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1920 : une paix imparfaite ?
Énoncé
1920 : une paix imparfaite ?
Document 1
L'Europe d'après les traités de paix (1920)
Document 2
Réflexions de Georges Clemenceau sur le traité de Versailles
« « Alors maintenant on me dit : "Vous n'avez pas obtenu assez." Et je prétends que si, moi ! Et que la valeur d'un traité n'est que dans son application. Il fallait continuer et tenir bon. On me dit : "Vous auriez dû rompre avec les Alliés !" J'ai failli le faire. Lloyd George (Premier ministre britannique) voulait deux ans d'occupation ou rien. Wilson a arrangé la chose. Le traité n'est pas fameux. Mais la guerre, a-t-elle été fameuse ? II a fallu quatre ans et je ne sais combien de nations pour venir à bout de l'Allemagne, il a fallu aller chercher des alliés sur toute la surface du globe et recruter jusqu'à des Nègres ! La France sort de ça vivante, son territoire reconstitué, son empire colonial agrandi ; l'Allemagne est brisée, désarmée : et voilà ! Tous ces gens crient au meurtre… affichent un orgueil, une intransigeance ! Ils voudraient une de ces paix sans merci comme celles qu'imposait Napoléon. » »
Georges Clemenceau, conversation recueillie et publiée par Jean Martet, Le Silence de Monsieur Clemenceau, 1929
Document 3
« Quatre disparus de la Grande Guerre »
« Quatre empires venaient de s'écrouler d'un coup. Même en 1815, la carte politique et territoriale de l'Europe n'avait pas été balayée par un pareil coup de faux […]. Un empire fut rayé de la carte, l'Empire austro-hongrois. Le pilier de l'Europe centrale était remplacé par des [petits États] agressifs. L'Empire ottoman disparaissait, laissant place à une Turquie « turque », affreusement purgée de ses Arméniens(1) massacrés […]. L'Empire russe n'existait plus. Mais, même rejetée vers l'est, la Russie bolchevique était encore maîtresse d'immenses territoires et restait à l'affût pour récupérer ce qu'elle avait perdu. Le traité de Versailles laissait une Allemagne amoindrie territorialement, dépossédée de ses colonies, mais à la puissance économique intacte et gonflée du sentiment de l'injustice. II ne fallut pas beaucoup d'efforts pour transformer ce sentiment de frustration en un courant nationaliste dévastateur. La France était victorieuse et fière. Mais elle n'était pas rassurée, et elle avait bien raison. »
Jean-Jacques Becker, historien français spécialiste de la Grande Guerre, Le Monde, 22 août 1992
Questions
1. À partir des documents 1 et 3, complétez le tableau ci-après :
| États vainqueurs | États vaincus | Nouveaux États | Zones contestées (litiges) |
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2. À l'aide des documents 2 et 3, expliquez la phrase soulignée dans la déclaration de Clemenceau (vous justifierez ce point de vue pour la France et pour l'Europe).
3. D'après les documents 1 et 3, montrez les aspects positifs et négatifs de la disparition des quatre empires.
Paragraphe argumenté
À partir des informations données par les documents et en vous appuyant sur vos connaissances personnelles, vous rédigerez un paragraphe argumenté d'une vingtaine de lignes répondant au sujet :1920, une paix imparfaite ?
Corrigé
Questions
1.
| Vainqueurs | Vaincus | Nouveaux États | Zones contestées |
| Royaume-Uni | Allemagne | Estonie | Sarre |
| France | Autriche-Hongrie | Lettonie | Schleswig |
| Italie | Empire ottoman | Lituanie | Dalmatie |
| États-Unis | | Pologne | Istrie |
| | | Tchécoslovaquie | Silésie |
| | | Hongrie | Eupen et Malmédy |
2. Le traité n'est pas fameux dans la mesure où il fait beaucoup d'insatisfaits. Du point de vue de la France, d'après Clemenceau, ce traité n'est pas encore assez sévère pour l'Allemagne, contre qui les Français voudraient une paix sans merci. Pour l'Europe, le démantèlement des empires a donné naissance à de petits États agressifs en Europe centrale. Le nationalisme se développe partout, notamment dans l'Allemagne humiliée. Même la Russie soviétique attend son heure pour reprendre les territoires perdus lors de la paix de Brest-Litovsk. Les deux documents n'évoquent pas le cas de l'Italie, dont le ralliement à la France et à l'Angleterre en 1915 n'est pas suffisamment récompensé de son point de vue ; les traités laissent en suspens des litiges territoriaux entre l'Italie et l'Autriche ou ses anciennes possessions.
