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L'Existentialisme est un humanisme

Énoncé

L'Existentialisme est un humanisme est le compte rendu d'une conférence que Jean-Paul Sartre donna à l'École normale supérieure le 29 octobre 1945. C'est un ouvrage de vulgarisation. Le philosophe y présente l'existentialisme, qui est un courant de pensée née en France d'une réflexion menée par différents auteurs (Maurice Merleau-Ponty, Simone de Beauvoir, Gabriel Marcel ou Albert Camus) sur l'œuvre des phénoménologues allemands, Edmund Husserl et Martin Heidegger. Le but de Sartre est de présenter les principes de cette philosophie en montrant qu'elle n'est ni une mode ni un style, mais une méthode de penser destinée aux techniciens et aux professionnels de la discipline. Le passage que l'on se propose d'expliquer est celui où Sartre établit le postulat fondamental de l'existentialisme, selon lequel « l'existence précède l'essence ».
« Ils estiment que l'existence précède l'essence. […] Que faut-il au juste entendre par là ? Lorsque l'on considère un objet fabriqué, comme par exemple […] un coupe-papier, cet objet a été fabriqué par un artisan qui s'est inspiré d'un concept. […] Nous dirons donc que, pour le coupe-papier, l'essence […] précède l'existence. […] Nous avons […] là une vision technique du monde, dans laquelle on peut dire que la production précède l'existence. […] L'existentialisme athée, que je représente […], déclare que si Dieu n'existe pas, il y a au moins un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c'est l'homme. »
Sartre, L'Existentialisme est un humanisme

Corrigé

Plan
Sartre établit ici le principe fondateur de sa philosophie. Il raisonne pour cela par l'absurde en partant du principe qui lui est le plus opposé, que l'on peut qualifier d'« essentialiste » et selon lequel « l'essence précède l'existence ». Or il s'avère qu'affirmer la primauté de l'essence conduit à avoir une « vision technique du monde » et à postuler l'existence de Dieu. Sartre rejette donc ce principe, pour en renverser les termes. L'enjeu de ce renversement consiste à affirmer la liberté absolue de l'homme et à le rendre entièrement responsable de son existence.
Comment penser en effet la liberté ? Est-elle possible, s'il existe un modèle d'humanité comme il existe un modèle de coupe-papier ? Ne faut-il pas renoncer à emprunter à la technique nos méthodes de penser dès qu'il s'agit d'humanité ? Ne doit-on pas inverser le rapport traditionnellement établi entre l'essence et l'existence en affirmant, dans le cas de l'homme, la primauté absolue de l'existence ?
Argumentation
L'essence d'une chose en est l'attribut principal, ou la fonction propre, permettant de la définir et qui correspond à son idée, purement intelligible, ou à son modèle, identique pour tous. L'existence d'une chose correspond en revanche à sa présence réelle et matérielle, toujours singulière, localisée dans l'espace et dans le temps ou donnée dans l'expérience sensible, ici et maintenant. Sartre remarque que tous les objets qui sont fabriqués par les hommes sont conçus avant d'être réalisés. C'est le cas du coupe-papier. Leur essence, ou idée, précède leur existence réelle. Cela est vrai de tous produits de la technique. Avoir une « vision technique du monde » consiste ainsi à affirmer que l'essence précède l'existence. Mais cela conduit, logiquement et par analogie, à affirmer l'existence de Dieu, poursuit Sartre. Comme il existe des artisans qui conçoivent les choses, il doit exister un fabricant de la nature dans le cas du monde. La vision technique devient ainsi théologique. Or c'est ce que refuse Sartre. Le postulat fondamental de l'existentialisme trouve ainsi son origine dans le refus de cette conséquence. Si affirmer la primauté de l'essence, c'est admettre l'existence de Dieu, refuser cette existence, c'est aussi renoncer à l'idée d'une essence de l'homme. L'athée doit donc dire que l'homme existe d'abord et ne se définit qu'ensuite, ou que son existence précède son essence. C'est la thèse de Sartre.
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