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Texte d'Irène Némirovsky, Le vin de solitude

Énoncé

Hélène, âgée de quinze ans, vient de quitter la Russie après la Révolution et séjourne en Finlande, en plein hiver. Elle a fait la connaissance de Fred Reuss, un jeune homme. Ils ont trouvé un petit traîneau dans un hangar.
« Ils grimpèrent tous les deux derrière le traîneau et le lancèrent dans la neige. Il dégringola la pente, allant de plus en plus vite ; le vent soufflait aux oreilles et les cinglait cruellement. « Attention, attention », criait Fred, et ses joyeux éclats de rire sonnaient dans l'air pur et glacé. « Attention ! L'arbre ! La pierre ! Nous tombons ! Nous sommes morts ! Tenez-vous bien, Hélène… Frappez la terre du pied ! Comme cela ! Encore ! Encore !… Plus vite… Oh ! C'est délicieux… » La respiration coupée, ils glissaient sans bruit avec une vitesse vertigineuse de songe, le long de la pente, le long du blanc chemin de glace dans la plaine. Ils roulèrent jusqu'au moment où le traîneau eut heurté une racine d'arbre et versé ses passagers dans la neige. Dix fois, cent fois, sans se lasser, ils recommencèrent, hissant le traîneau jusqu'au haut de la côte et se laissant glisser ensuite le long de la pente gelée. Hélène sentait le souffle ardent du jeune homme dans son cou ; le froid cruel lui arrachait des larmes qui coulaient sur son visage sans qu'elle pût les essuyer : le vent de la course les séchait sur ses joues. Comme des enfants, ils poussaient tous deux des cris aigus, joyeux, qui s'exhalaient d'eux sans qu'ils en eussent conscience et ils frappaient le sol gelé. Le petit traîneau bondissait alors et dévalait la colline comme une flèche. Enfin, Fred dit : « Écoutez, ça ne va pas assez vite. Ce qu'il faudrait, c'est un vrai traîneau. – Comment faire ? dit Hélène, la dernière fois nous l'avons abîmé et le cocher, depuis, se méfie et ferme à clef la remise. Mais ici, dans le hangar, j'en ai vu un… » Ils retournèrent en courant vers le hangar, prirent le plus beau des traîneaux, doublé de rouge et bordé d'un rang de grelots. Ils eurent quelque peine à le faire descendre, mais une fois l'élan donné, rien au monde ne pouvait se comparer à la rapidité de sa course ; la neige volait dans leurs visages, entrait dans leurs bouches entr'ouvertes, haletantes, les aveuglait, cinglait leurs joues. Hélène ne voyait plus rien. La blancheur étincelante de la plaine fulgurait(1) sous les rayons du soleil d'hiver ardent et rouge, qui allumait sur la neige un feu écarlate. Peu à peu, cependant, il pâlit, devint rosé. « Quelle ivresse ! » songea Hélène. Ils ne comptaient plus leurs chutes ; enfin, après l'une d'elles qui les jeta au fond d'un ravin et d'où ils sortirent avec peine, les joues griffées par les aiguilles de glace, Reuss, qui pleurait à force de rire, dit : « Nous allons nous casser la tête, c'est clair ! Reprenons nos paisibles traîneaux finlandais. – Jamais de la vie ! Rouler dans la neige, c'est ce qu'il y a de plus amusant. » »
Irène Némirovsky, Le Vin de solitude, Éditions Albin Michel, 1935 (pages 31 à 33)

Questions
I. La nature finlandaise
1. Où et quand se déroule la scène ? Relevez quelques éléments du texte pour justifier votre réponse.
2. Donnez le sens de « cinglait » , .
3. Quelles sont les expansions du nom « soleil »  ?
Donnez la classe grammaticale (c'est-à-dire la nature) et la fonction de chacune de ces expansions.
4. Montrez que la nature finlandaise est ici à la fois hostile et belle, en vous appuyant sur un relevé précis et organisé.
II. Le jeu du traîneau
1. Quel personnage mène d'abord le jeu ?
Prouvez-le en vous appuyant en particulier sur les paroles rapportées.
2. À quel moment les rôles s'inversent-ils ? Pourquoi ?
3. Relevez dans le passage qui va de « Frappez la terre du pied ! » à « … comme une flèche. » , quatre expressions qui appartiennent au champ lexical de la vitesse.
4. Transformez la phrase « Il dégringola […] cruellement. » en remplaçant la juxtaposition par une subordination.
Quel rapport de sens avez-vous ainsi mis en valeur ?
