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Guerres mondiales et espoirs de paix

Les deux guerres mondiales ont eu un impact très important sur l'histoire du xxe siècle. Dans la mesure où, pour la première fois, l'effort de guerre mobilise l'ensemble de la société, et où l'ensemble de la population, civile et militaire, est touchée, on a qualifié ces deux guerres de guerres totales. Elles se caractérisent également par une escalade dans la violence, la Seconde Guerre mondiale allant même jusqu'à faire de populations civiles des cibles et des objectifs de guerre. À ce titre, et par rapport aux conflits des siècles précédents, nous pouvons parler d'une véritable brutalisation progressive de la guerre.
Après chaque conflit, et face à des bilans matériels et humains terribles, des idées pacifistes se développent au sein de sociétés traumatisées. Les espoirs de paix amènent à la création d'organisations comme la Société des Nations en 1919 ou l'Organisation des Nations Unies en 1945, qui ambitionnent d'être au cœur d'un nouvel ordre mondial. Mais ces espoirs sont à chaque fois déçus.
1. La Première Guerre mondiale : l'expérience combattante dans une guerre totale
La Première Guerre mondiale marque un tournant dans l'histoire de la guerre du fait du nombre de pays et de combattants qui s'opposent sur le front, du fait des moyens technologiques employés, du fait de la mobilisation des sociétés et des économies à l'arrière. À ce titre, elle mérite bien le qualificatif de « guerre totale », et son bilan sera malheureusement à la démesure de ce premier grand conflit du xxe siècle.
« L'expérience combattante » a une place prépondérante dans l'histoire de cette guerre. Expérience des hommes sur le front tout d'abord, caractérisée par la brutalisation de combats de plus en plus violents qui marqueront durablement une génération de soldats mobilisés et élevés dans une véritable culture de guerre sur fond de patriotisme.
Dans son roman « Paris est une fête », le grand écrivain américain Ernest Hemingway (reprenant une citation de Gertrude Stein) exprime cette idée lorsqu'il s'adresse aux soldats de 1914-1918 : « That is what you are. That's what you all are… All of you young people who served in the war. You are a lost generation. » Cette « génération perdue » a été générée par une expérience combattante terrible et traumatisante dans une guerre totale et brutale qui a touché profondément et durablement les soldats et les sociétés.
Une guerre plus brutale et d'une plus grande ampleur que les précédentes
• 1914-1918, par le jeu des alliances et l'implication des empires coloniaux, a été une guerre mondiale d'une ampleur sans précédent : 70 millions d'Européens, des centaines de milliers de soldats des colonies et des volontaires de tous les continents ont été mobilisés dans ce premier grand conflit de l'ère industrielle.
• L'assassinat de l'archiduc d'Autriche-Hongrie, François-Ferdinand, le 28 juin 1914 à Sarajevo n'est en fait qu'un prétexte au déclenchement d'une guerre planifiée de longue date, comme le prouvent les signatures des deux grandes alliance européennes, la Triple Entente (Royaume-Uni, France, Russie rejoints plus tard par les États-Unis et l'Italie) et la Triple Alliance (Allemagne, Empire d'Autriche-Hongrie et Empire ottoman). Depuis la fin du xixe siècle, dans l'attente d'une guerre, toutes les grandes puissances européennes ont embrigadé leurs populations, en faisant appel à la propagande et au patriotisme, et se sont lourdement armées.
• Les pays ont aussi investi dans de nouvelles technologies d'armement qui seront encore développées pendant la guerre. Elles ont des effets inattendus : le conflit s'enlise rapidement dans une guerre défensive alors que tous pensaient qu'il ne devait pas durer. La mise au point d'une aviation, de tanks, le recours systématique à une artillerie lourde de plus en plus performante et à de terribles armes chimiques (gaz moutarde (ypérite), par exemple) contribuent également à faire de la Première Guerre mondiale le premier conflit « industriel » de l'histoire.
