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Le monde britannique : une « économie-monde » (1850-1914) ?
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Le monde britannique : une « économie-monde » (1850-1914) ?
Corrigé
La période comprise entre 1850 et 1914 est l'une des plus importantes de l'histoire de l'économie mondiale. Elle correspond à une forte accélération de la croissance économique marquée par le développement des relations commerciales et des interrelations entre les différents espaces mondiaux, c'est-à-dire par le développement de la mondialisation. Au cœur de cela, une puissance économique semble dominer : le Royaume-Uni. Effectivement, le monde britannique s'étend sur l'ensemble de la planète grâce à son empire et à ces multiples relations commerciales tissées avec les autres régions du monde. Mais peut-on vraiment parler d'un espace mondial dominé économiquement par le Royaume-Uni pendant cette période ? Et si oui, sur quoi s'est basée cette économie-monde ? Comme nous le verrons, le pays s'est appuyé sur son avancée industrielle pour se développer. La Grande-Bretagne a ainsi créé un véritable système économique portant sur une division internationale du travail pour assurer la performance et l'exportation de ses produits, le tout relayé par une politique internationale. Les influences commerciales et financières sont donc indéniables sur la période. Cette domination est cependant remise en cause, en particulier sur la fin de la période qui voit les Britanniques céder peu à peu du terrain face à la concurrence de nouveaux pays notamment celle des États-Unis.
Le Royaume d'Angleterre est le premier pays d'Europe à s'industrialiser, à la fin du xviiie siècle. Il a donc, jusqu'aux années 1870-1880, une réelle avance en matière de développement économique par rapport aux autres nations européennes. Cette industrialisation précoce lui permet de développer une économie basée sur des industries traditionnelles, en particulier minières, textiles et métallurgiques. Le Royaume-Uni met également en place sur son territoire un réseau de chemin de fer et de voies de communication extrêmement dense pour l'époque. Berceau de la première révolution industrielle, il assure ainsi un tiers de la production industrielle mondiale en 1870. L'avance en matière de technologie et d'innovation permet au pays de rester compétitif jusqu'aux années 1870-1880. Les Britanniques ont ainsi un niveau de vie et des salaires élevés par rapport aux autres pays européens.
La Grande Bretagne a développé une véritable division internationale du travail pour assurer la performance de ses produits : elle importe les matières premières comme le coton (la première bourse mondiale, à Manchester, est spécialisée dans les cours du coton). Elle les transforme ensuite dans ses usines en biens de consommation à forte valeur ajoutée avant de les exporter principalement vers l'Amérique du nord et l'Europe occidentale : deux régions du monde suffisamment développées pour être des marchés intéressants.
Cette politique internationale sert le développement économique du royaume. Du point de vue militaire, les Britanniques possèdent la première flotte de guerre au monde. Elle contrôle les principales routes maritimes et protège les intérêts commerciaux britanniques ce qui la place au rang de première puissance maritime militaire et commerciale. Le pays s'est ainsi assuré la maîtrise des mers et celle des communications (réseau télégraphique intercontinental). Le Royaume-Uni contrôle 60 % des échanges maritimes, ce qui lui permet d'être une plaque tournante de matières premières comme le thé des Indes ou la laine d'Argentine. Pour préserver ses routes maritimes commerciales en Atlantique nord et en Asie ou en Extrême-Orient, le gouvernement n'hésite pas à avoir recours à des interventions armées, comme celles lancées pour l'ouverture économique de la Chine, en 1860, ou en Égypte, en 1882 pour le contrôle du canal de Suez (ouvert par une société française en 1869). À cette époque, le royaume est le plus grand empire colonial (colonies et dominions(1)). Cela lui permet de s'approvisionner en matières premières grâce à plusieurs colonies prestigieuses comme l'Empire des Indes ou différentes possessions africaines conquises, pour la plupart, à la fin du xixe siècle, au moment de la ruée des puissances européennes vers l'Afrique. Les matières premières qui en sont issues alimentent l'industrie britannique. Ces territoires représentent également des débouchés commerciaux pour la production de la métropole.