5. « Dix fois, cent fois, sans se lasser, ils recommencèrent… » Quelle figure de style est ici utilisée ? Dans quel but ?
6. En vous appuyant sur les réponses aux questions précédentes et sur le texte, dites pourquoi Fred et Hélène trouvent ce jeu « amusant ».
III. Des sentiments et sensations intenses
1. Expliquez l'expression « une vitesse vertigineuse de songe » .
2. « Quelle ivresse ! » Précisez le type et la forme de cette phrase. Quelle sensation traduit-elle ?
3. Justifiez l'emploi de l'imparfait de l'indicatif de « Hélène sentait… » à « … comme une flèche. » .
4. Quel sentiment dominant éprouvent les deux personnages ? Vous répondrez en prenant précisément appui sur le texte.
5. Toujours en citant le texte, montrez que les deux jeunes gens cherchent à atteindre les limites du jeu. Observez en particulier ce que dit Fred.
Réécriture
Vous réécrirez le passage qui va de « Ils retournèrent… » à « … cinglait leurs joues. » en remplaçant « ils » par « nous » et en transposant les temps au futur de l'indicatif. Vous effectuerez toutes les modifications nécessaires.
Dictée
« On entend souvent dire : « Si j'avais ceci, si j'avais cela, je serais heureux », et l'on prend l'habitude de croire que le bonheur réside dans le futur et ne vit qu'en conditions exceptionnelles. Le bonheur habite le présent et le plus quotidien des présents ; il faut dire : « J'ai ceci, j'ai cela, je suis heureux. » Et même dire : « Malgré ceci et malgré cela, je suis heureux. » Les éléments du bonheur sont simples, et ils sont gratuits, pour l'essentiel. Ceux qui ne sont pas gratuits finissent par donner une telle somme de bonheurs différents qu'au bout du compte ils peuvent être considérés comme gratuits. »
Jean Giono, La Chasse au bonheur, Gallimard, 1988

Rédaction
Sujet d'imagination
Vous avez vous aussi, au cours d'un jeu, partagé un bonheur intense avec un(e) ou des camarade(s). Racontez, en prenant soin de décrire le jeu lui-même et d'exprimer les sentiments que vous avez éprouvés.
Sujet de réflexion
Peut-être avez-vous déjà constaté que de nombreuses personnes aiment assister à des spectacles dangereux ou pratiquer des sports extrêmes. Pensez-vous que la prise de risque de ces personnes soit justifiée ou trouvez-vous qu'il vaut mieux choisir la prudence ?
Développez votre point de vue en exposant vos arguments que vous illustrerez d'exemples. Pensez à combattre les arguments opposés à votre point de vue en montrant pourquoi, selon vous, ils ne sont pas valables.
N'oubliez pas que votre travail devra comporter une introduction et une conclusion.
Il sera tenu compte, dans l'évaluation, de la correction de la langue et de l'orthographe, de la richesse et de la précision du vocabulaire.
(1)Fulgurer : briller comme l'éclair, d'un éclat vif et passager (du latin fulgurare, faire des éclairs).

Corrigé

Les conseils de l'enseignant
Le texte proposé à l'analyse est extrait d'un roman : il présente donc les caractéristiques du texte narratif, avec des passages descriptifs, des paroles ; les points essentiels sont le cadre spatio-temporel, les personnages, le déroulement de l'histoire, les techniques de la narration (temps des verbes, narrateur, point de vue)…
Questions
I. La nature finlandaise
1. La scène se déroule en hiver, en Finlande, comme le précisent les lignes d'introduction et quelques passages du texte : « … dans la neige. » , « … chemin de glace dans la plaine. » , « les rayons du soleil d'hiver » (, « … nos paisibles traîneaux finlandais. » .
2. Le verbe « cingler » signifie « frapper fort, fouetter » quand il s'agit du vent, de la pluie ou de la neige.
3. Le nom « soleil » comporte plusieurs expansions : un groupe nominal, complément du nom (« d'hiver »), deux adjectifs qualificatifs épithètes (« ardent et rouge »), une subordonnée relative apposée ou épithète détachée (« … qui allumait sur la neige un feu écarlate. » ).