• L'association de différents facteurs (nouvelles technologies, ampleur inédite du conflit, stratégies développées) va entraîner les belligérants dans une spirale de la violence. 1914-1918 marque une importante escalade dans la brutalité par rapport aux guerres précédentes, au mépris du droit de la guerre établi par les conventions de Genève (1864) et de la Haye (1907).
Une violence omniprésente pour les hommes sur le front
• Sur le front, les soldats qui ont eu la malchance d'être affectés dans l'infanterie sont soumis à des violences physiques et psychologiques importantes, en particulier à partir de la fin de l'année 1914 lorsque la guerre de mouvement fait place à l'enlisement de la guerre de position. La nouvelle tactique des états-major est alors celle d'une guerre d'usure : des centaines de kilomètres de tranchées sont peu à peu creusées. Les hommes n'en sortent que pour des offensives meurtrières qui ne permettent souvent qu'une avancée de quelques kilomètres (300 000 morts lors de la bataille de Verdun entre février et juin 1916 ; 52 000 morts en un mois lors de l'offensive Nivelle en 1917, etc.). L'objectif est alors de faire le maximum de morts chez l'ennemi plutôt que de gagner du terrain.
• La vie sur le front devient vite insupportable. Lors des combats, les tranchées sont pilonnées par l'artillerie, responsable de 70 % des décès, et, avec l'avancement du conflit, les nouveaux armements transforment la vie des soldats en un véritable enfer : lance-flammes, mitrailleuses, gaz asphyxiants, grenades, etc. rendent les assauts vers les tranchées ennemies, au travers du no man's land, particulièrement difficiles et meurtriers. Jusqu'en 1915, les soldats français portent des pantalons rouges qui en font des cibles faciles. Par la suite, l'uniforme « bleu horizon » fait son apparition, mais l'ensemble de leur paquetage fait environ 30 kg. Dans les tranchées, les combats au corps à corps, à l'arme blanche et à la grenade, font rage.
• En dehors des périodes de combats, le ravitaillement arrive parfois avec difficulté et les hommes subissent le manque d'hygiène (poux, rats, etc.), vivant à proximité des cadavres de leurs camarades qui n'ont pas pu être évacués et qui sont régulièrement déterrés et déchiquetés par les obus. Les hivers sont particulièrement durs : il fait froid et les tranchées se remplissent de boue. Les soldats, surnommés « poilus », ne sont en contact avec leurs familles que par l'intermédiaire d'un courrier censuré par les autorités pour maintenir le moral à l'arrière. Des milliards de lettres seront cependant échangées. Les permissions sont rares (après 1915, une semaine tous les quatre mois pour les poilus français).
• Il est difficile de tenir dans ces conditions. Les hommes doivent s'endurcir. Pourtant les cas de mutineries sont restés rares en dehors de celles d'avril 1917 qui font suite à la boucherie de l'offensive française du chemin des Dames (30 000 morts pour 500 mètres d'avancée). Pétain est nommé chef d'état-major pour rétablir la situation. Il sévit, mais avec une certaine modération, et change de tactique. Les 3 500 mutins condamnés n'ont jamais refusé de se battre mais ne veulent plus des grandes offensives meurtrières propres à la guerre d'usure. Entre 60 et 70 mutins de guerre seront fusillés.
