des segments étroits du marché du travail. À l'inverse, les diplômes professionnalisants permettent une adaptation rapide aux exigences de l'emploi (BTS ou DUT) et les diplômes spécialisés de haut niveau (médecins, avocats, ingénieurs…) présentent une forte garantie d'insertion rapide sur le marché du travail qualifié.
2. La situation spécifique des femmes diplômées
Sur un autre plan, la situation des femmes diplômées reproduit en partie les difficultés constatées de manière générale sur l'emploi féminin : si le diplôme est globalement protecteur contre le risque de chômage et de précarité, il l'est moins pour les femmes que pour les hommes. Les taux de chômage des femmes diplômées du supérieur entrant sur le marché du travail ne montrent pas de hiérarchie selon le niveau de diplôme (7 % de manière uniforme). En revanche, le temps partiel subi est nettement plus fréquent pour les femmes que pour les hommes, y compris pour les titulaires des diplômes les plus élevés (plus du double de la fréquence des hommes). Quant aux salaires, si on constate dans les premières années d'insertion dans la vie active (doc. 1) un handicap général pour les femmes, on remarque que le niveau de diplôme ne corrige qu'imparfaitement cette inégalité. Les salaires médians des jeunes femmes diplômées sont plus faibles que ceux des hommes de même niveau (1 700 € contre 2 000 € pour les bac + 5 et plus, par exemple). On retrouve ici les facteurs traditionnels de la discrimination salariale dont les femmes sont victimes, tous diplômes confondus. Le phénomène est particulièrement choquant quand on sait que, pour les nouvelles générations, le niveau moyen de diplôme est plus élevé pour les femmes que pour les hommes.
3. Des facteurs sociaux et culturels qui relativisent l'impact du diplôme
Il faut par ailleurs remarquer que des logiques sociales viennent s'intercaler entre les diplômes et l'insertion dans la vie active. La recherche d'un premier emploi passe, en effet, par des procédures complexes qui font intervenir notamment la densité du capital social détenu par les postulants. La connaissance plus ou moins grande des « règles du jeu » du milieu professionnel visé, l'étendue et l'efficacité du réseau relationnel qui peut être mobilisé dans la recherche d'un emploi sont inégalement distribuées selon le milieu social d'origine. Et les inégalités de capital social ne sont pas intégralement compensées par la détention d'un diplôme. Cette observation est confirmée par la comparaison, à diplômes identiques, du handicap que subissent les postulants à un emploi issus d'une zone urbaine sensible. On retrouve ici des inégalités face à l'embauche qui font intervenir des éléments de discrimination sociale touchant particulièrement, selon le document 2, les jeunes hommes diplômés.
Enfin, la capacité des diplômes à favoriser, pour les générations actuelles, l'insertion dans le monde du travail s'est considérablement affaiblie par rapport au destin des générations passées. Le diplôme obtenu aujourd'hui ne représente plus la même « clé d'entrée » qu'il y a trente ans en matière d'emploi. Le phénomène de déclassement intergénérationnel est directement palpable et souvent vécu comme une injustice au sein des familles. Alors que le niveau moyen de diplôme des générations actuelles entrant sur le marché du travail s'est nettement élevé par rapport à celui des générations des années 1970-1980, l'intégration à l'emploi est beaucoup plus difficile et oblige certains jeunes à accepter des emplois perçus comme inférieurs aux compétences acquises, souvent en passant par un « sas » d'emploi précaire. Cette situation s'explique par le décalage entre le besoin d'emplois qualifiés qui ne progresse que lentement et l'offre de diplômés qui a connu une expansion plus rapide. Le phénomène de déclassement relatif touche d'ailleurs plus les jeunes des milieux modestes, en raison d'une part d'un moindre capital social mobilisable et d'autre part de l'urgence économique qui pousse à l'acceptation plus rapide d'un emploi « déclassé » (doc. 5).
Conclusion
Le diplôme d'enseignement supérieur est aujourd'hui au cœur de la plupart des stratégies d'insertion sur le marché du travail. Il est, de ce fait, l'objet d'une demande sociale extrêmement forte et investi d'espérances individuelles. Face à ces attentes, la réalité des faits montre que cette fascination collective peut être porteuse d'une part de désillusion. Le sésame n'ouvre pas toutes les portes et son efficacité dépend largement de ses conditions d'accompagnement. Cette polarisation sur les diplômes conduit parfois à oublier que, dans certains métiers, d'autres voies d'intégration professionnelle sont possibles, fondées sur la stratégie apparemment moins ambitieuse de la formation et du perfectionnement sur le terrain.
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