Enfin, le pays exerce une réelle influence commerciale et financière sur le monde. Depuis 1846, les Britanniques ont fait le choix d'une politique économique basée sur le libre-échange et la mondialisation de leur commerce. L'objectif est de favoriser les exportations. Le royaume signe donc des accords de libre-échange avec différents pays, comme la France, en 1861. Ils ont aussi tissé un réseau de relations, en particulier avec les pays anglo-saxons, y compris les États-Unis. 60 % des exportations britanniques et 70 % des investissements sont destinés aux pays anglophones (Commonwealth). Cette politique favorise les exportations : en 1870 un quart des exportations mondiales sont britanniques. Londres devient la première place financière et le quartier de la City se développe. Les banques londoniennes sont très puissantes et prêtent de l'argent aux autres États ou investissent dans le développement de réseaux de transports sur toute la planète : la livre Sterling est la monnaie de référence dans les échanges internationaux. Les grandes sociétés britanniques, les compagnies d'assurance, de commerce, de navigation, etc. sont présentes dans le monde entier et le pays possède des relais et des comptoirs sur tous les continents.
La Grande Bretagne a développé une véritable division internationale du travail pour assurer la performance de ses produits : elle importe les matières premières comme le coton (la première bourse mondiale, à Manchester, est spécialisée dans les cours du coton). Elle les transforme ensuite dans ses usines en biens de consommation à forte valeur ajoutée avant de les exporter principalement vers l'Amérique du nord et l'Europe occidentale : deux régions du monde suffisamment développées pour être des marchés intéressants.
Cette politique internationale sert le développement économique du royaume. Du point de vue militaire, les Britanniques possèdent la première flotte de guerre au monde. Elle contrôle les principales routes maritimes et protège les intérêts commerciaux britanniques ce qui la place au rang de première puissance maritime militaire et commerciale. Le pays s'est ainsi assuré la maîtrise des mers et celle des communications (réseau télégraphique intercontinental). Le Royaume-Uni contrôle 60 % des échanges maritimes, ce qui lui permet d'être une plaque tournante de matières premières comme le thé des Indes ou la laine d'Argentine. Pour préserver ses routes maritimes commerciales en Atlantique nord et en Asie ou en Extrême-Orient, le gouvernement n'hésite pas à avoir recours à des interventions armées, comme celles lancées pour l'ouverture économique de la Chine, en 1860, ou en Égypte, en 1882 pour le contrôle du canal de Suez (ouvert par une société française en 1869). À cette époque, le royaume est le plus grand empire colonial (colonies et dominions(1)). Cela lui permet de s'approvisionner en matières premières grâce à plusieurs colonies prestigieuses comme l'Empire des Indes ou différentes possessions africaines conquises, pour la plupart, à la fin du xixe siècle, au moment de la ruée des puissances européennes vers l'Afrique. Les matières premières qui en sont issues alimentent l'industrie britannique. Ces territoires représentent également des débouchés commerciaux pour la production de la métropole.
Enfin, le pays exerce une réelle influence commerciale et financière sur le monde. Depuis 1846, les Britanniques ont fait le choix d'une politique économique basée sur le libre-échange et la mondialisation de leur commerce. L'objectif est de favoriser les exportations. Le royaume signe donc des accords de libre-échange avec différents pays, comme la France, en 1861. Ils ont aussi tissé un réseau de relations, en particulier avec les pays anglo-saxons, y compris les États-Unis. 60 % des exportations britanniques et 70 % des investissements sont destinés aux pays anglophones (Commonwealth). Cette politique favorise les exportations : en 1870 un quart des exportations mondiales sont britanniques. Londres devient la première place financière et le quartier de la City se développe. Les banques londoniennes sont très puissantes et prêtent de l'argent aux autres États ou investissent dans le développement de réseaux de transports sur toute la planète : la livre Sterling est la monnaie de référence dans les échanges internationaux. Les grandes sociétés britanniques, les compagnies d'assurance, de commerce, de navigation, etc. sont présentes dans le monde entier et le pays possède des relais et des comptoirs sur tous les continents.