• L'expérience du front est d'autant plus traumatisante qu'elle ne peut être dite et comprise que par les compagnons d'arme (ce qui expliquera la multiplication des clubs d'anciens combattants, très actifs dans l'entretien de la mémoire de la guerre, et la construction des monuments aux morts dans l'entre-deux-guerres). Mais l'expérience combattante ne concerne pas seulement les militaires : les combats ont impliqué des civils en touchant directement des populations dans les régions du front : nord de la France, Belgique, Alsace Lorraine, front de l'est (1,5 millions de civils russes touchés)…
Des traumatismes profonds
• Les sociétés ont été préparées bien avant 1914 à la guerre. Ce sujet fait débat entre les historiens, mais il semble bien que, comme le reste de leurs concitoyens, les soldats aient consenti au conflit qui s'est accompagné d'une véritable « culture de guerre ». La propagande a relayé une image diabolisée de l'ennemi à laquelle beaucoup ont été sensibles. Mais au fur et à mesure de l'enlisement dans la guerre, plongés dans un quotidien de violence, les témoignages montrent des hommes tiraillés entre leur patriotisme qui les pousse à poursuivre le combat et les traumatismes de l'expérience combattante. La culture de guerre, la solidarité, le soutien entre compagnons d'arme et la nécessité d'obéir aux ordres peuvent expliquer pourquoi ils continuent le combat sans vraiment se révolter. Dans ce contexte, les fraternisations entre combattants des deux camps (noël 1914) sont rares et étonnantes.
Le retour à la vie civile est complexe, d'autant plus que la psychiatrie de guerre est presque inexistante. La pression et la violence permanente peuvent les pousser à des comportements brutaux, y compris à l'égard de leurs proches. Mais ces traumatismes ne sont pas généralisés du fait de la diversité des expériences combattantes: les « nettoyeurs de tranchée », chargés de « nettoyer les lignes » au corps à corps à la grenade et à l'arme blanche, n'ont pas vécu la même guerre que les soldats mobilisés dans les services administratifs ou même affectés à l'artillerie (mortalité plus faible que les fantassins).
Le bilan est à la démesure du conflit : un soldat sur six est mort au combat, un sur trois est blessé . Il y eut 10 millions de morts et des millions de blessés (presque un combattant sur deux a été blessé au moins une fois). Les hommes handicapés ou défigurés (« gueules cassées ») se comptent par milliers. La plupart des morts sont des militaires, mais le bilan de la guerre est également très lourd à l'arrière à différents points de vue. 60 % des soldats tués avaient entre 20 et 30 ans et ont laissé 3 millions de veuves et 6 millions d'orphelins uniquement en France.
Exercice n°1
2. La Seconde Guerre mondiale : guerre d'anéantissement et génocide des Juifs et des tziganes
La Première Guerre mondiale devait être « la der des ders », pour reprendre une expression française. Il n'en sera rien. Malgré l'importance des idées pacifistes dans l'Europe de l'entre-deux-guerres (en particulier dans les démocraties occidentales), tous les ingrédients du déclenchement d'une Seconde Guerre mondiale sont bien en place dès 1919.
Dans ce contexte, les idéologies impérialistes et nationalistes des régimes totalitaires, soucieux de la grandeur de leurs États, vont jouer un rôle prépondérant (en particulier en Allemagne, en Italie et au Japon). Les politiques étrangères maladroites de grandes puissances, trop soucieuses de ne pas contrarier leurs opinions publiques, aggraveront la situation.
Du fait de l'expansion mondiale des zones de combat et d'une véritable spirale de la violence, le conflit de 1939-1945 va être encore plus brutal que celui de 1914-1918. Cette fois, les militaires ne sont plus les seuls concernés : cette guerre à outrance va également prendre des millions de civils pour cible.
Une guerre d'anéantissement qui touche durement les civils
• La Seconde Guerre mondiale se caractérise par l'importance des idéologies qui orientent souvent les tactiques meurtrières des belligérants.
Hitler expose les bases de sa future politique dans Mein Kampf (« Mon combat ») écrit en prison entre 1923 et 1924 : le peuple allemand est en droit de conquérir un « espace vital » (Lebensraum) où les populations germaniques pourront vivre et prospérer. Selon lui, cet impérialisme est justifié car ces populations descendent des Aryens, race supérieure qui aurait dominé l'Europe dans les temps anciens.
