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Zadig de Voltaire

Pour Voltaire, le conte philosophique a deux vertus : déjouer la censure et faire réfléchir ses lecteurs tout en les distrayant.
En contant l'initiation d'un jeune homme, dans une contrée lointaine, Zadig remplit-il cette double mission ?
I. Les caractéristiques de Zadig
1. Un conte philosophique
• Au siècle des Lumières, le conte philosophique connaît son heure de gloire. D'abord parce qu'il donne aux penseurs du xviiie siècle une certaine liberté vis-à-vis des autorités : les critiques politiques s'adressent à un régime imaginaire et ne heurtent pas de front le pouvoir. Comment le souverain se fâcherait-il des jugements portés sur un roi de contes, dans un pays fantasmagorique ? Car en fait d'Orient, celui de Zadig n'a rien d'authentique : c'est un Orient de pacotille, tout droit sorti des Contes des mille et une nuits (traduits trente ans auparavant) et des récits de voyages. Ce décor inventé, avec ses clichés de déserts, de femmes à demi-nues, d'or et de parfums, de babouches et de turbans, est alors très à la mode.
• Le second attrait du conte philosophique est sa vertu pédagogique  : il permet d'instruire son public en le distrayant. Voltaire, au travers d'histoires amusantes, analyse le comportement humain, la façon de gouverner un pays. Il se sert de cette littérature comme d'une arme, pour faire réfléchir ses lecteurs et changer les choses.
2. Le résumé du conte
Comme dans tous les contes, l'époque n'est pas définie : « Du temps du roi Moabdar, il y avait à Babylone… » équivaut à écrire : « Dans des temps fort anciens… ». On peut, en revanche, reconstituer le voyage de Zadig, de Babylone à Memphis puis à Bassora et en « Arabie déserte » avant son retour à Babylone (soit, dans notre géographie moderne : l'Iraq, l'Égypte et la Syrie). Ces noms prestigieux de civilisations disparues ne sont là que pour renforcer l'intemporalité du conte.
Babylone
Les huit premiers chapitres se déroulent à Babylone. Le jeune Zadig y fait l'expérience, décevante, des femmes : tour à tour, la noble Sémire et la simple Azora le trahissent (chapitres 1 et 2). Zadig fait ensuite l'expérience de la justice : en voulant la favoriser, il ne récolte que des ennuis (chapitre 3). Devenu conseiller du roi de Babylone, Zadig fait alors l'expérience du pouvoir et des puissants. Le roi est jaloux des attentions que lui porte la reine Astarté. Zadig s'enfuit donc en Égypte (chapitres 4 à 8).
D'Égypte en Arabie
Là, voulant défendre une femme battue, il tue le mari et se retrouve en prison. Vendu comme esclave, il suit en Arabie son maître, Sétoc, dont il devient l'ami (chapitres 9 et 10). Il fait interdire la coutume qui veut que les épouses à la mort de leur mari soient brûlées en même temps que lui (chapitre 11). Lors d'un souper réunissant cinq personnes de religions différentes, il évite une dispute en leur montrant que tous ont le même Dieu. Condamné par les prêtres, il est sauvé par Almona, une veuve à qui il avait épargné le bûcher. Celle-ci épouse Sétoc, et Zadig reprend le chemin de Babylone (chapitres 12 et 13).
Retour vers Babylone
Zadig doit subir encore beaucoup d'épreuves. Il est d'abord capturé par un brigand, Arbogad, qui le prend en amitié et lui apprend que le roi de Babylone, le mari d'Astarté, est mort. On ne sait ce qu'est devenue la reine (chapitre 14). Zadig reprend son chemin et rencontre un pêcheur qui lui conte ses malheurs (chapitre 15). Passant près d'un château, il rencontre des femmes qui cherchent un serpent magique afin de guérir leur maître de sa folie. Parmi elles se trouve Astarté, esclave. Zadig se fait passer pour médecin et demande au seigneur la liberté d'Astarté (chapitre 16).
À Babylone, Zadig doit conquérir la reine Astarté dans un tournoi puis en résolvant des énigmes. Zadig, en armure blanche, gagne le tournoi, malgré la traîtrise d'Itobad qui lui vole son armure, et résout les énigmes (chapitres 17 à 19).
II. Les personnages
1. Zadig
• Le héros a toute les qualités requises pour vivre heureux : jeunesse, beauté, richesse, et surtout vertu. C'est-à-dire qu'il croit au Bien et est persuadé que, si l'on se conduit bien, si l'on a du mérite, on est heureux. C'est cette croyance, cet idéal qu'il représente, qui vont être soumis à la réalité de la vie. En effet, Zadig lui-même ne semble qu'une marionnette (un jouet du destin) promenée d'épreuve en épreuve et dont les choix, les réactions, positives ou négatives, n'ont jamais les conséquences qu'il prévoit. S'il fait preuve de raison, on l'accuse ; s'il triche, il est sauvé (le Chien et le Cheval). C'est le hasard, et non son mérite, qui le conduit à conseiller les rois et à retrouver celle qu'il aime. Zadig n'est donc pas un héros sympathique : il est là pour poser des questions, non pour émouvoir.
