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Perceval de Chrétien de Troyes

À partir de vieilles légendes bretonnes, Chrétien de Troyes écrit, en langue romane, au xiie siècle, un véritable roman qui raconte les aventures du jeune Perceval.
Qui est ce personnage ? Quels sont ses exploits ? Que désigne le Graal qui donne son sous-titre à l'ouvrage ?
I. Le sujet de Perceval
• Comme les autres romans de Chrétien de Troyes, Perceval s'inspire des légendes celtiques, largement répandues en Europe, qui ont pour personnage central le roi Arthur, et les chevaliers de la Table ronde.
Perceval est un adolescent qui découvre progressivement les lois de la chevalerie. Au château du Graal, il subit une épreuve étrange, dont il n'aura l'explication que beaucoup plus tard, et qui l'engage dans une quête intérieure.
• La fin de ce roman inachevé est occupée par les aventures du chevalier Gauvain. On ignore comment l'auteur aurait croisé les trajectoires des deux personnages et terminé le parcours de Perceval.
On connaît quatre textes regroupés sous le titre de Continuation de Perceval dont la parution s'échelonne sur la première moitié du xiiie siècle ; les deux derniers confèrent au roman un sens religieux.
II. Le genre
1. Une œuvre littéraire en langue romane
• Au Moyen Âge, on écoutait plus qu'on ne lisait ; les légendes étaient colportées, de château en château, par les jongleurs. Par ailleurs, ce qu'on appelait roman à l'origine n'était qu'un texte rédigé en langue romane, c'est-à-dire dans la langue quotidienne ; les œuvres littéraires proprement dites étaient écrites en latin, la langue savante. Chrétien de Troyes est le premier à avoir écrit, en langue romane, des œuvres de fiction destinées à la lecture silencieuse.
2. Un roman courtois
• Perceval est un roman « courtois », écrit pour le milieu cultivé de la cour de Marie de Champagne (fille d'Éléonore d'Aquitaine, épouse du comte de Champagne). Il est écrit en vers de huit syllabes ou octosyllabes. La prose était alors réservée aux traductions des textes latins et ne sera employée dans les romans qu'à partir du xiiie siècle.
III. Les personnages
1. Perceval
• Perceval est le fils d'une veuve qui, ayant perdu son mari et ses autres fils à la guerre, l'a élevé à l'écart et dans l'ignorance totale de la chevalerie. Il fait donc figure de naïf, que ses rencontres émerveillent et qui s'enflamme trop facilement. Mais il suit toutes les étapes d'un apprentissage.
• Il reçoit ses armes du roi Arthur. Il apprend les armes et le code de conduite du parfait chevalier, auprès de son oncle Gornemant, et se signale très vite par sa vaillance, ses exploits, sa générosité. Ainsi, après son premier combat singulier, loin d'abattre son adversaire, il l'envoie, chargé d'un message, « se mettre en la prison du roi Arthur ».
Il fait l'apprentissage de l'amour et de la courtoisie auprès de Blanchefleur.
Cependant, au cours de la procession du Graal à laquelle il assiste dans le château du Roi Pêcheur, il n'ose pas approfondir ce qu'il voit et reste silencieux. Cette épreuve est un échec.
• À partir de ce moment, Perceval accomplit tout un chemin intérieur. Il est « tout égaré en lui-même » et il en oublie Dieu. Ce n'est qu'au bout de cinq ans qu'un ermite lui révèle son péché : il a provoqué par son départ la mort de sa mère et c'est ce qui l'a paralysé devant le Graal. Il ne lui reste plus qu'à faire pénitence pour obtenir le pardon de ses péchés. Le parcours de Perceval est donc un parcours d'initiation : il est introduit dans le mystère du saint Graal. L'inachèvement du roman nous empêche cependant d'en connaître la fin.
2. Les autres personnages
• Le personnage qui, présent ou absent, domine tous les autres, est le roi Arthur. Il tient sa Cour avec la reine au milieu des meilleurs chevaliers, accueille et récompense avec générosité, se montre libéral envers les vaincus. Il fait figure de juge et de sage, de gardien de la morale de la chevalerie : « C'est laide chose de railler autrui et de promettre sans donner. »
Le Roi Pêcheur, aperçu sur une rivière en train de pêcher, est un noble vieillard, infirme. Il accueille Perceval dans son château et lui offre une hospitalité somptueuse. Perceval apprendra plus tard qu'il a reçu à la hanche un coup d'épée dont il garde une blessure inguérissable. À cette figure du Roi Pêcheur est associée celle de son père, qui ne se nourrit, depuis quinze ans, que de l'hostie apportée dans le saint Graal.
• Parmi les innombrables chevaliers qui gravitent autour d'Arthur ou que Perceval rencontre sur les chemins, certains sont des figures de la légende, que l'on retrouve dans les autres romans de Chrétien de Troyes. Parmi eux, « le bon, le généreux Gauvain » ou Keu, le sénéchal, un être railleur et violent.