Le racisme est ainsi un fondement essentiel de la politique du Reich allemand. Pour Hitler, les Allemands doivent établir un « ordre nouveau » en Europe, assimiler les « races supérieures » (comme les Scandinaves) et asservir les peuples inférieurs (comme les Latins et surtout les Slaves) pour retrouver leur puissance perdue. Cette conception de la politique va au-delà du nationalisme et explique pourquoi l'occupation allemande a été si dure à l'Est vis-à-vis de « peuples slaves » méprisés et pourquoi des milliers de Polonais seront chassés de chez eux au nom de la « purification ethnique ». Les populations d'Europe de l'Est vont payer un lourd tribut à la guerre, en particulier lorsque l'URSS de Staline va rompre son alliance avec l'Allemagne.
• En Asie, le Japon développe lui aussi une idéologie raciste et impérialiste qui aura des conséquences dramatiques pour les populations occupées, en particulier en Chine.
• Les futurs vainqueurs sont aussi à l'origine de massacres. Ainsi, Staline va ordonner à sa police politique (le NKVD) le massacre de 22 000 officiers polonais à Katyn en avril/mai 1940. Ce carnage est passé sous silence par les Alliés qui laissent l'URSS en rendre responsable l'Allemagne nazie. Ils ont en effet promis lors de la conférence d'Anfa (Maroc) en 1943 de poursuivre les combats jusqu'à la capitulation totale de l'ennemi. Dans cette logique de la guerre, ils prendront également des décisions lourdes de conséquences pour les populations (comme celle de bombarder à outrance les villes allemandes – comme par exemple Dresde, en février 1945, causant environ 35 000 morts – mais pas les camps de concentration).
• Pendant toute la période de la guerre, l'Europe occupée vit sous la domination du Reich et est à son service. Les États vaincus par l'Allemagne doivent lui verser des réparations de guerre. Les ressources des populations sous domination nazie sont réquisitionnées et la pénurie s'installe. Le marché noir se généralise. Les civils doivent aussi travailler pour l'Allemagne (comme avec le service du travail obligatoire à partir de 1942 en France).
• Les États vaincus par l'Allemagne sont également durement touchés par les violences et vivent sous la surveillance de la police politique allemande, la Gestapo, qui, avec l'aide des États collaborateurs (France de Vichy), traque les opposants et les résistants en faisant régner un climat de terreur. Les personnes soupçonnées de communisme ou d'aide à la résistance, mais aussi les Juifs, sont arrêtés. L'occupant a recours à la torture et aux exécutions sommaires pour décourager toute résistance. En cas d'attentat, ils exécutent également des otages pour faire des exemples.
Des Einsatzgruppen, unités de soldats SS avec des bataillons de police et des auxiliaires ukrainiens ou baltes, sont envoyés en Europe de l'Est pour traquer et anéantir les communistes et les Juifs : ils pratiquent des exécutions massives, les corps étant placés dans des fosses communes. L'armée allemande (la Wehrmacht) prend également part aux massacres de civils et aux destructions de villages à l'Est.
L'occupation japonaise en Asie est également très dure : des milliers de personnes sont massacrées à Nankin en septembre 1937, des prisonniers sont utilisés comme cobayes pour des tests d'armes chimiques (unité 731), des milliers de femmes sont violées et prostituées de force – 20 millions de civils périront pendant la guerre en Asie.
• Enfin, la guerre, la politique de la terre brulée (en URSS), les bombardements des villes font des millions de morts et maintiennent les populations dans un état de peur permanent. Ces morts civiles s'ajoutent aux pertes militaires pour un bilan terrible : plus de 50 millions de morts. La Seconde Guerre mondiale est une guerre totale d'anéantissement : pour la première fois, il y a plus de civils que de militaires tués. Les 210 000 morts (estimation) provoqués par les bombes nucléaires lancées par les Américains sur Hiroshima (6 août 1945) et Nagasaki (9 août) en sont le symbole.
