icone FicheFiche
Pourquoi l'URSS de Staline est-elle un état totalitaire ?
Énoncé
Pourquoi l'URSS de Staline est-elle un État totalitaire ?
Document 1
Parade des Pionniers, jeunes de 9 à 15 ans membres d'une organisation de jeunesse stalinienne
![]() Photographie de 1936. |
Document 2
Témoignage d'un syndicaliste anglais
« Pourquoi sont-ils [ces jeunes kolkhoziens(1)] si enthousiastes ? me demandai-je. Ils sont pauvrement vêtus. Ils ne sont même pas bien nourris. Tous ont l'air affamés… Se croient-ils vraiment les maîtres de ce pays ? S'imaginent-ils vraiment que quelque chose les attend, tout près, qui vaille la peine ? Je songe à la méthode communiste : s'emparer des enfants dès la crèche, les suivre dans les jardins d'enfants puis à l'école, les enrôler ensuite dans les Pionniers et les jeunes komsomols(2). Toujours les tenir en main par une propagande incessante ! La propagande ! La propagande ! Du matin au soir. Par la TSF(3), le film, l'image, l'affiche, le manuel, elle les poursuit partout. »
Walter Citrine, À la recherche de la vérité en Russie, 1937
Document 3
Les détenus d'un goulag condamnés aux travaux forcés (construction d'un canal entre la mer Blanche et la mer Baltique)
![]() |
Questions
Document 1
Comment se manifeste le culte de la personnalité autour de Staline ?Documents 1 et 2
Quels moyens sont utilisés pour entretenir l'enthousiasme de la jeunesse soviétique ?Document 3
Comment s'organise la répression en URSS ? Quelle évolution peut-on constater pendant les années trente ?Paragraphe argumenté
À l'aide des informations tirées des documents et de vos connaissances, rédigez un paragraphe d'une vingtaine de lignes répondant à la question suivante :Pourquoi l'URSS de Staline est-elle un État totalitaire ?
Corrigé
Questions
Document 1
Le culte de la personnalité, très développé par Staline (« l'homme d'acier », surnom de Joseph Djougachvili (1878-1953), dirigeant de l'URSS de 1924 à 1953) est visible sur cette photographie de 1936. Son portrait géant, auréolé de fleurs, entouré de drapeaux, est porté par un cortège d'enfants, défilant au pas, pour la parade des Pionniers. Ces enfants, vêtus d'une sorte d'uniforme de gymnaste, sont âgés de neuf à quinze ans. Ils défilent en hommage au régime soviétique et à son dirigeant dans un enthousiasme voulu par la propagande. Ils sont les vecteurs du culte de la personnalité : l'innocence de l'enfance cautionne l'action de celui qu'on surnomme le « petit père des peuples » et qui apparaît souvent photographié au milieu d'enfants symbolisant l'avenir du pays et du régime.Documents 1 et 2
Les moyens utilisés pour entretenir l'enthousiasme de la jeunesse sont d'abord des défilés grandioses comme celui montré sur le document 1 : les enfants se croient mis en valeur alors qu'ils sont les instruments de la propagande.Le document 2 évoque ensuite l'embrigadement total de la jeunesse soviétique : « […] s'emparer des enfants dès la crèche, les suivre dans les jardins d'enfants puis à l'école, les enrôler ensuite dans les Pionniers et les jeunes komsomols. » Les enfants et les adolescents sont donc encadrés dans des organisations de jeunesse qui martèlent toujours le même message : la gloire du régime et de son chef, Staline, à qui ils doivent le bonheur dans lequel ils sont censés vivre. Profiter de la naïveté et de l'obéissance des enfants pour les convaincre est une méthode facile pour les dictateurs de l'époque.
Enfin, le document 2 insiste sur la propagande omniprésente : « Du matin au soir. Par la TSF, le film, l'image, l'affiche, le manuel, elle les poursuit partout. » La propagande, particulièrement intense dans les usines par exemple, s'adresse à tous, les portraits de Staline sont partout, les slogans sont affichés partout.
Document 3
La répression est féroce. La photo montre des détenus, opposants au régime, vêtus légèrement, dans l'hiver glacial du pays, en train de creuser un canal avec des outils dérisoires. Dans les années 1930, le nombre de détenus a décuplé (de 200 000 à 2 000 000). Ces personnes sont ainsi contraintes aux travaux forcés dans des conditions effroyables sans avoir été jugées. Elles ont été arrêtées par la police politique (Tchéka, puis Guépéou, et NKVD) parce qu'elles sont soupçonnées de s'opposer au pouvoir de Staline. (Note de l'auteur : dans la logique du régime, le parti communiste représente le peuple, tout ennemi du parti communiste est donc un ennemi du peuple.)Paragraphe argumenté
L'URSS naît en 1922, sous la direction de Lénine, l'homme qui a fait triompher la révolution bolchevique d'octobre 1917 en Russie.À sa mort en 1924, Staline lui succède comme secrétaire général du parti communiste de l'Union soviétique en 1924. Après avoir éliminé ses rivaux, Staline veut « construire le socialisme dans un seul pays ». Il installe, dans les années 1930, une dictature totalitaire sur l'URSS. Le totalitarisme est une situation de fait dans certaines dictatures (Allemagne nazie, Italie fasciste). Il se caractérise par une soumission totale de l'individu à l'État et à son chef. Selon Mussolini, « l'État est tout, l'individu n'est rien ». Concrètement, l'organisation s'apparente à celle de la ruche ou de la fourmilière : la vie de l'individu est uniquement au service de la collectivité.
Pour mettre en place ce totalitarisme, Staline va utiliser, entre autres, quatre moyens évoqués par les documents : l'embrigadement de la jeunesse, la propagande, le culte de la personnalité et la répression. L'embrigadement de la jeunesse est un moyen à long terme pour convaincre les enfants des vertus du régime : participation obligatoire à des organismes de jeunesse, manuels scolaires falsifiés, défilés, parades sont des méthodes qui plaisent aux enfants et qui les fondent dans un moule dont ils auront du mal à sortir.
La propagande répète inlassablement les mêmes slogans à la gloire du régime. Ces formules finissent par s'imprimer dans les cerveaux qui abandonnent tout esprit critique.
Le culte du chef est un moyen de rassurer les populations : le chef protège, il guide le peuple qui, en retour, lui est dévoué. Les portraits de Staline sont partout. Ces trois moyens sont destinés à convaincre.
Mais il y a des récalcitrants et, inévitablement, la répression est féroce. Staline organise le Goulag : vaste ensemble répressif dans lequel sont déportés les opposants ou prétendus tels. Sur simple arrestation par la police politique, sans jugement le plus souvent, des milliers, puis des millions de personnes sont déportées et contraintes à des travaux épuisants destinés à éliminer toute velléité de subversion.
Le régime stalinien est bien totalitaire, car il essaie de soumettre, par la persuasion ou par la force, l'individu à une autorité censée vouloir le bonheur du peuple, malgré lui…