• Beaucoup de jeunes filles sont attachantes, souvent malheureuses. Blanchefleur, l'amie de Perceval, est la plus belle : « Dieu avait fait d'elle la merveille des merveilles. » Elle attendrit Perceval sur ses malheurs et se montre assez habile pour le pousser à la défendre : « C'est le jeu qu'elle joue : elle le détourne de ce combat et lui n'est que plus ardent à s'y lancer. »
• La mère de Perceval a tenté de préserver sa vie en le tenant ignorant de la chevalerie, dont elle lui enseigne pourtant la morale. Mais elle échoue : la tentation de l'aventure l'emporte sur le désir d'amour et de sécurité qu'elle représente. Sa mort est le prix que paie Perceval pour sa liberté.
IV. Les thèmes
1. L'aventure
• Perceval, comme les autres chevaliers d'Arthur, est un chevalier d'élite, qui part à la recherche de l'aventure, pour éprouver sa hardiesse et accomplir des exploits. Il part seul, il quitte l'espace protégé de la maison ou de la Cour pour affronter l'inconnu.
2. L'idéal de la chevalerie
• Une fois armé (« adoubé »), le chevalier prend un engagement moral : l'ordre de chevalerie « ne souffre aucune bassesse ». Il devra épargner ses ennemis, être discret, aider les faibles, être un chrétien fidèle.
3. L'amour
• La femme est liée à l'aventure : Perceval combat les ennemis de Blanchefleur et redonne la prospérité à son château. Mais le bonheur n'est pas immédiat : le chevalier repart sur les chemins, malgré la douleur de son amie. Il ne l'oublie cependant pas, puisqu'il rêve devant le sang sur la neige : « Il croit bien vraiment contempler le teint si frais de son amie, la belle. »
4. La quête spirituelle
• L'aventure est aussi une recherche de la perfection. Perceval, dans le château du Roi Pêcheur, assiste à des prodiges (la lance qui saigne) et voit passer le cortège qui accompagne le Graal, le vase sacré qui contient l'hostie. S'il avait posé des questions sur ce mystère, il aurait guéri le roi et rendu la prospérité à son royaume. Son péché l'en a empêché. Il devra donc essayer de retrouver la pureté perdue. L'aventure, cette fois, est intérieure, et prend donc une signification religieuse.
V. Le symbolisme
1. Des espaces symboliques
• Pour vivre l'aventure, le héros voyage sans cesse, mais revient toujours à la Cour du roi Arthur, qui est le point de ralliement et également le lieu où il est évalué et jugé. Il va d'étape en étape, quittant les lieux fermés que sont les châteaux pour l'espace ouvert des chemins. Ces chemins, qui traversent les forêts, sont des espaces de risque où se produisent toutes les rencontres : aussi bien celle d'un chevalier provocateur que celle qu'une jeune fille qui veille son ami mort ou encore celle d'un ermite.
• Les châteaux sont pour Perceval des étapes et des lieux d'épreuve : au château de Blanchefleur, il éprouve sa vaillance et il découvre l'amour. Au château du Roi Pêcheur, il subit une épreuve spirituelle à laquelle il échoue et le château, d'abord fastueux et peuplé, est désert quand il le quitte.
Il n'y a donc aucun réalisme dans les lieux : ce ne sont que des espaces symboliques.
2. Des objets symboliques
• La Table ronde rassemble les chevaliers autour du roi Arthur de telle sorte que tous sont à égalité par rapport à lui. Mais cette Table ronde est aussi le symbole de l'univers que parcourent les chevaliers. Elle peut représenter également la table où a lieu le dernier repas du Christ, table à laquelle fait aussi référence la table où est servi le festin du Roi Pêcheur.
• On a cru voir dans le cortège qui accompagne le Graal le souvenir d'un ancien rite lié à un culte de la fécondité et de la végétation, le graal n'étant alors qu'une écuelle ou un plat. Dans le roman, cependant, c'est un vase précieux qui contient une hostie. Les continuateurs de Chrétien de Troyes feront de cet objet énigmatique le vase qui aurait recueilli le sang du Christ lors de son supplice sur la Croix.
VI. Qui est Chrétien de Troyes ?
• La ville de Troyes ayant été incendiée à la fin du xiie siècle, on dispose de très peu d'indications sur la vie de Chrétien de Troyes. Il est probablement né à Troyes vers 1130 et mort vers 1195. Il commence sa vie littéraire en écrivant des traductions d'Ovide, aujourd'hui perdues, et un roman, Tristan et Yseut, perdu lui aussi. Viennent ensuite d'autres romans : Érec et Énide, Cligès ou la Fausse Morte (vers 1170), Lancelot ou le Chevalier de la charrette, Yvain ou le Chevalier au lion. Perceval ou le Conte du Graal, commencé vers 1180, est resté inachevé. On pense que c'est la mort qui a empêché Chrétien de Troyes de terminer son roman.
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