Le génocide des Juifs et des tziganes, le symbole d'une guerre marquée par une idéologie raciste
• En 1944, Raphaël Lemkin, un juriste juif polonais, réfugié aux États-Unis, invente le terme de « génocide ». Il est défini dans la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par l'Assemblée Générale des Nations-Unies, le 9 décembre 1948:
« Dans la présente Convention, le génocide s'entend de l'un quelconque des actes ci-après commis dans l'intention de détruire, tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
  • Meurtre de membres du groupe ;
  • Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe
  • Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
  • Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
  • Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe. »  ;
• L'extermination des Juifs européens correspond parfaitement à cette définition. Les dirigeants nazis, et en tout premier lieu Hitler, sont obsédés par la Première Guerre mondiale. Selon eux, la République de Weimar et un complot juif sont responsables de la défaite allemande.
Cette théorie du complot juif est au cœur de l'idéologie nazie. Pour les nazis, ces derniers sont donc les ennemis absolus : ils ont inventé le bolchévisme et le capitalisme pour abattre la race supérieure, les Aryens. Mais cette haine va au-delà. Les nazis ont une vision raciste du monde : au sommet des races, les Aryens « de sang pur » n'existent plus mais ce sont les Allemands qui s'en approchent le plus ; les tziganes sont des asociaux ; les Slaves sont des sous-hommes (ils les surnomment « nègres blancs ») qui doivent servir les Aryens ; les Juifs ne font pas vraiment partie de l'espèce humaine.
Dans les discours et les écrits d'Hitler, les Juifs sont souvent assimilés à un « virus » qui attaque les Allemands dans leur corps. Hitler est obsédé par « la pureté du sang aryen » qui ne doit pas se mélanger avec celui d'autres races et à plus forte raison avec celui des Juifs, considérés comme des corrupteurs par nature (les Allemands handicapés ont également été éliminés au nom du principe d'une « race pure et forte »). Plus de 1 500 lois et décrets sur les Juifs ont déjà été promulgués en 1935, les Juifs sont aussi victimes de pogroms, de spoliation de leurs biens, ils sont concentrés dans des ghettos dès l'annexion de la Pologne (1940 : ouverture des ghettos de Lublin et de Lodz puis de Varsovie). L'élimination des Juifs et le « remodelage racial » de l'Europe sont donc au cœur de l'idéologie nazie.
• Une première solution à la « question juive », considérée comme « pacifique » par les nazis, a été envisagée en 1940 avec la défaite de la France : le « plan Madagascar » envisageait d'exiler tous les Juifs européens sur cette île sous le contrôle de l'armée allemande. Mais cette solution est abandonnée rapidement devant le nombre de Juifs européens et du fait de l'ouverture du front Est.
Non planifié initialement, le génocide des Juifs d'Europe est peu à peu mis en place à partir de juin 1941 avec le début des expéditions des Einsatzgruppen pour l'élimination des Juifs et des « bolchéviques » en URSS, en Pologne et dans les pays Baltes. Des exécutions de masse ont alors lieu dans ces pays où des villages et des familles entières sont fusillés : on appelle cette première étape du génocide la « Shoah par balles ». Environ un million de Juifs meurent de cette manière.
• La « solution finale de la question juive », c'est-à-dire la déportation et l'extermination dans les camps des 11 millions de Juifs européens, est une seconde étape dans le génocide. Elle est confiée par Hitler à Göring, Himmler, Heydrich et Eichmann, et est organisée lors de la conférence de Wannsee le 20 janvier 1942. Il s'agit en réalité d'organiser et rendre plus efficace un génocide déjà en cours.
C'est à partir de ce moment qu'est peu à peu mis en place l'univers concentrationnaire dont le fonctionnement va nécessiter la collaboration d'un nombre important de personnes dans diverses administrations en Allemagne (police, chemins de fer, entreprises, bureaux administratifs, armée, etc.) ou dans les États qui ont accepté la collaboration (« État français » : gouvernement de Vichy).
• Les premiers camps de concentration sont construits en 1933 pour éliminer les opposants politiques allemands au iiie Reich. Puis ils accueillent les « asociaux », les Juifs, les tsiganes, les homosexuels, les résistants, etc. : les « ennemis du Reich ». Les conditions de vie des déportés y sont terribles. Le manque de nourriture et d'hygiène, les maladies (dysenterie, tuberculose, typhus, etc.), les mauvais traitements, les travaux forcés au bénéfice des entreprises allemandes provoquent une forte mortalité.