3. La disparition des grands empires européens a permis à certains peuples d'accéder à l'indépendance ou de retrouver un État : c'est le cas de la Pologne, des pays baltes, de la Tchécoslovaquie ou de la Yougoslavie. Elle a aussi permis à la France de récupérer l'Alsace-Lorraine.
À l'inverse, cette disparition a favorisé le nationalisme et les revendications territoriales des uns ou des autres. La Turquie a profité de la guerre pour perpétrer un génocide à l'encontre des Arméniens. L'Allemagne est fractionnée en deux territoires, dépossédée de la Poznanie, désormais polonaise, afin de laisser un accès à la mer à la Pologne renaissante.
À l'inverse, cette disparition a favorisé le nationalisme et les revendications territoriales des uns ou des autres. La Turquie a profité de la guerre pour perpétrer un génocide à l'encontre des Arméniens. L'Allemagne est fractionnée en deux territoires, dépossédée de la Poznanie, désormais polonaise, afin de laisser un accès à la mer à la Pologne renaissante.
Paragraphe argumenté
Surnommée « la Grande Guerre », la Première Guerre mondiale (1914-1918) a été la guerre la plus dévastatrice que le monde ait connue jusqu'alors. La violence des combats et l'ampleur des pertes rendent la construction de la paix difficile. La conférence de la Paix s'ouvre à Paris en janvier 1919. Seuls les vainqueurs y participent et les discussions sont vives. En effet, les points de vue des principaux vainqueurs divergent. Le président américain Wilson, conformément aux Quatorze points proposés un an plus tôt, se préoccupe surtout du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Le Royaume-Uni veut préserver les équilibres européens, tandis que la France veut assurer sa tranquillité en écrasant définitivement l'Allemagne. Différents traités séparés sont signés ; le plus important est le traité de Versailles signé le 28 juin 1919 avec l'Allemagne.Ces traités redessinent la carte politique de l'Europe et entérinent la disparition des quatre grands empires d'avant-guerre. L'Allemagne, dont l'empereur a été chassé le 9 novembre 1918 pour instaurer une république, est jugée responsable du conflit. Elle est privée de ses colonies et de nombreux territoires : outre l'Alsace-Lorraine rendue à la France, elle est coupée en deux par le corridor de Dantzig qui garantit un accès à la mer à la nouvelle Pologne. L'Autriche-Hongrie disparaît ; elle donne naissance à plusieurs États indépendants : Autriche, Hongrie, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, sud de la Pologne. Il s'agit de résoudre le problème des minorités nationales, détonateur du conflit, selon le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. L'Empire ottoman est réduit à la Turquie, tandis que le reste du territoire passe sous mandat français ou britannique. Enfin, l'Empire russe a disparu avec les révolutions de 1917, qui ont permis aux bolcheviks, menés par Lénine, de prendre le pouvoir. La première conséquence a été la signature d'une paix séparée (Brest-Litovsk, mars 1918) qui s'est traduite par d'importantes pertes territoriales pour la toute nouvelle Russie soviétique. À la fin de la guerre, ces territoires ont contribué à la naissance de nouveaux pays indépendants : Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie et Pologne.
Tous ces bouleversements font de nombreux mécontents. Les Français restent inquiets de la puissance allemande, tandis que le « diktat » de Versailles favorise le nationalisme et l'esprit de revanche en Allemagne. Le nationalisme reste fort et agressif en Europe centrale. L'Italie s'estime insuffisamment récompensée de sa participation à la guerre aux côtés des alliés et parle d'une « victoire mutilée ». La SDN (Société des nations), créée en 1919 pour garantir la paix et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, n'a pas les moyens de faire appliquer ses décisions.
Le Congrès américain refuse d'y adhérer, ce qui prive la SDN du soutien de la première puissance économique mondiale.Les frustrations et les tensions nées des traités de paix portent en elles les germes d'un nouveau conflit. Après quatre ans d'une guerre dramatique, les Européens ont construit une paix imparfaite.
