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L'autobiographie

L'autobiographie est le récit qu'une personne fait de sa propre vie. L'auteur, le narrateur et le personnage ne font qu'un dans ce genre de récit. Quelles sont précisément les différentes formes prises par l'autobiographie ? Quels en sont les enjeux, les buts, les difficultés ? Quels rapports ces récits entretiennent-ils exactement avec la réalité ?
1. Quelles sont les différentes formes de l'écriture autobiographique ?
À l'instar de Montaigne, qui, dès le xvie siècle, annonce à propos des Essais : « je suis moi-même la matière de mon livre », le siècle des Lumières puis le mouvement romantique font du « moi » et de l'individu une thématique littéraire privilégiée. Cette évolution des mentalités aboutit à la naissance de l'autobiographie. Étymologiquement, le terme signifie « écrire soi-même sa vie » (autos : soi-même, bios : la vie, graphein : écrire). Philippe Lejeune définit ainsi ce genre littéraire : c'est le « récit rétrospectif en prose qu'une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu'elle met l'accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité ». Il y a donc, du fait de l'écart temporel, un écart entre le « je » du passé (« je » narré) et le « je » du présent (« je » narrant). Suivant le modèle initié par Rousseau dans ses Confessions, l'auteur annonce en général clairement qu'il fait le récit de sa vie et entreprend de mettre son cœur à nu, de cerner pour le lecteur sa personnalité.
On peut distinguer plusieurs genres littéraires proches de l'autobiographie :
  • les mémoires  ; l'auteur se fait le témoin et le juge des événements historiques de son temps (auxquels il a souvent été mêlé de près) ; c'est le cas, par exemple, de Chateaubriand dans les Mémoires d'Outre-tombe (1809) ;
  • le journal intime : à la différence de l'autobiographie, il est écrit au jour le jour, de façon parfois fragmentaire, et n'a pas forcément vocation à être publié. Le récit de la vie quotidienne du diariste peut aboutir à une véritable introspection, ou au contraire se mêler de remarques plus générales sur la société ou la vie ;
  • l'autoportrait : il n'offre pas non plus de récit continu et chronologique de la vie de l'auteur, mais présente et développe différentes facettes de sa personnalité ;
  • les poèmes lyriques : le poète peut y confier ses sentiments intimes et évoquer les moments marquants de sa vie ;
  • le roman autobiographique : l'auteur prétend être bien distinct du narrateur de l'histoire, mais glisse vers le récit de sa propre vie à travers la vie de son personnage ; À la Recherche du temps perdu de Proust en est un bon exemple.
Attention à ne pas confondre l'autobiographie et l'autobiographie fictive dans laquelle l'auteur raconte la vie d'un personnage réel ou fictif à la première personne du singulier. Ainsi, Marguerite Yourcenar retrace la vie de l'empereur Hadrien comme s'il la racontait lui-même, dans les Mémoires d'Hadrien (1951).
Exercice n°1
2. Quels sont les enjeux de l'autobiographie ?
Pourquoi se raconter ? Quelles sont les motivations qui poussent un écrivain à faire le récit de sa vie ? Dans le cas des mémoires, l'auteur a souvent le sentiment d'avoir joué un rôle important dans l'histoire politique et sociale de son époque. L'écrivain prétend alors assumer une fonction de témoin et de juge des événements historiques : le parcours individuel de l'auteur se veut un exemple du parcours collectif, le miroir d'une époque.
C'est l'objectif que se donne Chateaubriand lorsqu'il écrit les Mémoires d'outre-tombe. Toutefois, en faisant part au lecteur de ses sentiments, de ses joies et de ses rancœurs, il expose dans son œuvre un « moi » très singulier, il sonde son cœur et son âme et se livre à de nombreuses analyses de sa personnalité. C'est plus encore ce que fait Rousseau dans les Confessions, première autobiographie au sens moderne du terme : son objectif est de se peindre en profondeur, sans complaisance et avec la plus grande sincérité, mais aussi de se justifier et de répondre aux attaques qu'il a subies. De façon générale, l'autobiographie permet de garder le souvenir du passé et de dresser un bilan de sa vie pour parfois mieux se comprendre, en retraçant et en analysant les étapes importantes qui ont forgé sa personnalité.
Exercice n°2
3. En quoi la frontière entre la fiction et l'autobiographie est-elle problématique ?
Selon Lejeune, l'auteur qui prétend faire le récit de sa vie conclut avec le lecteur un « pacte autobiographique » qui établit que l'auteur, le narrateur et le personnage principal sont une seule et même personne et que cette personne s'engage à raconter la vérité, sans rien déguiser. Pourtant, n'y a-t-il pas, dans toute autobiographie, une part de fiction, une dimension romanesque qui rend ce pacte problématique ?
D'une part, au moment où l'écrivain se raconte (le « je » narrant), il n'est plus exactement le même que le personnage qu'il décrit (le « je » narré) : le temps a passé, sa mémoire peut être défaillante et surtout l'auteur porte sur celui qu'il était un regard « à distance », il interprète a posteriori les événements de sa vie. D'autre part, ses choix narratifs eux-mêmes sont partiaux et forcément fragmentaires. Il ne peut pas tout dire et le lecteur est en droit de douter de sa sincérité. Ainsi, Chateaubriand ou Rousseau ont la tentation de tourner les événements à leur avantage, de se présenter sous un jour favorable : il ne s'agit pas pour autant de condamner ces auteurs, mais plutôt de relever dans leurs œuvres les traces de la fiction romanesque. Enfin, un individu peut-il prétendre jamais se connaître et se confesser absolument, dans la mesure où bien des actes et des désirs ont des motivations inconscientes ?
Enfin, un grand nombre d'œuvres se situent à la lisière du roman et de l'autobiographie : le narrateur y dit « je » et se met lui-même en scène à l'intérieur du récit (comme dans une autobiographie habituelle), mais le texte se donne bel et bien comme un roman (une fiction). Dans ces « romans autobiographiques », les relations que le lecteur pourraient tenter d'apercevoir entre le narrateur et l'auteur, sont donc posées comme inessentielles : par exemple, Proust, dans la Recherche du temps perdu, insiste sur la distance qui sépare l'auteur Marcel Proust du narrateur Marcel (dont le nom de famille n'est jamais cité). Plus récemment, est apparue l'autofiction qui brouille encore davantage les frontières entre fiction et autobiographie. Ces œuvres sont souvent présentées comme des fictions tout en mettant en scène l'auteur lui-même et en prétendant l'évoquer avec une certaine vérité. Ainsi, G. Perec dans W ou le souvenir d'enfance retrace son enfance à travers quelques souvenirs fragmentaires et problématiques entremêlés de l'histoire d'un enfant disparu et de la description d'une île imaginaire W, figuration allégorique d'un camp nazi dans lequel est mort la mère de l'auteur.
Exercice n°3
La citation
« Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi. » (Rousseau)
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