4. La nature finlandaise est hostile : « … le vent soufflait aux oreilles et les cinglait cruellement. » , « … glacé. » , « … blanc chemin de glace » , « neige » , , , , « … pente gelée. » , « le froid cruel lui arrachait des larmes » , « … sol gelé. » , « … aveuglait, cinglait leurs joues. » , « … griffées par les aiguilles de glace » . Elle est belle également : « air pur » , « La blancheur étincelante de la plaine fulgurait… » , « … les rayons du soleil d'hiver ardent et rouge, qui allumait sur la neige un feu écarlate. Peu à peu, cependant, il pâlit, devint rosé. » .
II. Le jeu du traîneau
1. Fred Reuss mène le jeu du traîneau au début, comme le montrent ses paroles, rapportées : il donne les conseils ou les ordres, « Tenez-vous bien… » , « Frappez la terre du pied ! » , « Comme cela ! Encore ! […] Plus vite… » .
2. Les rôles s'inversent quand il s'agit de trouver un traîneau qui aille plus vite, « … un vrai traîneau. » . Hélène suggère alors de le prendre dans le hangar. Ensuite elle est grisée par la vitesse, par leurs chutes dans la neige, comme le montrent ses paroles , . Hélène refuse de reprendre leurs « … paisibles traîneaux finlandais. » . C'est bien elle qui mène le jeu à la fin.
3. Les expressions suivantes appartiennent au champ lexical de la vitesse : « Plus vite… » , « une vitesse vertigineuse » , « bondissait » et « … dévalait la colline comme une flèche. » .
4. Il dégringola la pente, allant de plus en plus vite, au point que le vent soufflait aux oreilles et les cinglait cruellement. Le rapport est un rapport de conséquence.
5. L'auteur emploie ici la répétition, « Dix fois, cent fois… » , afin d'insister sur la répétition du jeu, des gestes : hisser le traîneau au sommet et glisser le long de la pente gelée.
6. Fred et Hélène trouvent ce jeu amusant parce que la vitesse les grise, leur procure un plaisir intense (« Oh ! C'est délicieux… »  ; « Quelle ivresse ! »  ; « Rouler dans la neige, c'est ce qu'il y a de plus amusant. » ).
III. Des sentiments et sensations intenses
1. Fred et Hélène vivent une sorte de songe : le traîneau glisse sans bruit, dans ce paysage de neige et de glace, un peu comme dans un rêve, où les bruits sont imperceptibles, où règne le silence. Ils ont une sensation de vertige, de plongée dans le vide de la pente, qui ressemble à celle que le dormeur éprouve quand il sombre dans le sommeil et le rêve. Ils ressentent des émotions très fortes.
2. La phrase est exclamative, affirmative et nominale (sans verbe). Elle traduit l'état d'euphorie, d'exaltation du personnage.
3. Dans ce passage, l'imparfait de l'indicatif sert à décrire les sensations et les sentiments des personnages ; il sert aussi à évoquer les actions qui se répètent puisque Fred et Hélène recommencent leur jeu dix fois, cent fois.
4. Les personnages éprouvent une joie intense, un sentiment de bonheur : « ses joyeux éclats de rire » , « des cris aigus, joyeux » . C'est une exaltation qui stimule leurs sensations, intensifie leurs émotions : ils poussent de petits cris joyeux sans même s'en rendre compte.
5. Ce jeu, poussé à l'extrême, devient dangereux : « Nous tombons ! Nous sommes morts ! » , « Nous allons nous casser la tête, c'est clair ! » . Les deux jeunes gens cherchent à augmenter le plaisir, la joie, l'euphorie provoqués par le jeu : il faut aller toujours plus vite, prendre plus de risques. À la fin, ils ne comptent plus leurs chutes : ils sortent difficilement d'un ravin, leurs joues sont griffées. Fred, prudent, propose alors de reprendre leur petit traîneau finlandais, moins rapide, ce que refuse Hélène, qui veut dépasser les limites.
Réécriture
Nous retournerons en courant vers le hangar, prendrons le plus beau des traîneaux, doublé de rouge et bordé d'un rang de grelots. Nous aurons quelque peine à le faire descendre, mais une fois l'élan donné, rien au monde ne pourra se comparer à la rapidité de sa course ; la neige volera dans nos visages, entrera dans nos bouches entr'ouvertes, haletantes, nous aveuglera, cinglera nos joues.
Dictée
L'extrait du texte de Giono est principalement au présent de l'indicatif, avec une phrase comportant un système hypothétique (si + imparfait de l'indicatif, principale au conditionnel présent). Il faut donc faire attention aux terminaisons verbales, 1re et 3e personnes.