Cependant, vers la fin de cette période, la domination britannique est contestée et son économie-monde s'effondre peu à peu. La Grande dépression de 1873 à 1896 marque un tournant important pour la croissance : jusque-là très forte, elle va peu à peu ralentir. Tout d'abord, le pays, qui avait basé son développement sur une industrie performante productive et innovante, peine à se reconvertir et se moderniser. Les investissements dans les nouvelles technologies de la seconde phase d'industrialisation (électricité, pétrole, moteur à explosion, etc.) sont trop modestes. L'Amérique du Nord, nation nouvelle, a pu facilement et directement entrer dans cette seconde phase, sans avoir à restructurer une industrie ancienne et obsolète. D'autre part, l'économie britannique, basée essentiellement sur l'exportation et le libre-échange, subit de plein fouet la crise et la Grande dépression. De nombreux pays développent une politique protectionniste : ils favorisent la compétitivité de leur production nationale en augmentant considérablement les taxes douanières sur les produits étrangers importés (créant ainsi de véritables barrières douanières). Cette situation défavorise d'autant plus les Britanniques que leurs salaires sont élevés et que le manque de modernité de leurs installations représentent un véritable handicap à leur compétitivité. Les coûts de production sont donc plus importants que ceux de leurs concurrents, devenus beaucoup plus performants.
L'économie britannique est fortement concurrencée par des puissances montantes comme les États-Unis et l'Allemagne. Ainsi, en 1913, elle n'assure plus que 12 % de la production industrielle mondiale contre 42,6 % pour les États-Unis. Elle garde sa première place dans le domaine des exportations devant l'Allemagne (16 %), mais de justesse (17 %). Elle n'est plus la première puissance industrielle mondiale (remplacée par les États-Unis) mais garde encore quelques années sa domination sur le transport maritime international (la moitié des importations américaines transite sur des navires britanniques) et la puissance de ses grandes banques d'affaire. Le pays reste ainsi le premier investisseur dans l'économie mondiale jusqu'à la Première Guerre mondiale. Mais on ne peut plus parler, au début du xxe siècle, d'une économie-monde totalement centrée sur le Royaume-Uni : la transition vers l'économie-monde américaine est en marche.
L'économie britannique est fortement concurrencée par des puissances montantes comme les États-Unis et l'Allemagne. Ainsi, en 1913, elle n'assure plus que 12 % de la production industrielle mondiale contre 42,6 % pour les États-Unis. Elle garde sa première place dans le domaine des exportations devant l'Allemagne (16 %), mais de justesse (17 %). Elle n'est plus la première puissance industrielle mondiale (remplacée par les États-Unis) mais garde encore quelques années sa domination sur le transport maritime international (la moitié des importations américaines transite sur des navires britanniques) et la puissance de ses grandes banques d'affaire. Le pays reste ainsi le premier investisseur dans l'économie mondiale jusqu'à la Première Guerre mondiale. Mais on ne peut plus parler, au début du xxe siècle, d'une économie-monde totalement centrée sur le Royaume-Uni : la transition vers l'économie-monde américaine est en marche.
Les économies-monde successives depuis 1850 ont été basées sur le capitalisme et le libéralisme économique. Ce système a été peu à peu imposé, depuis le xixe siècle, par les pays anglo-saxons, et en tout premier lieu par le Royaume-Uni, avant d'être repris par d'autres États. L'étude de la domination économique britannique sur le monde entre les années 1850 et 1914 permet de comprendre les mécanismes du développement de la mondialisation et de la domination économique d'un État sur l'espace mondial. On retrouve dans cet exemple britannique certaines caractéristiques des économies-monde : une économie basée sur une industrie puissante et productive tournée vers l'exportation, des gouvernements favorisant le développement d'accords de libre-échange dans leur politique étrangère et faisant en sorte de contrôler les principales routes commerciales, de puissantes entreprises ayant des antennes partout dans le monde, un secteur financier dominant avec une monnaie nationale servant de référence dans les échanges internationaux… À l'inverse des puissances dominant les économies-monde successives, ces mécanismes n'ont fondamentalement pas changé au cours du siècle : ils ont seulement bénéficié de l'accélération des échanges et des innovations.