2. Astarté
• Astarté a un rôle important dans le conte : à cause d'elle, Zadig doit quitter Babylone. C'est le début de l'aventure. Pour elle, il y revient. Le conte se déroule alors comme une boucle et le héros revient d'où il est parti.
La reine est pourtant peu caractérisée. Femme aimée, elle « rachète » par sa présence idéale les figures féminines négatives (Sémire, Azora, Missouf, la femme du pêcheur)
3. Almona
• Almona est l'une des rares femmes du roman qui est reconnaissante à Zadig de son aide et qui tient à le remercier. Cependant, son imagination pour tromper les prêtres et obtenir leur signature est aussi une caricature de la ruse féminine.
4. Arbogad
• L'heureux brigand Arbogad contredit l'idéal de Zadig : il a réussi par malhonnêteté. Ce n'est pourtant pas un personnage complètement mauvais, son portrait est plus nuancé : « il faisait quelquefois de bonnes actions parmi une foule de mauvaises ».
5. Jesrad
• Jesrad n'est pas un personnage mais une allégorie. Il apparaît d'abord en ermite, portant un livre où la destinée, dit-il, est écrite, mais dans une langue que Zadig ne peut lire. Après avoir imposé trois épreuves au héros, l'ermite se transforme en ange à quatre ailes : Jesrad, l'ange du Bien. C'est lui qui enseigne à Zadig l'une des morales du conte : « Il n'est point de mal dont il ne naisse un bien. »
III. Les thèmes principaux
1. Le destin
• Comme l'annonce le titre, Zadig ou la Destinée, chaque épisode du conte constitue une étape du destin de Zadig. Les différentes expériences n'ont pas de rapport entre elles : le sort est imprévisible et capricieux. Tant que Zadig cherche à comprendre le destin, les épreuves continuent. Lorsqu'il renonce à comprendre, il trouve enfin le bonheur.
2. La Cour
• La Cour est présentée, dans Zadig, sous un jour très négatif. Les rois, Moabdar, le roi brigand, Ogul le gros paresseux, sont injustes et soumis à la mauvaise influence de leur entourage, femmes, prêtres ou conseillers. Ces gouvernements médiocres et corrompus font ressortir favorablement les idées et les actions du bon ministre, du bon conseiller, puis finalement du bon roi qu'est Zadig.
3. L'apprentissage de la sagesse
• Pour trouver le bonheur, le héros doit réconcilier les réalités de la vie et la volonté de Dieu, que Voltaire appelle la Providence. Confronté à des expériences qu'il ne comprend pas, qui semblent absurdes et injustes, il doit pourtant rester honnête et serviable. Contrairement à ce que soutient Zadig lorsqu'il est découragé, il est important d'être bon, même si tout est écrit dans le livre de la Destinée.
4. L'esclavage
• Dans Zadig, l'esclavage n'est pas montré sous ses aspects les plus durs et cruels. Esclave de Sétoc puis prisonnier d'Arbogad qui vend des esclaves, Zadig retrouve sa liberté grâce à sa sagesse. Le conte entend ainsi montrer que le pouvoir sans sagesse (les rois et les prêtres) veut asservir les hommes et qu'aucun n'est vraiment libre : le destin reste son maître.
IV. Les techniques
1. Les retournements de situation
• Dès qu'une situation se stabilise, elle s'inverse aussitôt. Ainsi sont figurés les « hauts » et les « bas » de la vie humaine.
2. Les stéréotypes
• Les personnages représentent des types et leurs défauts sont très exagérés. À ces outrances de caractère s'ajoutent des défauts propres à certaines professions (les savants) ou à certains groupes (les femmes). En littérature, la représentation de ces préjugés s'appelle le stéréotype. Ils permettent de créer une complicité avec les lecteurs qui retrouvent en souriant ces idées reçues.
3. L'humour
Zadig invite le lecteur à se moquer des personnages et des situations qu'il présente. Cet humour permet de prendre des distances avec la réalité et de mieux la comprendre. Voltaire ridiculise ainsi certaines croyances, comme l'astrologie, en transformant leurs symboles (« le mois de la Souris et le mois du Mouton »). Il imite aussi pour s'en moquer les romans sentimentaux, où les amoureux tremblent et pleurent.
V. Qui est Voltaire ?
• Voltaire, de son vrai nom François Marie Arouet, vit assez vieux pour connaître trois règnes : la fin de celui de Louis XIV, le règne de Louis xv et les premières années de celui de Louis xvi.
Ses débuts en littérature coïncident avec ses ennuis politiques : il est emprisonné à la Bastille, pour avoir écrit des poèmes contre le Régent. En 1726, il s'exile en Angleterre pendant neuf ans et ne retrouve la faveur du roi qu'en 1744, deux ans avant d'entrer à l'Académie française. Zadig paraît en 1748 de manière anonyme. Voltaire meurt en 1778, à l'âge de 84 ans.
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