– Au présent de l'indicatif, les verbes du premier groupe se terminent par –e à la 3e personne du singulier : « le bonheur réside », « Le bonheur habite… ». Les verbes du troisième groupe en –endre se terminent par –d : « On entend… », « on prend ». Le verbe du deuxième groupe en –ir se termine par –ssent à la 3e personne du pluriel : « Ceux qui […] finissent… ». Les verbes du troisième groupe se terminent en –t à la 3e personne du singulier : « le bonheur […] vit » (vivre), « il faut » (falloir) ; certains de ces verbes se conjuguent avec plusieurs bases : je peux, nous pouvons, « ils peuvent ».
– Au présent de l'indicatif, le verbe « être » se conjugue avec plusieurs bases selon les personnes : « je suis », « Les éléments […] sont simples et ils sont… », « Ceux qui […] sont… ».
– À l'imparfait, le verbe « avoir » se conjugue avec la terminaison –ais à la 1re personne du singulier : « j'avais ». On retrouve cette terminaison au conditionnel présent du verbe « être » : « je serais ».
– Plusieurs verbes sont à l'infinitif : ils dépendent d'une préposition (« de croire », « par donner ») ou d'un autre verbe que les auxiliaires « être » et « avoir » : « On entend souvent dire… », « il faut dire », « Et même [il faut] dire… », « ils peuvent être ».
Les adjectifs qualificatifs et les participes passés attributs du sujet s'accordent en genre (masculin/ féminin) et en nombre (singulier/ pluriel) avec le sujet : « je serais heureux », « Les éléments […] sont simples… », « ils sont gratuits », « Ceux qui ne sont pas gratuits… », « … ils peuvent être considérés comme gratuits. »
Les adjectifs qualificatifs s'accordent en genre et en nombre avec le nom qu'ils qualifient : « … conditions exceptionnelles. », « bonheurs différents » (il y a plusieurs bonheurs).
L'orthographe de certains mots présente une particularité qui est souvent une source d'erreur : « bonheur », « exceptionnelles », « quotidien », « malgré », « compte » ( à ne pas confondre avec conte, comte). Il ne faut pas confondre les homonymes : « ceci » (ceux-ci), « cela » (ceux-là), « ceux qui » (ce qui).
Rédaction
Sujet d'imagination
Jamais je n'ai oublié la première fois que j'ai vu la mer. Cet été-là, au début des années soixante, mes parents avaient loué, à force d'économies, une petite villa qui donnait sur la plage. C'était dans une petite station balnéaire de la mer du Nord, avec ses immenses plages de sable fin, ses marées qui chassaient la mer très loin.
À notre arrivée, je fus intrigué par un bruit inconnu, régulier, obsédant, et quelques cris aigus, des rires aussi. Je me précipitai sur la plage et découvris une bande d'enfants, garçons et filles, qui couraient vers les vagues blanches d'écume et y plongeaient, la tête la première. Les vagues les engloutissaient, les roulaient puis les vomissaient un peu plus loin. Je les observais, intrigué mais aussi effrayé. Ils n'avaient donc pas peur de se noyer ! L'un d'eux tourna la tête et m'aperçut ; il vint vers moi et m'invita à me joindre à eux. J'hésitais. Aurais-je le courage d'affronter le tumulte des flots ? Je craignais d'être pris pour un poltron. Le garçon insistait. Je finis par accepter. J'allais mettre mon maillot de bain que ma mère avait déjà sorti d'une des valises. Dehors, le garçon me pressait, impatient de retourner affronter les vagues avec ses camarades. Ma mère ne dit rien mais je savais qu'elle se réjouissait de voir que je me faisais des amis, moi qui étais si solitaire.
Nous voilà courant sur la plage, droit vers l'eau écumante. Il m'entraîna sans que je puisse réagir, me poussa au milieu des autres qui se mirent à m'arroser. J'étais aveuglé. Je tournais sur moi-même, cherchant à reprendre mon souffle quand des mains m'agrippèrent et me jetèrent dans la vague qui déferlait. Quel choc ! Je me retrouvai submergé, englouti, emporté par les flots… Quand je réussis à reprendre pied et à me redresser, j'entendis les rires et les applaudissements des autres enfants. Sans doute était-ce leur façon de m'intégrer à leur bande. Alors, je fis comme eux, j'éclatai de rire, comme si toute appréhension m'avait abandonné. J'attendais les grosses vagues, celles qui se formaient au loin et déferlaient à toute vitesse sur le sable. Je plongeais sans réfléchir, alors que je ne savais même pas nager ! Je roulais dans l'eau, ballotté, soulevé par ces flots galopants. Quelle joie de sentir son corps dans l'eau ! Quelle sensation agréable de sentir le sel sur ses lèvres ! Quel bonheur que ces cavalcades d'enfants qui sentaient la chaleur du soleil sur leurs épaules, sur leur dos, et l'eau qui plaquait leurs cheveux sur leurs yeux et cinglait les corps ! Nous nous poursuivions, nous nous bousculions en riant et nous tombions dans les vagues, criant de plaisir, mais parfois surpris par le froid d'une vague. Je crois que j'étais heureux. L'après-midi se termina sans que nous vissions le temps passer, sans même songer à goûter. Le soleil se préparait à disparaître à l'horizon, dévoré par la mer. Il fallait rentrer mais nous savions que le lendemain nous nous retrouverions tous pour recommencer nos jeux. La mer ne nous attendait-elle pas elle aussi ?