Mais le système concentrationnaire va particulièrement se développer à partir de 1942 lorsque les chambres à gaz deviennent opérationnelles. Les SS ont renoncé à la « Shoah par balles » trop éprouvante pour les bourreaux, et aux camions à gaz, trop peu efficaces, pour opter pour le gaz Zyklon B. Des centres de « mise à mort » sont construits en plus des camps de concentration, en particulier en Pologne (Treblinka, Sobibor, Majdanek, Belzec ou encore Chelmno et Auschwitz). Les autorités allemandes y déportent alors les Juifs des ghettos pour les exterminer. Certains sont sélectionnés pour travailler comme des esclaves dans les camps de concentration et leurs satellites, tous les autres sont tués. Les corps sont ensuite brûlés dans des fours crématoires après avoir été dépouillés. Ce processus est connu grâce aux témoignages courageux des déportés des Sonderkommandos chargés de ce « travail ». Il y a aussi parfois des révoltes comme celle du ghetto de Varsovie en avril 1943.
• 20 à 25 % des tsiganes ont également été tués pendant la guerre (200 000 personnes environ : les estimations sont difficiles à faire). Pour les nazis, ces migrants sans travail fixe sont des asociaux. Beaucoup seront déportés vers des camps comme Auschwitz, mais certains seront épargnés en démontrant qu'ils avaient un travail et un domicile.
Le bilan est effroyable. Entre 5 et 6 millions de Juifs seront exterminés pendant la guerre par une véritable industrie de la mort. C'est pourquoi on parle de la « shoah » (« catastrophe »). Le terme « d'holocauste », qui fait référence à un sacrifice religieux n'est plus utilisé par les historiens (à quelques exceptions près).
Exercice n°2Exercice n°3
3. Les espoirs d'un nouvel ordre mondial
Devant le bilan catastrophique des deux guerres, la volonté d'établir la paix et la sécurité collective au niveau international s'est à chaque fois faite sentir. Elle est aussi le reflet de l'état d'esprit de populations durement marquées qui dans leur majorité ne veulent « plus jamais ça ». Les créations en 1919 de la Société des Nations (SDN) et en 1945 de l'ONU (Organisation des Nations Unies) soulèvent l'espoir d'un monde en paix avec des relations internationales apaisées. Mais cet espoir est à chaque fois déçu.
Après la première guerre mondiale, les espoirs déçus de la Société des Nations
• Les 14 points du président américain Wilson (janvier 1918) forment les bases d'un projet ambitieux et humaniste qu'il défend en 1919 lors de l'élaboration du traité de Versailles qui met fin à la guerre. « Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » et la création d'une Société des Nations chargée de la sécurité collective sont les deux points au cœur du projet. Mais ce projet est rapidement vidé de son sens et limité par le nationalisme et l'esprit revanchard des États, notamment de certaines puissances européennes. La France en particulier obtient un traité qui met toute la responsabilité du conflit sur les épaules de l'Allemagne, durement sanctionnée par de lourdes réparations (les Allemands parleront du diktat de Versailles).
• Le pacte de la Société des Nations du 28 avril 1919 prévoit une assemblée de 42 pays (un vote par État membre) élisant les 9 membres temporaires d'un conseil comprenant également quatre membres permanents (la France, Le Royaume-Uni, l'Italie, le Japon). Le conseil est chargé de désigner le secrétariat général. La SDN n'a pas beaucoup de moyens à sa disposition : elle est chargée de l'arbitrage des litiges entre les États membres qui s'engagent à éviter les conflits. Elle ne possède pas d'armée pour faire appliquer ses sanctions.