Sujet de réflexion
Lors des dernières grandes tempêtes qui ont balayé les côtes de notre pays, nous avons pu voir à la télévision, dans des reportages, des gens qui s'aventuraient sur les digues, les quais, et parfois même au bord de falaises abruptes pour observer la mer déchaînée sous les violentes rafales de vent ou les vagues déferlant sur la jetée… Il semblerait que certaines personnes aiment assister à ces spectacles dangereux. D'autres pratiquent des sports dits extrêmes : kite surf, saut à l'élastique, escalade de cascades de glace, etc.
Il est vrai que les spectateurs se rassemblent en masse sur le parcours des rallyes automobiles, au plus près de la route, enfreignant souvent les consignes ou les règles élémentaires de sécurité. L'amour du risque, le désir de sensations fortes, extrêmes les animent. De telles prises de risque se justifient-elles ? Oui, si l'on en croit les passionnés. Pourtant, les vrais risques, ce sont les sportifs qui les prennent, pas les spectateurs. Espèrent-ils éprouver les mêmes frissons, ressentir les mêmes décharges d'adrénaline que le pilote au volant de son bolide ? Sans doute, mais trop souvent certains paient de leur vie ce goût du danger : on déplore régulièrement des accidents graves, voire mortels parmi les spectateurs qui s'aventurent un peu trop près du ruban d'asphalte ou de la piste de sable, parmi les adeptes du parapente ou du canyoning. La prudence n'est-elle pas préférable ? Cela vaut-il la peine de perdre la vie pour un illusoire frisson éphémère ? Il est évident à mon avis qu'il faut choisir la prudence dans tous les cas. Certes, on objectera que, dans ces conditions, si on ne peut pas affronter le danger en direct, si on ne peut pas vivre pleinement, intensément le risque, autant rester devant sa télévision, tranquillement et confortablement installé dans un fauteuil ou jouer à la pétanque. Mais n'est-il pas possible de prendre certaines précautions, de mesurer les risques avec lucidité et non inconscience, si l'on veut vraiment assister à ces spectacles dangereux ou pratiquer ces sports périlleux ? L'amour du risque à tout prix, à n'importe quel prix me paraît stupide. Qu'est-ce que le spectacle d'une mer en furie emportant tout sur son passage nous apporte ? Le plaisir de dire : « J'y étais, je l'ai vu de mes veux » ? Les victimes involontaires de ces catastrophes auraient préféré, elles, se trouver ailleurs à ce moment-là. Pourquoi aller volontairement au-devant du danger en escaladant la Tour Eiffel ou un des gratte-ciel de Dubaï ? En outre, l'homme aime la compétition, la confrontation ; il veut souvent être le premier, se montrer plus fort, plus audacieux que les autres. Aussi, pour montrer leur « courage », certains n'hésitent pas à prendre tous les risques pour être frôlés par les bolides qui passent, se promènent le plus près du précipice sous la tempête, grimpent plus haut… Ils ont l'impression d'être « vivants », d'exister pleinement, plus intensément que les autres, les « poltrons », en luttant contre la peur ! Je pense qu'il y a d'autres occasions de prouver son courage, plus utiles pour soi et pour les autres.
Aujourd'hui, on semble beaucoup trop aimer les sports extrêmes, on adore vivre dangereusement, sans doute parce que, d'une certaine manière, nous vivons dans un monde, une société qui offre à ses membres sécurité et tranquillité et que nous avons besoin d'y échapper de temps en temps. Malheureusement ce n'est pas vrai pour tous. C'est pourquoi j'affirme que la prudence est préférable, car de récents événements ont bien montré que la prise de risques inconsidérés conduisait inévitablement à des catastrophes.
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