• La SDN connaît cependant quelques succès, notamment dans les domaines du développement économique et de l'action humanitaire, du traitement de certains litiges frontaliers, etc. C'est ainsi qu'est créé le Haut commissariat pour les réfugiés en 1921. Les anciennes colonies allemandes sont aussi sous mandat de la SDN mais leur administration est française et britannique. En reconnaissant la restitution de l'Alsace et de la Lorraine à la France, l'Allemagne peut intégrer la SDN en 1926 et obtient même un statut de membre permanent du conseil.
• Mais la SDN connaît de plus en plus de difficultés et n'arrive pas à imposer la paix et le respect du droit international. Malgré le rôle de Wilson dans sa création, les États-Unis n'ont pas voulu entrer dans l'organisation jugée trop « européenne ». Les conséquences de la crise de 1929 et la montée des régimes totalitaires durcissent les relations internationales. Le Japon quitte la SDN en 1933 après avoir été critiqué sur son invasion de la Mandchourie. Il en va de même pour l'Allemagne nazie. La SDN devient peu à peu une assemblée impuissante et sans réels pouvoirs qui n'arrive plus à s'imposer dans les relations internationales. Elle sera finalement dissoute en 1946.
Avec la création de l'ONU, la prise en compte des leçons de l'histoire ?
Les objectifs fixés pour la création d'une Organisation des Nations Unies lors de la conférence de Yalta, en février 1945 sont plus ambitieux et l'ONU a davantage de pouvoirs que la SDN. La conférence de Yalta qui réunit les États-Unis (Roosevelt), l'URSS (Staline) et le Royaume-Uni (Churchill), n'est pas comme on a pu le dire un partage du monde entre les « trois grands ». Elle prévoit des élections libres dans l'Europe libérée. Les Anglo-Saxons défendent également les valeurs des démocraties libérales et de la sécurité collective.
Mais Staline, lui, veut étendre l'influence de l'URSS sur les pays de l'Est. Pour que Staline accepte d'entrer en guerre contre le Japon et d'intégrer l'ONU, les États-Unis et le Royaume-Uni acceptent l'annexion des pays Baltes et d'une partie de la Pologne. Le contexte de la naissance de l'ONU est donc aussi celui de la montée des antagonismes entre les alliés victorieux, qui conduira à la guerre froide.
• L'ONU est définitivement fondée le 26 juin 1945 lors de la conférence de San Francisco. La Charte des Nations Unies fixe alors ses institutions, son fonctionnement et ses objectifs. Elle est signée par 51 États. Les représentants des États se réunissent tous les ans en assemblée générale délibérative. Ils élisent pour 5 ans le secrétaire général, chargé de l'administration de l'ONU, et les 10 membres non permanents du conseil de sécurité (élus pour 2 ans). Le conseil de sécurité a également 5 membres permanents ayant un droit de veto : les États-Unis, la Russie, la France, le Royaume-Uni et la Chine. Le conseil de sécurité est un organe décisionnel important puisqu'il vote les principales résolutions et peut décider de sanctions contre un État, en particulier l'envoie de troupes (les casques bleus).
• C'est un projet écrit et réalisé par des vainqueurs qui veulent tirer un trait sur la guerre et jeter les bases des nouvelles relations internationales. Le siège de l'ONU est à New York et non dans un pays neutre (comme c'était le cas pour la SDN). Elle est également dotée d'organes spéciaux comme la Cour internationale de justice ou le Conseil économique et social. Elle œuvre en faveur du développement (Unicef, OMS, etc.). De nouvelles règles économiques sont fixées avec les accords de Bretton Woods, la création du FMI et de la Banque Mondiale (BIRD).
• Mais très vite l'ONU se heurte également à des limites, en particulier dans le contexte de la guerre froide (politique de la chaise vide de Staline). De surcroît, elle n'a pas d'armée propre et est dépendante de ses États membres pour la mise en place des sanctions votées au travers des résolutions.
• À la fin de la guerre froide, l'organisation semble avoir un rôle plus important à jouer mais elle reste entravée par des institutions qui la rendent dépendante d'États prompts à suivre leurs propres intérêts.
Exercice n°4Exercice n°5
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